Chine Char Royaume de Guo









Guó Guó  Le Royaume de Guo Les Chars de Guerre et de Cérémonie  Printemps et Automnes  900-655 av. J.-C.
Merci à Gary Todd pour son autorisation
Tableaux Générés par IA sur mes indications

 
 
 
 
                             Pour Histoire Voir Chine Les Sept Royaumes Combattants 

Introduction
 Période des Printemps et Automnes (770–476 av. J.-C.)
Le char de guerre est l'arme absolue des élites. Les États féodaux issus de la décomposition de la dynastie Zhou se livrent des guerres de plus en plus intenses. Le Royaume de Guo , petit État du Henan, illustre parfaitement cette aristocratie guerrière : ses princes sont enterrés avec leurs chars, leurs chevaux et leurs harnachements de bronze doré.

Historique  Royaume de Guo
Les origines 1046 av. J.-C.

 

Voici la Chine à la fin du IIIème siècle av. J.-C.qui est divisée en sept royaumes au moins lesquels s'affrontent au cours de guerres continuelles. 
En terme de comparaison en Europe nous sommes dnas la période de la grèce Classique et au début de la période Hellénistique
En 221 Av JC l'Etat de Qin  parvient  à unifier ce vaste puzzle Au même moment, en Europe va se declancher la 2e Guerre Punique avec Hannibal


 

Le royaume de Guo Guó est l'un des États vassaux de la dynastie Zhou dont l'histoire et les découvertes archéologiques nous sont le mieux connues grâce aux fouilles exceptionnelles menées à Sanmenxia dans la province du Henan depuis les années 1950.
Après que le roi Wu de Zhou eut détruit la dynastie Shang en 1046 av. J.-C., son oncle Guo Shu  reçut en fief le territoire de Yong  correspondant grossièrement à l'actuelle région de Shaanxi occidental. C'est l'origine du Guo occidental   La famille Guo était donc une branche de la famille royale Zhou, jouissant d'un prestige et d'une proximité avec la cour royale particulièrement élevés.
Les dirigeants de Guo occidental occupèrent des fonctions administratives importantes à la cour des rois Zhou pendant plusieurs générations ce qui est  un privilège exceptionnel qui témoigne de leur rang dans la hiérarchie féodale Zhou.
La migration vers l'est la vallée du Fleuve Jaune
Suite au harcèlement et aux invasions des tribus Quanrong  les « barbares aux chiens »  le Guo occidental fut contraint de migrer vers l'est au VIIIe siècle av. J.-C.

Cette migration conduisit les Guo jusqu'à la vallée du Fleuve Jaune, dans la région de l'actuelle Sanmenxia  le « Défilé des Trois Portes » un passage stratégique majeur entre les plaines du Henan et le Shaanxi.
Une nouvelle capitale fut construite à Shangyang à cheval sur les deux rives du Fleuve Jaune. Le royaume fut alors divisé en deux entités :Shangyang est la moder Shenyand comme aussoi sous le nom mandchoue de Mukden qui a servit comme prétexte à l intervention Japonaise en 1931  
Guo du Sud (Nán Guó)  autour de Shangyang, sur la rive sud du Fleuve Jaune
Guo du Nord (Bi Guó)  à Xiayang  près de l'actuelle Pinglu  sur la rive nord
La chute du royaume  655 av. J.-C.
Le royaume de Guo fut conquis en 655 av. J.-C. par le puissant État de Jin  l'un des grands royaumes qui se disputaient la suprématie pendant la période dite des Printemps et Automnes  (770-481 av. J.-C.). La conquête fut facilitée par la ruse diplomatique connue sous le nom  chinois de « prêter le chemin à Yu pour attaquer Guo » (ji Yú miè Guó)  le Jin obtint le passage sur le territoire de l'État de Yu voisin pour attaquer Guo par surprise, puis conquit Yu dans la foulée.

