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Italie Lucanie Les Tombes Peintes de Poseidonia-Paestum
Article fait par :Claude Balmefrezol
Mis en ligne le 22/06/2026 à 23:21:57

Les Tombes Peintes de Poseidonia-Paestum
Introduction
Les tombes peintes de Poseidonia-Paestum constituent des signes éloquents de l'imaginaire de l'élite de la cité. Seules les familles les plus riches pouvaient offrir des funérailles si coûteuses à leurs membres ; leurs croyances et leurs valeurs sont exprimées dans l'iconographie de ces images.
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Les tombes peintes de Paestum font partie des principaux ensembles de peinture ancienne connus à ce jour. En découvrant les premières, au début du XIXᵉ siècle, les archéologues et les historiens de l'art allaient bientôt révéler au monde des vestiges de la grande peinture antique
. Non loin de Paestum, à Pompéi ou Herculanum, d'autres peintures étaient déjà connues : celles qui décorent les murs des maisons romaines mises au jour depuis le milieu du XVIIIᵉ siècle. Le XIXᵉ siècle découvrait également les peintures étrusques de Chiusi, Véies, Caere et surtout Tarquinia.
Pour les regarder et les comprendre, nous devons avoir à l'esprit que, lors de leur découverte, les peintures des tombes de Macédoine (Grèce du Nord), nécropole royale de Vergina, tombes de Lefkadia ou d'Aghios Athanasios n'étaient pas encore connues. Comme nous allons le voir, les peintures de Paestum ne sont ni étrusques, ni grecques, ni romaines : la plupart des tombes semblent avoir été faites pour les Lucaniens qui occupent la cité à partir de la fin du Vᵉ siècle av. J.-C.
Les peintures funéraires de Paestum sont une fenêtre ouverte sur l'au-delà
Voyons la technique
Les artisans peignaient directement sur les dalles de travertin enduits de chaux, utilisant principalement le rouge, le noir et le jaune. De simples artisans, et non des artistes au sens grec du terme, mais qui nous ont légué un remarquable corpus de scènes de vie quotidienne qui, même sans parler de leur sens symbolique, ont fait faire un véritable « bond en avant » à la connaissance des Lucaniens.
Au Ve siècle avant notre ère, la brillante cité grecque Poseidonia en Campanie est envahie par les Lucaniens et s'appellera désormais Paestum. Les influences grecques, étrusques et italiques s'y sont conjuguées pour produire une civilisation particulière, dont l'originalité est parfaitement perceptible dans l'art funéraire.
Les années 420–270 av. J.-C. marquent pour la cité une période de renouveau sous l'égide des nouveaux maîtres, comme en témoignent les nombreuses nécropoles ayant livré parmi les plus notables exemples de peinture funéraire étrusco-campanienne. L'élite lucanienne se fait fréquemment inhumer dans de vastes tombes à chambre, caissonnées par de larges dalles peintes de fresques représentant des scènes de combat, de retour du guerrier, de jeux funéraires, de batailles, notamment dans les nécropoles d'Andriuolo, de Gaudo, ou encore de Santa Venera.
Les tombes peintes de Poseidonia-Paestum constituent des signes éloquents de l'imaginaire de l'élite de la cité. Seules les familles les plus riches pouvaient offrir des funérailles si coûteuses à leurs membres
Localisation des nécropoles
Les premières tombes ont été découvertes en 1805 dans une nécropole près de la porte nord de la ville ; à cette époque, les fresques qui décoraient les deux tombes n'ont guère retenu l'attention des découvreurs. En 1819, G. Bamonte publia un plan de Paestum sur lequel il localisait les nécropoles à l'extérieur des remparts de la cité. La même année, il assista à la découverte de tombes au sud cette fois, dans la nécropole dite de Spinazzo.
Les peintures mises au jour vont rester in situ car les autorités ne s'intéressent alors qu'aux beaux objets découverts dans les tombes : certains d'entre eux sont envoyés à Naples au musée national. F. Wegge publie au début du XXᵉ siècle la première synthèse des peintures funéraires connues en Campanie et Lucanie, mais c'est surtout la publication, par A. Marzullo, de trois tombes peintes mises au jour dans les années 1930, qui marque un changement dans l'appréciation des peintures des nécropoles de la cité.
