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Tableaux générés par IA sur mes indications Le train blindé oublié de Split construit en 1991 par les cheminots croates et les ouvriers du chantier naval Brodosplit, l’« oklopni vlak » rouille aujourd’hui sur une voie de garage de la gare de Kopilica.
Au bord d’une route de service de la gare de Split-Kopilica, un étrange convoi gris attire le regard. Tôles inclinées, meurtrières alignées, portes à charnières massives, tourelle rouillée : on croirait voir la superstructure d’un navire de guerre posée sur des rails. L’impression n’est pas fausse. Ce train blindé, l’« oklopni vlak » en croate, est sorti en 1991 des ateliers du chantier naval Brodosplit, au tout début de la guerre d’indépendance croate.
Un train né de l’urgence
En 1991, la Croatie qui vient de proclamer son indépendance n’a pas encore d’armée régulière. Face à l’Armée populaire yougoslave (JNA), les grandes entreprises de Split se mobilisent. Au chantier naval, les ouvriers forment dès le printemps le « Škverski bataljun », le bataillon du chantier, et les ateliers se mettent à produire de l’armement : premiers véhicules blindés pour la police, mortiers, grenades… et un train blindé destiné à la Garde nationale (ZNG).
Sur ordre de la cellule de crise de Brodosplit et en accord avec le gouvernement croate, les wagons arrivent au chantier en août 1991. Le travail est mené conjointement par l’unité de maintenance du matériel roulant des Chemins de fer croates (Hrvatske Željeznice) à Split et par les ouvriers du chantier naval. Selon la presse croate, la composition, longue d’environ 17 mètres par véhicule et pesant près de cent tonnes, a été assemblée en trois mois environ, sans véritables plans.
Une locomotive canadienne sous une coque de navire
La composition comprend une locomotive diesel-électrique immatriculée HŽ 2062-045 et deux wagons couverts à quatre essieux de série G. La locomotive, construite en 1973 par la firme EMD au Canada, était alors l’une des plus modernes du réseau ; les cheminots la surnommaient « kenedijevka ». Pour les wagons, seuls les essieux, les bogies et les châssis ont été conservés : toute la caisse a été reconstruite en acier.
Le savoir-faire naval saute aux yeux : grands panneaux plans inclinés pour dévier les projectiles, portes étanches à gonds saillants, volets de tir à clapet, et sur l’un des wagons une tourelle conique qui rappelle celle d’une vedette. Sur le flanc de la cabine, on devine encore les lettres bleues à demi effacées « HRVAT… », vestige probable de l’inscription d’origine.
Un train qui n’a jamais combattu
Le train est présenté aux autorités le 31 janvier 1992. Il devait, selon le Musée ferroviaire croate, servir à « mener des opérations militaires contre les forces de l’agresseur ». Mais après un essai jusqu’à Uneši?, dans l’arrière-pays dalmate, il n’a finalement jamais été engagé au combat. Le front avait évolué, et un convoi ferroviaire, lié à des voies exposées, se prêtait mal à la guerre qui se menait alors.
De l’oubli au délabrement
Le train est longtemps resté dans l’enceinte du chantier naval. Lorsque Brodosplit a entrepris de remettre en état ses voies ferrées pour amener les wagons de marchandises jusqu’aux navires, la lourde composition est devenue encombrante. HŽ Infrastruktura l’a alors déplacée vers la gare de Kopilica (Split Predgra?e), où elle stationne sur une voie secondaire depuis plus de dix ans.
Officiellement, le train fait partie des collections du Musée ferroviaire croate de Zagreb. Les promesses d’un avenir muséal n’ont pourtant guère avancé. Interrogés par la presse, les Chemins de fer croates expliquent que la restauration est un processus complexe, qui exige du temps, des moyens financiers importants et des spécialistes agréés par le ministère de la Culture. En attendant, la rouille progresse et les graffitis s’accumulent sur les flancs gris.
En bref
Témoin rare d’une industrie civile mobilisée dans l’urgence, le train blindé de Split mériterait mieux que l’abandon. Beaucoup, en Croatie, plaident pour qu’il rejoigne un musée ou devienne un point d’intérêt touristique, à Split ou ailleurs. Pour l’heure, il reste visible depuis la route qui longe la gare de Kopilica, pour qui sait où le chercher.
Sources
Andrew Grantham, « Croatian armoured train » — https://www.andrewgrantham.co.uk/croatian-armoured-train/
Hrvatski željezni?ki muzej, collection de véhicules — https://muzej.hzinfra.hr/?page_id=58
Narod.hr, « Hr?av i vandaliziran » (2024) — https://narod.hr/hrvatska/hrdav-i-vandaliziran-oklopni-vlak-iz-domovinskog-rata-propada-na-splitskom-kolosijeku
Brodosplit, anniversaire du « Škverski bataljun » — https://www.brodosplit.hr/hr/novosti/obiljezena-godisnjica-osnutka-skverskog-bataljuna/
Forum vlakovi-ri, « Oklopni vojni vlak » — https://vlakovi-ri-hr.forumcroatian.com/t3631-oklopni-vojni-vlak
Photographies : PIOPER.
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