
Article fait par :Claude Balmefrezol
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Les Codes secrets
Tableaux générés par IA sur mes Indications
Introduction
« Je sais ce que c'est ! » s'exclama Alexandre avec enthousiasme. « C'est un scytale ! »
- Quoi, quoi ?
— Une lettre au bout d'un bâton ! C'est ainsi que les Spartiates communiquaient des messages secrets.
— Mais comment font-ils ?
— Ils enroulent du parchemin ou du tissu, comme celui-ci, autour d'un bâton, tour après tour, comme un bandage, puis ils écrivent ce dont ils ont besoin le long du bâton, et si vous retirez la bande, toutes les lettres se mélangent, comme ici.
— Et on ne peut les lire que si on enroule à nouveau la bande sur le bâtonnet ?
- C'est exact ! Sur le même bâton, ou exactement sur le même.
« Mais nous ne savons pas quel genre de bâton il y avait ici », dit tristement Corinna en regardant avec confusion le morceau de tissu portant les lettres OANAENOPKTYNTYAYPOEYBPTEINLPURVGYACHLDIDI qu’elle serrait dans sa main.
Le Scytale
| Résumé du Scytale Envoi du message Les éphores prennent deux bâtons ronds de même longueur et de même épaisseur. Ils en conservent un et remettent l'autre au soldat qui part. Ces bâtons sont appelés scytales. Lorsqu'ils doivent communiquer un secret important, les éphores découpent une longue et étroite bande de papyrus, semblable à une ceinture, et l'enroulent autour de leur scytale, sans laisser d'espace, de sorte que toute la surface du bâton soit recouverte. Ensuite, sans retirer le papyrus, ils y écrivent le message. Une fois écrit, ils retirent la bande et l'envoient, sans le bâton, au général. Les lettres étant éparpillées et sans lien apparent, celui-ci ne peut les déchiffrer qu'en prenant sa scytale et en enroulant la bande découpée autour, en réarrangeant les spires de manière à ce que, en parcourant le bâton du regard, il puisse reconstituer le message. La bande de papyrus, tout comme le bâtonnet de bois, s'appelle une « scytale », de même que l'objet mesuré est appelé par sa mesure. |
Le codage des informations et le Scytale spartiate Ou le Baton de PlutarqueLa scytale spartiate et l’art du message secret dans l’Antiquité : vrai ou faux ?
En temps de guerre, il ne suffit pas de transmettre des messages sur de longues distances ; il faut aussi garantir la sécurité des messages envoyés par les messagers, c’est-à-dire les chiffrer afin que, s’ils tombent entre les mains de l’ennemi, celui-ci ne puisse les déchiffrer. Une telle méthode fut inventée par les Grecs anciens, et plus particulièrement par les Spartiates, qui créèrent un chiffrement d’une simplicité remarquable appelé la scytale (« bâton »). En cryptographie, on le nomme le chiffre spartiate. De plus, on pense que d’autres Grecs de l’Antiquité, comme eux, utilisèrent ce chiffrement lors d’opérations militaires pour échanger des messages.
On attribue généralement son invention aux Spartiates au IIIe siècle avant J.-C. Cependant, la première mention écrite connue du mot remonte à 650 avant J.-C., chez le poète grec Archiloque. Cent soixante-quinze ans plus tard, le poète Pindare l'utilise. On le retrouve ensuite dans les pièces du comédien Aristophane (« Les Oiseaux » – 414 avant J.-C. et « Lysistrata » – 411 avant J.-C.) et de Nicolas de Nicomaque (« La Naissance d'Aphrodite »). L'historien Thucydide, auteur de l'« Histoire de la guerre du Péloponnèse », mentionne la scytale à plusieurs reprises comme un moyen d'écriture secrète.
En 2014, un album de Blake et Mortimer a remis à la mode un objet que l’on croyait réservé aux manuels de cryptographie : la scytale, ce bâton autour duquel les Spartiates auraient enroulé leurs dépêches secrètes. Plutarque le décrit avec précision. Mais il écrit cinq siècles après les faits, et les auteurs contemporains de Sparte n’en disent rien de tel. Le dossier vaut d’être rouvert, car il conduit à tout ce que les Anciens ont imaginé pour qu’un message ne soit lu que par son destinataire : le cacher, le brouiller, le remplacer, ou le coder en signaux.
