Napoléon 1816 Napoleon St Helene Habits d'interieur Invalides









  Napoléon 1816 Napoleon St Helene Habits d'interieur Invalides
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L'HABIT DE NAPOLÉON À SAINTE-HÉLÈNE


L'habit le plus connu de Napoléon est celui, devenu légendaire, de l'uniforme de Colonel des chasseurs à cheval de la Garde impériale. Un grand nombre de tableaux le représentent dans cette tenue. C'est habillé ainsi qu'il entama ses deux exils, l'un en faisant ses adieux à Fontainebleau avant de rendre à l'île d'Elbe, l'autre en quittant la terre de France à Rochefort, avant de se rendre à l'île d'Aix puis, de là, suite à un mauvais calcul, comme prisonnier à l'île de Sainte-Hélène.

 

Adieux de Napoléon à la Garde Impériale en 1814


 

 
Les adieux de Napoléon à la Garde impériale, à Fontainebleau en 1814

Lors de sa captivité, il quitta assez tôt cet uniforme légendaire, alors que, paradoxalement, il insistait à montrer à ses geôliers que, même prisonnier, il restait l'Empereur Napoléon. Ce détail démontre qu'il était sans doute moins attaché à rétablir le formalisme d'une "cour impériale", comme nombre d'historiens l'ont supposé, qu'à simplement défendre son droit à être traité honorablement par ses geôliers. Aussi, on ne peut que s'étonner de cet abandon. Toutefois, à la fin de l'été 1820, il reprit l'usage de cet uniforme et le porta à plusieurs reprises, jusqu'en janvier 1821 au moins. Cet article tente de donner une réponse aux questions qui semblent venir à l'esprit: pourquoi avoir abandonné cet uniforme en fin 1815? Et pourquoi l'avoir soudainement utilisé à nouveau cinq années plus tard, en fin 1820?

Analysons tout d'abord quelques témoignages.

Au petit matin du 15 juillet 1815, Napoléon se rendit à bord d'un vaisseau britannique, le Bellérophon, pensant pouvoir bénéficier d'un asile politique en Angleterre. Maitland, son capitaine, donna dans ses mémoires une bonne description de l'habit de Napoléon:

 
Buonaparte portait un grand manteau olive passé sur un uniforme vert avec collet et parements écarlates, revers de couleur verte à passepoil écarlate, basques à retroussis brodés de cors de chasse en or, boutons unis en pain de sucre, épaulettes d'or. C'est la tenue des chasseurs à cheval de la Garde impériale. Il portait l'étoile, ou Grand Croix de la Légion d'honneur et la petite croix de cet ordre, ainsi que la Couronne de Fer ; l`Union, à gauche, pendait à la boutonnière du revers. Il avait un petit bicorne avec une cocarde tricolore, une épée ordinaire à poignée d'or, des bottes d'uniforme, un gilet blanc et des culottes. Le lendemain, il mit des souliers à boucles d'or, des bas de soie, et garda cette tenue par la suite tant qu'il fut à mon bord. (1)
L'uniforme de Colonel des chasseurs à cheval de la Garde impériale
L'uniforme de Colonel des chasseurs à cheval:  le tissu était de couleur verte, mais celle-ci a bleui avec le temps; Napoléon portait aussi des épaulettes brodées d'or
Napoléon a porté cette tenue à bord du Bellérophon et à bord du Northumberland. Il avait avec lui, parmi ses effets personnels, deux de ces uniformes, comme on le verra ici par la suite.
Capitaine Frederick Lewis Maitland
Napoléon à bord du Nortumberland
Le capitaine Maitland
 
Napoléon à bord du Northumberland en 1815 (croquis de Denzil Ibbetson)
 

 


Une fois à Sainte-Hélène, il continua dans les premiers temps à porter cet uniforme, d'autant que, côté anglais, on essayait plutôt de lui faire oublier son titre d'Empereur, car il était devenu, officiellement dans leur correspondance, "le Général Buonaparte".
Napoléon à Sainte-Hélène
Napoléon à Sainte-Hélène, 1815
 
 
 

