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France Jouets anciens

Article fait par :Claude Balmefrezol

Mis en ligne le 28/09/2026 à 19:00:19



France Jouets anciens 
Histoire, usages et portée sociale des voitures à pédales et jouets roulants du Musée automobile de Vendée
Merci à Vincent pour les photgraphies

 
 
Tableaux générés par IA sur mes indications
 
Au détour des allées du Musée automobile de Vendée, à Talmont-Saint-Hilaire, entre les bolides des anées 50  et les berlines des années 1960, un îlot accueille un autre peuple de véhicules :
Ce sont des voitures à pédales, tricycles, chevaux à roulettes et landaus en osier, sous le regard de mannequins d’enfants endimanchés.
Ces jouets racontent l’histoire de l’automobile à hauteur d’enfant  mais aussi celle d’une société où l’on ne jouait pas avec les mêmes objets selon le milieu où l’on naissait.
 
L’espace des jouets,  l’automobile des enfants face à celle des adultes.

 
 
Un musée né d’une passion familiale
Le Musée automobile de Vendée trouve son origine dans la collection de Gaston Giron, commencée en 1939 : automobiles, cycles, motocycles et véhicules hippomobiles. Installé route des Sables-d’Olonne, il occupe aujourd’hui environ 3 300 m² et présente quelque 160 véhicules en exposition permanente, sur un fonds de plus de 200. Autour des voitures, le musée a réuni des affiches publicitaires d’époque, la reconstitution du premier garage de Gaston Giron (1929) et une collection de jouets : voitures à pédales, tricycles, poussettes et jeux d’extérieur.
Cette mise en scène n’a rien d’anecdotique. Placer les jouets à côté des vraies voitures, c’est rappeler que l’automobile a toujours eu sa réplique miniature, et que chaque génération d’enfants a « conduit » le modèle rêvé par ses parents.
Une brève histoire de la voiture à pédales
Les débuts : un luxe d’avant 1914
La voiture à pédales apparaît presque en même temps que l’automobile elle-même, à la fin du XIXe siècle. Avant elle, l’enfant aisé chevauche des chevaux de bois montés sur roues ou pédale sur des tricycles à grandes roues cerclées de fer. Le musée en expose plusieurs : cheval pommelé à bascule, cheval tacheté façon dalmatien sur socle vert, tricycles à haute roue avant hérités du vélocipède. Le passage du cheval à la voiture dans la chambre d’enfant suit exactement celui qui s’opère dans la rue.
Tricycles, chevaux à roulettes et landaus : l’univers roulant de l’enfance bourgeoise de la Belle Époque.

 

 
L’âge d’or de l’entre-deux-guerres
Dans les années 1920 et 1930, la voiture à pédales devient un véritable produit industriel. En France, la marque Eureka lance sa production en 1922 dans son usine de Douville-sur-Andelle (Eure). En 1930, elle rend hommage à Panhard & Levassor avec un modèle de luxe, l’Eureka Grand-Prix, tiré à 650 exemplaires et doté d’une direction à crémaillère, de pneus gonflables et de freins à tambour — des raffinements de vraie voiture. En Italie, Giordani produit de superbes bolides en tôle ; au Royaume-Uni, Tri-ang domine le marché.
Les longs capots, les calandres chromées et les numéros de course peints que l’on voit sur les modèles bordeaux et rouges du musée témoignent de cette esthétique : la voiture d’enfant imite la voiture de sport ou de Grand Prix, celle qui fait rêver les adultes sur les circuits.
Une rangée de voitures à pédales de toutes époques : bolide n° 7 au premier plan, berlines en tôle, Fiat 500 et jeep en arrière-plan.

 

 
Après 1945 : la série, puis le plastique
Après la guerre, la tôle emboutie permet de produire en plus grand nombre. La jeep verte frappée d’une étoile blanche, présente au musée, rappelle l’empreinte laissée par les véhicules américains de la Libération sur l’imaginaire des enfants. Outre-Manche, l’Austin J40 (1949-1971) est fabriquée à Bargoed, au pays de Galles, dans une usine employant d’anciens mineurs atteints de maladies pulmonaires : un jouet de série à dimension sociale.
À partir des années 1970, le plastique moulé s’impose. Plus léger, moins cher, il ouvre la voie aux modèles de grande distribution : la Fiat 500 jaune et la voiture de rallye bleue du musée illustrent cette dernière génération, où le jouet continue de reproduire fidèlement des modèles réels et leurs marques.
 
