Le missile est logé dans un conteneur de transport-lancement (TPK ) scellé, hermétique, qui sert à la fois pour le transport, le stockage et le lancement. Ce conteneur est inséré verticalement dans le silo de lancement modifié 15P718M, adaptation des silos existants du R-36M2 pour accueillir le nouveau missile. Le lancement se fait par éjection à froid (moteur-catapulte à poudre), le missile atteignant une altitude de plusieurs dizaines de mètres avant que ses moteurs principaux ne s'allument réduisant ainsi les dommages thermiques au silo et permettant une réutilisation rapide de celui-ci.
Propulsion
Le premier étage du Sarmat est propulsé par le moteur-fusée PDU-99, dérivé du RD-274 développé par NPO Energomach. Ce moteur à carburant liquide (UDMH diméthylhydrazine asymétrique — et peroxyde d'azote N2O4) offre une poussée accrue par rapport aux moteurs du R-36M2, ce qui réduit la durée de la phase de propulsion active (phase boost). Cette réduction est stratégiquement importante : c'est durant la phase boost que le missile est le plus vulnérable aux intercepteurs de type boost-phase. En raccourcissant cette phase, le Sarmat réduit la fenêtre d'opportunité pour les systèmes de défense antimissile adverses.
Guidage et précision
Le système de guidage du Sarmat combine trois technologies complémentaires : la navigation inertielle (INS), la navigation par satellite GLONASS (équivalent russe du GPS), et la navigation astro-inertielle (utilisant les étoiles comme référence fixe). Cette triple redondance garantit une précision élevée même en cas de brouillage ou de dégradation du signal satellitaire. Le Cercle d'Erreur Probable (CEP) annoncé dans les sources russes est d'environ 10 mètres — ce qui en ferait un des ICBM les plus précis du monde, bien que ces chiffres ne soient pas vérifiables de source indépendante.
Capacités de pénétration des défenses
La conception du Sarmat intègre plusieurs caractéristiques destinées à contourner ou saturer les défenses antimissiles adverses :
Trajectoires polaires : le Sarmat peut frapper via le pôle Sud, contournant les radars et intercepteurs américains déployés en Alaska et en Europe de l'Est, orientés contre une attaque polaire nord classique.
Trajectoires FOBS (Fractional Orbital Bombardment System) : le missile peut placer sa charge utile sur une orbite partielle avant de la faire rentrer dans l'atmosphère, réduisant drastiquement les délais d'alerte pour l'adversaire.
Vecteurs hypersoniques Avangard : la charge utile peut comprendre des planeurs hypersoniques Avangard (HGV — Hypersonic Glide Vehicle) capables de manœuvres à Mach 20–27 dans les couches denses de l'atmosphère, rendant leur interception pratiquement impossible avec les technologies actuelles.
Leurres et contre-mesures : le Sarmat peut emporter une combinaison d'ogives réelles et de leurres sophistiqués destinés à saturer et tromper les défenses antimissiles.
Phase boost réduite : la poussée accrue du PDU-99 raccourcit la phase de montée, réduisant la vulnérabilité à une interception de type boost-phase.
Le véhicule de transport et de chargement
Le véhicule de transport et de chargement en silo (TZA)
Seize roues d’un mètre et demi de haut, plus de vingt mètres de long et un missile intercontinental couché sur le dos : le MZKT-79221 est l’un des véhicules les plus impressionnants jamais construits. Exposé lors des salons militaires russes, il incarne un choix stratégique que Moscou entretient depuis la guerre froide : cacher ses missiles nucléaires non pas dans des silos, mais en les faisant rouler.
Pourquoi un missile sur roues ?
Un silo est invulnérable à beaucoup de choses, mais pas à une chose : sa position est connue. En cas de conflit, un adversaire peut le viser avec précision. Le lanceur mobile inverse la logique : sa force vient de l’incertitude. Tant qu’on ne sait pas où il se trouve, on ne peut pas le détruire par une première frappe, ce qui garantit à la Russie une capacité de riposte.