Cette expression devint l'un dicton des célèbres « Trente-six Stratagèmes »  de la pensée stratégique chinoise Cela signifie littéralement signifie exploitation par la tromperie”.Cet idiome est utilisé lors de la description de situations impliquant stratégie et action Il met en évidence le danger des décisions à court terme. Dans l'usage moderne, il met en garde contre le fait de permettre à d'autres d'exploiter ses ressources pour leur propre profit.
Le Guo occidental  ou  Petit Guo correspond  à l'emplacement d'origine de Guo en Shaanxi. Il fut conquis dès 687 av. J.-C. par l'État de Qin  l'ancêtre du premier État qui unifiera la Chine sous Qin Shi Huang en 221 av. J.-C.
Les Fouilles Archéologiques de Shangcunling
Le site archéologique de Shangcunling sur les rives du Fleuve Jaune près de Sanmenxia  est l'une des nécropoles aristocratiques les mieux documentées de toute la Chine ancienne. Les fouilles commencèrent dans les années 1950, fouilles rendues nécessaire par la construction du barrage de Sanmenxia qui allait noyer une partie de la région.
Entre les années 1950 et 1991, les archéologues mirent au jour un ensemble exceptionnel sur un site s'étendant sur 280 mètres de long et 200 mètres de large :
234 tombes de l'aristocratie Guo
3 fosses à chars et chevaux  lors des premières fouilles
À partir de 1986  18 tombes supplémentaires, 4 fosses à chars-chevaux, 2 fosses à chevaux seuls
En 1990  découverte de tombes ducales entièrement intactes événement majeur
L'ensemble  regroupe doncn 7 groupes distincts correspondant à différentes périodes et familles de l'aristocratie Guo  des Zhou de l'Ouest tardifs à la période des Printemps et Automnes, soit grossièrement de 900 à 655 av. J.-C.
La fosse à chars et chevaux 
Ce qui est interessant sur ce  site  est la fosse à chars et chevaux. Elle contient :
19 chars en bois  dans divers états de conservation
38 squelettes de chevaux  deux par char selon la configuration standard Zhou
Harnachements en bronze  garnitures, joug, timon, pièces décoratives
Armes associées  lances, arbalètes, haches de guerre
Ces chars et chevaux furent enterrés simultanément lors des funérailles de grands personnages de l'aristocratie Guo  sacrifiés ou tués rituellement pour accompagner le défunt dans l'au-delà. Cette pratique des fosses à chars  était caractéristique de l'aristocratie Zhou et témoigne de l'immense valeur symbolique et militaire que représentait le char dans la société de l'époque. On retrouve le meme processus dans les civilisations mésopotamiennes et Celtiques
Le Musée de l'État de Guo  fut construit directement au-dessus et autour des fosses archéologiques in situ.

 

Cette reconstitution illustre parfaitement la structure d'un char Zhou à timon unique et double attelage.
Les éléments identifiables

  • Le timon la longue pièce centrale courbée vers le bas à l'avant pour s'approcher du sol au niveau du joug des chevaux  clairement visible avec son extrémité avant maintenue sur un support
  • L'essieu  l'axe horizontal transversal portant les deux grandes roues
  • Les roues  à grand diamètre avec nombreux rayons rayonnants du moyeu à la jante le nombre de rayons est caractéristique des chars aristocratiques Zhou
  • La caisse en treillis  structure ouverte en lattes de bois formant une grille — légère mais rigide
  • Les garnitures en bronze  visibles aux extrémités de l'essieu et aux points de jonction du timon  leur patine vert-de-gris caractéristique les identifie immédiatement
  • Le joug transversal  visible à l'avant du timon avec ses pièces de fixation en bronze

Cette photographie montre une reconstitution moderne grandeur nature d'un char de type Zhou Occidental  exposée dans une salle du musée. Il s'agit d'un char à deux roues à timon unique  la configuration standard des chars aristocratiques Zhou. Cette reconstitution permet d'appréhender les proportions réelles du véhicule, avec ses grandes roues à nombreux rayons, sa caisse en treillis ouvert et son long timon auquel étaient attelés les chevaux.

Ici nous avons une affiche de reconstitution peinte qui est une reconstitution du char à double attelage de la nécropole de l'État de Guo à Shangcunling, Sanmenxia, Henan ». Cette illustration académique montre le char en situation d'utilisation avec son conducteur en tenue de cour et ses deux chevaux harnachés.
 Le Char Zhou

Le char de guerre à deux roues est apparu en Chine vers la fin de la dynastie Shang, aux environs de 1200 av. J.-C. Son origine est l'une des grandes questions de l'archéologie comparée mondiale. Sa brusque apparition dans le répertoire Shang  sans précédent dans les sites antérieurs et ses caractéristiques techniques très proches des chars de la steppe eurasiatique ont longtemps alimenté le débat sur une possible introduction depuis l'Asie centrale.
Quoi qu'il en soit, les Chinois assimilèrent rapidement cette technologie et la perfectionnèrent de manière originale. Dès l'époque Zhou — XIe-IIIe siècle av. J.-C. — le char chinois avait évolué vers une forme très différente de ses cousins proche-orientaux ou égyptiens, parfaitement adaptée aux conditions de la Chine du Nord et aux tactiques militaires chinoises.

 

Structure générale
Le char Zhou de type standard  tel que représenté dans les fosses de Guo à Sanmenxia  est un véhicule à deux roues monté sur un essieu unique, avec un timon central  auquel les chevaux sont attelés par un joug reposant sur leur encolure.