Vers la fin novembre 1815, il abandonna cependant son uniforme, et utilisa des vêtements de bourgeois. Or, on ne peut supposer qu'il se résignait à abandonner son titre auprès de ses gardiens, car l'abandon de son uniforme ne signifia pas pour autant qu'il abandonnait les décorations qu'il continua de porter, comme le signala Louis Marchand, son premier valet de chambre, dans ses mémoires:
 
Nous étions alors le 28 novembre. Ce même jour, l'Empereur quitta l'uniforme des chasseurs de la Garde qu'il portait depuis son embarquement sur le Bellérophon. Il mit un frac bourgeois vert sur lequel était attachée la plaque de la Légion d'honneur, sans autres distinctions, mais conserva le cordon de la Légion d'honneur entre le gilet et l'habit dont la fermeture permanente ne permettait pas qu'on l'aperçût. Une culotte d'uniforme en casimir blanc, des bas de soie, des souliers à boucles et le petit chapeau devenu historique fut le costume qu'il adopta à Longwood. (2)

Pourquoi ce changement? Marchand ne nous en donne pas la clef. Pas d'indice non plus chez Las Cases, l'auteur du Mémorial de Sainte-Hélène, qui n'aurait pas manqué de nous signaler le message de Napoléon à cette occasion, s'il y en avait eu un de "politique". Las Cases a simplement écrit:
 
Le 28 [novembre 1815], l'Empereur quitta son habit militaire qu'il avait repris pour se rendre à bord du Bellérophon, et mit un frac de fantaisie. (3)

Las Cases ajouta en fait le détail que Napoléon avait repris son uniforme en se rendant sur le vaisseau britannique. Il ne le porta sans doute pas lors de son voyage entre la Malmaison et Rochefort. Mais, au moment de se rendre auprès des ennemis d'hier, il lui était important de conserver les apparences et son statut d'ancien chef d'état. C'est ce qui rend encore plus surprenant l'abandon de cette tenue en fin novembre 1815, à la vue de ses geôliers.

Au cours de la traversée et au cours des années qui suivirent, certains croquis de Napoléon ont été réalisés par des dessinateurs amateurs parmi les gens de la garnison britannique. L'un d'eux le représente de profil, adossé sur un canon à bord du Northumberland en 1815 (celui de Denzil Ibbetson ci-dessus), ce qui met en évidence un certain embonpoint, remarqué par de nombreux témoins. D'autres le représentent à Sainte-Hélène, en 1815 lorsqu'il était souvent visible, puis à partir de juillet 1819, alors qu'il s'adonna au jardinage. Les croquis de cette époque le représentait dans un habit bourgeois, avec ses décorations et son chapeau légendaire, voire dans une tenue de jardinier, sans décoration et portant un grand chapeau de paille.
Napoléon dans ses jardins, fin 1819
Napoléon dans ses jardins, fin 1819
 

 

Mais ce fut surtout au cours de l'année 1820 que Napoléon a été de nouveau très visible, du fait de la paix relative entre Longwood et Plantation House à cette époque. C'est au début 1820 en effet que le gouverneur Hudson Lowe décida d'étendre le périmètre de liberté du captif à une très grande partie de l'île. Conséquemment, les sorties à cheval de Napoléon, et surtout en calèche, purent reprendre et continuèrent pendant la majeure partie de l'année 1820.
Napoléon au début 1820
Napoléon au début 1820, avec habit bourgeois et décorations
 

 

Ensuite, vers la fin de l'été 1820, alors qu'aucun conflit particulier ne venait perturber la paix relative entre le captif et son geôlier, Napoléon se remit à porter son uniforme de Colonel des chasseurs à cheval de la Garde impériale. Un croquis de 1820, réalisé par Dodgins, le montre d'ailleurs dans cette tenue. On peut remarquer la différence entre les deux croquis connus de 1820: celui de Dodgins montre les épaulettes, et le boutonnage caractéristique de cet uniforme, alors que les croquis précédents montrent un habit simple avec boutonnage habituel en frontal.
Napoléon en fin 1820, par Dodgins
Napoléon à l'automne 1820, dans son uniforme légendaire (croquis de Dodgins)
 

