
Article fait par :Claude Balmefrezol
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USA Blindés et Véhicules militaires Les Couleurs Federal Standard et la peinture des véhicules militaires américains
Seconde Guerre mondiale • 1939–1945
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Toutes les couleurs du FS ICI et ICI
Toute le monde connait l'Olive Drab une des couleurs les plus célèbres de l'histoire militaire. Pourtant, sa definition est bien plus complexe. Le systeme Federal Standard 595, universellement cite comme reference, n'existait tout simplement pas pendant la guerre. Je vais essayer de faire un petit topo de l'histoire des systemes de couleurs utilises par l'US Army de 1939 a 1945, les teintes employees sur les vehicules, et les pieges qui guettent collectionneurs et modelistes.
Tout d abord voyons le Federal Standard 595
Quiconque s’intéresse aux véhicules militaires américains de la Seconde Guerre mondiale connait inévitablement la référence FS 34087 pour désigner l’Olive Drab. Cette désignation figure sur d’innombrables boîtes de peinture pour maquettes, dans les manuels de restauration et les articles spécialisés. Elle est pourtant fondamentalement inexacte pour décrire les véhicules de guerre, et voici pourquoi.
En effet Le Federal Standard 595 système à cinq chiffres qui constitue aujourd’hui la référence officielle des couleurs gouvernementales américaines ne fut adopté que le 1er mars 1956, soit onze ans après la fin de la guerre. Son prédécesseur direct, la spécification TT-C-595 à quatre chiffres,lui datait de janvier 1950. Pendant toute la durée du conflit, les couleurs militaires américaines étaient définies par des systèmes propres à chaque arme ou service.
Aussi bien qu’il soit postérieur à la guerre, le terme FS 595 est utilisé par convention pour décrire les teintes d’époque
Mais attention le nom du système et les codes peuvent prêter à confusion. Car le FS 595 c'est le nom du catalogue et non une couleur, c'est le nom de la norme car les couleurs dans ce système ont toujours 5 chiffres. Par exemple :
FS 34087 → Olive Drab mat
FS 37875 → Blanc insignia
FS 35044 → Bleu insignia
Donc quand on écrit FS 595, le "595" désigne le catalogue lui-même, pas une couleur. Et quand on veut désigner une couleur précise, on écrit FS + 5 chiffres.
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Ainsi, FS 34087 signifie : mat (3) • vert (4) • teinte n°087. Le FS 24087 est la même teinte en version semi-brillante, utilisée sur les véhicules blindés après 1945.
2. Les systèmes de couleurs pendant la guerre
Le système QMC (Quartermaster Corps) 1917–1942
Le Quartermaster Corps était le service de l'US Army chargé de l'approvisionnement, du matériel et... de la peinture. Avant toute standardisation unifiée, c'est lui qui définissait les teintes officielles des véhicules militaires par de simples numéros internes.
Ce système naît pendant la Première Guerre mondiale et à ceette époque l'armée américaine adopte l'Olive Drab comme couleur standard de ses véhicules et équipements, en rupture avec les teintes kaki clair utilisées auparavant. L'idée est simple : une couleur neutre, terne, qui se fond dans la végétude et ne réfléchit pas la lumière.
Les numéros successifs
Les teintes n'étaient pas désignées par des codes complexes mais par de simples numéros d'ordre internes au QMC :
OD n°3 — teinte initiale, plutôt vert-brun foncé, utilisée avant-guerre
OD n°7 — variante légèrement différente, introduite dans les années 1930
OD n°9 / No. 319 — teinte affinée, qui devient la référence de milieu et fin de guerre
Le problème fondamental du système QMC
Il n'existait aucune correspondance chromatique précise et opposable. La spécification décrivait la couleur en termes chimiques composition des pigments, liants mais chaque fabricant de peinture produisait des lots légèrement différents. Résultat : deux Jeeps sorties de deux usines différentes la même semaine pouvaient avoir des teintes perceptiblement distinctes, toutes deux conformes au règlement.
La seule règle absolue il faut qu'il soit obligatoirement mat Quelle que soit la nuance exacte, une contrainte ne souffrait aucune exception la peinture devait être lusterless absolument mate. Aucun émail brillant n'était toléré sur un véhicule tactique, pour des raisons purement opérationnelles : une surface brillante réfléchit la lumière solaire et trahit la position d'un véhicule à plusieurs kilomètres.