Que peut-on dire des peintures funéraires de Paestum aujourd'hui ?
Les peintures funéraires que nous étudions aujourd'hui proviennent donc de nécropoles urbaines, mais aussi de nécropoles non urbaines, dans le territoire de la cité. Elles ornaient les parois de deux types de tombes : les tombes à ciste et les tombes à chambre. Les observations faites sur les enduits, des traces qu'y ont laissées les artisans pendant leur travail, mais aussi du décor et de son organisation, permettent d'affirmer que les peintures étaient exécutées in situ, alors que les parois étaient déjà en place, dans la fosse creusée pour accueillir la tombe.
Elles n'étaient donc visibles que lors de la cérémonie funéraire ; on comprend dès lors qu'elles étaient réservées à une partie seulement de la population. La première tombe dont nous parlons est une tombe à ciste, découverte en 1968 à Tempa del Prete.
La Tombe du Plongeur
Selon la description de la découverte, publiée par M. Napoli en 1969, la construction de la tombe du Plongeur suit le schéma typique des tombes grecques de Poseidonia C 'est un chef-d'œuvre absolu (480 av. J.-C.)
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La Tombe du Plongeur est le seul exemple de peinture grecque figurative de grande dimension (longueur 220 cm ; hauteur 110 cm). Peu de couleurs, des lignes essentielles, mais une puissance expressive extraordinaire. Destinées uniquement à ceux qui avaient fait le « grand saut », les images étaient peintes sur les parois intérieures de la tombe et devaient donc rester invisibles. La tombe date de 480 Av JC et elle a été mise à jour en juin 1968 sur un terrain de la frazione de Tempa del Prete, partie d’une nécropole située à environ deux kilomètres au sud de l’antique Posidonia, aujourd’hui Paestum. ]D’autres tombes de cette nécropole datent de périodes pouvant varier du VIe au IVe siècle, ce qui renforce encore l’effet d’aubaine que représenta la mise au jour de ce merveilleux décor maintenu intact sous terre pendant près de deux millénaires et demi.
il s'agit d'une tombe à ciste, creusée dans le rocher et formée de 5 plaques de travertin. Le défunt était posé directement sur le banc de roche, les pléaments enfermaient la tombe.
À l'intérieur de la tombe, avaient été déposés en guise d'offrande, un lécythe attique à vernis noir, deux petits becs d'aryballe ainsi que des restes d'une carapace de tortue, dans laquelle on a reconnu des vestiges d'une lyre
La fresque de la Tombe du Plongeur doit son importance au fait d'être, à ce jour, l'unique exemple de peinture pariétale décorative à sujet figuratif et humain, datée de l'époque archaïque et classique, qui nous soit parvenu dans son intégrité.
Le couvercle Cette plaque de couverture donna son nom à la tombe
Ce motif, situé sur la voûte céleste et face au mort, peut éventuellement symboliser le saut vers l'inconnu.lle présente un jeune homme nu qui plonge dans une étendue d'eau à surface convexe, représentant la mer (Okéanos). On remarque la récurrence du chiffre 7, présent dans la représentation du jeu de colonnes d'où saute le plongeur ainsi que dans les branches des arbres, qui sont des oliviers.deux arbres qui encadrent la scène, circonscrite par une ligne noire et quatre palmettes aux angles du couvercle Ce chiffre symbolise la régénération. ;
La scène du plongeon symbolise le passage de la vie à la mort. La structure bâtie indiquerait la limite du monde habité : elle correspondrait aux Colonnes d'Hercule, au-delà desquelles commence le fleuve Okéanos qui conduit au monde souterrain
Les parois
Sur les deux longs côtés, respectivement les faces nord et sud, on voit des scènes de banquet (symposium) comprenant chacune trois klinai à deux personnages ou à un seul, munis de vases à boire ou d'instruments de musique. Les deux petits côtés, est et ouest, offrent respectivement une scène de libation et un cortège funèbre d'influence assez nettement étrusque.
