Historique
Les Turán I et II (en parc mixte à partir de 1943) sont utilisés par trois grandes unités de la Magyar Királyi Honvédség (Armée royale hongroise) :
1re Division blindée entre 1943 /45 sur le front Est Galicie et en Hongrie
2e Division Blindée 1944 1945 Galicie (avril 1944), Torda, Debrecen, Budapest
1e Division de Cavalerie 1944 /1945 Appui aux opérations de cavalerie mécanisée
Toutefois à partir de 1943-1944, les unités hongroises reçoivent en complément des chars allemands — principalement des Panzer IV Ausf. H et J, et quelques Panther. Cette cohabitation pose des problèmes logistiques (deux filières de pièces détachées et de munitions différentes) mais améliore la capacité antichar des formations. Les commandants hongrois apprennent rapidement à utiliser les Turán dans les rôles d'appui d'infanterie et de lutte contre les blindés légers soviétiques, réservant les Panzer IV aux engagements antichar lourds.Un esprit de corps solide se forge entre soldats hongrois et allemands combattant ensemble depuis des mois
Organisation type d'un bataillon de chars
Un bataillon de chars hongrois équipé de Turán I comprenait typiquement trois compagnies de chars, chacune dotée de 11 à 17 chars selon la période et les disponibilités. Une compagnie de commandement avec 3 à 5 chars (dont des P.K.) complétait le bataillon. En théorie, un bataillon pouvait aligner 35 à 50 Turán. En pratique, les pertes et les pannes mécaniques réduisaient constamment ces effectifs.
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Compagnie de commandement : 3 à 5 Turán I P.K. (commandement)
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1re Compagnie de chars : 11 à 17 Turán I (ligne)
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2e Compagnie de chars : 11 à 17 Turán I (ligne)
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3e Compagnie de chars : 11 à 17 Turán I (ligne)
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Peloton de reconnaissance : Toldi légers
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Appui : pièces antichar, canons d'assaut Zrínyi
Le Turán I entre en service opérationnel dans les unités hongroises à partir de fin 1942, mais son premier engagement au combat significatif n'intervient qu'au printemps 1944. Le 17 avril 1944, la 2e Division blindée hongroise lance une contre-offensive depuis Solotwina (Galicie, Ukraine occidentale) en direction de la rivière Bistrica. La force comprend 31 Turán I et 17 Turán II, ainsi que des Toldi et des pièces d'accompagnement.
Les résultats sont catastrophiques. Les Turán affrontent des T-34/76 et des IS-2 soviétiques dans des terrains boisés et montagneux pour lesquels ils ne sont pas conçus. Le canon de 40 mm du Turán I se révèle impuissant contre le blindage frontal des T-34 à des distances normales de combat, tandis que le 76 mm soviétique perce le blindage hongrois à plus de 1 000 mètres. La 2e Division blindée perd les trois quarts de ses effectifs en quelques jours — une saignée dont elle ne se remettra jamais complètement.
La bataille de Torda (septembre-octobre 1944)
Après le coup d'État roumain du 23 août 1944 qui retourne la Roumanie contre l'Axe, les forces soviéto-roumaines pénètrent en Transylvanie — territoire sous administration hongroise depuis le Second Arbitrage de Vienne de 1940. Les Turán I et II participent aux combats acharnés pour la ville de Torda (aujourd'hui Turda, Roumanie), une position stratégique dans les défilés transylvains.
La ville est prise par les Roumains puis reprise par les Hongrois le 20 septembre, et les combats durent jusqu'à début octobre dans des conditions de plus en plus difficiles. Les Turán se retrouvent dans le rôle inhabituel de chars d'appui urbain, utilisant leurs canons en tir direct contre les fortifications et les positions d'infanterie — une mission pour laquelle le 40 mm est certes plus adapté que pour l'antichar pur. Sur les 52 Turán I perdus à Torda, la majorité sont détruits par l'artillerie soviétique et les canons antichar, non par les chars.
La bataille de Debrecen (octobre 1944)
En octobre 1944, les dernières formations blindées hongroises engagées à taille significative participent à la bataille de Debrecen — grande ville de la plaine hongroise, noeud ferroviaire et administratif crucial. Les Turán I restants — de moins en moins nombreux — y affrontent les colonnes soviétiques dans des plaines ouvertes où leurs limitations sont cruellement exposées : portée effective insuffisante, vitesse inférieure à celle des T-34, protection insuffisante contre les canons antichar soviétiques de 76 mm et 85 mm.