Donc il n’existait pas de teinte Olive Drab fixe et immuable. Chaque lot de peinture livré aux usines différait légèrement du précédent. Les variations étaient considérées comme acceptables tant que la couleur restait dans les limites du vert-gris terne.
Avant toute standardisation unifiée, le Quartermaster Corps définissait ses propres teintes par des numéros simples. Par exemple pour prendre la couleur Olive Drab ; Celle ci était désignée sous différentes appellations successives :
Olive Drab n°3 — teinte initiale, utilisée avant-guerre et en début de conflit
Olive Drab n°7 — variante plus sombre, adoptée progressivement
Olive Drab n°9 (OD 9) / No. 319 — teinte standardisée de milieu et fin de guerre, considérée comme l’Olive Drab « de référence » de la 2e Guerre Mondiale
Mais le système QMC montrait ses limites dès lors que la coordination entre l'armée de terre, la marine et l'aviation devenait impérative.
En 1943, le système ANA (Army-Navy Aeronautical Colors) le remplace progressivement, apportant une nomenclature commune aux deux armes. L'Olive Drab QMC n°319 devient alors ANA 319 — même teinte, nouvelle désignation.
En résumé : le système QMC était pragmatique et fonctionnel pour son époque, mais artisanal par nature. C'est cette absence de standard chromatique rigide qui explique la grande variété de teintes observées sur les photographies couleur de la guerre, et qui rend si complexe la reproduction fidèle de l'Olive Drab d'époque aujourd'hui.
En 1943, alors que la guerre s'intensifie sur tous les fronts, l'US Army et l'US Navy se retrouvent face a un probleme concret : chaque arme utilise ses propres references de couleurs, rendant la coordination des approvisionnements en peinture difficile et couteuse. La solution est le systeme ANA — Army-Navy Aeronautical Colors — premier referentiel de couleurs unifie des forces armees americaines. Bien que d'abord concu pour l'aeronautique, il s'etendra progressivement a l'ensemble des materiels militaires et constituera le pont entre les vieux numeros du Quartermaster Corps et le futur Federal Standard 595.
Contexte et naissance du systeme ANA et pourquoi un nouveau systeme en 1943 ?
Au debut du conflit, chaque branche des forces armees americaines definissait ses propres couleurs de maniere independante. Le Quartermaster Corps de l'armee de terre utilisait ses numeros internes (OD n°3, n°7, n°9...), l'Army Air Forces avait ses propres bulletins de couleurs (Bulletin n°41), et la Navy ses specifications propres. Ce manque de coordination engendrait des problemes concrets : un meme avion pouvait recevoir des peintures de teintes legerement differentes selon l'usine de fabrication, faute de reference commune opposable a tous les sous-traitants.
La guerre industrielle totale que menent les Etats-Unis a partir de 1942 exige une standardisation sans faille. Des milliers de fournisseurs doivent produire les memes teintes de peinture, pour des millions de vehicules, avions et equipements. Sans reference commune precise, les variations sont inevitables et coutent du temps et de l'argent.
La creation du systeme ANA
Le systeme ANA (Army-Navy Aeronautical Colors) est standardise en 1943, sous l'egide conjointe de l'Army Air Forces et de la Navy. Son nom indique clairement son origine aeronautique : il fut d'abord concu pour normaliser les peintures appliquees sur les avions militaires, dont les besoins en identification et camouflage etaient particulierement precis.
Le systeme attribue a chaque couleur un code a trois chiffres, simple et non ambigu. Des echantillons physiques — les fameux chips de couleur — accompagnent la norme et servent de reference absolue pour les fabricants de peinture. Pour la premiere fois, un peintre dans une usine du Texas et un autre en Californie peuvent produire exactement la meme teinte.
Son principe Le code ANA est un simple numero a trois chiffres Chaque numero renvoie a un echantillon physique de couleur officiel. Pas de logique cachee dans le numero : c'est une reference de catalogue, comme un numero de page dans un livre de couleurs.