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| Les cinq fresques de cette tombe en caisse, ou ciste ont été peintes sur un tuf calcaire d’origine locale. « Sur les deux longs côtés, respectivement les faces nord et sud, nous voyons des scènes de banquet (symposium) comprenant chacune trois klinai à deux personnages ou à un seul, munis de vases à boire ou d’instruments de musique. Les deux petits côtés, est et ouest, nous offrent respectivement une scène de libation et un cortège funèbre d’influence assez nettement étrusque. Une première remarque s’impose quant à la « lecture » de ces scènes : on peut difficilement admettre qu’elles nous offrent des sujets pris au hasard et sans relation aucune avec la personnalité du défunt. En un second temps, il semblerait étonnant aussi que ces scènes n’aient pas un rapport quelconque avec l’au-delà. Leur signifiant obvie est bel et bien trivial et quotidien, mais la charge métaphorique qui s’en dégage nous oriente vers un signifié de type funéraire et probablement religieux. |
Le personnage situé à gauche, assis seul sur un klinè, tient une lyre dans une main et de l'autre, entre le pouce et l'index, un œuf. C'est ce personnage qui se trouve au plus près de la tête du mort. L'œuf, offrande funéraire omniprésente, symbolise non seulement la fécondité, mais plus encore la puissance vitale dans la mort et la résurrection.
La datation de la tombe du Plongeur est fixée à 480 av. J.-C., grâce au profil du lécythe attique et au type de céramique associée
Les Tombes Peintes Lucaniennes (IVe siècle av. J.-C.)
Les coutumes funéraires en vigueur dans la phase d'occupation grecque du site avec des parois nues, mobilier très réduit changent après la prise de possession de Paestum par les Lucaniens. On note désormais la présence éventuelle de peintures sur les côtés internes de la tombe et l'accumulation d'objets qui soulignent les différences de sexe, d'âge et de rang social.
Au IVe siècle avant J.-C. à Paestum, Grecs et Lucaniens cohabitent pacifiquement. La cité connaît alors un rayonnement culturel grâce à l'important essor des ateliers de poterie et à la multiplication des tombes peintes, autant d'éléments qui viennent asseoir l'affirmation de l'aristocratie lucanienne. Au travers de ces peintures pariétales funéraires sont développées diverses scènes reflétant les pratiques quotidiennes, sportives ou encore culturelles des habitants de la cité.
Un art lucanien propre
Partiellement inspirées des Grecs (rituel funéraire pour assurer le passage de la vie terrestre à celle de l'au-delà) et des Étrusques (jeux funèbres), ces peintures sont avant tout lucaniennes par le réalisme des représentations — vêtements, armes — ainsi que par le caractère peu soigné de la réalisation qui, il est vrai, manquait de temps et d'espace.
Les thèmes récurrents sont le retour du guerrier à cheval (symbole de la puissance masculine et de la mort héroïque), les scènes de banquet, les jeux funèbres — courses de chars, pugilat, chasse — et, dans les tombes féminines, la prothèse (exposition du corps) ou des scènes de gynécée.
Les tombes peintes dont il va être question maintenant ont été mises au jour dans les nécropoles fouillées principalement dans les années 1967-1976, La création du musée de Paestum avait été décidée peu de temps auparavant, pour abriter les métopes d'un temple archaïque découvert dans le sanctuaire d'Héra au Sele.
La conquête lucanienne de la cité grecque de Poseidonia-Paestum peut être saisie aussi bien par l'analyse des rares sources littéraires, Strabon en particulier, que par l'étude des nécropoles. Pendant la dernière décennie du Vᵉ siècle av. J.-C., on observe une grande transformation au sein des rituels funéraires.
Les rites funéraires des Lucaniens à Paestum (IVe–IIIe s. av. J.-C.)
Qui étaient les Lucaniens ?
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Les Lucaniens sont un peuple italique d'origine samnite qui s'empare de la cité grecque de Poseidonia vers 420 av. J.-C., qui prend alors le nom de Paestum. Le principal intérêt de leurs tombes peintes, c'est leur valeur documentaire pour l'histoire et la vie quotidienne : armes, vêtements, véhicules, coutumes et croyances de la haute société lucanienne de la fin du Ve siècle au début du IIIe siècle, à la veille de la romanisation.
