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URSS Marine Voyenno-morskoy flot SSSR Le croiseur du Projet 66
Article fait par :Claude Balmefrezol
Mis en ligne le 24/08/2026 à 21:37:00

URSS Marine Voyenno-morskoy flot SSSR 1951 Le croiseur du Projet 66
Contexte historique
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la marine soviétique se retrouve avec une flotte de croiseurs vieillissante : six unités légères construites entre 1938 et 1941 (projets 26 et 26-bis), armées de canons de 180 mm, complétées par cinq croiseurs de type Tchapaïev (canons de 152 mm). Face à l'US Navy et à ses puissants croiseurs lourds de classe Des Moines armés de canons de 8 pouces (203 mm) à cadence de tir exceptionnelle — l'état-major soviétique juge urgent de se doter d'un nouvel outil naval capable de rivaliser.C'est dans ce contexte qu'à l'été 1951, l'amiral Nikolaï Kouznetsov, tout juste reconduit à la tête du ministère de la Marine, relance l'étude d'un croiseur lourd armé de canons de 220 mm. Le bureau d'études TsKB-17 est chargé du projet, sous la direction du concepteur en chef N. A. Kisselev, déjà auteur du projet 68K (cinq croiseurs livrés en 1950, qui lui avaient valu le prix Staline). L'avant-projet est validé début 1952, et le cahier des charges technique et tactique définitif reçoit l'aval du gouvernement en avril de la même année.
Le programme naval soviétique de l'époque est ambitieux : il prévoit la construction de quatre croiseurs lourds et trente croiseurs légers, avec trois unités lourdes et sept légères supplémentaires entre 1953 et 1955. Le Projet 66 devait ainsi occuper une place intermédiaire entre les croiseurs légers de classe Kirov et les futurs croiseurs de bataille de classe Kronstadt, eux-mêmes jamais menés à terme.
Mais le projet ne dépassera jamais le stade des plans. À la mort de Staline en mars 1953, l'ensemble des grands programmes de constructions navales lourdes est brutalement interrompu par le nouveau pouvoir soviétique, qui juge ces navires trop coûteux et déjà proches de l'obsolescence face à la montée des missiles antinavires. Le Projet 66 est officiellement abandonné en 1954, comme son grand frère plus ambitieux encore, le Projet 82 (classe Stalingrad, canons de 305 mm). Aucune coque ne sera jamais mise sur cale :
le Projet 66 restera un pur exercice de conception, documenté aujourd'hui par des plans d'archives et quelques maquettes visibles au Musée naval central de Saint-Pétersbourg.
Caractéristiques générales
Le croiseur devait afficher un déplacement standard compris entre 24 800 et 26 230 tonnes selon les versions du projet (le déplacement normal culminant à 28 510 tonnes dans la version la plus aboutie), pour une longueur avoisinant 252 mètres — comparable à celle d'un cuirassé de classe Yamato. Sa propulsion reposait sur trois turbines de 70 000 chevaux chacune, réparties selon un principe de sécurité déjà éprouvé : trois tranches propulsives totalement indépendantes, chacune associant une turbine et trois chaudières dans son propre compartiment étanche, de sorte qu'une avarie localisée — mine ou torpille — ne prive jamais le navire de la totalité de sa puissance motrice.
Dans sa version la plus légère, le navire visait les 35 nœuds ; l'alourdissement progressif du projet, lié au renforcement des protections, a ramené cette vitesse maximale à environ 34,5 nœuds. L'autonomie était fixée à 5 000 milles à la vitesse économique de 18 nœuds.
Les architectes navals avaient également soigné la tenue à la mer : le croiseur devait pouvoir engager son artillerie sans perte d'efficacité par mer forte, jusqu'à un état de mer 6 (creux de 3 mètres) à 32 nœuds, et jusqu'à un état de mer 7 (creux de 5 mètres) à 24 nœuds — des exigences ambitieuses pour l'époque, qui traduisent la volonté de concevoir un navire réellement opérationnel en haute mer et pas seulement performant sur le papier.
