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History see Here Le lion bleu de la grange avec cette camionnette Peugeot 301 de l’Écomusée d’Alsace
Certaines pièces de musée trônent derrière une vitrine, lustrées et impeccables. Celle-ci repose derrière une simple corde, sur des pavés, dans une grange alsacienne ouverte, comme si son propriétaire l’avait garée là un soir pour ne jamais revenir. Sa peinture bleue a pâli jusqu’à prendre la couleur d’un ciel d’hiver, la rouille fleurit sur les ailes et le pare-chocs, et le pare-brise est voilé par des décennies de poussière. Pourtant, impossible de se tromper : c’est une Peugeot 301, l’une des voitures qui ont fait tourner l’usine de Sochaux pendant les années les plus difficiles de la décennie 1930.
Une voiture née dans la crise
La 301 est arrivée à un moment délicat. Peugeot l’a produite de 1932 à 1936, quelques années seulement après le krach de 1929, alors que de nombreux constructeurs européens réduisaient leur activité ou fermaient leurs portes. Plutôt que de reculer, Peugeot a élargi sa gamme : la 301 se plaçait juste au-dessus de la populaire 201, dont elle dérivait, et elle était proposée en berline, limousine, coupé, cabriolet et roadster, ainsi qu’en versions utilitaires.
C’était aussi une avancée technique. La 301 fut l’une des premières voitures de grande série dotées d’une suspension avant à roues indépendantes, ce qui lui offrait une meilleure tenue de route et bien moins de vibrations dans le volant que ses concurrentes. Sous le capot, toutes les versions partageaient le même moteur : un quatre cylindres de 1 465 cm³ à soupapes latérales et refroidissement par eau, développant environ 35 ch à 4 000 tr/min, classé dans la catégorie fiscale des 8 CV. Au total, environ 70 500 exemplaires de tous types sont sortis de l’usine.
Pas une berline, mais une bête de somme
Ce qui rend cet exemplaire particulier, c’est sa carrosserie. Derrière la cabine se trouve un plateau en bois à ridelles, comme ceux qu’utilisaient les agriculteurs, les artisans et les commerçants de village pour transporter caisses, sacs et outils. Peugeot proposait la 301 en véhicule utilitaire et même en petit camion, et ces versions de travail étaient conçues pour la charge, pas pour la vitesse : les fourgons, plus hauts, dépassaient à peine 70 km/h. Les utilitaires étaient généralement usés jusqu’à la corde puis envoyés à la casse ; en trouver un aussi complet et dans son jus est donc plus rare que de dénicher une élégante berline.
Le dessin lui-même raconte la décennie. Les premières 301 de 1932 étaient droites et anguleuses, mais dès 1933 Peugeot adoucit les lignes et vanta une voiture « aérodynamique », avant que la 301 D de 1934 n’aille encore plus loin. La calandre inclinée et pointue en écusson, les ailes enveloppantes et les flancs de capot à ouïes de cette camionnette appartiennent à cette génération plus profilée : un visage élégant sur un corps de travailleuse.
En y regardant de près, la voiture révèle des fragments de son passé. La plaque avant indique 42-AX-68 : dans le système d’immatriculation français instauré en 1950, le dernier nombre désigne le département, et 68 correspond au Haut-Rhin, la partie de l’Alsace où se trouve justement l’Écomusée. Autrement dit, cette camionnette a été immatriculée sur place et a très probablement passé sa vie de travail sur les routes des environs de Mulhouse et de Colmar. Le rétroviseur monté sur l’aile, les phares séparés sur leurs supports et les fins bras d’essuie-glace sont typiques de l’époque.
Les pneus, en revanche, sont des remplacements modernes, signe que la voiture a continué à rouler bien après la guerre. Pendant les années de pénurie qui ont suivi 1945, une vieille camionnette d’avant-guerre était bien trop utile pour être mise au rebut, et beaucoup de 301 ont continué à travailler jusque dans les années 1950 et 1960.
Pourquoi ne pas la restaurer ?
Un restaurateur pourrait faire briller à nouveau cette Peugeot, mais quelque chose serait perdu. Les collectionneurs appellent ce genre de voiture une « sortie de grange », et sa valeur tient précisément à sa patine : chaque rayure, chaque tache de rouille témoigne d’un usage réel. À l’Écomusée d’Alsace, musée à ciel ouvert composé de maisons et d’ateliers villageois alsaciens remontés pièce par pièce, la camionnette est parfaitement à sa place. Elle n’y est pas exposée comme un objet de luxe, mais comme un outil de la vie rurale, partageant son abri avec des paniers, des caisses en bois et la charpente d’une grange traditionnelle.
Devant elle, on imagine sans peine la 301 brinquebalant sur un chemin de village, chargée de caisses de récolte, son petit quatre cylindres ronronnant. Près de quatre-vingt-dix ans après avoir quitté Sochaux, le lion bleu se repose, mais il a encore bien des histoires à raconter.
L’essentiel — Peugeot 301 (1932–1936) : quatre cylindres de 1
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