Ce que dit Plutarque
Le texte se trouve dans la Vie de Lysandre, au chapitre 19. Plutarque vient de raconter que les éphores, alertés par les plaintes du satrape Pharnabaze, rappellent à Sparte le vainqueur d’Athènes, vers 403 av. J.-C.
Ils le font par une scytale, et l’auteur s’interrompt pour expliquer à ses lecteurs ce dont il s’agit :
« Quand les éphores envoient un amiral ou un général, ils font tailler deux bâtons ronds, exactement égaux en longueur et en épaisseur. Ils en gardent un et donnent l’autre à celui qu’ils envoient. Ces bâtons, ils les appellent scytales. Lorsqu’ils veulent transmettre un secret d’importance, ils enroulent autour du leur une bande de parchemin longue et étroite comme une lanière, sans laisser aucun vide. Ils écrivent alors ce qu’ils veulent sur le parchemin ainsi enroulé, puis ils l’ôtent et l’envoient sans le bâton. Celui qui le reçoit ne peut rien en tirer, car les lettres, sans lien entre elles, sont dispersées, à moins de l’enrouler sur sa propre scytale : la spirale se reforme, ce qui suit rejoint ce qui précède, et il lit en tournant autour du bâton. » Plutarque, Lysandre, 19
Plutarque ajoute que la bande elle-même a fini par s’appeler scytale, « comme la chose mesurée prend le nom de la mesure ».
Quelques décennies plus tard, Aulu-Gelle donne dans les Nuits attiques (XVII, 9) une description identique : deux baguettes de même longueur et de même grosseur, une lanière de cuir enroulée, des lettres qui, une fois la lanière défaite, ne sont plus que des tronçons épars.
La suite du récit mérite d’être lue, car elle contient une vraie ruse, et ce n’est pas celle du bâton.
Inquiet, Lysandre demande à Pharnabaze d’écrire aux éphores une lettre qui le disculpe.
Le satrape s’exécute devant lui, mais il a préparé en secret une seconde lettre, d’aspect semblable, et substitue l’une à l’autre au moment d’apposer le sceau. Lysandre porte lui-même à Sparte sa propre accusation. Plutarque conclut par un proverbe : il avait voulu « jouer au Crétois avec un Crétois ».soit à malin malin et demi
C’est un proverbe grec : pros Krêta krêtizein, « crétiser face à un Crétois », c’est-à-dire vouloir tromper un trompeur. L’équivalent français serait « à malin, malin et demi ».Il repose sur la réputation des Crétois, qui passaient dans toute la Grèce pour des menteurs et des rusés. Le verbe krêtizein, « faire le Crétois », voulait tout simplement dire mentir. La formule la plus connue est attribuée au sage crétois Épiménide : « Les Crétois sont toujours menteurs. » Callimaque la reprend dans son Hymne à Zeus, en donnant la raison : ils prétendaient montrer chez eux le tombeau de Zeus, qui est immortel. Saint Paul la cite encore dans l’Épître à Tite, et les logiciens en ont tiré le paradoxe du menteur, puisque c’est un Crétois qui le dit.Dans le cas de Lysandre, le proverbe est mordant, car lui-même passait pour le plus rusé des Spartiates. Plutarque lui prête ce mot : là où la peau du lion ne suffit pas, il faut y coudre celle du renard. Il croit manœuvrer Pharnabaze en lui faisant écrire une lettre qui le blanchit, et c’est le satrape qui le roule en échangeant les lettres au moment du sceau. Le renard a trouvé plus renard que lui.
Comment fonctionne le bâton
Le principe est celui d’un chiffre par transposition : aucune lettre n’est changée, seul leur ordre est bouleversé. Prenons un message de vingt et une lettres, « Lysandre rentre à Sparte », et un bâton dont la circonférence laisse la place de trois lignes d’écriture. La bande fait sept tours. On écrit le long du bâton, une lettre par tour :
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tour 1 |
tour 2 |
tour 3 |
tour 4 |
tour 5 |
tour 6 |
tour 7 |
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Le message écrit sur la bande enroulée : trois lignes, sept tours.
