
Article fait par :Claude Balmefrezol
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Les Fresques du Monde Romain
Art, techniques et écoles provinciales
Photoscopes par Provincia
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Introduction
La fresque du terme italien "affresco" (frais) est l'une des expressions artistiques les plus anciennes et les plus durables de l'humanité. Bien avant que l'on distingue la peinture sur panneau ou sur toile, les hommes ont choisi de confier leurs représentations les plus précieuses aux murs eux-mêmes : édifices religieux, palais royaux, tombeaux, thermes, villas. De l'Égypte des pharaons à la Rome impériale, en passant par les cours assyriennes et les cités grecques, cet art monumental a traversé les civilisations en se perfectionnant sans cesse.
Ce que nous appelons communément "fresque" recouvre en réalité plusieurs techniques distinctes. La vraie fresque (buon fresco) implique que le peintre travaille sur un enduit encore humide, permettant aux pigments de se lier chimiquement à la chaux. D'autres procédés la fresque à sec (secco), ou la détrempe furent également utilisés selon les époques et les matériaux disponibles. Cet article retrace la genèse et l'évolution de cet art, de ses origines nilotiques jusqu'à son épanouissement spectaculaire dans les maisons et les bains romains.. L'Égypte Antique : Peinture Sacrée et Vie Éternelle Vers 3100 av. J.-C. — 30 av. J.-C.
En Égypte, la peinture murale est avant tout un acte rituel et funéraire. Les tombeaux des pharaons et des nobles sont ornés de scènes destinées à accompagner le défunt dans l'au-delà : chasse, banquets, agriculture, vie quotidienne, processions divines. Ces images ne sont pas de simples décorations elles sont censées s'animer magiquement pour assurer l'éternité du mort.Les temples (Karnak, Louxor, Abou Simbel) arborent également des peintures monumentales représentant les exploits militaires des pharaons et les cycles mythologiques des dieux. La couleur y est hautement codifiée : chaque teinte porte une signification symbolique précise.
Matériaux et pigments
Les artisans égyptiens développèrent une palette limitée mais d'une remarquable solidité. Les pigments étaient tirés directement de la nature :
Blanc : calcite broyée ou gypse (sulfate de calcium)
Noir : charbon de bois ou suie (carbone pur)
Rouge et jaune : ocres (oxydes de fer — hématite pour le rouge, goethite pour le jaune)
Bleu égyptien : cuprorivaïte (silicate de cuivre et de calcium), premier pigment synthétique de l'histoire, produit en chauffant sable, calcite et malachite vers 900 °C
Vert : malachite broyée ou mélange de bleu égyptien et d'ocre jaune
Ces pigments étaient broyés finement sur des palettes de pierre, puis mélangés à un liant organique — généralement de la gomme arabique ou du blanc d'œuf — pour former une peinture à la détrempe. Il s'agit donc techniquement d'une peinture " a secco" (sur enduit sec), à la différence de la vraie fresque.
Le support
Les murs en calcaire des tombeaux étaient d'abord grossièrement taillés, puis recouverts d'une première couche argileuse mêlée de paille hachée (pour éviter les craquelures). On appliquait ensuite un enduit de gypse plus fin, soigneusement lissé à la main ou à l'outil. Une dernière couche de gypse très blanc servait de fond, parfois légèrement teinté d'un lavis clair.
Les ouvriers et l'organisation du travail
À Deir el-Médineh, le village des artisans de la Vallée des Rois, les fouilles ont révélé une organisation du travail strictement hiérarchisée. On y distinguait :
Le chef de l'équipe ("foreman") : responsable de la planification et de la qualité d'ensemble
Le dessinateur ("outline scribe") : il traçait d'abord les contours au cordeau enduit de rouge ou de noir, sur une grille préalablement quadrillée pour respecter les proportions canoniques
Le peintre : il colorait à l'intérieur des contours en suivant un ordre précis (fond d'abord, puis les zones claires, puis les sombres)
Le sculpteur : dans les tombeaux de qualité, les contours étaient souvent gravés en bas-relief avant d'être peints
L'éclairage des tombeaux, dépourvus de fenêtres, était assuré par des systèmes ingénieux de miroirs et de plaques de cuivre poli qui renvoyaient la lumière solaire dans les galeries souterraines.