Les coutumes funéraires en vigueur dans la phase d'occupation grecque du site avec des parois nues, mobilier très réduit changent radicalement après la prise de possession de Paestum par les Lucaniens. On note désormais la présence de peintures sur les côtés internes de la tombe et l'accumulation d'objets qui soulignent les différences de sexe, d'âge et de rang social.
La quantité et la qualité des objets mis dans la tombe comme des vases et armes pour les hommes, vases et parures pour les femmes montrent l'importance du défunt dans la société où il vivait. Leur rôle est de lui assurer la même place dans l'au-delà.
La structure des tombes
Paestum est entouré de 8 nécropoles urbaines, à moins d'1 km de ses remparts, et de 4 nécropoles rurales, à plus d'1,5 km. Ces nécropoles regroupaient, parfois par familles, des tombes en caisson, longues de 2,5 à 3 m, formées de 4 dalles verticales en travertin local : 2 longues rectangulaires, 2 courtes carrées à toit plat ou pentagonales. Un seul inhumé par tombe, couché sur le dos sur un support en bois, accompagné de divers objets et offrandes qui variaient en quantité et qualité selon l'importance du statut du défunt.
L'élite lucanienne se fait fréquemment inhumer dans de vastes tombes à chambre caissonnées par de larges dalles peintes. Cette réoccupation des espaces funéraires délaissés par les Grecs, ainsi que la profonde évolution des rituels funéraires — ostentatoires, impliquant de nombreux objets de prestige dont des armures de bronze complètes — suggèrent aux archéologues l'existence d'une forme d'aristocratie équestre dominant la cité.
Le déroulement des funérailles
1. La toilette et l'exposition du corps (prothésis)
Le defunt est étendu après la toilette funéraire sur un lit de parade parfois surmonté d'un baldaquin, enveloppée dans un suaire blanc, tête ornée d'un diadème, est exposée (prothésis). La déploration funèbre est assurée par les femmes et enfants de la famille : des pleureuses aux gestes emphatiques, douleur mise en scène, rythmés par un flûtiste.
2. Le cortège funèbre
Le cortège funèbre, ouvert par un flûtiste, conduit la défunte au lieu de sa déposition. Les participants sont porteurs de grenades fruit symbole de survie et de résurrection de nourriture, de vases à parfum ; parfois un taureau est prévu pour être sacrifié.
Dans certaines représentations, on voit le défunt accompagné d'une servante monter dans la barque où l'attend une sorte de Charon ailé. Dans le cortège funèbre, des femmes portent de riches offrandes et un prêtre s'apprête à sacrifier un taureau tacheté.
3. Le mobilier funéraire
Les tombes renfermaient plus d'une centaine d'objets : vases, bijoux, armes en bronze et en fer. Le contenu variait selon le sexe et le rang. Pour un guerrier de haut rang, on déposait une cuirasse à trois disques, un casque à plumes, des cnémides (jambières), une lance et un bouclier. Pour une femme de l'aristocratie, des parures, des bijoux en or, des miroirs et des vases à parfum.
Les peintures comme reflet des croyances
Les fresques intérieures des tombes ne sont jamais décoratives : elles servent à garantir au défunt son statut social dans l'au-delà.
Le retour du guerrier
La scène du « retour du guerrier » occupe toujours la paroi principale, derrière la tête de l'inhumé : barbu, en courte tunique et ceinturon, portant les armes défensives lucaniennes cuirasse à trois disques, casque à grandes plumes blanches à cheval avec les dépouilles de ses adversaires vaincus.
C'est le retour triomphal d'un prince lucanien héroïsé.
Le voyage vers l'au-delà
Ces fresques prennent différents aspects : scènes de prothésis, de lutte, de duel, de gynécée, de lamentation, de cortège funéraire, de voyage dans l'au-delà ou encore de combat d'animaux. La figure du démon ailé proche du Charon grec ou de la Vanth étrusque guide l'âme du défunt sur la barque vers le monde des morts.