Une fois la bande déroulée, les lettres se suivent tour après tour, c’est-à-dire colonne après colonne. On lit alors : LEAYRSSEPANANTRDRTREE. Le destinataire enroule la bande sur un bâton de même diamètre et les trois lignes se reforment. Avec un bâton plus gros ou plus mince, les lettres ne s’alignent plus.
La faiblesse du procédé saute aux yeux. La clef se réduit à un seul nombre, le diamètre du bâton, et il suffit d’essayer quelques grosseurs, ou de faire glisser la bande le long d’un cône, pour retrouver le texte.
Un adversaire patient y parvient en quelques minutes. C’est l’un des arguments de ceux qui doutent qu’un État aussi méfiant que Sparte ait confié ses secrets à un tel instrument.
Vrai ou faux
Ce que disent les contemporains
Le mot skytalè signifie simplement « bâton ». On le rencontre dès le VIIe siècle av. J.-C. chez Archiloque, puis chez Pindare, qui appelle un chef de chœur « scytale des Muses », autrement dit leur messager. Thucydide (I, 131) rapporte que les éphores envoient au régent Pausanias « un héraut et une scytale » pour lui ordonner de rentrer. Xénophon emploie le mot plusieurs fois dans les Helléniques pour désigner un ordre écrit des magistrats. Aristophane en tire une plaisanterie grivoise dans Lysistrata, lorsqu’un héraut spartiate prétend que ce qui déforme son manteau est une « scytale laconienne ».
Dans tous ces textes, la scytale est une dépêche officielle de Sparte, ou le bâton qui l’accompagne. Aucun ne parle de lettres brouillées ni de bande enroulée. Et le silence le plus gênant est celui d’Énée le Tacticien. Vers 350 av. J.-C., cet homme de guerre consacre un chapitre entier de son traité de défense des places aux moyens de faire passer un message secret.
Il en énumère une vingtaine, dont certains fort ingénieux. La scytale n’y figure pas.
Les témoignages tardifs
Le premier indice d’un usage cryptographique remonte au IIIe siècle av. J.-C., chez Apollonios de Rhodes, dans un passage connu seulement par une citation. Les deux descriptions détaillées, celles de Plutarque et d’Aulu-Gelle, datent des années 100 à 180 de notre ère. Entre Lysandre et Plutarque, il s’est écoulé à peu près autant de temps qu’entre Christophe Colomb et nous.
Le débat des modernes
En 1998, l’historien Thomas Kelly a rassemblé ces objections dans un article au titre sans détour, « The Myth of the Skytale ». Selon lui, la scytale n’a jamais été un instrument de chiffrement : c’était un bâton à message, et la machine à brouiller les lettres est une reconstruction d’érudits postérieurs, séduits par la réputation de secret qui entourait Sparte.
D’autres ont proposé une voie moyenne : le bâton n’aurait pas servi à cacher le texte, mais à l’authentifier, puisque seule une bande écrite sur un bâton du bon diamètre se relit correctement sur son jumeau. Plus récemment, une thèse de Martine Diepenbroek (Bristol, 2021) a plaidé en sens inverse et réhabilité l’instrument, en soutenant qu’il valait bien les autres chiffres de l’Antiquité et convenait aux communications lointaines.Verdict. Le bâton est vrai, le mot est ancien, et Sparte envoyait bien des scytales à ses généraux. Que ces scytales aient été chiffrées à l’époque de Lysandre, rien ne le prouve et plusieurs indices s’y opposent. Le procédé décrit par Plutarque est en revanche parfaitement réalisable, et il a pu exister à l’époque hellénistique. Le « bâton de Plutarque » porte donc bien son nom : c’est d’abord celui de Plutarque.
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Un inconvénient de la scytale résidait dans la relative facilité avec laquelle on pouvait déchiffrer ce type de cryptographie. Il était évident que la bande de texte était enroulée autour d'un « bâtonnet » d'un diamètre précis, ni trop petit ni trop grand. Le message pouvait donc être déchiffré en choisissant simplement des « bâtonnets » de diamètres différents. Toutefois, pour ce faire, il fallait en avoir sous la main ou rouler un morceau de cuir en tube, en augmentant progressivement son diamètre.