L'Assyrie et le Proche-Orient : Couleur et Pouvoir Vers 900 — 600 av. J.-C.
Peintures et décors palatiaux Dans les palais assyriens de Nimroud, Khorsabad et Ninive, la peinture murale joue un rôle complémentaire aux bas-reliefs sculptés en albâtre. Si ces reliefs constituent l'essentiel du décor narratif (campagnes militaires, scènes de chasse royale), des frises peintes rehaussaient les parties supérieures des murs, les encadrements de portes et les plafonds.
Les archéologues ont retrouvé des traces de couleurs vives rouge, bleu, noir, blanc et jaune sur les briques cuites et séchées. Ces peintures représentaient des motifs géométriques, des palmettes, des arbres sacrés et parfois des processions de tributaires ou de divinités ailées.
Matériaux et techniques
Le support de prédilection en Mésopotamie est la brique en terre cuite ou séchée au soleil. Les murs étaient enduits d'un mortier de gypse ou d'argile fine, sur lequel on appliquait les couleurs. La technique employée semble être principalement la peinture a secco, les pigments étant liés à la chaux, à la gomme végétale ou à de l'huile.
Une technique propre à la Mésopotamie est la brique émaillée : des briques vernissées de couleurs vives (bleu lapis, jaune, blanc) formaient des panneaux décoratifs en saillie sur les façades, comme la célèbre Porte d'Ishtar de Babylone. Ce procédé, à mi-chemin entre carrelage et fresque, témoigne d'un souci d'éclat et de permanence.
Iconographie et symbolique
L'art pariétal assyro-babylonien est essentiellement au service du pouvoir royal et divin. Les couleurs elles-mêmes sont codifiées : le bleu lapis-lazuli, extrait de mines lointaines d'Afghanistan, est associé au ciel, aux dieux et à la royauté. L'or et le rouge expriment la puissance et la victoire. Rares sont les scènes de la vie ordinaire — tout converge vers la glorification du souverain.
La Grèce Antique : Vers la Perspective et l'Illusion Vers 700 — 31 av. J.-C.
La "grande peinture" grecque : un art perduLa Grèce antique nous a légué une tradition picturale d'une richesse exceptionnelle que nous ne connaissons presque plus que par les textes. Les grands maîtres de la peinture grecque tels quePolygnote de Thasos, Zeuxis d'Héracléen, Apelle de Cos sont célébrés par Pline l'Ancien et Pausanias pour des œuvres aujourd'hui disparues. Ce qui subsiste, ce sont les peintures sur céramique, quelques panneaux funéraires, et des fresques découvertes en Macédoine (tombes royales d'Aigai et de Vergina) ou en Grande-Grèce.
La tombe de Philippe II de Macédoine à Vergina (IVe s. av. J.-C.) présente une frise de chasse remarquable, avec des figures en mouvement, des effets de volume et d'ombre qui annoncent les conquêtes de la peinture hellénistique.
Révolutions techniques : ombre, modelé et perspective
La grande innovation grecque est l'introduction du modelé (skiagraphia "peinture d'ombre"), attribué au peintre Apollodore d'Athènes (Ve s. av. J.-C.). En faisant varier les tons d'une même couleur du clair au sombre les peintres grecs donnèrent pour la première fois l'illusion du volume et du relief aux figures peintes.Cette révolution de la représentation que les Romains adopteront et amplifieront constitue le fondement de la peinture occidentale. La couleur n'est plus seulement un code symbolique; elle devient un outil d'illusion visuelle, un moyen de recréer la réalité tridimensionnelle sur un plan vertical.
