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Hongrie Char 41M TurĂ¡n II Kubinka



Hongrie Char 41M Turán II Kubinka
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Le Traité de Trianon (1920), qui met fin à la Première Guerre mondiale pour la Hongrie, impose au Royaume des restrictions militaires sévères comparables à celles du Traité de Versailles pour l'Allemagne. L'armée hongroise est limitée à 35 000 hommes, les chars et l'aviation sont interdits, et l'industrie d'armement est sévèrement contrainte. Cette situation perdure jusqu'en 1938, date à laquelle le Royaume de Hongrie sous la régence de l'amiral Miklós Horthy  décide de réarmer secrètement puis ouvertement, profitant de l'affaiblissement de l'ordre de Versailles.
En 1938, les forces blindées hongroises sont dans un état pitoyable : quelques tankettes Carden-Lloyd Mk IV, des tankettes Ansaldo 35M, des chars légers suédois Strv m/21 et des FIAT 3000B italiens hors d'âge constituent l'essentiel de l'arsenal. Face aux Panzer allemands et aux chars soviétiques, c'est une collection de pièces de musée.
Le réarmement hongrois passe par une recherche urgente d'un char moyen moderne pouvant être produit sous licence. En 1938, Budapest approche l'Italie et l'Allemagne sans succès, car ces deux pays ont besoin de leurs propres productions pour leurs propres guerres. La solution viendra de façon inattendue de Tchécoslovaquie, ou plutôt de ce qu'il en reste après l'annexion allemande de mars 1939.
En décembre 1937, les ateliers Skoda à Pilsen avaient conçu un char moyen expérimental désigné S-II-c, basé sur leur char léger réussi LT vz. 35.
 
 
 
 
Merci Hubert
Ce prototype, rebaptisé T-21 après l'occupation allemande, intéresse vivement une commission hongroise qui l'examine en mai 1940 à Pilsen. Les essais sont concluants : le T-21 parcourt 800 km sans panne lors des évaluations à Hajmáskér. Le 7 août 1940, un accord de licence est signé . La Hongrie va pouvoir produire son propre char moyen.
Le char reçoit le nom de Turán  référence à la patrie ancestrale mythologique des Magyars, localisée en Asie centrale, d'où les Hongrois auraient commencé leur migration vers l'Europe au VIe siècle. Ce choix n'est pas anodin : il inscrit l'arme dans la continuité de l'identité nationale hongroise, sur le modèle des autres chars hongrois nommés d'après des héros nationaux comme Toldi  guerrier médiéval, ou  Zrínyi général du XVIIe siècle. La désignation officielle est 40M Turán, le « 40M » indiquant l'année d'adoption (1940 selon le calendrier hongrois).
 Développement et modifications hongroises 
Les ingénieurs hongrois ne se contentent pas de copier servilement le T-21 tchèque. Ils apportent plusieurs modifications substantielles qui font du Turán un char distinct de son modèle :
Remplacement du canon tchèque de 47 mm par un canon hongrois de 40 mm L/45 choix surprenant mais justifié par la vélocité nettement supérieure du 40 mm hongrois (820 m/s contre 590 m/s pour le 47 mm Skoda), et surtout par la disponibilité des munitions compatibles avec le canon antiaérien Bofors 40 mm déjà en serviceenforcement du blindage frontal : une plaque de 15 mm rivetée sur les 35 mm d'origine porte la protection frontale à 50 mm
Remplacement des mitrailleuses tchèques par des mitrailleuses hongroises Gebauer 34/40M de 8 mm
Remplacement de la coupole de commandant rotative par une coupole fixe
Remplacement des équipements électriques par des composants Bosch
Adoption d'une radio R/5a standard pour tous les chars de ligne
La production du Turán I est répartie entre quatre grands fabricants hongrois, chacun responsable d'un sous-ensemble spécifique et fournissant des pièces aux autres : Il fut produit à  285 exemplaires +20 de commandements
Fabricant
Production
Spécialité
Manfréd Weiss (Budapest)
70 véhicules
Moteur V8 + assemblage final
Magyar Waggon és Gépgyár
70 véhicules
Caisse et plaques de blindage
MÁVAG (Budapest)
50 véhicules
Canon 40 mm et armement
Ganz (Budapest)
45 véhicules
Transmission et trains de roulement
Autres / assemblage
50 véhicules
Production diverses composantes
OTAL
285 Turán I (1941-1943)
+ 20 variantes commandement P.K.