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Vous avez 2 ecoles la Cryptographie et la Stéganographie (Masquage physique)
Voyons la cryptographie pour commencer ou cacher plutôt que chiffrer : les ruses d’Hérodote
Les plus anciennes histoires grecques de messages secrets ne relèvent pas du chiffre, mais de la cachette. Hérodote en raconte trois, devenues des classiques.
Le lièvre d’Harpage. Vers 550 av. J.-C., le noble mède Harpage veut pousser Cyrus à la révolte. Les routes étant gardées, il ouvre le ventre d’un lièvre sans l’abîmer, y glisse sa lettre, recoud la bête et la confie à un serviteur déguisé en chasseur, avec ordre de dire à Cyrus de l’ouvrir de sa main et sans témoin (I, 123).
Le Chiffre de César (Rome antique) Le cas le mieux documenté est romain. Suétone rapporte que César, dans ses lettres à ses proches, chiffrait ce qui devait rester confidentiel :
Le principe : Il s'agit d'un décalage fixe des lettres de l'alphabet. Le "Code César" classique appliquait un décalage de 3 rangs.
Exemple : La lettre A devenait un D, le B devenait un E, et ainsi de suite. Si le texte atteignait la fin de l'alphabet, on recommençait au début (le Z devenait un C).
« Il y écrivait par signes convenus, c’est-à-dire en disposant les lettres de telle façon qu’on ne pût former aucun mot. Si l’on veut les déchiffrer, il faut changer la quatrième lettre de l’alphabet, c’est-à-dire D, en A, et de même pour les autres. » Suétone, César, 56
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clair |
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Le chiffre de César appliqué à notre alphabet de vingt-six lettres : chaque lettre est remplacée par la troisième suivante.
Avec ce décalage, « ALEA JACTA EST » devient « DOHD MDFWD HVW ». Aulu-Gelle confirme l’existence de ces lettres, adressées à Oppius et à Balbus, qui géraient les affaires de César en son absence, et précise que le grammairien Probus avait rédigé un commentaire, aujourd’hui perdu, sur leur écriture secrète. Auguste usait d’un système plus simple encore : il écrivait B pour A, C pour B, et un double A pour X (Suétone, Auguste, 88).
César connaissait un autre moyen, plus expéditif. En 54 av. J.-C., pendant que les Nerviens assiègent le camp de Quintus Cicéron, il lui fait parvenir un billet « écrit en lettres grecques », pour que l’ennemi ne puisse le comprendre s’il l’intercepte. Le cavalier gaulois chargé de le porter, n’osant approcher, l’attache à la courroie d’un javelot et le lance dans le camp, où il reste fiché dans une tour et n’est remarqué que le troisième jour (Guerre des Gaules, V, 48).
Coder pour signaler : le carré de Polybe
Reste le problème de la distance. Les feux de signalisation sont très anciens, mais un feu ne dit qu’une chose convenue d’avance : l’ennemi est là, la ville est prise. Polybe, au livre X de ses Histoires, expose deux tentatives pour leur faire dire davantage.
La première est celle d’Énée le Tacticien. Les deux postes disposent de vases identiques, percés du même trou et remplis d’eau, où flotte un bouchon portant une tige graduée ; chaque graduation correspond à un événement prévu, cavaliers, fantassins, navires, blé. Au signal convenu, on laisse l’eau s’écouler des deux côtés à la fois ; quand l’émetteur relève sa torche, on arrête, et la graduation qui affleure désigne le message. Le système reste limité à ce qu’on a pensé à inscrire.
La seconde, due à Cléoxène et Démocleitos et perfectionnée par Polybe lui-même, permet de tout dire. On répartit les vingt-quatre lettres sur cinq tablettes. Chaque poste est équipé d’une lunette de visée à deux tubes et de deux écrans derrière lesquels on lève et on abaisse les torches. Les torches levées à gauche indiquent la tablette, celles de droite le rang de la lettre.