Un art funéraire syncrétique
Ces tombes sont fortement inspirées de l'art grec pour la dimension du rituel funéraire qui est d' assurer le passage de la vie terrestre à celle de l'au-delà et de l'art étrusque avec les références aux jeux funèbres. Elles se démarquent pourtant en tant qu'art lucanien grâce à un certain réalisme dans les scènes représentées, notamment dans les vêtements et les armes.
L'évolution est nette : à la fin du Ve siècle, les fresques se limitent à de simples motifs géométriques ou végétaux. Au début du IVe siècle apparaissent les scènes avec personnages. Au milieu du IVe siècle, on assiste à une multiplication des tombes, avec une meilleure qualité du dessin et de la couleur, et une spécificité croissante des scènes selon l'âge et le sexe : retour du guerrier, jeux funèbres, exposition du défunt
En somme, les rites funéraires lucaniens révèlent une société guerrière et aristocratique, profondément préoccupée par la continuité du rang social après la mort — une vision de l'au-delà comme prolongement de la vie terrestre, mise en images sur les dalles de travertin de Paestum.
Thèmes Iconographiques
Monde masculin
La scène du retour du guerrier exprime à elle seule les valeurs masculines. Elle décore toujours la paroi principale, derrière la tête du mort. Cette scène prouve que les défunts étaient des hommes de rang élevé (les chefs lucaniens, basileis évoqués par Strabon) comme le montre également le mobilier de la tombe (avec les vases du banquet dont de beaux cratères).
Monde féminin
Dans la scène du retour du guerrier, la femme joue un rôle central : elle tend à son époux les vases pour faire une libation. Des ensembles figurés uniquement réservés aux femmes et aux enfants apparaissent au milieu du IVᵉ siècle. Une iconographie toute féminine est représentée dans les scènes d'intérieur avec une femme assise filant la laine, une servante à ses côtés.
Le rôle des femmes est important car elles sont des actrices essentielles du rituel
Dans les tombes lucaniennes, la femme n'est jamais absente ni passive. Elle joue plusieurs rôles distincts, codifiés avec précision.
Dans les tombes masculines elle est la compagne du guerrier
En costume lucanien voile, diadème, longue robe elle tend à son mari (dans la scène du retour du guerrier) un vase à libation pour qu'il se purifie après les combats. Cheveux courts et bras nus, dans l'intérieur de la maison, elle file la laine avec sa servante. Deux registres donc : la femme publique, épouse du chef qui accueille le héros, et la femme domestique, maîtresse de l'oikos
Le cavalier exhibant armes et prisonniers est accueilli par une femme qui tient à la main un vase à libation est une association entre l'offrande du vin, la souveraineté et la victoire, thème central pour construire l'image exemplaire du guerrier défunt.
Dans les tombes féminines la morte au cœur du rituel
La morte, étendue après la toilette funéraire sur un lit de parade parfois surmonté d'un baldaquin, enveloppée dans un suaire blanc, tête ornée d'un diadème, est exposée (prothèsis). Les lamentations funèbres sont assurées par les femmes et enfants de la famille aux gestes emphatiques, douleur mise en scène, rythmés par un flûtiste. Le cortège funèbre, ouvert par un flûtiste, conduit la défunte au lieu de sa déposition, les participants portant des grenades symbole de survie et résurrection de la nourriture, des vases à parfum ; parfois un taureau est sacrifié.Le programme iconographique des tombes féminines tend à exalter les valeurs définissant la femme dans l'Antiquité : maîtresse du foyer, garante du lien familial et actrice centrale des rites funèbres.
Dans les tombes des deux sexes les jeux funèbres concernent aussi les femmes
Fait remarquable : les scènes athlétiques et la représentation de la chasse servent à souligner le statut aristocratique du défunt, qu'il s'agisse d'un homme ou d'une femme. Les jeux funèbres ne sont donc pas une exclusivité masculine ils célèbrent le rang, quel que soit le genre du mort.
Jeux funèbres
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Les jeux funèbres
Hérités de la tradition étrusque et grecque, les jeux funèbres courses de chars (biges ou quadriges), pugilat, chasse au lion ou au cerf célèbrent les vertus guerrières du défunt et constituent un hommage à sa vaillance. Ils sont représentés sur les parois latérales des tombes masculines comme féminines.