 
Mais  la diversité des fabricants entraîne une standardisation imparfaite des pièces. Des incompatibilités mineures entre les véhicules compliquent la maintenance sur le terrain — un défaut récurrent des productions industrielles décentralisées en temps de guerre.
Une version  commandement  Turán I P.K (Parancsnoki — commandement). sera produite à 20 exemplairesignés Turán I P.K.  Ces véhicules reçoivent une radio supplémentaire R/4T dont l'antenne est fixée sur la plaque arrière de la tourelle, permettant les communications à plus longue portée entre les commandants de compagnie, bataillon et régiment.Cette version se distingue visuellement par ses antennes supplémentaires.
 Description 
Il avait un équipage de 5 hommes
Le blindage du Turán I n'est pas incliné  ses surfaces sont quasi verticales, ce qui réduit l'épaisseur effective contre les projectiles antichar par rapport à des blindages inclinés comme celui du T-34 soviétique. C'est l'une de ses principales faiblesses structurelles
Zone
Épaisseur
Construction
Frontal caisse
50 mm
35 mm + 15 mm rivetés
Flancs caisse
25 mm
Acier laminé
Arrière caisse
25 mm
Acier laminé
Frontal tourelle
50 mm
Plaque unique coulée
Flancs tourelle
25 mm
Construction rivetée
Arrière tourelle
25 mm
Construction rivetée
Toit
8 à 13 mm
Protection légère
Jupes Schürzen (1944)
8 mm
Acier ajouré anti-charge creuse
 Châssis et transmission
La suspension du Turán I est héritée du T-21 tchèque — elle comprend quatre bogies doubles avec des ressorts à lames horizontaux, deux galets porteurs de chenille, une roue menante avant et une roue de tension arrière. Cette suspension, dérivée de celle du LT vz. 35, offre une conduite relativement douce en terrain meuble, mais se révèle insuffisante dans les terrains très accidentés. La chenille est large de 380 mm — correcte pour un char de 18 tonnes mais nettement moins performante que les larges chenilles du T-34 dans la boue et la neige.
La transmission est une boîte à 5 rapports avant et 1 marche arrière, actionnée par deux leviers de direction. Le changement de rapport exige de l'habitude et de la force — les conducteurs se plaignent de la dureté des commandes sur de longues distances.


Historique
Les Turán I et II (en parc mixte à partir de 1943) sont utilisés par trois grandes unités de la Magyar Királyi Honvédség (Armée royale hongroise) :

1re Division blindée entre  1943 /45  sur le front Est Galicie et en Hongrie  
2e Division Blindée  1944 1945 Galicie (avril 1944), Torda, Debrecen, Budapest
1e Division de Cavalerie 1944 /1945 Appui aux opérations de cavalerie mécanisée
Toutefois à partir de 1943-1944, les unités hongroises reçoivent en complément des chars allemands — principalement des Panzer IV Ausf. H et J, et quelques Panther. Cette cohabitation pose des problèmes logistiques (deux filières de pièces détachées et de munitions différentes) mais améliore la capacité antichar des formations. Les commandants hongrois apprennent rapidement à utiliser les Turán dans les rôles d'appui d'infanterie et de lutte contre les blindés légers soviétiques, réservant les Panzer IV aux engagements antichar lourds.Un esprit de corps solide se forge entre soldats hongrois et allemands combattant ensemble depuis des mois 

Organisation type d'un bataillon de chars
Un bataillon de chars hongrois équipé de Turán I comprenait typiquement trois compagnies de chars, chacune dotée de 11 à 17 chars selon la période et les disponibilités. Une compagnie de commandement avec 3 à 5 chars (dont des P.K.) complétait le bataillon. En théorie, un bataillon pouvait aligner 35 à 50 Turán. En pratique, les pertes et les pannes mécaniques réduisaient constamment ces effectifs.

 


