Inde Empire Moghul Lancier Armure 4 miroirs Armure Char-Aina Florence









Inde Empire Moghul Lancier  Armure 4 miroirs  Armure Char-Aina  Florence
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Le lancier aux quatre miroirs
Un guerrier à pied de la Cavalcade islamique, plus persan ou indien qu’ottoman
Casque doré, visage noyé dans la maille, plaques d’acier sanglées de rouge sur un velours vert : ce mannequin est l’un des guerriers à pied de la Cavalcade islamique du musée Stibbert. Son équipement est du type dit indo-persan, celui de la Perse et de l’Inde moghole. Ce n’est donc pas, à proprement parler, une tenue de soldat ottoman.
De profil : casque à nasal, épaulière de velours et plaque latérale sous le bras. casque à nasal, épaulière de velours et plaque latérale sous le bras.

 
Élément
Ce que montrent les photos
Ce que c’est
Casque
Calotte basse en métal doré et gravé, barre nasale coulissante terminée en fer de lance, long camail de mailles qui enveloppe le cou et les joues
Casque-bol de type kulah khud, né en Iran et porté en Perse comme dans l’Inde moghole
Cuirasse
Plaques rectangulaires gravées et dorées (bouquet de fleurs sur la poitrine), une sur le torse, une dans le dos, une sous chaque bras, tenues par des lanières de cuir rouge croisées
Char-aina, l’armure « aux quatre miroirs » d’origine persane

Cette armure se compose de quatre plaques fixées par des bandoulières de cuir. Deux plaques rondes protègent le devant et l’arrière, tandis que deux plaques rectangulaires, plus petites, couvrent les flancs. L’armure à quatre miroirs se porte par-dessus une chemise de mailles pour offrir plus de protection. Elle est fournie avec un casque à pointes avec un capuchon en mailles.
Vêtement de corps
Velours vert sombre galonné, épaulières festonnées garnies de plaques argentées et d’une rosette dorée
Veste d’armes en tissu précieux, portée entre la maille et les plaques
Cotte de mailles
Manches longues, pan visible sous la ceinture
La protection de base, sur laquelle les plaques viennent en renfort
Avant-bras
Deux longs brassards en gouttière, gravés, prolongés par une moufle de mailles sur la main
Arme
Longue lance à hampe noire torsadée, cerclée de viroles dorées et argentées
Lance de fantassin ou de parade
Drapé
Grand manteau de soie brun-rouge à petits motifs, jeté sur l’épaule
Habillage du mannequin, qui donne l’allure du personnage
Identification faite d’après les photos, sans le cartel du musée. Ces tenues sont souvent des ensembles composés par le collectionneur à partir de pièces d’origines et de dates différentes.
L’armure « aux quatre miroirs »
La pièce la plus parlante est la cuirasse. Le char-aina (du persan « quatre miroirs ») se compose de quatre plaques : une sur la poitrine, une dans le dos et une sous chaque bras, reliées par des lanières de cuir et portées par-dessus une chemise de mailles. On en voit ici trois sur les photos : celle de poitrine, celle du flanc gauche et celle du dos.
Ce type d’armure dérive de disques de métal poli portés en renfort sur la maille. En Iran, au XVIe siècle, les plaques s’agrandissent et deviennent rectangulaires pour mieux couvrir le corps. On prêtait aussi à ces « miroirs » un pouvoir protecteur, celui de repousser le mal.
Ottoman ou non ?
Le monde ottoman a connu une armure à miroirs, mais d’une autre forme : le krug des XVe et XVIe siècles s’organise autour d’un grand disque central. Les quatre plaques rectangulaires sanglées de ce mannequin, son casque-bol à nasal coulissant et ses brassards renvoient à la Perse et à l’Inde.

 
La confusion est naturelle, car la salle mêle volontairement les cultures. La Cavalcade aligne côte à côte des guerriers turcs, persans et de l’Inde moghole, et le cavalier au grand turban et à la veste rouge que l’on aperçoit derrière notre lancier est d’une tout autre tradition. Pour une attribution précise (région, siècle), il faudrait le cartel ou le numéro d’inventaire de la pièce.
De face : le bras levé sur la lance, protégé par le brassard et la moufle de mailles De dos : le camail, la plaque dorsale et, à droite, un voisin au manteau rouge clouté.