 

On sait par ailleurs, d'après les rapports de l'officier d'ordonnance, le capitaine Lutyens, les dates auxquelles Napoléon avait porté cet uniforme, sorti des placards après tant d'années (depuis fin novembre 1815). La première occurence s'est déroulée le 31 juillet 1820:
 
J'ai vu le général Bonaparte dans le jardin avec Noverraz hier soir à 16 heures. Le Général était en grand uniforme. (4)

Le 3 août, Lutyens aperçut de nouveau Napoléon en "grand uniforme", ainsi que le grand-maréchal Bertrand. Même chose le 11 septembre. Un autre rapport montre que Napoléon portait son uniforme même dans son intérieur, alors que le mauvais temps ne lui permettait pas d'en sortir:
 
Hier, le général Bonaparte n'a pas été vu dehors mais il était à sa fenêtre à 16 heures et demie, en grand uniforme. (5)

Ce détail semble montrer que, si Napoléon avait remis son uniforme alors qu'il devait rester dans son intérieur, ce n'était pas seulement pour être ainsi vu par ses geôliers. Un second rapport semble confirmer cette constatation:
 
Hier soir à 18 heures, on a vu le général Bonaparte à la cuisine en grand uniforme. (6)

Et Napoléon continua de porter son uniforme en octobre, puis en novembre, mais cette nouvelle habitude eut un terme, ou l'officier d'ordonnance arrêta simplement de mentionner ce détail devenu régulier. Ce qui semble d'ailleurs être le cas car un autre rapport, en janvier 1821, mentionne que Napoléon était en grand uniforme. Ce rapport n'émanait pas de Lutyens mais de sir Thomas Reade qui rapportait au gouverneur Hudson Lowe sa conversation avec le jardinier anglais Surby, employé à Longwood. Reade indiqua dans son rapport:
 
Hier il [Surby] l'a vu [général Bonaparte] trois fois marchant seul dans son jardin, en grand uniforme mais sans son bicorne. (7)


Alors, il faut croire que Napoléon avait tendance, s'il le pouvait, à s'habiller dans son uniforme légendaire à cette époque-là comme à d'autres. Ce n'était pas simplement pour marquer le coup vis à vis de ses geôliers, car ses prises de position ne leur laissaient aucun équivoque: il était l'Empereur Napoléon, avec ou sans uniforme. On pourrait répéter le vieil adage dans son cas: l'habit ne fait pas le moine ! Cependant, c'est dans cet uniforme qu'il avait souhaité être mis au cercueil.

Alors pourquoi a-t-il interrompu pendant longtemps son habitude?

Il n'y a malheureusement pas de raison précise donnée par les mémorialistes (ou alors je ne l'ai pas encore trouvée). Mais le manque d'explication fait penser justement à une raison quelque peu banale plutôt que, disons, en vue d'un message quelconque. Pour ma part, je crois qu'il s'agit tout simplement de l'embonpoint de Napoléon. Déjà sur les croquis de 1815, on peut constater qu'il était assez obèse. Et, bien entendu, le peu d'exercice qu'il a fait pendant trois mois de voyage en mer (de la mi-juillet à la mi-octobre 1815), et ensuite à Sainte-Hélène, n'a fait qu'augmenter son embonpoint. Il faut croire que, dès novembre 1815, il ne rentrait plus dans cet uniforme ! Mais, dans le courant 1820, il a repris les exercices physiques de façon journalière, et il a pu perdre un peu de poids, ou du moins suffisamment pour être revenu à son état de l'automne 1815 lorsqu'il pouvait porter son habit légendaire. Puis, bien entendu, sa maladie lui a ensuite causé un amaigrissement rapide, ce qu'il lui a permis de continuer à porter son uniforme même en 1821. Le capitaine Lutyens aurait simplement arrêté de signaler ce détail devenu habituel depuis octobre 1820. Le pauvre Napoléon est certainement passé d'un état très obèse en début 1820, à un état simplement obèse en fin 1820 (disons qu'il était alors aussi obèse qu'à son arrivée à Sainte-Hélène en octobre 1815). Son amaigrissement s'est ensuite poursuivi depuis le début 1821 jusqu'à sa mort, du fait de son ulcère gastrique se compliquant en cancer, puis, dans les dernières semaines de sa vie, de son anémie causée par son hémorragie interne
(8). Il est certain que, à un moment donné, son uniforme était probablement devenu trop large pour lui car, au moment de son décès, les différents témoins ont signalé qu'il avait retrouvé une physionomie rajeunie de 10 ans, du fait de la perte de poids.