Les jeux funéraires ou funèbres accompagnent ces cérémonies. Entre concours et spectacles ces jeux gentilices sont principalement destinés aux funérailles de l’aristocratie. Les jeux athlétiques (pentathlon grec, combats de pugilat, courses de chars et montées) ainsi que d’autres activités (acrobates, bateleurs, danseurs en armes, joueuses de castagnettes) se déroulent autour du pavillon de toile qui accueille le banquet. Les participants sont des membres de familles nobles mais aussi des serviteurs et des acteurs et musiciens professionnels.
Des spectacles mélangeant le théâtre, le mime et la danse y sont également joués. Ces spectacles sont mal connus mais pourraient avoir eu une fonction religieuse en montrant des mythes et des rituels à travers une gestuelle très codifiée
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Les scènes de jeux funèbres sont des peintures relativement répétitives et communes aux tombes masculines et féminines. Elles sont le reflet de pratiques aristocratiques attestées dans la peinture funéraire étrusque jusqu'au Vᵉ siècle. On note une grande variété des représentations de ce thème des jeux funèbres qui connurent un franc succès à Paestum, s'inscrivant dans la tradition des jeux funèbres romains, les munera.
. Les jeux funèbres ou comment honorer le mort par la violence et la performance
Origines et signification
Les jeux funèbres ne sont pas une invention lucanienne. Les tombes peintes de l'époque archaïque et classique représentent fréquemment des scènes de compétitions athlétiques, de combats armés, de courses et de jeux violents organisés dans un contexte funéraire. Ces représentations suggèrent que les jeux étaient perçus comme une offrande rituelle destinée à honorer le défunt et à accompagner son passage dans l'au-delà.Les Lucaniens héritent de cette tradition via les Étrusques et les Grecs, mais lui donnent une saveur propre, plus réaliste et plus guerrière.
Les épreuves représentées
L'analyse des tombes lucaniennes de Paestum a permis de constater que les premiers décors centrés sur la représentation de la figure humaine se répartissent en deux ensembles d'artisans. Tous deux ont recours, avec des variantes significatives, aux scènes athlétiques et à la représentation de la chasse pour souligner le statut aristocratique du défunt. Parmi les scènes communes se trouvent le duel et le pugilat, et dans les deux groupes, certains détails marquent ces scènes non comme un simple agôn mais comme un jeu ritualisé.
On trouve ainsi : les courses de biges et quadriges, le pugilat (accompagné parfois d'un musicien nain), la chasse au cerf et au lion, le duel entre combattants armés différemment, et les scènes dites de « prégladiateurs ». Les peintures tombales de Campanie et de Lucanie datées entre 380 et 320 av. J.-C. représentent des joutes dont le caractère funéraire ne fait aucun doute, représentées à côté d'autres jeux tels que des combats de boxe ou des courses de char, ayant lieu en présence d'un arbitre.
Un germe du gladiateur romain
Ce lien est fondamental : plusieurs historiens considèrent que ces affrontements funéraires ont exercé une influence déterminante sur l'émergence des ludi funebres romains et, à terme, des combats de gladiateurs. Les jeux funéraires remplissent ainsi une double fonction : célébrer le prestige social du défunt et réaffirmer, par le spectacle et la compétition, les valeurs aristocratiques de la communauté.
Le symbolisme des offrandes c'est un langage codé pour l'au-delà
Les objets déposés dans les tombes lucaniennes ne sont pas de simples cadeaux. Chacun est porteur d'un sens précis, garant du statut du défunt dans la vie après la mort.
L'œuf qui est la puissance vitale et résurrection
Dans la Tombe du Plongeur, le personnage le plus proche de la tête du mort tient entre le pouce et l'index un œuf. L'œuf, offrande funéraire omniprésente dans les tombes, symbolise non seulement la fécondité, mais plus encore la puissance vitale dans la mort et la résurrection.