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torches à droite → |
1 |
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tablette 1 |
Α |
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Δ |
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tablette 2 |
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Θ |
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tablette 3 |
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tablette 4 |
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Υ |
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tablette 5 |
Φ |
Χ |
Ψ |
Ω |
Les cinq tablettes de Polybe. Pour kappa : deux torches à gauche, cinq à droite. Pour rhô : quatre à gauche, deux à droite.
Polybe ne cache pas que la méthode exige beaucoup de torches et des opérateurs exercés ; il recommande donc d’abréger les messages et de s’entraîner. Son carré n’est pas un chiffre, puisque le code est public. Mais c’est la première fois qu’un alphabet est traduit en couples de nombres, et l’idée a traversé les siècles : les prisonniers qui communiquent en frappant sur les murs de leur cellule, de la Russie tsariste au Viêt Nam, utilisent exactement cette grille.
La Stéganographie (Masquage physique) qui contrairement à la cryptographie qui rend un message illisible, la stéganographie consiste à dissimuler l'existence même du message
Le crâne de l’esclave. En 499 av. J.-C., Histiée de Milet, retenu à la cour de Darius, veut donner à son gendre Aristagoras le signal du soulèvement de l’Ionie. Il rase la tête de son esclave le plus sûr, y tatoue le message, attend que les cheveux repoussent et l’envoie à Milet avec une seule consigne : demander qu’on lui rase la tête (V, 35). Aulu-Gelle, qui reprend l’histoire, ajoute un détail : l’esclave souffrait des yeux, et on lui fit croire que c’était un remède.
La tablette de Démarate. Peu avant 480 av. J.-C., le roi spartiate en exil Démarate apprend à Suse que Xerxès prépare l’invasion de la Grèce. Il gratte la cire d’une tablette double, grave son avertissement à même le bois, puis recouvre le tout de cire vierge. La tablette arrive à Sparte, apparemment vide, et personne ne comprend. C’est Gorgo, fille de Cléomène et femme de Léonidas, qui devine qu’il faut gratter la cire (VII, 239). Aulu-Gelle rapporte le même procédé à propos d’un Carthaginien, peut-être Hasdrubal, sans être sûr du nom.
Ces trois récits reposent sur la même idée : le message est en clair, mais l’adversaire ne sait pas qu’il existe. Les modernes appellent cela la stéganographie, l’« écriture couverte », par opposition à la cryptographie, où le message est visible mais illisible.
Le catalogue d’Énée le Tacticien
Le chapitre 31 de la Poliorcétique d’Énée est le premier traité de communication secrète qui nous soit parvenu. L’auteur écrit pour des cités assiégées, où le danger vient autant des traîtres de l’intérieur que de l’ennemi du dehors. Il ne théorise pas, il énumère. On y trouve :
le livre pointé : on marque d’un point discret, de loin en loin, les lettres d’un livre ou d’une lettre banale ; le destinataire relève les lettres marquées et reconstitue le message ;
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Historiquement, cette méthode porte un nom bien précis : le code à pointé ou le système du livre pointé (parfois associé à la technique du « point de Bacon » ou à des variantes du chiffre de Cardan lorsqu'on utilise une grille).