On peut aussi se poser légitimement la question suivante: si Napoléon souhaitait continuer de porter son uniforme, pourquoi n'a-t-il pas demandé à ce qu'on le lui rafistole? Je crois que la réponse est simplement que Napoléon ne souhaitait pas retoucher quelque chose d'aussi précieux que l'uniforme qu'il avait porté dans sa dernière campagne. Il n'a pas non plus fait rafistoler son manteau de Marengo et le gardait plutôt comme une relique, depuis 1800, avec laquelle on recouvrit son cercueil par la suite. Concernant son uniforme, il n'en avait que deux exemplaires avec lui, lors de sa captivité, comme le montre l'inventaire établi à Longwood après sa mort:

 
Habillement:
- 10 habits bourgeois
- 2 uniformes grenadiers
- 1 uniforme chasseur
- 1 uniforme de la Garde nationale
- 2 redingotes grises
- 1 redingote verte
-
1 manteau bleu collet brodé (Marengo) (9)


On constate qu'il ne restait dans cet inventaire qu'un seul uniforme de chasseur. Le second fut employé à revêtir la dépouille de Napoléon avant la mise en cercueil. Napoléon ne disposant que de deux tenues de son uniforme légendaire durant sa captivité, il ne voulait sans doute pas modifier ces tenues et aurait préféré les conserver plutôt comme reliques, s'il ne pouvait rien faire d'autre. Mais, du fait de son amaigrissement vers la fin 1820, il a pu les porter de nouveau, comme ses geôliers ont pu le constater.

Il n'y a certes pas de certitude sur cette explication. Je reste intéressé à connaître celle des lecteurs. Mais, si cette explication s'avérait correcte, elle représenterait une preuve supplémentaire, s'il en fallait, que le captif de Sainte-Hélène avait perdu du poids vers la fin de son existence, malgré ce que les tenants de la thèse d"empoisonnement à l'arsenic se sont refusé de croire.

Albert Benhamou
Novembre 2010


Notes :
Certains des ouvrages mentionnés ici sont disponibles en ligne. Pour les consulter, allez sur la page 
Sources de ce site.

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur Napoléon, lisez ce que le comte de Las Cases avait écrit à son sujet, à l'adresse des membres du Parlement britannique => allez à la page de ce site
Qui était Napoléon?

Bonnes lectures !


(1) Maitland, Frederick Lewis, Narrative of the surrender of Buonaparte and his residence on board HMS Bellerophon, Londres, 1826.

(2) Marchand, Louis, Mémoires de Marchand, Tome II, par Jean Bourguignon et le Cdt Henry Lachouque, Tallandier, 1952-1955.

(3) Las Cases, Emmanuel de, Mémorial de Sainte-Hélène, 1823.

(4) Lowe Papers, ADD 20130, rapport de Lutyens à Gorrequer, 1er août 1820.

(5) Lowe Papers, ADD 20130, rapport de Lutyens à Gorrequer, 10 octobre 1820.

(6) Lowe Papers, ADD 20130, rapport de Lutyens à Gorrequer, 16 octobre 1820.

(7) Lowe Papers, ADD 20115, note de Thomas Reade à Hudson Lowe, 27 janvier 1821.

(8) Voir mon ouvrage L'autre Sainte-Hélène pour une analyse des circonstances de sa maladie, et une étude comparative des différents rapports d'autopsie.

(9) Marchand, Louis, Mémoires de Marchand, op. cit., inventaire du 10 mai 1821.

 

 

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