La grenade qui marque le passage et la renaissance
Les participants au cortège funèbre portent des grenades, fruit symbole de survie et de résurrection. La grenade est un symbole méditerranéen universel, lié à Perséphone et au cycle mort-renaissance — ses graines innombrables évoquent la multiplicité de la vie renaissante.
Les vases marquent le statut social et servent pour la libation
Parmi les fresques représentant des objets seuls, on trouve des offrandes vasculaires, éventuellement associées à des grappes de raisins ou des volatiles. Les cratères pour le vin, les lécythes à parfum, les aryballe désignent la classe du défunt et permettent la libation acte sacré de communication entre vivants et morts.
Les armes pour les hommes, les parures pour les femmes
L'accumulation d'objets dans les tombes lucaniennes souligne les différences de sexe, d'âge et de rang social. Pour un guerrier : cuirasse à trois disques, casque à plumes, cnémides, épée. Pour une femme de l'élite : bijoux en or, miroirs, fuseaux, couronnes. Des tombes appartenant probablement à des mercenaires sont marquées par des figures d'armes et, dans certains cas, les morts étaient accompagnés de panoplies complètes
Rituel funéraire et croyances des Lucaniens
La fresque du démon de la nécropole d'Andriuolo, tombe 47A (vers 360-350 av. J.-C.), illustre les croyances relatives à l'Au-delà ou l'Outre-Tombe. Le démon conduit l'embarcation : c'est le voyage vers l'Au-delà. La figure proche du Charon des Grecs ou de la Vanth des Étrusques guide le défunt dans sa dernière traversée.
Technique et Conservation
Les plaques qui constituent les parois de la tombe sont en calcaire local, le travertin. Une mince couche de chaux couvre la plaque polie. Ensuite, l'artisan prépare son travail en dessinant la plaque en zones au moyen d'une pointe fine ou d'un trait de peinture rouge. Les décors et les scènes figurées sont réalisés avec principalement du rouge, du noir et du jaune, plus rarement du vert et du bleu.
Le musée national de Paestum a organisé une grande réserve sous le musée dans laquelle les conditions atmosphériques sont contrôlées. Les plaques des tombes non exposées sont installées sur des glissières roulantes afin que les chercheurs et les restaurateurs puissent les manipuler plus aisément et sans risque.
Classification
Pour étudier ces peintures, en l'absence de source littéraire parlant d'elles et de leurs commanditaires lucaniens, les peintures ont été classées en un corpus que nous tentons de vous présenter. Les éléments décoratifs et figuratifs sont d'abord analysés sur chaque plaque, avant de regarder les quatre côtés ensemble.
Trois manières de faire ont été distinguées : dans la première, les scènes sont encadrées en bas par une ligne (droite ou ondulée) et, en haut, par un bandeau décoratif. Dans la seconde, la paroi est divisée en trois zones, de façon architectonique : le bas est peint en rouge ou noir, la zone centrale est blanche, elle est couronnée par une frise végétale.
La majorité des tombes peintes (50 sur 80) se concentre dans les nécropoles urbaines, essentiellement dans la nécropole d'Andriuolo, au nord des remparts de la ville. Les auteurs des principales publications sur les peintures paestanes ont vu dans l'augmentation du nombre de tombes peintes au milieu du IVᵉ siècle un signe de la croissance démographique de la cité, mais aussi un élargissement du corps social et des groupes dirigeants.
Parallèle entre les tombes peintes d'Italie du Sud (IVe s. av. J.-C.) Il exiqte 3 grans ensembles de tombes peintesLes trois ensembles en un coup d'œil
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Tombes lucaniennes de Paestum
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Tombe des Danseuses (Ruvo di Puglia)
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Tombes de Capoue / samnites
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Peuple
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Lucaniens
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Péucètes (Pouilles)
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Samnites / Campaniens
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Lieu
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Campanie (côte tyrrhénienne)
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Pouilles (côte adriatique)
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Campanie intérieure
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Conservation
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Musée de Paestum
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MANN Naples
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MANN Naples + musée de Capoue
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Datation
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IVe – début IIIe s. av. J.-C.
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Fin Ve – IVe s. av. J.-C.
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IVe – IIIe s. av. J.-C.
