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Historique Voir ICI History Click Here La Decauville de 1898 ou quand le chemin de fer invente la « voiturelle »
Petite, rouge, perchée sur quatre roues de bicyclette : la Decauville exposée au Musée Automobile de Vendée, à Talmont-Saint-Hilaire, a l’air d’un jouet. Elle cache pourtant une idée très en avance sur son temps, les roues avant indépendantes, et elle a inspiré des constructeurs jusqu’en Allemagne et en Angleterre.
Du rail à la route
Le nom de Decauville est d’abord celui d’un chemin de fer. En 1875, Paul Decauville met au point, sur le domaine familial de Petit-Bourg, près de Corbeil, une voie étroite démontable que l’on pose comme un jeu de construction. Le succès est mondial : fermes, carrières, chantiers et armées adoptent le « Decauville ». À la fin du siècle, l’entreprise cherche de nouveaux débouchés et se tourne vers la nouveauté du moment, l’automobile. Une société des Voitures Automobiles Decauville est créée, et la première voiture sort en 1898.
« Voiturelle », pas « voiturette »
Le mot surprend. On s’attendrait à « voiturette », mais ce nom avait été déposé par Léon Bollée pour son petit véhicule à trois roues. Decauville choisit donc « voiturelle » pour baptiser sa voiture légère, et le terme reste attaché à la marque.
Une petite voiture en avance sur son temps
Le projet est l’œuvre de deux ingénieurs, Joseph Guédon et Gustave Cornilleau, dont Decauville rachète les plans. Leur voiturelle est d’une grande simplicité : un châssis léger, un moteur placé sous le siège, une boîte à deux rapports qui entraîne les roues arrière, aucune suspension à l’arrière. Les historiens de la marque décrivent le moteur d’origine comme deux monocylindres De Dion-Bouton refroidis par air et réunis sur un même carter, pour environ 500 cm³ et 3 chevaux.
L’originalité est à l’avant. Chaque roue coulisse sur une colonne verticale et s’appuie sur un ressort à lames transversal : les deux roues avant réagissent donc séparément aux cahots. Ce « système Guédon » fait de la Decauville l’une des toutes premières automobiles de série à roues avant indépendantes, une solution que la plupart des constructeurs n’adopteront que dans les années 1930.
L’exemplaire du musée
La carrosserie est du type vis-à-vis : le conducteur s’assoit sur la banquette arrière, la plus haute, et ses passagers prennent place devant lui, dos à la route, sur un petit siège bordé d’une rambarde. La direction se commande par une colonne verticale terminée par une poignée. Les roues à rayons métalliques sont chaussées de pneumatiques, et deux lanternes encadrent l’avant. Le musée présente à côté une boîte à acétylène en laiton, qui servait à allumer les phares.
Sur la photo de détail, on voit bien la traverse tubulaire de l’essieu avant et, à chaque extrémité, les colonnes verticales coiffées de laiton du système Guédon. Le cartel indique un moteur à un cylindre de 900 cm³, ce qui diffère de la description habituelle du modèle de 1898 : la voiture a pu être équipée d’un autre moteur, ou correspondre à une série un peu plus tardive. Le musée pourra le préciser.
Succès et descendance
Dès 1898, une voiturelle remporte sa catégorie dans la course Paris-Amsterdam-Paris. Le modèle est construit sous licence en Allemagne, à Eisenach, sous le nom de Wartburg, dans l’usine qui deviendra bien plus tard le berceau des automobiles BMW, et en Italie par Orio et Marchand. En Angleterre, un certain Henry Royce achète une Decauville de 10 chevaux, la démonte, et s’en inspire pour dessiner sa première voiture : la future Rolls-Royce doit donc quelque chose à la petite française.
Decauville monte ensuite en gamme avec des voitures à moteur avant, plus grosses et plus classiques, avant d’abandonner l’automobile vers 1910 (le cartel du musée donne 1907) pour se recentrer sur le matériel ferroviaire.
FICHE TECHNIQUE
D’après le cartel du musée
Marque : Decauville (France)
Année : 1898
Type : voiturelle
Carrosserie : vis-à-vis
Moteur : 1 cylindre tournant à gauche
Cylindrée : 900 cm³
Boîte de vitesses : 2 rapports
Transmission : propulsion
Suspension avant : roues indépendantes
Freins : mécaniques
Vitesse : 20 km/h
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