En temps normal, les lanceurs sont abrités dans des hangars à toit escamotable sur leurs bases. Lors des alertes et des exercices, ils partent en patrouille de combat avec leurs véhicules d’accompagnement (commandement, communications, sécurité), se dispersent sur des zones boisées et peuvent tirer depuis des positions préparées ou improvisées.
Ce concept a toutefois ses contraintes. Un convoi de cette taille reste repérable par satellite lorsqu’il se déplace, il est limité par la capacité des routes et des ponts, et il mobilise un personnel nombreux pour sa protection. C’est un compromis permanent entre discrétion et logistique.
Un contexte stratégique tendu
Ces systèmes s’inscrivent dans l’équilibre nucléaire entre la Russie et les États-Unis. Pendant des années, le traité New START a plafonné le nombre de lanceurs et de têtes déployés et prévu des inspections mutuelles. La Russie a suspendu sa participation au traité en 2023, et celui-ci arrivait à échéance en février 2026, ce qui fragilise la transparence entre les deux puissances.
La Russie poursuit par ailleurs la modernisation de ses forces stratégiques, avec notamment le lourd missile en silo Sarmat et le planeur hypersonique Avangard. Le Yars sur MZKT-79221 reste cependant, par son nombre, la composante terrestre la plus importante de son arsenal.
Le MZKT-79221 : un porteur hors normes
Le MZKT-79221 est fabriqué par l’usine MZKT (Minsk Wheeled Tractor Plant), en Biélorussie. Cette usine, issue de l’ancienne division des tracteurs lourds de MAZ, est depuis l’époque soviétique le grand spécialiste des châssis géants destinés aux missiles. Le MZKT-79221 succède au MAZ-7917, qui portait l’ancien missile Topol (SS-25).
Principales caractéristiques
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Caractéristique
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Valeur (sources ouvertes, approximatives)
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Constructeur
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MZKT, Minsk (Biélorussie)
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Formule de transmission
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16 × 16 (8 essieux, tous moteurs)
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Longueur
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environ 22,7 m
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Largeur
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environ 3,4 m
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Masse à vide
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environ 44 t
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Charge utile
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environ 80 t
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Moteur
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diesel YaMZ-847, environ 800 ch
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Vitesse maximale
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environ 45 km/h
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Autonomie
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environ 500 km
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Essieux directeurs
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les 3 avant et les 3 arrière
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Une conception pensée pour le terrain
Malgré sa taille, l’engin doit pouvoir quitter les routes et se cacher dans les forêts. Plusieurs choix techniques rendent cela possible :
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Six essieux directeurs : en braquant à la fois les roues avant et arrière, le véhicule obtient un rayon de braquage étonnamment réduit pour sa longueur.
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Des pneus géants à pression réglable : un système de gonflage centralisé permet d’adapter la pression au sol, ce qui répartit mieux le poids sur un terrain meuble ou enneigé.
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Une cabine compacte : placée devant le premier essieu, elle accueille l’équipage tout en laissant la plus grande longueur possible au missile.
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Une plate-forme de tir autonome : le véhicule transporte, érige et lance le missile lui-même, sans installation fixe.
Le missile : du Topol-M au Yars
Le Topol-M (RT-2PM2)
Désigné SS-27 « Sickle B » par l’OTAN, le Topol-M est un missile balistique intercontinental à trois étages et à propergol solide. Développé par l’Institut de thermotechnique de Moscou (MITT), il est le premier ICBM entièrement conçu par la Russie après la chute de l’URSS. Il est entré en service en silo à la fin des années 1990, puis en version mobile sur MZKT-79221 à partir de 2006.
Il emporte une seule tête nucléaire. Ses concepteurs ont insisté sur sa capacité à percer les défenses antimissiles : phase de propulsion courte pour limiter le temps pendant lequel il est vulnérable, capacité de manœuvre et leurres.
