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Messerschmitt Bf 109 E-7 Chino



Messerschmitt Bf 109 E-7 Chino
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Messerschmitt Bf 109 E-7  Werk Nr. 3523

Parmi les épaves de la Seconde Guerre mondiale retrouvées à travers le monde, rares sont celles dont l’histoire est aussi dramatique et aussi complète que celle du Messerschmitt Bf 109 E-7 surnommé « Rouge 6 ». Construit en 1939, ayant combattu dans les batailles les plus célèbres de la guerre, perdu sous la glace d’un lac soviétique pendant 62 ans et finalement récupéré en 2003, cet appareil est aujourd’hui exposé au Planes of Fame Air Museum de Chino, en Californie, en attendant une restauration complète.
Sa carrosserie malgré les degats de décennies d’immersion laisse apparaitre les peintures écaillées laissant apparaître les couches successives de camouflage, métal oxydé, rivets apparents
C'es donc un des Bf 109 les plus authentiques et les plus émouvants qui soient. Chaque marque d’usure raconte une page de l’histoire.
Histoire de l’appareil
Construction et premières affectations (1939–1941)
Le Bf 109 E-7 portant le numéro de série Werk Nr. 3523, immatriculé CS+AJ, sort des chaînes de production de l’usine Arado Flugzeugwerke GmbH de Warnemünde, en Allemagne, en 1939. Il entre en service dans la Luftwaffe le 27 septembre 1939, initialement comme Bf 109 E-1.

 


La version E (surnommée « Emil » par les pilotes alliés) est à cette époque le fer de lance de la chasse allemande. Motorisée par le Daimler-Benz DB 601 à injection directe de carburant — un avantage considérable en combat — elle affronte le Spitfire et le Hurricane britanniques avec des résultats contrastés. L’appareil participe aux deux grandes campagnes aériennes de 1940 : la Bataille de France (mai-juin 1940), qui voit la rapide capitulation française, puis la Bataille d’Angleterre (juillet-octobre 1940), premier échec stratégique majeur de la Luftwaffe.
L’appareil est ensuite modernissé selon les standards de la variante E-7, qui introduit notamment la capacité d’emport d’un réservoir de carburant supplémentaire sous le fuselage, améliorant significativement l’autonomie pour les missions d’escorte — précisément le type de mission qui lui sera fatale.

 