Une protection blindée particulièrement étudiée
Le blindage du Projet 66 constitue l'aspect le plus abouti et le mieux documenté du projet. Il repose sur le principe classique de la citadelle blindée, concentrant la protection la plus épaisse autour des organes vitaux du navire, sur environ 60 % de la longueur du navire à la ligne de flottaison. Sur les flancs, une ceinture homogène de 155 mm d'épaisseur et 4,65 mètres de hauteur protégeait le navire, complétée au-dessus par une ceinture secondaire de 50 mm remontant jusqu'au pont supérieur. Sous la ligne de flottaison, le blindage ne descendait en revanche que sur 1,6 mètre, laissant un point faible potentiel face à un obus plongeant sous la ceinture ; les concepteurs ont comblé cette lacune par un blindage sous-marin dédié (50 à 90 mm) au droit des soutes à munitions, complété par des cloisons anti-éclats de 20 mm.
Les membrures transversales qui fermaient la citadelle à l'avant et à l'arrière présentaient une épaisseur asymétrique — jusqu'à 170 mm à l'avant contre seulement 135 mm à l'arrière — traduisant le choix des marins soviétiques de privilégier la protection frontale lors d'un engagement, quitte à accepter une vulnérabilité accrue lors d'un repli. Les ponts horizontaux de la citadelle restaient plus sobres : 50 mm pour le pont supérieur, 70 à 90 mm pour le pont intermédiaire selon la proximité des soutes à munitions. Un compartiment isolé abritant le poste de gouverne, à l'arrière de la citadelle, bénéficiait d'une protection en « boîte » de 155 mm sur les flancs et 90 mm au toit.
En dehors de la citadelle, la protection se limitait à un blindage anti-éclats de 20 mm, courant de la proue à l'étrave et de la poupe au compartiment de gouverne ; au-delà, la coque ne bénéficiait plus d'aucune protection.
Les tourelles principales affichaient un blindage frontal de 300 mm, des flancs de 180 mm, un arrière de 265 mm et un toit de 135 à 145 mm — des valeurs comparables à celles d'un cuirassé — tandis que l'artillerie secondaire de 130 mm, à double usage, ne recevait qu'un blindage anti-éclats de 25 mm sur les tourelles et 20 mm sur les barbettes, un choix assumé de simplicité pour préserver la vitesse de pointage antiaérien. La tour de commandement, de forme ovale, concentrait 210 mm à l'avant, 170 mm à l'arrière, 130 mm au toit et 30 mm au plancher.
Le système de protection anti-torpilles (PKZ), inspiré des recherches menées sur le Projet 82 et de l'étude des cuirassés allemands de classe Scharnhorst, reposait sur une architecture à plusieurs couches : un blindage extérieur de 26 mm destiné à faire détoner l'ogive au contact, une chambre d'expansion derrière une première cloison de 8 mm, puis une chambre remplie à 85 % de carburant ou d'eau, avant une seconde cloison porteuse de 30 à 35 mm formant la véritable barrière de protection. Sa profondeur restait toutefois limitée à 2,55–3 mètres au maître-bau, un chiffre modeste comparé aux standards des cuirassés, mais cohérent avec les contraintes de volume d'une coque de croiseur rapide.
Une protection cohérente mais aux limites assumées
Selon les calculs de tir de l'époque, la ceinture principale de 155 mm devait résister aux obus de 203 mm (152 kg, vitesse initiale de 762 m/s) tirés depuis 75 câbles ou plus sous les angles les plus défavorables, une distance qui s'allongeait à 90 câbles selon l'angle d'engagement. Le blindage horizontal offrait une protection comparable jusqu'à 130-150 câbles, garantissant accessoirement une certaine résistance aux bombes aériennes de 500 kg.
Trois limites peuvent néanmoins être identifiées dans cette conception :
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l'asymétrie avant/arrière de la citadelle, qui laissait le navire plus vulnérable après avoir viré de bord à l'issue d'un engagement rapproché ;
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le blindage réduit de l'artillerie secondaire, sacrifié pour préserver la vitesse de pointage antiaérien ;
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une protection anti-torpilles jugée insuffisante face aux torpilles américaines de l'époque (Mark 13 et Mark 18, chargées d'environ 270 kg d'explosif Torpex, environ 1,5 fois plus puissant à masse égale que le TNT), le système ayant été dimensionné pour une charge équivalente de seulement 250 kg de TNT.