La structure du systeme ANA
Contrairement au Federal Standard 595 adopté en 1956 (dont les 5 chiffres encodent la finition, la famille et la teinte), le code ANA est plus simple : c'est un numero d'ordre attribue sequentiellement a chaque couleur standardisee. Le numero lui-meme ne dit rien sur la couleur : c'est l'echantillon physique qui fait foi.
Les couleurs etaient regroupees en grandes familles fonctionnelles, correspondant aux besoins operationnels : couleurs de camouflage, couleurs d'identification (insignes nationaux), couleurs de signalisation. Chaque couleur existait dans une finition definie — le plus souvent mate (lusterless) pour les vehicules et equipements tactiques.
Les familles de couleurs ANA
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Voici le tableau complet des couleurs ANA utilisees sur les vehicules et equipements terrestres de l'US Army et de l'USMC, avec leur equivalence post-guerre en Federal Standard 595 :
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Cette filiation directe montre que le systeme ANA n'est pas un episode isole de l'histoire des couleurs militaires americaines : c'est le chainage manquant entre les vieux numeros empiriques du Quartermaster Corps et le Federal Standard 595 qui reste en usage aujourd'hui.
Conclusion
Le systeme ANA de 1943 represente un tournant dans l'histoire de la standardisation militaire americaine. Ne d'une necessite operationnelle — coordonner des millions de fournitures de peinture entre deux armes et des milliers de sous-traitants — il a pose les bases du referentiel moderne des couleurs gouvernementales americaines.
Pour l'historien, le modeliste ou le restaurateur de vehicules militaires, le systeme ANA reste la reference la plus fiable pour decrire les couleurs de la Seconde Guerre mondiale : plus precis que les vieux numeros QMC, et plus fidele a la realite d'epoque que le Federal Standard 595, adopte onze ans apres la fin du conflit.
L’Olive Drab . C'est histoire d’une couleur mythique Une teinte toujours mat
La règle absolue en vigueur pendant toute la guerre était simple : aucun émail brillant. Tous les véhicules tactiques devaient recevoir une peinture lusterless (mat/terne). Cette exigence n’était pas esthétique — elle était opérationnelle : une surface brillante réfléchit la lumière et trahit la position d’un véhicule à grande distance.
L’évolution de la teinte au fil du conflit est bien documentée. En début de guerre, l’Olive Drab avait un aspect plutôt vert-gris foncé, presque kaki sombre. En fin de guerre, des changements dans la composition chimique des peintures — notamment liés aux pénuries de certains pigments ont conduit à des teintes parfois plus claires ou plus jaunâtres.
L’odyssée post-guerre du FS 34087
C’est ici que la situation devient particulièrement complexe pour les historiens et les modélistes.
1945 : Publication du règlement AR 850-15 qui introduit l’Olive Drab semi-brillant n°202 comme nouvelle couleur de base des blindés.
1950 : La spécification TT-C-595 remplace les numéros de couleurs internes. L’OD mat devient 3412, le semi-brillant 2430.
1956 : FS 595 est adopté. L’OD mat devient FS 34087, le semi-brillant FS 24087.
1968 : Publication de FS 595A — catastrophe pour les modélistes. La teinte FS 34087 est modifiée : elle devient plus claire et plus brune, sans que personne ne le remarque vraiment.
1984 : Après des années de confusion, les trois variantes -4087 sont supprimées et remplacées. La nouvelle désignation devient FS 34088.
Aussi pour le modélisme et la restauration : La seule référence fiable pour reproduire l’Olive Drab WW2 est le code ANA 319, ou mieux encore, la comparaison directe avec des échantillons de peinture originaux conservés aux Archives nationales américaines (fichiers QMC 1939–1945).
Parmi les peintures commerciales, l’acrylique Tamiya XF-62 est considérée comme la correspondance la plus proche de la teinte d’époque.4. Le référentiel complet des couleurs WW2
Voici l’ensemble des couleurs employées sur les véhicules américains, avec leurs equivalents modernes et leurs usages spécifiques :
| Le code FS 34087 est utilisé par convention, mais correspond à la version post-1956 de la couleur, légèrement différente de l’Olive Drab WW2 original (ANA 319). |
Applications pratiques par théâtre d’opérations
Europe et Régime général (ETO) European Theater of Operations mais sa désignation complète et officielle était ETOUSA European Theater of Operations, United States Army Il fut actif à partir du 8 juin 1942, il couvrait
Le Royaume-Uni — base arrière et préparation du débarquement
La France — à partir du 6 juin 1944 (Opération Overlord)
La Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg
L'Allemagne — campagne finale 1944-1945
Le commandant était également le général Dwight D. Eisenhower, qui cumulait donc les deux commandements (NATOUSA puis ETOUSA) avant de devenir Supreme Commander Allied Expeditionary Force (SCAEF).