Le Yars (RS-24)
Le Yars est une évolution directe du Topol-M, dont il reprend l’architecture générale. Sa différence majeure est l’emport de plusieurs têtes nucléaires à rentrée indépendante (MIRV), généralement estimé entre trois et quatre. Un seul missile peut ainsi frapper plusieurs cibles distinctes. Entré en service en 2010, il a progressivement remplacé les Topol et Topol-M et constitue aujourd’hui l’épine dorsale des Forces de missiles stratégiques russes.
Comparaison
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Topol-M
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Yars
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Désignation
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RT-2PM2
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RS-24
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Code OTAN
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SS-27 Mod 1
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SS-27 Mod 2 (parfois SS-29)
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Propulsion
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3 étages, propergol solide
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3 étages, propergol solide
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Longueur
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environ 22,5 m
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environ 23 m
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Diamètre
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environ 1,9 m
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environ 1,9 m
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Masse au lancement
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environ 47 t
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environ 49 t
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Portée
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environ 11 000 km
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environ 11 000 à 12 000 km
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Têtes
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1
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3 à 4 (MIRV)
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Service (version mobile)
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2006
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2010
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Ce véhicule de transport et de chargement en silo du complexe Sarmat, désigné en russe ( TZA). Ce type d'engin, spécifique aux missiles basés en silo, assure deux fonctions essentielles : le transport du conteneur TPK (contenant le missile) depuis l'usine ou le dépôt jusqu'au silo, et le chargement vertical du conteneur dans le silo à l'aide d'une grue hydraulique intégrée.
L'ensemble se compose de deux éléments distincts bien visibles sur la photo :
La motrice tractrice (partie avant gauche) : un tracteur militaire lourd vert armée à cabine blindée, doté d'essieux multiples et de pneumatiques tout-terrain surdimensionnés. La configuration multi-essieux — visible sur la photo avec au moins 5 essieux moteurs côté tracteur — est caractéristique des véhicules porteurs de missiles russes, nécessaire pour répartir la masse colossale du système.
La remorque porte-conteneur (partie arrière droite) : une remorque à plateau surbaissé supportant le conteneur de transport-lancement (TPK) du missile, recouvert d'une bâche de protection verte. La forme cylindrique allongée sous la bâche correspond aux dimensions du conteneur du Sarmat (environ 35,5 m de long, 3 m de diamètre). La remorque est elle-même dotée de nombreux essieux pour répartir le poids — le conteneur plein avec le missile représentant plus de 200 tonnes.
La cabine du tracteur est équipée de plusieurs optiques et capteurs visibles sur le toit Ce sont des éléments de communication, navigation et surveillance propres aux systèmes de missiles stratégiques.
La livrée est le vert armée russe standard (approximation RAL 6003 / FS 34102), sans marquage tactique visible, conformément aux pratiques de discrétion des RVSN.
Comparaison avec les TEL des missiles mobiles
Il est important de distinguer le TZA du Sarmat d'un TEL (Transporter Erector Launcher) classique. Le Sarmat est un missile basé en silo, non mobile : il n'est pas lancé depuis son véhicule de transport, contrairement aux Topol-M ou Yars sur leur lanceur-érecteur MZKT-79221.
Le TZA a pour seule fonction de transporter le missile et de le charger dans le silo. Le lancement se fait ensuite depuis le silo souterrain, qui offre une protection bien supérieure (durcissement contre les surpressions nucléaires) mais une vulnérabilité accrue à un premier strike adverse par rapport aux systèmes mobiles.
Selon les plans russes publiés, vingt régiments de missiles doivent être rééquipés avec le RS-28 entre 2020 et 2027. Chaque régiment comprend généralement 10 missiles en silos individuels. Si ce plan est réalisé, le Sarmat remplacerait intégralement les R-36M2 encore en service, soit environ 46 missiles selon les derniers décomptes START.