Renforcer cette dernière protection aurait nécessité une augmentation de déplacement d'au moins 720 tonnes par rapport aux premières versions du projet — un compromis que les architectes navals ont visiblement choisi de ne pas pousser plus loin, la coque longue et étroite d'un croiseur rapide, saturée par l'appareil propulsif, ne laissant de toute façon guère de place à une défense anti-torpilles profonde comme sur un cuirassé.
Le Projet 66 demeure l'un des exemples les plus aboutis — et les moins connus du grand public — de l'ambition navale soviétique de l'immédiat après-guerre. Pensé comme une réponse directe aux croiseurs lourds américains de classe Des Moines, il témoigne d'une réflexion de conception minutieuse, en particulier sur la répartition du blindage, mais reste caractéristique d'une génération de navires conçus juste avant que l'apparition des missiles antinavires ne rende ce type de bâtiment obsolète.
Genèse, cahier des charges et armement
Des cuirassés-croiseurs au « soixante-sixième »
Le cheminement qui mène au Projet 66 est directement lié aux atermoiements de la marine soviétique sur la notion même de croiseur lourd. Avant-guerre, le programme dit de la « Grande Flotte » prévoyait un croiseur armé de 254 mm, dont le calibre fut ensuite porté à 305 mm à mesure que son rôle s'élargissait à la lutte contre les cuirassés légers : ce fut le Projet 69, dont le déplacement se rapprochait dangereusement de celui d'un véritable cuirassé rapide. Son successeur, le Projet 82 (futurs croiseurs de classe Stalingrad), suivit la même dérive — calibre porté de 203 à 220 puis 305 mm, déplacement standard grimpant jusqu'à 36 500 tonnes — au point qu'une série de seulement quatre unités était envisagée, la production de masse étant devenue inenvisageable.
C'est dans ce contexte qu'intervient un échange resté célèbre. Lors d'une réunion tenue en mars 1950, Staline demande aux responsables de la Marine I. S. Ioumachev et P. S. Abankine à quoi doit servir le futur croiseur lourd. Ceux-ci répondent qu'il doit pouvoir détruire les croiseurs lourds ennemis. Staline s'y oppose fermement :
Nous n'avons aucune raison d'engager le combat avec les navires lourds ennemis. La mission principale d'un croiseur lourd devrait être différente : combattre les croiseurs légers ennemis. Nous devons augmenter sa vitesse à 35 nœuds afin de semer la panique parmi les croiseurs légers ennemis, de les disperser et de les détruire. Ce croiseur doit être agile comme une hirondelle, un véritable pirate, un bandit. Il doit pouvoir échapper aux navires lourds ennemis.
Constatant par ailleurs que les croiseurs américains embarquaient désormais des canons de 203 mm, hors de portée des pièces de 152 mm des croiseurs soviétiques du Projet 68-bis, Staline autorise la conception d'un croiseur intermédiaire : canon principal de 220 mm à plus longue portée que les 203 mm américains, vitesse supérieure aux croiseurs lourds les plus récents, déplacement standard visé d'environ 24 000 tonnes.
Sur cette base, le ministre de la Marine N. G. Kouznetsov approuve le cahier des charges technique et tactique (OTZ) du Projet 66 le 27 novembre 1951.
Un cahier des charges volontairement large
Les missions assignées au futur croiseur restaient assez générales : engager avec succès les croiseurs lourds ennemis armés de 203 mm sans nécessairement les détruire, anéantir les croiseurs légers, neutraliser les batteries côtières de moyen calibre, et « assurer la stabilité des actions des forces navales légères » — une formule dont la portée concrète n'était guère précisée.
L'armement prévu comprenait neuf canons de 220 mm en trois tourelles triples (vitesse initiale visée de 950 à 1 000 m/s, portée maximale de 50 km, 100 obus par pièce), une DCA lourde de 130 mm dont deux configurations furent envisagées — huit pièces en affûts doubles non stabilisés, ou douze pièces sur affûts stabilisés proches de ceux du Projet 68-bis — et une DCA légère de 45 mm et 25 mm en affûts quadruples. Aucun armement de torpilles ni aviation embarquée n'était prévu.