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Support
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Dalles de travertin
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Panneaux de tuf
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Dalles de calcaire
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Elles sont différente mais ce qui les rapproche c'est: une culture funéraire italique commune
Ces trois ensembles partagent une même vision de la mort
les Lucaniens de Paestum se faisaient parfois inhumer dans des grandes tombes à chambre, peintes sur les quatre parois, selon une tradition étrusco-campanienne que l'on retrouve par ailleurs à Nola, Capoue ou Cumes. Ce modèle funéraire tombes peintes pour l'élite, glorification du rang dans l'au-delà est commun à tous les peuples italiques de la Grande Grèce au IVe siècle.
Dans les trois cas, l'utilisation de pigments coûteux comme le cinabre suggère que la personne qui a commandé la tombe était une personnalité de haut rang. Les tombes peintes sont partout réservées à une aristocratie guerrière et équestre.
Influences communes. Ces tombes sont fortement inspirées de l'art grec pour la dimension du rituel funéraire et de l'art étrusque avec les références aux jeux funèbres. Grecs, Étrusques et Italiques ont nourri en commun cet art funéraire syncrétique.
Mais ce qui les distingue se sont des identités bien marquées
1 Les tombes lucaniennes de Paestum privilégient le réalisme guerrier et narratif : retour du guerrier à cheval avec ses trophées, cortège funèbre, prothèse de la défunte, jeux funèbres. Ces peintures sont avant tout lucaniennes par le réalisme des représentations des vêtements, armes — ainsi que par le caractère direct de la réalisation, faute de temps et d'espace. Elles constituent avant tout un document ethnographique sur la société lucanienne. Arrête ton char
2 La Tombe des Danseuses de Ruvo choisit un registre radicalement différent : la danse rituelle. La danse représentée est un rite funéraire dont l'invention est attribuée à Thésée. Les pas étaient le rappel symbolique de l'errance dans les méandres du labyrinthe, et la sortie du labyrinthe celui du passage à une vie autre. Là où les Lucaniens peignent le guerrier et sa gloire terrestre, les Péucètes de Ruvo choisissent une métaphore mystique et chorégraphique du passage vers l'au-delà. La grâce à la fois un peu naïve et probablement chargée de signification de la scène — la fameuse farandole en rang serré de femmes aux bras entrecroisés — n'a cessé d'exciter la curiosité des historiens de l'art. AcorfiPersee
2 Les tombes de Capoue (samnites-campaniens) combinent les deux registres : scènes de guerriers, processions, et une qualité picturale parfois supérieure, bénéficiant de l'influence directe de Tarente et des ateliers grecs de Campanie. Les fresques de guerriers samnites et cavaliers du IVe siècle av. J.-C. provenant de Paestum conservées au MANN mesurent 112 × 199 cm — des formats monumentaux qui trahissent une plus grande ambition artistique. MeisterDrucke
Le symbolisme de la mort : trois réponses différentes
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Paestum (lucanien)
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Ruvo (péucète)
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Capoue (samnite)
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Image centrale
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Le guerrier héroïsé à cheval
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La ronde des danseuses
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Le guerrier / la procession
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Passage vers l'au-delà
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Continuité du rang social
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Danse mystique (labyrinthique)
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Cortège et gloire guerrière
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Rôle des femmes
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Prothèse, déploration, gynécée
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Actrices principales du rite
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Présentes mais secondaires
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Influence dominante
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Italique réaliste
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Grecque (mythologie, Thésée)
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Greco-étrusque
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Conclusion : une koinè funéraire italique
Ces trois ensembles témoignent d'une civilisation funéraire partagée dans toute l'Italie du Sud au IVe siècle la conviction que les peintures garantissent au défunt son rang dans l'au-delà, que la mort est un passage et non une fin. Mais chaque peuple y répond avec son identité propre : le guerrier lucanien pour les uns, la danseuse mystique pour les autres. La chronologie de la Tombe des Danseuses, basée sur des comparaisons avec d'autres peintures funéraires apuliennes et la céramique attique et proto-italiote, illustre bien l'interconnexion de ces cultures à l'époque classique.