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English Electric Lightning F.53 est vu ici dans sa version export multirôle de l'intercepteur britannique, à travers l'exemplaire 53-686 conservé au City of Norwich Aviation Museum L'appareil 53-686, immatriculé civil G-AWON, dans sa livrée saoudienne au City of Norwich Aviation Museum.
Le Lightning F.53 représente la tentative la plus aboutie de faire d'un intercepteur pur britannique un avion polyvalent exportable, avec un certain succès commercial en Arabie saoudite et au Koweït. L'exemplaire 53-686 / G-AWON / ZF592, aujourd'hui conservé au City of Norwich Aviation Museum, illustre à lui seul cette trajectoire : né comme démonstrateur à Farnborough, opérationnel pendant près de dix-sept ans au sein de la Royal Saudi Air Force, puis rapatrié et préservé au Royaume-Uni, il reste aujourd'hui l'un des témoins les mieux documentés de cette page particulière de l'histoire du dernier chasseur entièrement britannique capable de Mach 2. Le Lightning F.53 1 est une version d’attaque au sol du Lightning, créée pour l’exportation vers le Koweït et l’Arabie saoudite. Il a reçu plus de points d’emport pour bombes et roquettes, lui permettant de transporter une grande quantité d’armement à la fois. Le Lightning F.53 dispose également de deux canons de 30 mm et de missiles air-air, en plus d’une vitesse maximale très élevée! Le Lightning : un intercepteur devenu exportable L'English Electric Lightning est le seul avion de chasse entièrement conçu et construit en Grande-Bretagne capable d'atteindre Mach 2. Développé à partir du démonstrateur supersonique P.1 des années 1950, il entre en service dans la Royal Air Force en 1960 comme intercepteur chargé de défendre le territoire britannique contre les bombardiers soviétiques. Sa configuration est unique : deux réacteurs Rolls-Royce Avon montés verticalement et décalés l'un par rapport à l'autre dans un fuselage étroit, alimentés par une seule prise d'air frontale logée dans le nez conique de l'appareil d'où la silhouette si particulière visible sur les photographies. Le potentiel à l'exportation du Lightning restait toutefois limité par sa vocation d'intercepteur pur. L'apparition de la version F.6, plus endurante, ouvrit la voie à une déclinaison polyvalente capable de combiner interception, attaque au sol et reconnaissance. C'est cette version export, développée par British Aircraft Corporation (BAC) sur fonds propres, qui reçut la désignation F.53. Le Lightning F.53 : la version « tout-en-un » pour l'export
Basé sur la cellule et l'avionique du F.6, le F.53 conserve le grand réservoir ventral caractéristique de cette version et ses ailes cambrées à profil « kinked », mais reçoit en plus des points d'emport supplémentaires sur l'extrados des ailes pour des bombes ou des nacelles de roquettes non guidées de 50 mm
L'appareil dispose de deux canons ADEN de 30 mm et d'une baie d'armement avant interchangeable, pouvant recevoir deux missiles Firestreak, deux missiles Red Top, un lance-roquettes rétractable de 44 roquettes de 2 pouces, ou encore une nacelle de reconnaissance photographique équipée de cinq caméras Vinten Type 360 de 70 mm. Le radar embarqué est l'AI.23S, version export du radar AI.23B du F.6. Fin 1965, l'Arabie saoudite alors préoccupée par les incursions aériennes égyptiennes liées à la guerre civile du Yémen du Nord passe commande de 34 chasseurs monoplaces F.53 et de six biplaces d'entraînement T.55, dans le cadre d'un accord de défense plus large incluant également des missiles sol-air américains HAWK et des avions-écoles BAC Strikemaster.
Le Koweït commande de son côté douze exemplaires du F.53 (désignés F.53K). Au total, 46 F.53 furent construits, ainsi qu'un converti à partir d'un F.6. Les Lightning saoudiens furent les seuls de toute la carrière du type à connaître le feu réel : entre 1969 et 1970, ils menèrent des missions d'attaque au sol le long de la frontière avec le Yémen du Sud, un appareil étant perdu en mai 1970 sous des tirs venus du sol le pilote s'éjectant sain et sauf. Les Lightning de la Royal Air Force, eux, ne tirèrent jamais un coup de feu en situation de combat.
Le nez de l'appareil porte encore le cocardier de l'armée de l'air royale saoudienne (palmier et sabres croisés).
L'appareil 53-686 : une histoire individuelle bien documentée
L'exemplaire photographié ici, numéro de construction c/n 95291, effectue son premier vol le 11 juin 1968 sous l'immatriculation civile provisoire G-AWON. Il est présenté en exposition statique la même année, avec un impressionnant déploiement d'armements, au salon aéronautique de Farnborough (SBAC) — occasion à laquelle il porte la cocarde commémorative bleue « 1967-1968 » visible sur l'une des photographies, correspondant à la Farnborough Society ou à un insigne d'anniversaire propre à l'appareil d'essai.
Livré à l'Arabie saoudite le 17 avril 1969, l'appareil rejoint le 2e escadron de la Royal Saudi Air Force à la base aérienne de Khamis Mushayt sous le numéro de série 53-686. Il alterne ensuite entre le 2e et le 13e escadron pendant l'essentiel de sa carrière opérationnelle.
Retiré du service en janvier 1986, l'appareil est racheté par British Aerospace (BAe) dans le cadre de l'accord d'échange qui accompagna la vente des Tornado F.3 à l'Arabie saoudite — les Lightning saoudiens survivants furent alors repris par le constructeur et rapatriés au Royaume-Uni. L'appareil regagne ainsi la base de Warton sous l'immatriculation militaire britannique ZF592. Comme beaucoup d'autres Lightning ex-saoudiens, il reste ensuite stocké en plein air à Warton avant d'être cédé pour une somme symbolique.
Transporté jusqu'au City of Norwich Aviation Museum, l'appareil fut — fait suffisamment rare pour être signalé — correctement démonté pour le transport, sans que ses ailes n'aient à être découpées comme cela arriva à d'autres exemplaires du type. Remonté et restauré dans sa livrée saoudienne d'origine, il reçut par la suite, sur son flanc tribord, un schéma de peinture rappelant ses marques civiles G-AWON, puis plus tard encore les couleurs du 74e escadron (« Tiger Squadron ») de la Royal Air Force — tout en conservant ses marques saoudiennes sur le flanc bâbord. Le fuselage et la section avant actuellement exposés proviennent bien de ZF592, mais les ailes sont celles de son appareil jumeau, le 53-700 (ZF589).
La cocarde bleue « 1967-1968 » rappelle le passage de l'appareil au salon de Farnborough avant sa livraison en Arabie saoudite.
Une composition muséale mixte, reflet d'une histoire mouvementée
Le résultat, tel qu'on peut l'observer aujourd'hui au musée de Norwich, est un appareil dont l'identité visuelle mêle plusieurs époques de sa carrière : cocarde et inscriptions saoudiennes en arabe sur un flanc, immatriculation G-AWON rappelant son tout premier vol d'essai côté britannique sur l'empennage, et éléments de livrée de la RAF ajoutés a posteriori. Cette superposition de marquages, loin d'être une erreur de restauration, retrace fidèlement le parcours d'un avion qui aura porté tour à tour les couleurs d'un prototype d'essai, celles d'une force aérienne étrangère, puis celles, commémoratives, de son pays d'origine.
Fiche technique (F.53)
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