Matériaux grecs
Les peintres grecs travaillaient à la détrempe sur panneaux de bois (pinakes) ou sur enduits muraux. La palette grecque classique était, selon Pline, limitée à quatre couleurs fondamentales : le blanc de Mélos (terre blanche), l'ocre attique (jaune), la sinopia du Pont-Euxin (rouge) et l'atramentum (noir de vigne ou d'ivoire).
C'est par la maîtrise des mélanges et des superpositions que les maîtres grecs obtenaient leur gamme chromatique étendue. La cire punique (encaustique) fut également utilisée pour des peintures sur panneau, offrant brillance et durabilité.
Les peintres de tombes macédoniennes
Les tombes royales de Macédoine révèlent une organisation professionnelle du travail pictural. Un peintre principal (archizographos) concevait la composition d'ensemble et exécutait les parties les plus importantes (visages, mains). Des assistants préparaient les enduits, broyaient les pigments et peignaient les fonds et les zones secondaires. Les contours étaient tracés au charbon ou à l'ocre rouge, parfois avec l'aide d'un carton (esquisse sur papyrus reportée sur l'enduit).
Rome L'Apogée de la Fresque Antique IIe siècle av. J.-C. — IVe siècle apr. J.-C.
C'est à Rome et dans le monde romain que la fresque atteint sa pleine maturité technique et artistique. L'immense production conservée — grâce au miracle de l'enfouissement de Pompéi, Herculanum et Stabies sous les cendres du Vésuve en 79 apr. J.-C. — nous permet de reconstituer avec précision les méthodes de travail, les matériaux et les styles des ateliers romains.
Les Quatre Styles pompéiens : une évolution artistique
Premier Style (IIe — Ier s. av. J.-C.) : le style incrusté
Ce style imite en trompe-l'œil des revêtements de marbre et de pierre colorée en relief. Les murs sont divisés en zones rectangulaires peintes de différentes couleurs pour simuler des plaques de marbre précieux. Le modelé est obtenu par des rehaussements de blanc et des ombres portées. Il s'inspire directement de la décoration hellénistique.
Deuxième Style (80 av. J.-C. — 20 apr. J.-C.) : le style architectural
C'est le style de la grande illusion spatiale. Les peintres créent de fausses architectures en trompe-l'œil qui ouvrent le mur sur des vistas imaginaires : colonnades, portiques, jardins, temples. Le spectateur est invité à s'imaginer dans un espace bien plus grand que la pièce réelle. La Villa des Mystères à Pompéi et la Villa de Livie à Rome (maintenant au Museo Nazionale Romano) illustrent magnifiquement ce style.
Troisième Style (20 av. J.-C. — 50 apr. J.-C.) : le style ornemental
Ce style abandonne l'illusion spatiale au profit d'une décoration plus graphique et raffinée. Les murs sont divisés en panneaux monochromes sur lesquels sont représentés de petits tableaux (pinakes) aux sujets mythologiques. Les bordures sont décorées de fines lignes, de candélabres, de rinceaux délicats. La couleur dominante est souvent le rouge vermillon ou le noir, avec des détails d'une précision miniaturiste.
Quatrième Style (50 — 79 apr. J.-C.) : le style fantastique
Dernier grand style de Pompéi, il mélange les apports des trois styles précédents dans une composition souvent foisonnante et théâtrale. Il associe trompe-l'œil architectural, grandes compositions mythologiques, et décor ornemental. C'est le style de la Maison des Vettii et de nombreuses domus pompéiennes. Les couleurs sont vives, les effets illusionnistes poussés à leur maximum.
La technique de la fresque romaine : étapes détaillées
Étape 1 : Le noyau préparation du mur
La première opération consistait à préparer le mur porteur. Si le mur était en opus incertum ou opus reticulatum (pierres ou briques irrégulières), sa surface était abondamment humidifiée avant toute application d'enduit. Cette humidification était répétée plusieurs fois sur plusieurs jours.