 

Composant

Description

Timon

Pièce centrale courbe de 2 à 3 mètres — bois de frêne ou d'orme — relie le joug à la caisse

Essieu

Axe horizontal portant les deux roues — bois renforcé de bronze aux extrémités

Roues

Grand diamètre — 18 à 26 rayons — jante en bois courbé — moyeu en bronze

Caisse

Plateforme ouverte sur trois côtés ou treillis — bois léger — plancher surélevé

Joug

Pièce transversale reposant sur l'encolure des chevaux — bois — fixé au timon

Cheville ouvrière

Pivot permettant la rotation des roues sur l'essieu — bronze

Timonerie

Ensemble des rênes et commandes — cuir et bronze

 

Les roues
Les roues des chars Zhou sont des chefs-d'œuvre de la technique du bois. Leur construction faisait appel à plusieurs essences différentes, choisies pour leurs propriétés mécaniques spécifiques :
Le moyeu  en bois dur avec l'essieu et supportait l'ensemble de la charge
Les rayons  en bois élastique comme le bambou ou le frêne transmettaient les efforts de la jante au moyeu
La jante constituée de plusieurs segments de bois courbé à la vapeur et assemblés. C'est un procédé de haute technologie pour l'époque
Le bandage avec cerclage en bronze ou en cuir bouilli— protégeait la jante contre l'usure
Le nombre de rayons variait selon la destination du char : les sources chinoises préconisaient 30 rayons pour les chars de guerre (rappelant le nombre de jours du mois lunaire), et des configurations différentes pour les chars de cérémonie. Les chars de Guo présentent généralement 18 à 26 rayons selon les unités retrouvées.
La caisse
La caisse des chars Zhou est une plateforme légère, ouverte à l'avant pour permettre la conduite et la vision dégagée. Elle était construite en bois léger souvent du bambou tressé ou du bois de saule  afin de minimiser le poids. Les parois latérales étaient en treillis de bois ou en lattes  comme le montre parfaitement la reconstitution photographiée à Xinzheng.
Les dimensions standard d'un char Zhou de guerre étaient :
Largeur de la caisse : environ 130 cm  permettant à deux hommes de se tenir côte à côte
Profondeur de la caisse : environ 40 cm  suffisant pour protéger les jambes
Hauteur du plancher : environ 60 cm au-dessus du sol  offrant une plateforme de tir surélevée
Diamètre des roues : 120 à 150 cm permettant une stabilité sur terrain irrégulier
L'attelage
Contrairement aux chars Qin qui étaient des quadriges ( quatre chevaux) les chars Zhou standard étaient des biges ou des attelages à deux chevaux comme l'indique précisément l'inscription de la reconstitution :  « char à double attelage ». C'est ce que confirment aussi les fosses de Guo où chaque char est accompagné de deux squelettes de chevaux.
L'attelage Zhou utilisait un joug d'encolure reposant directement sur la nuque des chevaux, maintenu par une sangle de poitrail. Ce système était moins efficace que le collier d'épaule qui apparaîtra plus tard — limitait la force de traction des animaux mais permettait une bonne maniabilité à grande vitesse.
Les chevaux utilisés pour les chars étaient sélectionnés avec soin.Ils étaient de grande taille fougueux mais  équilibrés. La paire devait être parfaitement assortie en gabarit et en comportement pour assurer une trajectoire rectiligne à grande vitesse. Les textes Zhou décrivent de longs et coûteux processus de sélection et d'entraînement des attelages de char.
Les garnitures en bronze (tóng shì)
Les chars des aristocrates Zhou comme ceux de Guo étaient abondamment garnis de pièces en bronze qui sont visibles sur la reconstitution et sur les pièces exhumées. Ces garnitures avaient un rôle à la fois fonctionnel et ostentatoire :
Embouts d'essieu (wèi) protégeaient les extrémités de l'essieu de l'usure et servaient d'identification
Chevilles d'essieu(xiá)  maintenaient les roues sur l'essieu
Garnitures de joug décorées de motifs animaliers ou géométriques caractéristiques du style Zhou
Anneaux de harnachement (huán)  fixaient les rênes et les traits
Plaques décoratives de caisse ornaient les parois du char
Carillons (líng)  en bronze fixés au joug ou à la caisse qui produisaient le son caractéristique du char en mouvement
Les garnitures en bronze des chars Guo sont parmi les plus belles de la période Zhou  caractérisées par des motifs de monstres stylisés  d'oiseaux et de dragons. Leur qualité témoigne du niveau de maîtrise artisanale atteint par les bronziers au service de l'aristocratie Guo.
Le Char de Guerre et la Société Zhou
Pendant la période Zhou  et particulièrement pendant celle dite des Printemps et Automnes (770-481 av. J.-C.) le char de guerre était l'arme décisive des batailles entre États aristocratiques. La puissance militaire d'un État se mesurait littéralement en nombre de chars : un État de « dix mille chars » (wàn chéng zhï guó) était une grande puissance.
Chaque char de guerre Zhou transportait trois combattants :
Le conducteur au centre, maîtrisant l'attelage
L'archer  à gauche, tirant à l'arc ou à l'arbalète
Le guerrier à la lance à droite, combattant au corps à corps avec la lance, l'hallebarde ou le sabre
Le char fonctionnait en unités coordonnées  plusieurs chars formant un escadron qui perçait les formations ennemies. Chaque char était accompagné d'un groupe de fantassins  de généralement 72 hommes selon les textes qui le protégeaient et exploitaient les brèches ouvertes.
Le char comme marqueur de statut social
Au-delà de sa fonction militaire, le char était en Chine Zhou un marqueur de statut social d'une importance considérable  peut-être encore plus fort qu'en Occident à la même époque. Le droit de posséder et d'utiliser un char était codifié par le rite :

