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Delahaye 135 ou du concours d’élégance aux 24 Heures du Mans
Cette Delahaye 135 de 1936 habillée en cabriolet « Milord » par Henri Chapron incarne l’âge d’or de la carrosserie française : une mécanique robuste et sportive sous une robe de haute couture.
![]() Delahaye 135 cabriolet « Milord » par Chapron, 1936 — Musée Automobile de Vendée (Talmont-Saint-Hilaire).
Le réveil d’une vieille maison
Fondée en 1894, installée à Paris dans le 13? arrondissement, Delahaye est au début des années 1930 une marque sérieuse mais discrète, connue pour ses voitures sages et ses véhicules utilitaires. Tout change à l’automne 1935 avec le Type 135, conçu par l’ingénieur Jean François : un châssis surbaissé, une suspension avant à roues indépendantes, un pont arrière rigide, des freins Bendix à commande par câbles et des roues à rayons de 17 pouces.
La voiture tient remarquablement la route et se révèle aussi à l’aise sur les nationales que dans les épreuves d’endurance. Ses premiers succès au Rallye des Alpes lui valent d’ailleurs un surnom, resté attaché à l’une de ses versions : « Coupe des Alpes ».
Un six-cylindres venu du camion
Le moteur n’a rien d’exotique : c’est un six-cylindres en ligne à soupapes en tête et vilebrequin à quatre paliers, dérivé d’un bloc de camion de la marque. D’où une robustesse et un couple qui feront sa réputation. Dans sa première définition, il cube 3 227 cm³ (18 CV fiscaux) et délivre 95 ch en version Sport, 110 ch avec trois carburateurs Solex en version Coupe des Alpes.
Dès 1936 apparaît la 135 M, portée à 3 557 cm³ (20 CV), qui offre de 90 à 115 ch selon qu’elle reçoit un, deux ou trois carburateurs. La 135 MS, plus affûtée, annonce 120 à 145 ch, et davantage encore en configuration course. Le client a le choix entre une boîte manuelle à quatre rapports et la boîte présélective Cotal, à commande électromagnétique.
Un palmarès éloquent
La 135 se forge en quelques saisons l’un des plus beaux palmarès français de l’avant-guerre. En 1936, les Delahaye occupent les places d’honneur du Grand Prix de l’ACF couru à Montlhéry en formule Sport. Suivent deux victoires au Rallye de Monte-Carlo, en 1937 et 1939, et surtout le triomphe des 24 Heures du Mans 1938, remportées par Eugène Chaboud et Jean Trémoulet, deux autres Delahaye terminant deuxième et quatrième.
Le châssis des grands carrossiers
Comme toutes les voitures de son rang, la 135 est très souvent livrée en châssis nu, que le client fait habiller par le carrossier de son choix. Tous les grands noms s’y sont exercés : Figoni & Falaschi, Henri Chapron, Guilloré, Letourneur & Marchand, Pourtout, Saoutchik, Franay, Antem… Les uns en tirent des créations spectaculaires, les autres — Chapron en tête — des carrosseries d’une élégance classique et d’une finition irréprochable.
Le cabriolet « Milord » appartient à cette seconde famille. On parle aussi de cabriolet « trois positions » : la capote peut être fermée, entièrement repliée, ou roulée à mi-course pour ne découvrir que les places avant, à la manière d’un coupé de ville.
La calandre Delahaye encadrée de ses phares, et la poupe avec la roue de secours sous housse en tôle.
L’exemplaire du musée
La voiture photographiée porte une livrée ivoire rehaussée de vert sombre sur les ailes, la ceinture de caisse et la capote. On remarque les compas chromés de capote, les longues persiennes du capot, les roues à rayons, les phares à ampoules jaunes de part et d’autre de la calandre à l’écusson émaillé, et, à l’arrière, la roue de secours logée sous une housse métallique. Le cartel posé devant elle donne les indications suivantes :
Deux remarques : les « 18 CV » sont la puissance fiscale, non la puissance réelle ; et d’après les sources consultées, le moteur 3,2 litres à trois carburateurs développe environ 110 ch, définition vendue à l’époque sous le nom de « Coupe des Alpes ». La vitesse de 120 km/h indiquée par le musée est prudente : ces mêmes sources créditent une 135 Sport de 130 km/h et plus.
Une longue carrière
La production de la version 3,2 litres cesse en 1940 avec l’Occupation. Après la guerre, la 135 revient en versions M et MS, toujours habillée par les carrossiers, puis donne naissance en 1951 au Type 235, à la ligne modernisée, construit à 84 exemplaires seulement. La 135 quitte le catalogue fin 1952 ; deux ans plus tard, Delahaye est absorbé par Hotchkiss et la marque disparaît.
Au total, la 135 aura été construite à plus de 2 000 exemplaires — 2 592 selon le décompte le plus précis —, davantage que ses rivales directes, la Bugatti 57 ou les Talbot-Lago. Elle est aujourd’hui l’une des classiques françaises les plus recherchées : un cabriolet Milord Chapron de 1936, proche de celui du musée, a été adjugé 375 480 € chez Artcurial.
Repères techniques
Éléments communs : châssis à empattement de 2,95 m, suspension avant indépendante, pont arrière rigide, freins Bendix à câbles, roues à rayons de 17 pouces, boîte manuelle 4 rapports ou présélective Cotal. Les puissances varient légèrement d’une source à l’autre.
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