Étape 2 : L'arriccio couche de fond
On appliquait ensuite l'arriccio (ou trullissatio), un enduit grossier composé d'un mélange de chaux vive éteinte (environ un tiers) et de sable grossier ou de pouzzolane (deux tiers). Cette couche, de 1,5 à 2 cm d'épaisseur, était appliquée à la truelle en couches successives. La pouzzolane — cendre volcanique abondante autour de Naples — conférait à l'enduit une prise exceptionnelle et une résistance à l'humidité.
Sur l'arriccio encore frais, le peintre traçait l'esquisse générale de la composition à l'ocre rouge (sinopia) ou au charbon, parfois en s'aidant d'un cordeau à crayère pour les lignes architecturales. Cette esquisse, visible lors des restaurations modernes quand le niveau supérieur s'est décollé, s'appelle aussi "sinopia" du nom du pigment rouge utilisé.
Étape 3 : L'intonaco couche de finition
L'intonaco est la couche de finition sur laquelle le peintre travaille directement. Sa composition est plus fine que l'arriccio : chaux éteinte très pure (souvent vieillie en fosse pendant plusieurs années pour une finesse optimale) mêlée de sable de rivière fin, de poudre de marbre ou pour les surfaces les plus soignées de poussière de travertin
L'intonaco était appliqué en sections journalières appelées "giornate" (journées). Chaque section représentait la surface que le peintre pouvait raisonnablement peindre en une journée avant que l'enduit ne sèche. La taille d'une giornata variait selon la complexité du motif : grande pour les fonds et les cieux, petite pour les visages et les détails. Les jonctions entre giornate sont visibles à l'examen minutieux des fresques et permettent aux experts de reconstituer l'organisation du chantier.
Étape 4 : Lissage et polissage
Sur les fresques romaines de haute qualité, l'intonaco était soigneusement lissé à la spatule de fer ou d'os, puis poli au marbre. Vitruve recommande d'appliquer jusqu'à sept couches successives d'enduit, dont les dernières très fines pour obtenir une surface quasi spéculaire. Ce polissage intensif compressait la chaux, la rendant plus imperméable et lui conférant un éclat nacré particulier la surface de marbre imitée dans le Premier Style n'était pas seulement peinte, elle était aussi physiquement lisse et réfléchissante.
Étape 5 : La peinture technique du buon fresco
Le peintre devait travailler rapidement, tant que l'intonaco restait humide (environ 6 à 8 heures selon la température et l'humidité ambiante). Il appliquait ses pigments dissous dans l'eau pure, sans liant organique. La chaux de l'enduit, en carbonatant sous l'effet du CO₂ atmosphérique (CaCO₃), emprisonnait les particules de pigment dans un cristal de calcite microscopique — d'où la durabilité exceptionnelle des fresques.
La technique exigeait une maîtrise parfaite de la main et une exécution directe sans repentirs possibles. Les modifications sur enduit sec (retouches a secco) sont toujours repérables à l'analyse : elles tiennent moins bien et s'écaillent en premier.
La palette romaine : pigments et couleurs
Les pigments minéraux
Blanc : blanc de céruse (carbonate de plomb) pour la peinture a secco, blanc de chaux pour le buon fresco. Le blanc de céruse, plus couvrant et plus brillant, était réservé aux rehauts lumineux.
Noir : noir de vigne (carbone provenant de la carbonisation de sarments), noir d'ivoire, atramentum. Utilisé pour les contours et les ombres profondes.
Rouge : sinopia (ocre rouge d'origine gréco-pontique), minium (oxyde de plomb — rouge vif mais sensible à la lumière), et surtout cinabre (vermillon — sulfure de mercure), le rouge le plus précieux et le plus éclatant. Le cinabre, importé d'Almadén en Espagne ou de Siscia en Pannonie, coûtait extrêmement cher. Pline signale un tarif réglementé à 70 sesterces la livre.
