|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Tableaux générés par IA sur mes Indications
Historique voir ICI
History See Here Le lancier aux quatre miroirs
Un guerrier à pied de la Cavalcade islamique, plus persan ou indien qu’ottoman
Casque doré, visage noyé dans la maille, plaques d’acier sanglées de rouge sur un velours vert : ce mannequin est l’un des guerriers à pied de la Cavalcade islamique du musée Stibbert. Son équipement est du type dit indo-persan, celui de la Perse et de l’Inde moghole. Ce n’est donc pas, à proprement parler, une tenue de soldat ottoman.
Identification faite d’après les photos, sans le cartel du musée. Ces tenues sont souvent des ensembles composés par le collectionneur à partir de pièces d’origines et de dates différentes.
L’armure « aux quatre miroirs »
La pièce la plus parlante est la cuirasse. Le char-aina (du persan « quatre miroirs ») se compose de quatre plaques : une sur la poitrine, une dans le dos et une sous chaque bras, reliées par des lanières de cuir et portées par-dessus une chemise de mailles. On en voit ici trois sur les photos : celle de poitrine, celle du flanc gauche et celle du dos.
Ce type d’armure dérive de disques de métal poli portés en renfort sur la maille. En Iran, au XVIe siècle, les plaques s’agrandissent et deviennent rectangulaires pour mieux couvrir le corps. On prêtait aussi à ces « miroirs » un pouvoir protecteur, celui de repousser le mal.
Ottoman ou non ?
Le monde ottoman a connu une armure à miroirs, mais d’une autre forme : le krug des XVe et XVIe siècles s’organise autour d’un grand disque central. Les quatre plaques rectangulaires sanglées de ce mannequin, son casque-bol à nasal coulissant et ses brassards renvoient à la Perse et à l’Inde.
La confusion est naturelle, car la salle mêle volontairement les cultures. La Cavalcade aligne côte à côte des guerriers turcs, persans et de l’Inde moghole, et le cavalier au grand turban et à la veste rouge que l’on aperçoit derrière notre lancier est d’une tout autre tradition. Pour une attribution précise (région, siècle), il faudrait le cartel ou le numéro d’inventaire de la pièce.
« Inde moghole » : l’expression revient tout au long de cet article. Elle désigne l’empire musulman qui a dominé la plus grande partie du sous-continent indien du XVIe au XVIIIe siècle. Il naît en 1526, lorsque Babur, prince d’Asie centrale descendant de Tamerlan et, par sa mère, de Gengis Khan, bat le sultan de Delhi à Panipat grâce à son artillerie et à sa cavalerie. « Moghol » est d’ailleurs la forme persane de « Mongol ».
Son petit-fils Akbar (1556-1605) en fait un État durable : il étend l’empire, organise son administration et associe les princes hindous au pouvoir. Sous Jahangir puis Shah Jahan, la cour atteint son plus grand éclat, dont le Taj Mahal reste le symbole. Sous Aurangzeb (1658-1707), l’empire atteint sa plus grande étendue.
Pourquoi des armes « indo-persanes » ? Parce que la cour moghole regarde vers l’Iran. Le persan y est la langue du pouvoir et des lettres. Humayun, le fils de Babur, chassé de son trône en 1540, se réfugie auprès du shah de Perse et ne reprend Delhi qu’en 1555, avec son appui. Formes, décors et artisans circulent ensuite d’un empire à l’autre : le casque kulah khud et la cuirasse aux quatre miroirs se portent en Perse comme en Inde. C’est ce qui rend si délicate l’attribution d’une pièce isolée, comme celles de notre lancier.
Après Aurangzeb, l’empire se défait. En 1739, le souverain persan Nadir Shah, celui dont un bouclier du musée porte le nom, écrase l’armée moghole à Karnal et met Delhi à sac. La Compagnie anglaise des Indes orientales s’impose ensuite au Bengale par ses victoires de Plassey (1757) et de Buxar (1764). Les empereurs ne règnent plus dès lors que de nom, jusqu’à la déposition du dernier d’entre eux, Bahadur Shah II, en 1858.
Du champ de bataille au musée. L’histoire rejoint ici celle de la collection. Giles Stibbert, le grand-père de Frederick, a combattu à Plassey et commandait l’aile gauche de l’armée de la Compagnie à Buxar. La fortune qui a permis de réunir ces armures vient donc, en partie, de la conquête qui a mis fin à la puissance moghole.
La salle de la Cavalcade islamique
Le décor que l’on voit sur les photos fait partie de l’œuvre. Frederick Stibbert fait aménager cette salle en 1889 : les stucs blancs, dus à Piovano, reproduisent une salle de l’Alhambra de Grenade, les carreaux du sol sortent de la manufacture florentine Cantagalli et les vitraux « à la mauresque » sont posés par le verrier Natale Bruschi.
Au centre défilent onze figures en armure, à pied et à cheval, montées sur des mannequins fabriqués spécialement pour le collectionneur. Les pièces vont de la fin du XVIe au milieu du XIXe siècle. Avec la seconde salle islamique, l’ensemble réunit plus de 1 850 objets d’origine arabe, ottomane, persane, moghole et indienne.
Le guide du musée signale quelques pièces vedettes :
Frederick Stibbert, collectionneur
Né à Florence en 1838 d’un père officier anglais et d’une mère toscane, Frederick Stibbert hérite d’une fortune bâtie en Inde : son grand-père Giles Stibbert avait commandé les troupes de la Compagnie des Indes orientales et gouverné le Bengale. Volontaire aux côtés de Garibaldi en 1866, il consacre ensuite sa vie à ses collections, en s’appuyant sur un réseau d’informateurs dans le marché de l’art.
Il s’intéresse aux armes orientales à une époque où elles sont peu recherchées. À sa mort, en 1906, il lègue la villa de Montughi et ses collections pour en faire un musée public. On y compte aujourd’hui 57 salles et plusieurs dizaines de milliers d’objets (36 000 à 50 000 selon les sources), dont l’un des plus beaux ensembles d’armes islamiques et japonaises au monde. |
|
Droit d’auteur La plupart des photographies publiées sur ce site sont la propriété exclusive de © Claude Balmefrezol Elles peuvent être reproduites pour une utilisation personnelle, mais l’autorisation préalable de leur auteur est nécessaire pour être exploitées dans un autre cadre (site web publications etc) Les sources des autres documents et illustrations sont mentionnées quand elles sont connues. Si une de ces pièces est protégée et que sa présence dans ces pages pose problème, elle sera retirée sur simple demande. Principaux Collaborateurs:
Nb
de visiteurs:9834822 Nb
de visiteurs aujourd'hui:5014 Nb
de connectés:78
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||