L'historien grec Hérodote rapporte des usages similaires dès l'Antiquité, mais cette méthode a été particulièrement utilisée par les espions et les prisonniers politiques à travers les siècles. Plus récemment (au XIXe siècle), avant l'invention du timbre-poste moderne, les citoyens britanniques utilisaient cette ruse : comme le transport des lettres était payé par le destinataire en fonction du nombre de pages, les gens s'envoyaient des journaux (dont le transport était gratuit). Ils y pointaient discrètement des lettres pour écrire un message. Le destinataire lisait le message secret à travers les points et refusait ensuite le journal pour ne rien payer ! |
la sandale : une feuille d’étain battu, qui ne craint pas la boue, est cousue dans la semelle d’un messager à son insu ; on la retire pendant son sommeil et on y glisse la réponse ;
| Pour transmettre des informations capitales à travers les lignes ennemies sans éveiller les soupçons, on gravait ou écrivait le message sur une très fine feuille de métal (souvent du plomb ou de l'étain pour sa malléabilité et sa résistance à la corrosion), que l'on insérait secrètement entre deux couches de cuir de la semelle. Le messager ignorait ainsi totalement ce qu'il transportait, ce qui garantissait sa sincérité en cas de capture. |
la vessie : on écrit sur une vessie gonflée, on la dégonfle, on l’introduit dans une fiole, on la regonfle et on remplit d’huile ; l’écriture disparaît derrière le liquide ;
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C 'est Basé sur le principe de la réfraction de la lumière et de l'adaptation des indices de réfraction. Voici l'explication scientifique de ce phénomène : Lorsque la vessie est simplement gonflée d'air dans la fiole, l'air à l'intérieur et l'air à l'extérieur de la fiole ont le même indice de réfraction (environ 1,0). La lumière traverse le verre, l'air et la paroi de la vessie de manière presque rectiligne ou prévisible. Vos yeux reçoivent la lumière réfléchie par l'encre : l'écriture est parfaitement visible. La disparition peut s'expliquer par deux phénomènes physiques selon la position exacte de l'encre :
C'est le même principe physique qui permet de rendre un agitateur en verre totalement invisible lorsqu'on le plonge dans un verre de glycérine ou d'huile d'immersion ! |
Les pansements : de fines lamelles de plomb roulées en boucles d’oreilles, des feuilles écrites bandées sur une plaie ;
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L'utilisation d'un pansement ou d'un bandage comme objet de transport de messages secrets relève de la stéganographie, l'art de dissimuler un message au sein d'un objet anodin pour qu'il passe totalement inaperçu. |
le chien : la lettre est cousue dans son collier, et on le lâche pour qu’il retourne chez son ancien maître ;Cela est possible avec un pigeon voyageur
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Moyen de correspondance clandestin ou de contrebande, historique ou littéraire, utilisant le principe du chien messager ou du chien de retour. ou du Pigeon
Le principe repose sur l'instinct de retour (le sens de l'orientation) de l'animal : on l'éloigne de son foyer initial, on lui attache un message secret (souvent cousu à l'intérieur du collier pour le dissimuler aux autorités ou aux personnes indiscrètes), puis on le libère pour qu'il retourne d'où il vient et livre l'information. |
la flèche : le billet est enroulé autour de l’encoche et tiré vers un point convenu, comme au siège de Potidée ;
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Cette citation fait référence à une méthode historique de communication secrète et militaire : la flèche-missive (ou toxogramme), utilisée notamment durant l'Antiquité. Cette ruse a fonctionné pendant un certain temps, jusqu'au jour où le général perse rata sa cible. Au lieu d'atteindre le point de rendez-vous secret, sa flèche blessa accidentellement un habitant de Potidée à l'épaule. La foule accourut pour soigner le blessé, découvrit la flèche, remarqua le billet enroulé autour et l'apporta aux commandants de la ville. C'est ainsi que la trahison de Timoxène fut découverte. |
la tablette blanchie ou l’ex-voto repeint : le texte, recouvert d’un enduit, reparaît quand on trempe le bois dans l’eau ou dans l’huile.
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Cette méthode fait référence au concept de palimpseste ou plus précisément au procédé antique et médiéval de réutilisation des supports d'écriture (comme les tablettes de bois ou de cire), parfois associé à des techniques de révélation de messages secrets (stéganographie). |
Deux procédés vont plus loin et relèvent déjà du codage.
Le premier remplace les voyelles par des points, un pour alpha, deux pour epsilon et ainsi de suite, de sorte que seules les consonnes restent écrites.
Le second est un objet : un osselet, ou un disque de bois, percé de vingt-quatre trous qui valent pour les vingt-quatre lettres. On passe un fil de trou en trou dans l’ordre des lettres du message ; le destinataire défait le fil en notant les trous, et lit le texte à l’envers.
Énée reprend aussi à son compte l’histoire du crâne tatoué. Son silence sur la scytale n’en est que plus frappant.
Les encres invisibles
Le IIIe siècle av. J.-C. apporte la chimie. L’ingénieur Philon de Byzance décrit une encre faite de noix de galle broyées dans l’eau : invisible en séchant, l’écriture reparaît lorsqu’on passe sur la page une éponge imbibée d’une solution de vitriol. C’est la recette même de l’encre noire ordinaire, dont on a simplement séparé les deux ingrédients.