Jaune : ocres jaunes variées, sil (ocre jaune attique d'excellente qualité), et orpiment (trisulfure d'arsenic — jaune vif mais toxique et incompatible avec le plomb
Bleu : bleu égyptien (caeruleum), importé ou fabriqué localement. Vitruve en décrit la fabrication en détail. Bleu de lapis-lazuli (ultramarinum), rarissime et très cher, réservé à des détails précieux
Vert : vert de montagne (malachite broyée), chrysocolla (mélange de malachite et d'azurite), terre verte (glauconite). La préparation des verts est délicate car certains pigments verdissent en séchant différemment selon l'humidité
Pourpre : purpurissum (laque de garance sur craie), ou préparations à base de murex. Très coûteux, réservé aux surfaces de prestige
Les pigments organiques
Aux pigments minéraux s'ajoutaient des matières organiques utilisées surtout en détrempe (a secco) : garance (rouge), indigo (bleu végétal), safran (jaune), carbone organique. Ces pigments, moins stables, ont souvent disparu ou viré, expliquant pourquoi certaines fresques paraissent aujourd'hui moins colorées qu'elles ne l'étaient.
Les artisans de la fresque romaine
La hiérarchie de l'atelier
Un chantier de fresque important mobilisait une équipe spécialisée et hiérarchisée, comparable à un atelier médiéval ou Renaissance
Le pictor imaginarius (peintre de figures) était le maître incontesté. Il concevait la composition, dessinait les sinopies, exécutait les figures humaines et les scènes narratives les parties les plus valorisées et les plus difficiles. On conserve quelques noms de ces maîtres : Famulus (ou Fabullus), qui travailla pour Néron à la Domus Aurea selon Pline.
Le pictor parietarius (peintre de parois) était le spécialiste des fonds, des architectures en trompe-l'œil et des décors géométriques. Son rôle était essentiel : un fond raté condamnait l'ensemble de la composition.
Les stucateurs (tectores) préparaient les enduits et étaient responsables de la qualité de la surface. Leur art, considéré comme un métier à part entière, est décrit en détail par Vitruve au Livre VII de son De Architectura. Les meilleurs stucateurs appliquaient jusqu'à six ou sept couches d'enduit, en polissant chaque couche avant la suivante.
Les assistants et apprentis (operarii) broyaient les pigments sur des tables de pierre, préparaient les mélanges, portaient l'eau et les matériaux, et peignaient les parties les moins nobles (fonds unis, motifs répétitifs).
Formation et transmission du savoir
La formation des peintres romains était essentiellement artisanale et orale. Un apprenti entrait jeune dans un atelier (officina pictoris) et apprenait d'abord à broyer les pigments, à préparer les enduits, à tracer des lignes droites au cordeau. Progressivement, il accédait à des tâches plus complexes fonds, motifs ornementaux, puis figures. Les recettes de pigments, les proportions des enduits, les tours de main étaient transmis de maître à élève sans être nécessairement couchés par écrit.
Rémunération et statut social
Le statut social des peintres romains était ambivalent. Si les grands maîtres pouvaient acquérir richesse et réputation Apelle, dont les œuvres inspiraient les commanditaires romains, était cité comme modèle absolu les peintres ordinaires étaient des artisans (artifices), souvent des affranchis ou des esclaves spécialisés. Les inscriptions de Pompéi témoignent de la présence d'ateliers grecs ou d'artisans formés à la tradition grecque, qui signaient parfois leurs œuvres.
Les grands chantiers romains
La Domus Aurea de Néron (64 — 68 apr. J.-C.)
Le palais d'or de Néron, construit après l'incendie de Rome, fut un chantier gigantesque de plusieurs hectares. Le peintre Famulus y travailla, selon Pline, en toge signe de sa dignité sociale exceptionnelle. Les voûtes de la Domus Aurea, redécouvertes à la Renaissance par de jeunes artistes descendus dans ces "grottos" (grottes), inspirèrent directement les grotesques de Raphaël et Michel-Ange. Pinturicchio, Ghirlandaio, puis les élèves de Raphaël y laissèrent même leurs signatures gravées dans les enduits.