Après Debrecen, les forces blindées hongroises ne constituent plus une masse de manoeuvre cohérente. Les chars survivants sont dispersés, utilisés en renfort des défenses d'infanterie ou comme pièces d'artillerie fixes dans des positions enterrées.
La défense de Budapest (décembre 1944 — février 1945)
Lors du siège de Budapest (26 décembre 1944 — 13 février 1945), quelques Turán I et II participent aux combats de rue dans la ville encerclée. Dans ce contexte, le 40 mm redevient utile — en tir tendu contre les positions d'infanterie et les points d'appui dans les bâtiments, à des distances de 100 à 500 mètres. Plusieurs Turán sont détruits par des Panzerfausts alliés aux fantassins soviétiques — leur protection latérale de 25 mm est totalement insuffisante contre ces charges creuses.
Quelques-uns des derniers Turán en service se rendent aux forces soviétiques le 21 mars 1945 à Bratislava, aux côtés du dernier canon d'assaut Zrínyi encore opérationnel — une fin symbolique pour ces chars qui avaient porté l'espoir de l'industrie blindée hongroise.
Les Schürzen — une amélioration tardive
À partir de l'automne 1944, une partie des Turán I et II reçoivent des jupes de protection latérales (Schürzen) inspirées du système allemand. Ces plaques d'acier de 8 mm, parfois ajourées à la manière des derniers Schürzen allemands en grillage, ont pour seul objectif de faire détonner prématurément les charges creuses (Panzerfaust, obus HEAT) avant qu'elles n'atteignent le blindage principal. Tout concept de blindage additionnel contre les obus perforants est abandonné — la plaque de 8 mm ne résiste à rien.
La mise en oeuvre des Schürzen n'est pas achevée à la fin du conflit : certains Turán en sont totalement équipés (caisse et tourelle), d'autres partiellement (tourelle seulement), et beaucoup n'en reçoivent jamais. Cette inégalité reflète les difficultés industrielles croissantes de la Hongrie en 1944-1945.
Versions de la famille Turán
41M Turán II — canon de 75 mm court
Avant même que le Turán I ne soit pleinement en service, les ingénieurs hongrois comprennent que le 40 mm est insuffisant. Dès mai 1941, l'État-Major demande une version armée d'un canon de 75 mm. Le 41M Turán II, qui apparaît en mai 1943, conserve le châssis du Turán I avec un moteur et un poids identiques, mais monte une tourelle agrandie abritant un canon court 41M 75/25 de 75 mm L/30.6, dérivé du canon de campagne austro-hongrois 8 cm Feldkanone M18 de la Première Guerre mondiale.
Malgré l'amélioration, le 75 mm court est une arme à faible vélocité (395 m/s) dont la pénétration antichar reste insuffisante : il ne peut percer le blindage frontal d'un T-34 qu'à bout portant. En revanche, son obus HE est nettement plus efficace contre l'infanterie et les positions non blindées. Au total, 139 Turán II sont produits entre 1943 et 1944, avant l'occupation soviétique de la Hongrie.
43M Turán III — prototype non abouti
Le 43M Turán III représente la tentative ultime d'adaptation du châssis à l'évolution du conflit. Il monte un canon long de 75 mm L/43 — dérivé du KwK 40 allemand utilisé sur le Panzer IV — dans une nouvelle tourelle avec des jupes intégrées dès la conception. Un seul prototype est construit en 1944. La pénétration de ce canon long (environ 100 mm à 500 m) l'aurait rendu enfin compétitif face au T-34. Mais en mars 1944, l'Allemagne occupe militairement la Hongrie et interdit toute nouvelle production de chars, limitant l'industrie hongroise à la fabrication de pièces détachées. Le programme Turán III est abandonné.
Le Zrínyi II — canon d'assaut dérivé
Le châssis du Turán est la base du Zrínyi II (Rohambüveg), un canon d'assaut analogue au Sturmgeschütz allemand. Il monte un obusier court de 105 mm dans la caisse sans tourelle traversable — une arme d'appui d'infanterie très efficace. Le Zrínyi II est considéré comme la réussite la plus aboutie de l'industrie blindée hongroise — mieux armé que le Turán pour le soutien d'infanterie et plus robuste en combat défensif. Environ 72 exemplaires sont produits.
Caractéristiques