 
L’Empire moghol en bref
In Memoriam Alain Houot +

 
« Inde moghole » : l’expression revient tout au long de cet article. Elle désigne l’empire musulman qui a dominé la plus grande partie du sous-continent indien du XVIe au XVIIIe siècle. Il naît en 1526, lorsque Babur, prince d’Asie centrale descendant de Tamerlan et, par sa mère, de Gengis Khan, bat le sultan de Delhi à Panipat grâce à son artillerie et à sa cavalerie. « Moghol » est d’ailleurs la forme persane de « Mongol ».
Son petit-fils Akbar (1556-1605) en fait un État durable : il étend l’empire, organise son administration et associe les princes hindous au pouvoir. Sous Jahangir puis Shah Jahan, la cour atteint son plus grand éclat, dont le Taj Mahal reste le symbole. Sous Aurangzeb (1658-1707), l’empire atteint sa plus grande étendue.
Pourquoi des armes « indo-persanes » ? Parce que la cour moghole regarde vers l’Iran. Le persan y est la langue du pouvoir et des lettres. Humayun, le fils de Babur, chassé de son trône en 1540, se réfugie auprès du shah de Perse et ne reprend Delhi qu’en 1555, avec son appui. Formes, décors et artisans circulent ensuite d’un empire à l’autre : le casque kulah khud et la cuirasse aux quatre miroirs se portent en Perse comme en Inde. C’est ce qui rend si délicate l’attribution d’une pièce isolée, comme celles de notre lancier.
Après Aurangzeb, l’empire se défait. En 1739, le souverain persan Nadir Shah, celui dont un bouclier du musée porte le nom, écrase l’armée moghole à Karnal et met Delhi à sac. La Compagnie anglaise des Indes orientales s’impose ensuite au Bengale par ses victoires de Plassey (1757) et de Buxar (1764). Les empereurs ne règnent plus dès lors que de nom, jusqu’à la déposition du dernier d’entre eux, Bahadur Shah II, en 1858.
Date
Repère
1526
Babur bat le sultan de Delhi à Panipat et fonde l’empire
1540-1555
Humayun, détrôné, s’exile en Perse puis reprend le pouvoir
1556-1605
Règne d’Akbar : expansion et organisation de l’empire
1632
Shah Jahan met en chantier le Taj Mahal
1658-1707
Règne d’Aurangzeb : plus grande étendue territoriale
1739
Le Persan Nadir Shah bat l’armée moghole à Karnal et pille Delhi
1757-1764
Plassey puis Buxar : la Compagnie anglaise des Indes orientales s’impose au Bengale
1858
Le dernier empereur, Bahadur Shah II, est déposé par les Britanniques

 
Du champ de bataille au musée. L’histoire rejoint ici celle de la collection. Giles Stibbert, le grand-père de Frederick, a combattu à Plassey et commandait l’aile gauche de l’armée de la Compagnie à Buxar. La fortune qui a permis de réunir ces armures vient donc, en partie, de la conquête qui a mis fin à la puissance moghole.
La salle de la Cavalcade islamique
Le décor que l’on voit sur les photos fait partie de l’œuvre. Frederick Stibbert fait aménager cette salle en 1889 : les stucs blancs, dus à Piovano, reproduisent une salle de l’Alhambra de Grenade, les carreaux du sol sortent de la manufacture florentine Cantagalli et les vitraux « à la mauresque » sont posés par le verrier Natale Bruschi.
Au centre défilent onze figures en armure, à pied et à cheval, montées sur des mannequins fabriqués spécialement pour le collectionneur. Les pièces vont de la fin du XVIe au milieu du XIXe siècle. Avec la seconde salle islamique, l’ensemble réunit plus de 1 850 objets d’origine arabe, ottomane, persane, moghole et indienne.
Le guide du musée signale quelques pièces vedettes :
  • La « Zimarra dei Mille Chiodi », manteau de velours armé de mille clous, Rajasthan, seconde moitié du XVIIe siècle. Le voisin au manteau rouge clouté, visible sur deux des photos, lui correspond vraisemblablement.
  • Une armure persane à quatre miroirs accompagnée d’un bouclier au nom de Nadir Shah, daté de 1734.
  • Une barde de cheval du Cachemire en papier mâché doré et laqué, fin du XVIIIe siècle.
  • Une armure du Sind en mailles et plaques, fin du XVIIIe siècle, d’un type dont on ne connaît que trois exemplaires complets.
Frederick Stibbert, collectionneur
Né à Florence en 1838 d’un père officier anglais et d’une mère toscane, Frederick Stibbert hérite d’une fortune bâtie en Inde : son grand-père Giles Stibbert avait commandé les troupes de la Compagnie des Indes orientales et gouverné le Bengale. Volontaire aux côtés de Garibaldi en 1866, il consacre ensuite sa vie à ses collections, en s’appuyant sur un réseau d’informateurs dans le marché de l’art.
Il s’intéresse aux armes orientales à une époque où elles sont peu recherchées. À sa mort, en 1906, il lègue la villa de Montughi et ses collections pour en faire un musée public. On y compte aujourd’hui 57 salles et plusieurs dizaines de milliers d’objets (36 000 à 50 000 selon les sources), dont l’un des plus beaux ensembles d’armes islamiques et japonaises au monde.
   


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