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Stabiae offre la clé pour comprendre comment vivait l'élite, la haute société qui investissait d'immenses ressources pour construire des villas de rêve avec fresques, mosaïques, jardins, nymphées et belvédères pour recevoir ses invités.
La Villa San Marco est notamment remarquable pour être la plus grande villa de villégiature de toute la région de Campanie et le principal site des fouilles de Stabiae. La villa est en excellent état de conservation après avoir été ensevelie sous des mètres de cendres pendant plusieurs siècles.
Stabiae
Stabiae joua un rôle stratégique et commercial important dès l'âge archaïque. La plus grande concentration de villas eut lieu entre la destruction de la ville par Lucius Cornelius Sulla en 89 av. J.-C. et l'éruption du Vésuve en 79 ap. J.-C. Sur le bord nord de la colline de Varano, de nombreuses villae furent construites dans une position panoramique, conçues principalement à des fins résidentielles, avec de grandes pièces d'habitation, des thermes, des portiques et des nymphées magnifiquement décorés.
Pline l'Ancien rapporta que la ville avait été reconstruite après sa destruction et était devenue une station balnéaire pour les riches Romains, avec de luxueuses villas s'étendant sur toute la côte sur plusieurs kilomètres, toutes ayant une superbe vue panoramique sur la baie de Naples.
Histoire de la villa
La Villa San Marco tire son nom d'une chapelle dédiée à saint Marc construite au XVIIIe siècle à proximité du site. Elle fut découverte entre 1749 et 1754 lors des fouilles bourboniennes, puis étudiée de manière systématique entre 1950 et 1962.
La villa fut bâtie à l'époque d'Auguste. Au Ier siècle ap. J.-C., le noyau d'origine fut agrandi par l'adjonction d'un grand jardin avec portique, d'une loggia et l'aménagement d'une piscine entourée de deux rangées de platanes.
La villa fut édifiée sur deux niveaux dans un style architectural somptueux, l'ensemble de la résidence occupant une superficie de plus de 11 000 m2
Cette villa devait apartenir à Narcisse, un ancien esclave affranchi de l'empereur Claude, devenu l'un des hommes les plus puissants et les plus riches de Rome. Près de l'autel réservé au culte des dieux lares, se trouvent deux socles qui supportaient autrefois un coffre-fort d'une taille particulièrement volumineuse.
Architecture
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L'organisation planimetrique de la villa se développe selon un double orientation : la majeure partie du complexe suit le tracé de la colline, avec les espaces les plus représentatifs en position panoramique sur la mer. Le secteur thermal suit en revanche l'orientation de l'implantation urbaine, comme l'attestent les relevés de Carlo Weber de 1759
La villa est organisée en quartiers d'orientation différente : en face, le quartier de la piscine avec le nymphée en demi-cercle et un immense triclinium donnant sur la baie ; à droite, le portique en forme de U dont il manque la galerie droite ; à gauche, le quartier des bains ; en oblique en haut, l'atrium — partie la plus ancienne — donnant sur une rue de l'antique Stabiae.
La piscine et le nymphée qui sont le cœur de la villa
C'est l'élément le plus spectaculaire de la villa. Au centre se trouvait un jardin avec portique, une loggia (galerie supérieure) et surtout une piscine longue et étroite, entourée de deux rangs de platanes et terminée par un nymphée : un hémicycle de 28,50 m de largeur, rythmé par 8 niches séparées par des colonnes engagées et comportant un décor original associant stuc coloré, mosaïque murale et peintures de IVe style
La galerie au nord de la piscine était scandée de médaillons représentant des paysages avec des villas romaines. Si certaines avec leur façade courbe paraissent imaginaires, d'autres ressemblent avec leur portique à la villa San Marco elle-même. Une mise en abyme fascinante : la villa se représentant elle-même dans ses propres fresques.
C'est de ce nymphée que proviennent les célèbres mosaïques en pâte de verre dont nous avons parlé, dont celle représentant l'Enlèvement d'Europe — aujourd'hui au Musée Condé de Chantilly — et Frixus et Hellé au MANN de Naples.
