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Au cœur de la plaine centrale du Henan, à Xinzheng, les fosses funéraires des seigneurs de l’État de Zheng, principauté qui regna sur cette région du VIII? au IV? siècle avant notre ère ont livré des tésors aréologique inestimables.
Parmi les trésors que recèle ce site figure la reconstitution grandeur nature du char royal à quatre chevaux, l’arme et le symbole de la noblesse de la période des Printemps et Automnes. L’État de Zheng (??) 806 – 375 avant J.-C.
L’État de Zheng (??, Zhèng guó) fut fondé en 806 avant J.-C. par le duc Huan de Zheng (???), frère cadet du roi Xuan des Zhou. Ce fief initial, situé dans l’actuel Shaanxi, était modeste. En 771, lors de la chute de la capitale Zhou de Hao, le duc Huan périt aux côtés du roi You. Son fils, le duc Wu (???, 770–744), transfère aussitôt l’État vers l’est, dans la plaine du Henan, autour de l’actuelle Xinzheng. C’est ce déplacement fondateur qui fait de Zheng une principauté de la Chine centrale, au cœur des échanges et des conflits. Duc Huan de Zheng ??? Zhèng Huán G?ng Règne : 806–771 av. J.-C.
Fondateur de la principauté. Frère du roi Xuan des Zhou. Il ancre Zheng dans la plaine du Henan. Périt lors de la chute de Hao en 771.
Duc Wu de Zheng ??? Zhèng W? G?ng Règne : 770–744 av. J.-C.
Fils de Huan. Transfère la capitale vers l’est, à Xinzheng. Consolide le territoire et agrandit le fief hérité. Soutient le roi Ping des Zhou orientaux lors du déplacement de la cour.
L’apogée : le duc Zhuang et la défaite du roi Zhou
L’heure de gloire de Zheng arrive avec le duc Zhuang (???, 743–701 av. J.-C.), l’un des personnages les plus fascinants de la période des Printemps et Automnes. Dès sa naissance, il porta le nom de Wusheng (??, « naissance difficile ») car il se présenta par le siège, effrayant sa mère Wu Jiang au point qu’elle le rejeta. Cette inimitié maternelle marqua toute son enfance : sa mère favorisait ostensiblement son frère cadet Gongshu Duan.
Malgré ce départ difficile, Zhuang devint le duc le plus puissant de son époque. Prémier minister des Zhou orientaux, il étendit considérablement le territoire de Zheng, écrasa la rébellion de son frère, absorba l’État de Xu et devint le maître de fait de la Chine centrale. En 707 avant J.-C., il accomplit l’inimaginable.
Duc Zhuang de Zheng ??? — Zhèng Zhu?ng G?ng Règne : 743–701 av. J.-C.
Apogée de Zheng. Vainqueur du roi Huan des Zhou à la bataille de Xuge (707) : le roi est blessé à l’épaule par une flèche. Premier seigneur à oser humilier le Fils du Ciel. Considéré comme précurseur des Cinq Hégémons.
En 707 avant J.-C. se joua l’un des moments les plus symboliquement décisifs de l’histoire chinoise. Le roi Huan des Zhou, furieux que Zheng refuse de lui verser tribut, rassemble une coalition de plusieurs États et marche personnellement contre le duc Zhuang. C’est la première fois depuis des siècles que le « Fils du Ciel » mène ses armées en personne.
Le conseiller du duc Zhuang, Ziyuan, analyse la faiblesse des allies du roi : les troupes de Chen sont désorganisées, celles de Cai et Wei ont déjà été vaincues par Zheng. Il recommande d’attaquer les ailes en premier, puis d’encercler le centre royal. Le plan réussit parfaitement. Les ailes s’effondrent, le centre est pris en tenaille. Le roi Huan lui-même est touché à l’épaule par une flèche tirée depuis un char de Zheng. La blessure du Fils du Ciel sur le champ de bataille achève de détruire le prestige de la cour Zhou. Désormais, les seigneurs féodaux savent que le roi ne peut plus les contraindre par la force.
La mort du duc Zhuang en 701 plongea Zheng dans une guerre civile dynastique qui dura vingt ans entre ses fils. Cet épuisement interne mit fin à l’hégémonie de Zheng. La principauté devint ensuite le terrain de rivalité permanente entre Jin et Chu, deux puissances qui se la disputaient comme zone tampon et allié potentiel.
Trois des quatre derniers ducs de Zheng furent assassinés par leurs propres ministres ou nobles. L’État, réduit à un terrain de conflits, ne put résister à la puissance mont ante de Han. Après deux tentatives d’invasion repoussées, la troisième fut fatale : Zheng fut annexé par l’État de Han en 375 avant J.-C., après 431 ans d’existence.
Derniers ducs de Zheng Règne : 455–375 av. J.-C.
L’autorité ducale s’effrite face aux grands ministres. Trois des quatre derniers ducs sont assassinés. Han envahit et annexe Zheng en 375 av. J.-C. La capitale Xinzheng devient capitale de Han.