À Rome, le procédé passe de la guerre à l’amour. Ovide, au livre III de L’Art d’aimer, conseille aux femmes surveillées d’écrire avec du lait frais : la lettre trompe les yeux, et il suffit de la saupoudrer de poussière de charbon pour la lire. Il suggère aussi d’écrire sur le dos d’une complice. Pline l’Ancien signale que le suc laiteux du tithymale, une euphorbe, permet d’écrire sur la peau des caractères qui n’apparaissent que sous la cendre, et note que certains préfèrent s’adresser ainsi à leurs maîtresses plutôt que par des billets (XXVI, 62).7. Remplacer les lettres : de Jérémie à César
La substitution, qui consiste à mettre une lettre à la place d’une autre, est plus ancienne que la Grèce classique. Vers 1500 av. J.-C., un potier mésopotamien a consigné sur une tablette une recette de glaçure en employant les signes cunéiformes dans des valeurs inhabituelles, pour protéger son secret de fabrication. Dans la Bible, le livre de Jérémie désigne deux fois Babylone sous le nom de « Sheshak » : c’est Babel écrit en atbash, un système qui échange la première lettre de l’alphabet hébreu avec la dernière, la deuxième avec l’avant-dernière, et ainsi de suite.
Retour à Blake et Mortimer
Le Bâton de Plutarque, vingt-troisième album de la série, a été écrit par Yves Sente et dessiné par André Juillard d’après les personnages d’Edgar P. Jacobs. L’action se déroule au printemps 1944 et sert de prologue au Secret de l’Espadon. Deux frères, traîtres à l’Angleterre, s’y transmettent des renseignements dissimulés dans des colis à l’aide de scytales, et c’est Mortimer qui comprend le procédé. Le scénario oppose ainsi l’un des plus vieux chiffres connus à la machine Enigma, que l’on combat au même moment à Bletchley Park.
L’album est fidèle à Plutarque, et le procédé qu’il met en scène fonctionne réellement. Il illustre même, sans le dire, l’intérêt que le bâton conserve à l’époque des machines : un chiffre rudimentaire, s’il n’est pas soupçonné, passe là où un message manifestement codé attirerait l’attention. C’est la leçon d’Hérodote et d’Énée plus que celle des cryptographes : le meilleur secret est celui dont l’adversaire ignore l’existence.
Repères : onze procédés antiques
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Procédé |
Principe |
Date |
Source |
|---|---|---|---|
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Atbash hébraïque |
substitution |
début du VIe s. av. J.-C. |
Jérémie 25, 26 et 51, 41 : « Sheshak » pour Babel |
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Lettre dans un lièvre (Harpage) |
dissimulation |
v. 550 av. J.-C. |
Hérodote I, 123 |
|
Crâne tatoué (Histiée) |
dissimulation |
499 av. J.-C. |
Hérodote V, 35 ; Aulu-Gelle XVII, 9 |
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Tablette sous la cire (Démarate) |
dissimulation |
avant 480 av. J.-C. |
Hérodote VII, 239 |
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Scytale spartiate |
transposition, ou simple dépêche |
Ve s. av. J.-C. pour le mot ; v. 100 apr. J.-C. pour le chiffre |
Thucydide I, 131 ; Plutarque, Lysandre 19 ; Aulu-Gelle XVII, 9 |
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Vingt et un procédés d’Énée |
dissimulation et codage |
v. 350 av. J.-C. |
Énée le Tacticien, Poliorcétique, 31 |
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Encre à la noix de galle |
encre invisible |
IIIe s. av. J.-C. |
Philon de Byzance |
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Carré de Polybe |
codage pour signaux |
IIe s. av. J.-C. |
Polybe X, 45-47 |
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Lettre en caractères grecs |
changement d’alphabet |
54 av. J.-C. |
César, Guerre des Gaules V, 48 |
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Chiffre de César |
substitution par décalage |
Ier s. av. J.-C. |
Suétone, César 56 ; Aulu-Gelle XVII, 9 |
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Lait, suc de tithymale |
encre invisible |
Ier s. av. – Ier s. apr. J.-C. |
Ovide, Art d’aimer III ; Pline XXVI, 62 |