Côté blindage, l'OTZ demandait que la citadelle, les conduites d'alimentation et les tours de commandement résistent à un obus perforant de 203 mm (152 kg, 762 m/s) à 90 câbles et au-delà, avec un blindage léger anti-éclats ailleurs. Une protection anti-mines et anti-torpilles latérale et inférieure était également exigée, sans qu'un niveau de résistance précis soit fixé — celui-ci devant être déterminé lors des études détaillées. Le navire devait rester à flot avec cinq compartiments quelconques envahis. Vitesse minimale : 35 nœuds ; vitesse économique 18 nœuds pour 5 000 milles d'autonomie ; tenue de la mer garantie jusqu'à un état de mer 8. Le déplacement standard visé était de 22 000 tonnes, le déplacement maximal de 26 000 tonnes.
Des spécifications rattrapées par la réalité
Dès les premiers calculs menés au TsKB-17 et au TsNII-45, il apparaît impossible de tenir un déplacement de 22 000 tonnes : même en respectant strictement l'armement, la vitesse et l'autonomie demandés, on aboutit à 23 000 tonnes, et encore au prix d'un blindage affaibli et de l'abandon complet de la protection anti-torpilles. En satisfaisant l'intégralité du cahier des charges, le déplacement standard grimpe à 24 800 tonnes, soit 1 800 tonnes de plus que prévu, réparties ainsi : ceinture blindée portée de 150 à 160 mm et pont de 90 à 110 mm (+660 t) ; renforcement du compartiment de gouverne au niveau de protection d'une citadelle (+200 t) ; renforcement des membrures et barbettes pour tenir tête aux 203 mm à 75 câbles sous les angles les plus défavorables (+70 t) ; protection anti-torpilles résistant à 250 kg de TNT au contact ou 600 kg à 7 mètres (+720 t) ; divers postes et aménagements (+150 t).
Fait notable relevé par les historiens A. M. Vassiliev et A. B. Morine : contrairement à l'usage classique consistant à cémenter les plaques verticales (ceinture, kiosque, barbettes) pour mieux résister aux impacts proches de la normale, tout en gardant un blindage homogène pour les surfaces horizontales frappées en biais, le Projet 66 prescrivit un blindage exclusivement homogène, tant horizontal que vertical. L'explication la plus probable tient à l'incapacité de l'industrie soviétique de l'époque à produire, dans les délais et aux dimensions requises, des plaques de blindage cémenté en quantité suffisante.
L'avant-projet, décliné en six variantes par le TsKB-17 en 1952 (déplacement de 24 800 à 25 060 tonnes), fut approuvé le 21 mars 1953 seulement — un retard dû aux essais de tir menés en février-mars 1953 sur le champ de tir n° 55, qui révélèrent que la protection horizontale initialement prévue (85 mm au pont intermédiaire, 20 mm au pont supérieur) était insuffisante face aux obus de 203 mm à 130-150 câbles. La solution retenue — 70 mm au pont intermédiaire et 50 mm au pont supérieur, portés à 90 mm au droit des soutes de la batterie principale — fut jugée plus efficace et 100 tonnes plus légère que l'alternative (105 mm + 20 mm).
La conception préliminaire révisée, achevée en août 1953, affichait un déplacement standard de 26 230 tonnes pour une vitesse maximale ramenée à 34,5 nœuds — la faute, outre au blindage renforcé, à des tourelles principales SM-6 plus lourdes que prévu.
Le calibre principal : les canons de 220 mm SM-40
Le canon SM-40 (calibre 65, soit environ 14,3 mètres de tube) devait conférer à un projectile de 176 kg une vitesse initiale de 985 m/s, portée à ce niveau après plusieurs révisions à la hausse. Sa durée de vie théorique était fixée à 600 coups par tube. Les trois tourelles triples SM-6 emportaient chacune 100 obus par canon (120 en réserve). Leur blindage variait selon les sources entre 220 et 300 mm en façade, 180 mm sur les flancs, 265 mm à l'arrière et 125 à 145 mm au toit. Chaque tourelle pesait 730 tonnes — presque autant que trois tourelles triples de 152 mm des croiseurs de classe Sverdlov réunies.