II. Le Site et le Musée de Xinzheng
Le site de Zheng fut découvert en 1923. Sa mise au jour forma le noyau fondateur du Musée Provincial du Henan et contribua à la naissance de l’archéologie chinoise moderne. Le musée actuel, rénové et réouvert en 2013, s’étend sur 240 mu (environ 16 hectares) et présente : la tombe en forme de caractère « Zhong » (?) du duc de Zheng, les fosses n°1 et n°3 à chars et chevaux en cours de fouille, les objets exhumés (bronzes, jades, céramiques), et les reconstitutions grandeur nature des chars. Les fouilles de 2017 ont livré quatre chars et plus de 90 squelettes de chevaux, dont un char exceptionnel long de 2,56 m à 26 rayons par roue.
La vue frontale impose d’emblée la masse du quadrige. Les quatre étalons noirs de robe uniforme correspondent aux exigences de prestige décrites dans les textes classiques : des chevaux assortis par couleur signalent un attelage de premier rang. Les frontiaux et colliers en bronze doré (dang lu, ma guan) sont exactement les ornements décrits dans le Kaogong Ji. Les deux occupants — conducteur et guerrier — illustrent la configuration à deux hommes des chars de commandement.
Le profil est la vue archéologique par excellence. On y lit la caisse (yu) laqueée rouge vermillon — couleur militaire et rituelle des Zhou. Les roues à nombreux rayons confirment le rang élevé du propriétaire : les fouilles du site ont révélé jusqu’à 26 rayons sur les chars des seigneurs de premier rang. Le timon (yuan) est visible dans toute sa longueur, ainsi que le système complexe de rênes latérales. On mesure ici la difficulté de conduire quatre chevaux simultanément — art classé parmi les « Six Vertus » (liu yi) du gentilhomme Zhou.
Le moyeu en bronze est la pièce la plus chargée techniquement et symboliquement. Sa surface est couverte de motifs en spirales et méandres du vocabulaire ornemental Zhou. La tête de félin (tigre ou ours) coulee en bronze au sommet est un dispositif propitiatoire : placer l’animal tutulaire des armées à l’extrémité du moyeu — la pièce la plus vulnérable lors du « croisement des moyeux » (cuo gu) entre chars adverses — relève autant de la magie protectrice que de l’affirmation de puissance. Techniquement, cette pièce correspond exactement aux garnitures guan/zhuan/xuan décrites dans le Kaogong Ji pour protéger le moyeu lors des chocs latéraux.
Technique du Char — Données du Kaogong Ji et de Baidu Baike
4.1 — Tableau des composantes
4.2 — L’équipage : trois hommes, trois rôles
Cette disposition à trois hommes remonte à la Shang et se maintient jusqu’à l’époque Qin, confirmée par les soldats de la fosse de terre cuite de Lintong. Outre les armes personnelles, le char était équipé des « cinq armes du char » (che zhi wu bing) plantées sur la caisse : hallebarde (ge, ?), bâton de combat (shu), hallebarde double (ji), lance courte (qiu mao) et lance longue (yi mao). Des drapeaux, tambours, cloches et cymbales assuraient les communications au combat.
L’unité de char (yi cheng) : organisation militaire
Chaque char formait une unité de base (yi cheng, ??) à laquelle étaient associés un nombre fixe de soldats à pied, des véhicules logistiques et du personnel de service. Lorsqu’une formation de chars était brisée, l’issue du combat était pratiquement décidée. La guerre des Printemps et Automnes était essentiellement une guerre de chars.
Comparaison — Chars de Zheng vs Chars de Qin Shi Huang
La différence fondamentale entre les deux est fonctionnelle : le char de Zheng (VII? s.) est un engin de guerre offensif à caisse ouverte, conçu pour la charge frontale et le combat rapproché entre nobles. Les chars de Qin Shi Huang (III? s.), trois siècles plus tardifs, reflètent un monde où le char n’est plus l’arme principale : le char n°1 est un char de patrouille et d’inspection, le char n°2 un véritable carrosse fermé avec toit, fenêtres et porte — un concept inexistant à l’époque de Zheng.
De l’Apogée au Déclin Le char de guerre chinois couvrit une période de près de quinze siècles, de la Dynastie Xia à la Dynastie Han. Son évolution quantitative illustre l’intensification des guerres chinoises : 70 chars sous le roi Tang de Shang, 300 à la bataille de Muye, plus de 4 000 dans les grands États à la fin des Printemps-Automnes. Son déclin fut causé par trois facteurs convergents : la montée de l’infanterie de masse, l’adoption de l’arbalète (nu) capable d’arrêter les formations de chars, et l’introduction de la cavalerie montée par le roi Wuling de Zhao en 307 av. J.-C.
Conclusion
Le char de guerre de l’État de Zheng est bien plus qu’un engin militaire. Il est le condensateur d’une civilisation : la hiérarchie aristocratique des Zhou s’y lisait dans le nombre de chevaux, la qualité des bronzes et la longueur des moyeux. La noblesse guerrière s’y formait à l’art de la conduite comme à l’arc et aux rites. Les seigneurs de Zheng — du duc fondateur Huan au duc Zhuang qui blessa le roi des Zhou — ont combattu depuis ces caisses laqueées rouges, à la tête de leurs quadriges noirs.
Les reconstitutions photographiées à Xinzheng en sont les témoins les plus éloquents. Vos photos du char frontal, du char de profil, du moyeu à tête de félin et de la fresque constituent ensemble un dossier archéologique et artistique rare, dont la valeur documentaire dépasse largement le cadre touristique ce musée étant l’un des moins photographiés par des visiteurs occidentaux en dehors de la Chine.
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