De la tôle au plastique : un siècle de voitures à pédales réuni sur la même moquette.
 
À quoi servaient ces jouets ?
Derrière leur apparente simplicité, ces objets remplissaient plusieurs fonctions, que la collection permet de distinguer.
 
Un jouet révélateur des classes sociales
Le temps des enfants privilégiés
Au début du XXe siècle, posséder une voiture à pédales relève du privilège. L’automobile elle-même est réservée à une élite ; sa réplique pour enfant, souvent vendue par les grands magasins de nouveautés, est un objet coûteux. L’affiche des Grands Magasins H. Dasprat de Fontenay-le-Comte, accrochée au-dessus des landaus, rappelle que ces jouets passaient par le circuit du commerce bourgeois, même en Vendée rurale.
Les mannequins de la scène — robes de dentelle, chapeaux de paille à rubans, gants blancs — mettent en image ce public : des enfants de familles aisées, souvent entourés d’un personnel domestique qui poussait les landaus et surveillait les jeux. Certaines voitures atteignaient un niveau de luxe extrême : en 1934, un modèle modifié par les ateliers Panhard & Levassor fut offert au jeune prince héritier du Maroc, le futur roi Hassan II.
Pour la grande majorité des enfants des campagnes et des quartiers ouvriers, en revanche, le jouet roulant se fabrique à la maison : caisse en bois sur roues de récupération, cerceau, brouette, charrette. Le contraste est aussi frappant que celui qui sépare, dans la rue, le propriétaire d’automobile du piéton.
La démocratisation des Trente Glorieuses
Après 1945, la production en série fait baisser les prix, et la voiture à pédales entre dans les foyers des classes moyennes au moment même où la voiture familiale s’y installe. Le jouet suit la société : quand la 4 CV, la 2 CV ou la Fiat 500 deviennent accessibles, leurs répliques pour enfants le deviennent aussi. Avec le plastique des années 1970, la voiture à pédales rejoint les rayons de la grande distribution et perd son statut d’objet d’exception.
Paradoxalement, c’est aujourd’hui que les modèles anciens en tôle redeviennent des objets de distinction : restaurés, recherchés par les collectionneurs, ils se négocient à des prix élevés et retrouvent, dans les salons et les musées, le prestige qu’ils avaient à leur origine.
Regard critique : le pousse-pousse et son mannequin

 
 
Une scène du musée associe un pousse-pousse (rickshaw) en rotin à un mannequin coiffé d’un chapeau conique et affublé d’une fine moustache. Ce véhicule évoque l’Asie coloniale, où des hommes tiraient à la force des bras des passagers souvent européens.
Cette présentation, typique de scénographies anciennes, reflète un imaginaire colonial et une représentation stéréotypée. Elle mérite d’être lue avec recul : le pousse-pousse illustre de manière brutale la hiérarchie sociale et raciale de l’époque coloniale, où la mobilité des uns reposait sur l’effort physique des autres.
 
 
Synthèse : un siècle de jouets roulants
Époque
Matériaux
Public visé
Exemples visibles au musée
1900–1920
Bois, tôle, roues à rayons, bandages pleins
Enfants de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie
Chevaux à roulettes, tricycles à grandes roues, landaus en osier
1920–1939
Tôle emboutie, direction, pneus, parfois phares
Bourgeoisie aisée ; commandes de prestige
Voitures de course bordeaux et rouges au capot allongé
1945–1970
Tôle d’acier peinte en série
Classes moyennes des Trente Glorieuses
Jeep « libération », bolide n° 7, berlines familiales
1970–aujourd’hui
Plastique moulé, pédalier à chaîne
Grand public, grande distribution
Fiat 500 jaune, voiture de rallye bleue, kart rouge

 
Conclusion
Voiture à pédales, cheval à roulettes ou landau de poupée : ces jouets ne sont pas de simples curiosités nostalgiques. Ils reflètent l’histoire technique de l’automobile, les modèles éducatifs de chaque époque et, surtout, la place que chacun occupait dans la société. En passant de la vitrine des grands magasins aux rayons de la grande distribution, la voiture à pédales a suivi le chemin de la vraie voiture : d’un privilège de classe à un objet du quotidien. Le Musée automobile de Vendée permet de le lire en un coup d’œil, sur quelques mètres carrés de moquette verte.