Leur principal défaut technique tenait à l'impossibilité de charger les pièces à n'importe quel angle d'élévation : la cadence de tir technique tombait ainsi de 5,9 coups/minute sous 8 degrés d'élévation à seulement 3,2 coups/minute à 50 degrés, quand la tourelle américaine de 203 mm du Des Moines, entièrement mécanisée, revendiquait 10 coups/minute quel que soit l'angle. Le contrôle de tir reposait sur le système Molot-66, couplé à deux radars Zalp (les mêmes que sur les croiseurs Sverdlov), capable de générer des solutions de tir pour deux cibles simultanément, y compris invisibles, à des portées dépassant celles de l'artillerie elle-même. En secours, les tourelles n° 2 et n° 3 disposaient de télémètres radar autonomes Grot.
L'artillerie universelle de 130 mm et la DCA légère
La version retenue prévoyait quatre affûts doubles BL-109A de 130 mm, disposés en configuration surélevée au-dessus des tourelles principales — solution qui maximisait les angles de tir (huit pièces par bordée) mais alourdissait considérablement les hauts du navire et empêchait, pour des raisons de poids, de blinder correctement les hautes barbettes qui en résultaient. Le BL-109A tirait un obus de 33,4 kg à 950 m/s, avec une vitesse de pointage de 20 degrés/seconde en site comme en azimut et une cadence de 15 à 16 coups/minute — des performances supérieures au canon de 100 mm SM-5-1 des Sverdlov, notamment grâce à un obus antiaérien à fusée radar bien plus chargé en explosif (1,95 kg contre 0,85 kg). Le système de conduite de tir Metel-66, avec ses postes de visée stabilisés SPN-500-66 et ses radars Yakor, complétait le dispositif — non sans une limite de taille : conçu contre l'aviation à hélices, il restait inadapté face aux futurs avions à réaction.
La DCA légère combinait six affûts quadruples de 45 mm SM-20-ZIF (guidés par radar Fut-B) et six affûts quadruples de 25 mm BL-120, dépourvus de toute conduite de tir automatisée.
Ce choix n'est pas judicieux
Avec à peine 24 tubes de 45 mm, contre le double sur les croiseurs lourds américains de la fin de la guerre pourtant deux fois moins massifs que le Projet 66 et un armement de 25 mm jugé dépassé dès le milieu des années 1950, alors que les marines occidentales délaissaient déjà le calibre équivalent (40 mm Bofors) au profit du 76 mm.
Veille radar et conduite de tir : un dispositif complet
Le croiseur devait embarquer trois radars de veille — le Fut-N pour les cibles aériennes (portée 150 km), le Rif-A pour les cibles de surface et les objectifs volant à basse altitude, et un emplacement réservé pour le futur radar de guet aérien Vakhta, encore en développement — ainsi que huit radars de conduite de tir répartis entre le calibre principal, le calibre universel et la DCA de 45 mm. L'efficacité du couple radar Zalp / système Molot fut confirmée a posteriori : lors d'un exercice de tir réel mené de nuit le 28 octobre 1958 entre les croiseurs Kouïbychev et Frounze (Projet 68K), un tir de trois minutes à une distance de 117 à 131 câbles obtint trois impacts directs sur une cible remorquée — une précision honorable pour du tir au canon de 152 mm à une telle distance, laissant présager de bonnes performances pour le calibre de 220 mm du Projet 66, jamais mis à l'épreuve.
Conclusion générale
Pris dans son ensemble, le dossier du Projet 66 illustre un exercice de conception rigoureux mais tiraillé entre des exigences contradictoires : puissance de feu et vitesse dignes d'un chasseur de croiseurs, protection proche de celle d'un cuirassé, le tout sur une coque dont le déplacement n'a cessé de croître à mesure que les études avançaient — de 22 000 tonnes visées à plus de 26 000 tonnes en version finale. Interrompu net par la mort de Staline et la réorientation stratégique qui s'ensuit vers l'arme missile, le Projet 66 n'aura jamais dépassé le stade du papier, mais reste l'un des projets de croiseur lourd les plus aboutis techniquement jamais étudiés par l'Union soviétique.