Le complexe thermal
Parmi les éléments les plus significatifs de la villa figurent les thermes privés, avec calidarium, tepidarium et frigidarium. Il est particulièrement intéressant de visiter le caldarium où l'on peut voir un dispositif très efficace pour maintenir l'eau bien chaude .De chaque côté du nymphée se trouvaient des appartements exposés différemment : l'un bien exposé au soleil pour l'hiver, l'autre dans la pénombre pour l'été — une conception climatique sophistiquée typique de l'architecture de villégiature romaine.
La cuisine
La villa compte une immense cuisine où l'on peut encore voir le banc de cuisson l'un des éléments les mieux conservés du site, témoignant de l'organisation des espaces de service dans une grande villa aristocratique romaine.
L'atrium c'est le noyau le plus ancien
L'atrium, décoré d'un socle noir avec centaures et panthères, constitue la partie la plus ancienne de la villa, orientée différemment du reste du complexe et donnant sur une rue de l'antique Stabiae.
Les fresques
L'intérêt premier de Stabiae réside dans ses fresques, issues d'une « grande école de peinture » originale par rapport aux « centres provinciaux » que sont Pompéi et Herculanum. Ces fresques sont à voir principalement au Musée Archéologique National de Naples. Military Factory
Les fresques de la Villa San Marco décorent les murs des pièces, représentant des scènes mythologiques et des paysages. La villa compte un grand nombre de pièces dont certaines étaient décorées de magnifiques fresques, sculptures et mosaïques qui n'ont rien à envier à celles découvertes à Pompéi et Herculanum.
Le projet RAS
Depuis les années 2000, le projet Restoring Ancient Stabiae (RAS), collaboration italo-américaine, s'attèle à la conservation et à la mise en valeur du site. La Villa San Marco et son nymphée constituent les priorités absolues de ce programme.
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Les principaux colorants utilisés étaient des oxydes métalliques :
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Le Bleu Égyptien; C'est la couleur reine des nymphées
Il est obtenu par un mélange de sable siliceux, de calcium, de cuivre et de fondants comme des cendres végétales, porté à haute température (autour de 900°C) pendant 24 à 48 heures. Le produit final se présentait le plus souvent sous forme de petites boulettes de deux à trois centimètres de diamètre. Des ateliers italiens fabriquaient du bleu égyptien, notamment dans la région de Naples, en Campanie, d'où il était exporté vers les autres régions d'Europe.
Le bleu égyptien était produit par cuisson d'un minerai de cuivre — silicate de calcium cuivre CaCuSi?O?? — avec un fondant, des sables siliceux et des roches calcaires, ce qui en fait une sorte de verre coloré. Il est considéré comme le premier pigment synthétique de l'histoire. Vitruve le mentionne sous le nom de cœruleum, mais aussi de « bleu d'Alexandrie », « bleu vestorien » ou « bleu de Pouzzoles ».
La fabrication des tesselles
La mise en œuvre de pièces en verre mosaïqué exigeait plusieurs étapes successives. La première consistait à étirer des baguettes de verre puis à les tronçonner en petits morceaux. Ces rondelles, qui pouvaient être de couleurs et de dessins différents, étaient disposées sur un support de céramique. L'ensemble était porté au four pour obtenir un disque homogène. Après cette étape de fusion venait une étape de thermoformage au cours de laquelle le disque était mis en place sur une forme préfigurant l'état final de l'objet.
Le processus complet de fabrication des tesselles se déroulait en plusieurs étapes :
Étape 1 — Fusion : les matières premières (sable, natron, chaux, colorants) sont chauffées ensemble dans un four à 1 000-1 200°C jusqu'à obtention d'une masse vitreuse homogène.
Étape 2 — Formage : la masse en fusion est coulée ou soufflée en plaques, baguettes ou lingots selon l'usage prévu.
Étape 3 — Découpe des tesselles : les plaques refroidies sont découpées en petits cubes — les tesselles — à l'aide d'un ciseau et d'un marteau (en latin tesserae = petits cubes). Pour la mosaïque murale des nymphées, elles étaient souvent très petites (5 à 15 mm de côté).
Étape 4 — Dorure (optionnel) : pour les tesselles dorées, une feuille d'or était prise en sandwich entre deux couches de verre fondu — technique visible dans les mosaïques byzantines ultérieures.