Pour les véhicules, l'ETO/ETOUSA est particulièrement important car c'est dans ce théâtre que l''étoile blanche simple AR-850-5 devient dominante avec le cercle blanc autour de l'étoile est standardisé pour Normandie
La peinture M5 anti-gaz est rendue obligatoire
Les codes de pare-chocs sont les plus strictement appliqués
Dans le théâtre européen, la grande majorité des véhicules conservaient leur Olive Drab de base, souvent usée, ternie et recouverte de boue. La règle était la peinture mono-couleur — les camouflages bi-colores étaient rares et non réglementaires, même si certaines unités les pratiquaient. En hiver, une couche de blanc à la chaux ou une peinture blanche lavable pouvait être appliquée directement sur l’OD.
Afrique du Nord (1942–1943) NATOUSA (North African Theater of Operations)
Le NATOUSA North African Theater of Operations, United States Army était la dénomination administrative officielle utilisée par l'US Army pour désigner ce théâtre. La distinction est importante :
NATO désignait le théâtre géographique de manière générale mais NATOUSA désignait spécifiquement le commandement américain dans ce théâtre, ce qui est la désignation administrative correcte pour les documents militaires, les marquages et les réglements
Le commandant du NATOUSA était le général Dwight D. Eisenhower, qui supervisait l'ensemble des opérations américaines en Afrique du Nord depuis novembre 1942. La distinction entre les deux termes est essentielle pour les historiens et les collectionneurs car les documents officiels règlements de peinture, ordres de marquage des véhicules, instructions sur les insignes portaient systématiquement la mention NATOUSA et non simplement NATO.
En Afrique du Nord, les véhicules arrivaient peints en Olive Drab depuis les États-Unis. Sur place, deux approches coexistaient : soit l’application d’une couche de Sand ANA 616 par-dessus l’OD (donnant un aspect bichrome vert-sable), soit la peinture complète en sable. L’urgence opérationnelle faisait que les résultats étaient très variables d’une unité à l’autre.
Pacifique (PTO) Là encore la désignation complète était SWPA — South West Pacific Area et POA — Pacific Ocean Areas
Car contrairement à l'Europe, le Pacifique était divisé en deux commandements distincts ce qui fut une source de tensions tout au long de la guerre. Les deux zones de commandement
SWPA South West Pacific Area Commandant : général Douglas MacArthur (US Army)
Couvrait : Australie, Nouvelle-Guinée, Philippines, Borneo
Forces terrestres dominantes
POA Pacific Ocean Areas
ommandant : amiral Chester Nimitz (US Navy)
Couvrait : Hawaii, îles du Pacifique central, Japon
Forces navales et Marines dominantes
Impact sur les véhicules et marquages
Le PTO avait des spécificités très différentes de l'ETO :
L'Olive Drab restait la base mais avec des variations plus foncées pour la jungle
Les plaques de pont étaient plus souvent appliquées qu'en Europe
L'étoile blanche était utilisée mais avec moins de standardisation qu'en ETO
Le USMC (Marines) utilisait des couleurs complémentaires spécifiques : Earth Yellow, Earth Red, Forest Green
Peu ou pas de peinture anti-gaz M5 — la menace chimique japonaise était jugée moins probable
Les camouflages bi ou tri-colores étaient plus fréquents qu'en Europe pour s'adapter à la jungle
Vous trouverez ci dessous tous les autres theatres d opérations
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Le CBI — China-Burma-India Theater mérite une mention particulière car il était considéré comme le théâtre le plus oublié de la guerre, avec des conditions logistiques extrêmes et des solutions de camouflage souvent improvisées faute d'approvisionnements réguliers. |