Le Front de l’Est : Petsamo, mars 1942
En mars 1942, le Bf 109 E-7 est convoyé vers le Front de l’Est par l’as allemand Arthur Mendl jusqu’à l’aérodrome de Petsamo, en Finlande, à quelques kilomètres de la frontière soviétique. Il est alors affecté au Jagdgeschwader 5 « Eismeer » (JG 5 — « Mer de glace »), l’escadre de chasse opérant dans les théâtres scandinave, norvégien et finlandais.
C’est dans cette unité que l’appareil est attribué à l’Oberleutnant Wulf-Dietrich Widowitz, pilote décoré avec 36 victoires aériennes homologuées. L’avion reçoit le marquage tactique « Rouge 6 » (Rote 6).
Wulf-Dietrich Widowitz
Wulf-Dietrich Widowitz est un pilote de chasse aguerri, récipiendaire de plusieurs hautes distinctions militaires allemandes, dont la Deutsche Kreuz in Gold (Croix allemande en or) décernée à titre posthume, et l’Ehrenpokal der Luftwaffe (Coupe d’honneur de la Luftwaffe). Avec 36 victoires, il appartient à l’élite des as de la Luftwaffe.
Sa carrière opérationnelle l’a mené sur tous les fronts majeurs où le Bf 109 Emil s’est illustré, de la France aux confins arctiques de l’URSS. Il incarne cette génération de pilotes allemands forgés dans le creuset des premières victoires fulgurantes de la Wehrmacht, et qui se heurtent désormais à une résistance soviétique de plus en plus organisée et agressive.
Le 4 avril 1942 : le combat fatal
Le 4 avril 1942, Widowitz décolle de Petsamo à bord du « Rouge 6 » pour une mission d’escorte de bombardiers au-dessus du territoire soviétique. Dans les airs, son escadrille croise quatre avions soviétiques : des Hawker Hurricane, chasseurs britanniques fournis à l’URSS dans le cadre du programme Lend-Lease. Ces appareils sont pilotés par des aviateurs soviétiques expérimentés et déterminés. Un violent combat tournoyant s’engage.
L’un des pilotes soviétiques, le lieutenant Vladimir Pavlovitch Pokrovski, parvient à se placer dans l’angle mort de Widowitz et ouvre le feu. Des impacts  touchent le moteur Daimler-Benz DB 601 du « Rouge 6 ». La pression d’huile chute brutalement, la température grimpe en flèche. Avec un sang-froid remarquable, Widowitz choisit la meilleure option disponible : un atterrissage forcé train rentré sur la surface gelée du lac Shugal-Yarvi, visible en contrebas.
Le « Rouge 6 » se pose en douceur, glisse sur plusieurs dizaines de mètres et s’immobilise. L’atterrissage est quasi parfait.
Widowitz s’extrait de son cockpit indemne et se dirige rapidement vers la rive pour rejoindre les lignes allemandes. Mais derrière lui, le poids du Bf 109 — environ deux tonnes — commence à faire céder la glace. En quelques minutes, le « Rouge 6 » bascule et s’enfonce dans les eaux noires et glacées du lac. Widowitz rejoint les lignes allemandes, mais sa chance s’arrête là: plus d’un an plus tard, il trouve la mort dans un autre atterrissage forcé.
Son avion, lui, reposera intact pendant six décennies sous les eaux de la Russie arctique.
Mais les conditions du lac Shugal-Yarvi se révèlent idéales pour la conservation d’une épave métallique. Les eaux froides et profondes de l’Arctique russe, combinées à la faible activité biologique et aux sédiments anaérobies du fond, ont ralenti considérablement la corrosion. La structure de l’appareil, bien qu’oxydée en surface et privée de ses équipements les plus fragiles, est restée remarquablement intègre dans ses grandes lignes.
Détail fascinant révélé lors de la récupération : sous la peinture de camouflage du Front de l’Est, on distingue encore des traces du camouflage du désert, suggérant que l’appareil a peut-être transité par le théâtre méditerranéen ou nord-africain avant d’être réaffecté en Arctique — trois campagnes militaires différentes inscrites dans la couche picturale de l’avion comme autant de strates géologiques.
La récupération de 2003
En 2003, plus de 60 ans après le crash, une équipe britannique dirigée par Jim Pearce  ancien pilote de la Royal Air Force et spécialiste reconnu de la récupération d’épaves d’avions de guerre en Europe de l’Est  entreprend d’extraire le « Rouge 6 » de son tombeau aquatique. L’opération nécessite des plongeurs spécialisés, des équipements de levage adaptés et une logistique complexe dans une région reculée de la Russie arctique.
Destination Chino
L’épave est acquise par la famille Friedkin (Friedkin Family Warbirds), mécènes passionnés d’aviation historique, qui la confient au Planes of Fame Air Museum de Chino pour exposition et future restauration. L’appareil arrive au musée en juin 2010 et est immédiatement exposé dans l’état de sa découverte  un choix muséographique courageux qui permet aux visiteurs d’apprécier l’authenticité absolue de cette épave unique.

Caractéristiques techniques — Bf 109 E-7

Paramètre

Valeur

Numéro de série

Werk Nr. 3523 — CS+AJ

Constructeur

Arado Flugzeugwerke GmbH, Warnemünde

Année de construction

1939

Version

Bf 109 E-1, puis modifié E-7

Motorisation

Daimler-Benz DB 601 — 12 cyl. en V inversé — 1 175 ch

Envergure

9,87 m

Longueur

8,76 m

Masse max.

2 665 kg (avec réservoir ext.)

Vitesse maximale

570 km/h à 3 750 m

Autonomie

660 km (1 100 km avec réservoir ext.)

Armement

2× MG 17 (7,92 mm) + 2× MG FF/M (20 mm)

Unité

JG 5 « Eismeer » — marquage : Rouge 6

Pilote

Oblt. Wulf-Dietrich Widowitz (36 victoires)

Date du crash

4 avril 1942 — lac Shugal-Yarvi, Mourmansk

Récupération

2003 — équipe Jim Pearce (Royaume-Uni)

Propriétaire actuel

Friedkin Family Warbirds / Planes of Fame

Le « Rouge 6 » est bien plus qu’une épave : c’est un temion qui a traversé soixante-deux ans sans que le temps n’efface les traces de son dernier combat. Ses couches de peinture superposées  France, Angleterre MTO, Front de l’Est sont autant de chapitres d’une histoire qui embrasse les théâtres les plus importants de la Seconde Guerre mondiale.
Le destin tragique de son pilote Widowitz, mort dans un autre crash un an plus tard, et la survie miraculeuse de son appareil au fond d’un lac arctique, confèrent à cet Bf 109 une dimension humaine et poétique rare. Lorsque la restauration sera achevée et que le « Rouge 6 » retrouvera ses couleurs d’origine, il deviendra l’un des témoins les plus authentiques de la guerre sur le Front de l’Est.