Le Turán I entre en service opérationnel dans les unités hongroises à partir de fin 1942, mais son premier engagement au combat significatif n'intervient qu'au printemps 1944. Le 17 avril 1944, la 2e Division blindée hongroise lance une contre-offensive depuis Solotwina (Galicie, Ukraine occidentale) en direction de la rivière Bistrica. La force comprend 31 Turán I et 17 Turán II, ainsi que des Toldi et des pièces d'accompagnement.
Les résultats sont catastrophiques. Les Turán affrontent des T-34/76 et des IS-2 soviétiques dans des terrains boisés et montagneux pour lesquels ils ne sont pas conçus. Le canon de 40 mm du Turán I se révèle impuissant contre le blindage frontal des T-34 à des distances normales de combat, tandis que le 76 mm soviétique perce le blindage hongrois à plus de 1 000 mètres. La 2e Division blindée perd les trois quarts de ses effectifs en quelques jours — une saignée dont elle ne se remettra jamais complètement.
La bataille de Torda (septembre-octobre 1944)
Après le coup d'État roumain du 23 août 1944 qui retourne la Roumanie contre l'Axe, les forces soviéto-roumaines pénètrent en Transylvanie — territoire sous administration hongroise depuis le Second Arbitrage de Vienne de 1940. Les Turán I et II participent aux combats acharnés pour la ville de Torda (aujourd'hui Turda, Roumanie), une position stratégique dans les défilés transylvains.
La ville est prise par les Roumains puis reprise par les Hongrois le 20 septembre, et les combats durent jusqu'à début octobre dans des conditions de plus en plus difficiles. Les Turán se retrouvent dans le rôle inhabituel de chars d'appui urbain, utilisant leurs canons en tir direct contre les fortifications et les positions d'infanterie — une mission pour laquelle le 40 mm est certes plus adapté que pour l'antichar pur. Sur les 52 Turán I perdus à Torda, la majorité sont détruits par l'artillerie soviétique et les canons antichar, non par les chars.
La bataille de Debrecen (octobre 1944)
En octobre 1944, les dernières formations blindées hongroises engagées à taille significative participent à la bataille de Debrecen — grande ville de la plaine hongroise, noeud ferroviaire et administratif crucial. Les Turán I restants — de moins en moins nombreux — y affrontent les colonnes soviétiques dans des plaines ouvertes où leurs limitations sont cruellement exposées : portée effective insuffisante, vitesse inférieure à celle des T-34, protection insuffisante contre les canons antichar soviétiques de 76 mm et 85 mm.
Après Debrecen, les forces blindées hongroises ne constituent plus une masse de manoeuvre cohérente. Les chars survivants sont dispersés, utilisés en renfort des défenses d'infanterie ou comme pièces d'artillerie fixes dans des positions enterrées.
La défense de Budapest (décembre 1944 — février 1945)
Lors du siège de Budapest (26 décembre 1944 — 13 février 1945), quelques Turán I et II participent aux combats de rue dans la ville encerclée. Dans ce contexte, le 40 mm redevient utile — en tir tendu contre les positions d'infanterie et les points d'appui dans les bâtiments, à des distances de 100 à 500 mètres. Plusieurs Turán sont détruits par des Panzerfausts alliés aux fantassins soviétiques — leur protection latérale de 25 mm est totalement insuffisante contre ces charges creuses.
Quelques-uns des derniers Turán en service se rendent aux forces soviétiques le 21 mars 1945 à Bratislava, aux côtés du dernier canon d'assaut Zrínyi encore opérationnel — une fin symbolique pour ces chars qui avaient porté l'espoir de l'industrie blindée hongroise.
 Les Schürzen — une amélioration tardive
À partir de l'automne 1944, une partie des Turán I et II reçoivent des jupes de protection latérales (Schürzen) inspirées du système allemand. Ces plaques d'acier de 8 mm, parfois ajourées à la manière des derniers Schürzen allemands en grillage, ont pour seul objectif de faire détonner prématurément les charges creuses (Panzerfaust, obus HEAT) avant qu'elles n'atteignent le blindage principal. Tout concept de blindage additionnel contre les obus perforants est abandonné — la plaque de 8 mm ne résiste à rien.
La mise en oeuvre des Schürzen n'est pas achevée à la fin du conflit : certains Turán en sont totalement équipés (caisse et tourelle), d'autres partiellement (tourelle seulement), et beaucoup n'en reçoivent jamais. Cette inégalité reflète les difficultés industrielles croissantes de la Hongrie en 1944-1945.
Versions de la famille Turán
41M Turán II — canon de 75 mm court
Avant même que le Turán I ne soit pleinement en service, les ingénieurs hongrois comprennent que le 40 mm est insuffisant. Dès mai 1941, l'État-Major demande une version armée d'un canon de 75 mm. Le 41M Turán II, qui apparaît en mai 1943, conserve le châssis du Turán I avec un moteur et un poids identiques, mais monte une tourelle agrandie abritant un canon court 41M 75/25 de 75 mm L/30.6, dérivé du canon de campagne austro-hongrois 8 cm Feldkanone M18 de la Première Guerre mondiale.
Malgré l'amélioration, le 75 mm court est une arme à faible vélocité (395 m/s) dont la pénétration antichar reste insuffisante : il ne peut percer le blindage frontal d'un T-34 qu'à bout portant. En revanche, son obus HE est nettement plus efficace contre l'infanterie et les positions non blindées. Au total, 139 Turán II sont produits entre 1943 et 1944, avant l'occupation soviétique de la Hongrie.
43M Turán III — prototype non abouti
Le 43M Turán III représente la tentative ultime d'adaptation du châssis à l'évolution du conflit. Il monte un canon long de 75 mm L/43 — dérivé du KwK 40 allemand utilisé sur le Panzer IV — dans une nouvelle tourelle avec des jupes intégrées dès la conception. Un seul prototype est construit en 1944. La pénétration de ce canon long (environ 100 mm à 500 m) l'aurait rendu enfin compétitif face au T-34. Mais en mars 1944, l'Allemagne occupe militairement la Hongrie et interdit toute nouvelle production de chars, limitant l'industrie hongroise à la fabrication de pièces détachées. Le programme Turán III est abandonné.
Le Zrínyi II — canon d'assaut dérivé
Le châssis du Turán est la base du Zrínyi II (Rohambüveg), un canon d'assaut analogue au Sturmgeschütz allemand. Il monte un obusier court de 105 mm dans la caisse sans tourelle traversable — une arme d'appui d'infanterie très efficace. Le Zrínyi II est considéré comme la réussite la plus aboutie de l'industrie blindée hongroise — mieux armé que le Turán pour le soutien d'infanterie et plus robuste en combat défensif. Environ 72 exemplaires sont produits.
Caractéristiques