Les villas de Pompéi et Herculanum
La destruction de Pompéi et Herculanum en 79 apr. J.-C. a conservé sous une couche de cendres et de lapilli des milliers de mètres carrés de fresques en parfait état. La Villa des Mystères, la Maison du Faune, la Maison des Vettii, la Villa d'Oplontis constituent les plus beaux ensembles connus. Ces fresques révèlent la diversité des ateliers, la rapidité d'exécution (certaines giornate montrent des figures peintes en quelques heures), et l'extraordinaire maîtrise technique des peintres campaniens.
Les thermes et les lieux publics
Au-delà des domus privées, les fresques ornaient les thermes, les basiliques, les théâtres, les temples et les espaces funéraires. Les catacombes chrétiennes de Rome (IIe — IVe s. apr. J.-C.) perpétuent la technique de la fresque romaine en l'adaptant à un nouveau répertoire iconographique orants, scènes bibliques, symboles qui annonce l'art paléochrétien.
Sources antiques sur la technique
Notre connaissance de la technique romaine repose en grande partie sur trois sources textuelles majeures :
Vitruve, De Architectura (Livre VII, Ier s. av. J.-C.) : traité exhaustif sur la construction et la décoration, il décrit la préparation des enduits, la composition des pigments, les qualités requises pour chaque type de surface. Vitruve déplore la décadence du goût de son époque, qui préfère les monstres ornementaux du Quatrième Style aux sévères vues architecturales du Second.
Pline l'Ancien, Historia Naturalis (Livres XXXIII-XXXV, Ier s. apr. J.-C.) : encyclopédie monumentale qui traite longuement des pigments, de leur origine, de leur coût et de leur usage. Pline nous a transmis les noms des grands peintres grecs et romains ainsi que des anecdotes précieuses sur leur technique.
Vitruve et les recettes de chantier : des tablettes de cire et des papyrus conservent parfois des recettes de mélanges, des listes de commandes de pigments ou des contrats de commande témoignages directs de la vie quotidienne des ateliers.
Conclusion
Des tombeaux de Thèbes aux thermes de Rome, la fresque antique a connu une évolution continue sur près de trois millénaires. Chaque civilisation a apporté sa contribution propre : l'Égypte, la codification symbolique et la durabilité; l'Assyrie, la monumentalité au service du pouvoir; la Grèce, la révolution du modelé et de l'illusion; Rome, enfin, la maîtrise technique absolue, la diversité stylistique et la démocratisation d'un art longtemps réservé aux temples et aux tombeaux.Ce qui frappe, dans cette longue histoire, c'est la permanence de certains gestes fondamentaux : la préparation patiente de l'enduit, le broyage minutieux des pigments, la rapidité d'exécution sur support humide, la hiérarchie de l'atelier. Ces gestes traversent les siècles et les cultures, et se retrouvent — presque inchangés — dans les fresques médiévales de Byzance, dans les cycles de Giotto, et jusque dans les grandes décorations baroques.La fresque n'est pas seulement un support de représentation : elle est une forme de pensée, une manière d'inscrire le temps et le sacré dans la matière même des murs. C'est peut-être pour cela qu'elle a, plus que tout autre art, résisté à l'usure des siècles.
| In Memoriam Alain Houot |
L'Italie est un cas à part : ce n'est donc pas une province. Disposant d'un statut spécial au Haut-Empire, elle est divisée en onze régions administratives par Auguste. Le statut de ces régions est peu à peu, au cours des IIe et IIIe siècles transformé de manière à ressembler de plus en plus aux provinces. À partir de Dioclétien, au début IVe siècle, l'Italie est découpée en provinces comme le reste de l'Empire. En revanche, Rome (avec la zone de 100 000 pas autour de la ville) a toujours conservé un statut extra-provincial ; il en fut de même pour Constantinople au Bas-Empire. |
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