 

Rang

Titre

Nb. de chars

Premier

Roi — Fils du Ciel

10 000 chars

Deuxième

Duc / Prince vasssal

1 000 chars

Troisième

Grand officier

100 chars

Quatrième

Chevalier / lettré

Quelques chars

Cinquième

Homme du commun

Aucun

 

Le Royaume de Guo, en tant que duché important avec des liens étroits à la cour Zhou, disposait d'une force de chars considérable  probablement plusieurs centaines d'unités au faîte de sa puissance. L'enfouissement de 19 chars dans la seule nécropole de Shangcunling témoigne de la richesse et du prestige de cette aristocratie.
Le char comme véhicule cérémoniel
Cette classification des cinq types de chars royaux codifiée dans les textes rituels Zhou, illustre la complexité du système symbolique attaché au char dans la civilisation chinoise antique.
Outre sa fonction guerrière, le char jouait un rôle central dans les rituels et cérémonies de l'aristocratie Zhou. Différents types de chars correspondaient à différentes occasions :
le char de jade pour les grandes cérémonies religieuses et sacrificielles  orné de jade
 le char d'or pour les audiences et réceptions officielles  garni d'or
 le char d'ivoire pour les chasses cérémoniales  décoré d'ivoire
le char de cuir pour les expéditions militaires  sobre et fonctionnel
le char de bois pour les funérailles  non peint

Les Chars de Guo dans le Contexte Archéologique Régional
Comparaison avec les autres sites de chars Zhou  Les chars de Guo à Sanmenxia s'inscrivent dans un ensemble plus large de découvertes archéologiques qui permettent de reconstituer l'évolution du char Zhou sur plusieurs siècles :

 

Site

Période

Découvertes

Particularités

Anyang, Henan

Shang tardif  1200 av. J.-C.

Chars de guerre Shang

Premiers chars connus en Chine  joug simple

Hao, Shaanxi

Zhou de l'Ouest  1046-771 av. J.-C.

Chars royaux Zhou

Haute qualité des bronzes  chars de cour

Shangcunling, Sanmenxia

Zhou occidental tardif et Printemps-Automnes — 900-655 av. J.-C.

19 chars, 38 chevaux

Meilleure conservation  garnitures bronze exceptionnelles

Xinzheng, Henan

Zhou oriental  VIe-Ve siècle av. J.-C.

Chars de parade

Évolution du style  influences méridionales

Xi'an  Mausolée Qin

221-210 av. J.-C.

Chars en bronze à l'échelle 1/2

Modèles funéraires en bronze  quadriges impériaux

 

Entre les chars Zhou de Guo (900-655 av. J.-C.) et les chars en bronze de Qin Shi Huang (210 av. J.-C.) s'écoule environ six siècles d'évolution technologique et esthétique. Les changements les plus significatifs concernent :
L'attelage : bige Zhou (deux chevaux) vers le quadrige Qin (quatre chevaux) pour les chars impériaux
Les matériaux : bois et bronze Zhou vers le bronze massif intégral Qin pour les modèles funéraires
La caisse : treillis ouvert Zhou vers la caisse fermée et luxueusement décorée Qin
La finition : garnitures en bronze Zhou vers l'or et argent massifs Qin
Le char de guerre polyvalent Zhou  vers le véhicule d'inspection ou de cérémonie pure Qin
Cette évolution reflète le passage d'une société aristocratique guerrière l'ordre féodal Zhou à un État centralisé et bureaucratique de l'Empire Qin où le char perd progressivement sa fonction militaire pour devenir essentiellement un instrument de représentation du pouvoir impérial.
 Glossaire Complet

 

 

   


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