Poids en ordre de combat 18.7t
Longueur 5.5m sans canon
Largeur 2.5 à 3.3 avec Schürzen
Hauteur 2.3
Motorisation Manfréd Weiss Z — V8 essence refroidi par eau, 260 ch à 2 200 tr/min
Vitesse  47kms/h et 22/30 kms en tout terrain
Automonie   165kms avec  265  litres
Gue  1.65 
Talus 0.7m
Armement  
40 mm MÁVAG 41M (L/45) — antichar et anti-infanterie  101 coups embarqués — obus AP, HE, fumigène debatement -10° / +20° Tourelle 360°  mais rotation manuelle
Mitrailleuse coaxiale 8 mm Gebauer 34/40M — 3 200 coups embarqués
Mitrailleuse de coque 8 mm Gebauer 34/40M — servant dédié (mitrailleur)
 Survivants  un seul  Turán a été conservé
L'unique Turán survivant est un 41M Turán II capturé par les forces soviétiques lors des combats finaux de 1944-1945 en Hongrie. Il a été transporté en Union soviétique et exposé pendant des décennies au célèbre musée de blindés de Kubinka, près de Moscou — l'une des collections de chars de la Seconde Guerre mondiale les plus riches au monde. Depuis environ 2019, le Turán II a été transféré vers le parc Patriot (Patriot Park), la nouvelle grande installation muséale militaire russe construite à Kubinka.
Outre le soviétique, d'autres exemplaires ont été capturés mais n'ont pas survécu. Suite au coup d'État roumain d'août 1944, les forces roumaines passées à l'ennemi s'emparent d'un nombre indéterminé de Turán, Toldi et d'un Zrínyi dans les combats de Transylvanie. Ces véhicules sont utilisés brièvement par l'armée roumaine — probablement jusqu'à épuisement des munitions et des pièces  puis mis au rebut.
En Tchécoslovaquie, lors de la capitulation finale en mai 1945, trois Turán (probablement des I ou II) sont capturés codés H-803, H-822 et 1H-203. Usés par la longue retraite, ces exemplaires sont examinés par les ingénieurs tchécoslovaques puis ferraillés. Aucun n'a survécu.
Conclusion
Le 40M Turán I est unanimement jugé obsolète pour les combats de 1943-1945 sur le front de l'Est. Ses faiblesses sont structurelles et connues dès avant sa mise en service : un canon trop léger, un blindage vertical donc peu efficace, et des capacités tout-terrain inférieures à ses adversaires. Les Soviétiques le surnommaient parfois avec mépris des termes équivalents à 'boîtes de conserve'.
Mais il représente l'effort industriel remarquable d'un pays de taille modeste qui n'avait aucune expérience de construction de chars. La Hongrie a réussi à concevoir, adapter et produire un véhicule blindé de combat dans des délais courts, avec des ressources limitées, et à l'engager pendant deux années de combat intense. Dans des missions adaptées  appui d'infanterie, combat contre les blindés légers soviétiques (T-60, T-70), défense de positions 
 Le Turán enHongrie, le Turán  comme le Toldi et le Zrínyi  occupe une place particulière dans la mémoire militaire nationale. Ces chars sont les seuls véhicules blindés conçus et produits par l'industrie hongroise — une fierté industrielle qui transcende les résultats militaires mitigés. Des associations de reconstitution historique et des passionnés de maquettisme maintiennent vivant le souvenir de ces engins, et leur présence dans des jeux comme War Thunder a contribué à les faire connaître d'un public international.