Le silo Complexe 15P718M
Contrairement à une idée reçue, le Sarmat n'a pas nécessité la construction de nouveaux silos. Il est adapté pour occuper les silos existants du R-36M2, après modification et renforcement désignés 15P718M dans leur version adaptée au Sarmat. Ces silos, construits dans les années 1970–1980, sont des ouvrages souterrains profonds (environ 40 mètres), renforcés contre les surpressions nucléaires, capables d'absorber l'explosion d'une bombe nucléaire à une distance relativement proche.
La réutilisation de ces infrastructures existantes représente une économie considérable et accélère le déploiement.
Situation en 2025–2026
L'état réel du déploiement du Sarmat reste ambigu. L'annonce officielle de mise en service en septembre 2023 a été suivie de l'accident catastrophique de septembre 2024 destruction d'un silo lors d'un test à Plessetsk qui a relancé les doutes sur la maturité opérationnelle du système. En mai 2026, un test réussi a été annoncé par les autorités russes, et le déploiement à Ouzhnour est confirmé comme priorité. Les observateurs occidentaux restent prudents sur le nombre exact de missiles effectivement en service de combat.
Le Sarmat s'inscrit dans la réponse russe au concept américain de Prompt Global Strike (PGS) la capacité à frapper n'importe quelle cible dans le monde en moins d'une heure avec des armes conventionnelles de précision. Moscou perçoit le PGS couplé aux défenses antimissiles comme une menace existentielle pour sa capacité de seconde frappe nucléaire. Le Sarmat, avec ses trajectoires polaires, sa capacité FOBS et ses vecteurs Avangard, est conçu pour garantir qu'une riposte nucléaire russe reste crédible même après une première frappe désarmante adverse.
Malgré la rhétorique officielle russe, plusieurs limites tempèrent l'image de toute-puissance du Sarmat :
Basé en silo : les silos sont des cibles connues et fixes, vulnérables aux missiles de précision adverses. Un premier strike américain de haute précision pourrait théoriquement neutraliser les Sarmat avant leur lancement.
Propulsion liquide : contrairement aux ICBM solides occidentaux (Minuteman III, Trident II), le Sarmat nécessite un carburant liquide cryogénique ou hypergolique, impliquant des délais de préparation plus longs et des contraintes de maintenance plus complexes.
Fiabilité incertaine : les accidents de 2024 et les multiples retards du programme soulèvent des questions sur la fiabilité industrielle du système en conditions opérationnelles réelles.
Nombre limité en supposant un déploiement de 50 missiles le Sarmat ne représente qu'une fraction de la force nucléaire russe, loin des centaines de Minuteman III américains.
L'apport des vecteurs Avangard
La compatibilité du Sarmat avec les planeurs hypersoniques Avangard est probablement sa caractéristique la plus déstabilisante pour les défenses occidentales. L'Avangard, volant à Mach 20–27 dans les couches denses de l'atmosphère et capable de manœuvres latérales importantes, ne peut pas être intercepté par les systèmes GMD, THAAD ou Patriot actuels. Un Sarmat emportant deux ou quatre Avangard représente donc une menace qualitativement différente d'un ICBM MIRV classique.
Le RS-28 Sarmat est bien plus qu'un simple successeur du R-36M2 Voyevoda. C'est un système d'armes qui incarne la doctrine stratégique russe du XXIe siècle : la dissuasion élargie, capable de contourner les défenses antimissiles les plus avancées, de frapper par n'importe quelle trajectoire, et d'emporter des vecteurs de nouvelle génération rendant l'interception théoriquement impossible.
Son développement tumultueux — retards répétés, accident de 2024 — témoigne des difficultés réelles de l'industrie russe de défense. Mais sa mise en service, même partielle, constitue un événement stratégique majeur : le Sarmat est le premier ICBM lourd entièrement russe de l'ère post-soviétique, mettant fin à la dépendance envers les usines ukrainiennes de Yuzhmash.