La mise en place
La mise en œuvre de la mosaïque en pâte de verre différait selon le support et la destination :
Pour les sols (opus tessellatum) Le mosaïste travaillait sur un lit de mortier composé de trois couches successives :
Le statumen : couche de base en pierres et moellons
Le rudus : couche intermédiaire de mortier grossier
Le nucleus : couche fine de mortier de finition sur laquelle les tesselles étaient posées
Pour les murs et nymphées (opus musivum) Les Romains se servirent des tesselles en verre essentiellement pour les bassins et les fontaines, afin de donner un bel aspect à l'eau grâce à la réfraction de la lumière
Pour les parois verticales comme les nymphées de la Villa San Marco, la technique différait :
Le mortier était appliqué en couches successives sur le mur
Les tesselles étaient enfoncées dans le mortier encore frais en biais — légèrement inclinées — pour maximiser la capture et la réflexion de la lumière
Des coquillages et des fragments de pierre ponce volcanique étaient souvent intégrés entre les tesselles pour accentuer l'effet de grotte marine
L'inclinaison des tesselles c'est la que reside tout le secret de la lumière
C'est le détail technique le plus fascinant de la mosaïque en pâte de verre pour nymphées. Les tesselles n'étaient pas posées à plat, mais inclinées à des angles différents selon leur position dans la composition :
Les tesselles du fond étaient légèrement inclinées vers le bas pour refléter la lumière vers le spectateur Celles des côtés étaient inclinées latéralement Cette disposition créait un scintillement changeant selon l'angle d'observation et la source lumineuse soleil, torches ou reflets de l'eau
C'est précisément pour cette raison que les nymphées en pâte de verre étaient si recherchés : ils transformaient la lumière naturelle en un spectacle de miroitements perpétuellement changeant, imitant le fond d'une source sacrée ou d'une grotte sous-marine.
La palette des nymphées vésuviens
Les mosaïques de nymphées comme celles de la Villa San Marco employaient une gamme chromatique précise et codifiée :
CouleurEffet recherchéPlacement typiqueBleu égyptien profondEau, ciel, profondeur marineFond des nichesVert cuivreVégétation aquatique, alguesBorduresBlanc opaqueÉcume, lumièreRehauts et sailliesJaune/orLumière solaire, richesseFilets décoratifsRouge/brunTerre, corps des personnagesScènes figuréesNoir Contours, ombres Délimitation des motifs
La renaissance de la pâte de verre — De Murano à l'Art Nouveau
Ce type de verre fut remis en pratique à la fin du XIXe siècle par le verrier vénitien Vincenzo Moretti, dans le courant de redécouverte du verre antique.
C'est cet esprit d'innovation qui poussa la Maison Daum à investir dans la méthode de la pâte de verre coulée en 1906. Au début du XVIIIe siècle, la pâte de verre avait connu un regain d'intérêt, le duc d'Orléans encourageant la redécouverte de la technique et suivant les recherches du chimiste Hamberg.
La pâte de verre aujourd'hui
Les pâtes de verre ont été utilisées dans la mosaïque depuis l'Antiquité. Les artisans mosaïstes les utilisent aujourd'hui pour leur éclat et leur durabilité. Teintées dans la masse, elles présentent une luminosité et une brillance qui reflètent la lumière de manière unique, et peuvent être coupées avec une pince Zag-Zag ou une pince à molette de type Leponitt.
Les grandes manufactures actuelles — notamment Murano en Italie et Briare en France — perpétuent cette tradition millénaire en produisant des tesselles en pâte de verre aux couleurs infiniment variées, utilisées aussi bien pour les mosaïques artistiques contemporaines que pour la restauration des mosaïques antiques.
La niche en pâte de verre fait partie du nymphée, dont les tesselles de verre coloré jouaient un rôle crucial : reflétant la surface de la grande piscine (environ 30 mètres de long) qui s'étendait devant, elles créaient un effet de miroitement entre l'eau réelle et l'eau évoquée par les couleurs — bleu égyptien, vert, blanc irisé — de la mosaïque. Le propriétaire et ses invités, déjeunant ou se reposant dans le jardin portiqué, voyaient ainsi se fondre piscine et nymphée dans un continuum visuel somptueux.En résumé, la niche RF 10014 est un fragment rescapé du programme décoratif le plus ambitieux de la Villa San Marco — ce nymphée semi-circulaire à huit exèdres qui servait à la fois de toile de fond mythologique à la grande piscine et de symbole ostentatoire de la richesse et du raffinement de son propriétaire.
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