NR2100 • Numéro de course 11 • « Jus’ Box »
Cet avion était dans les années 1930 l’avion de course le plus rapide mais aussi et le plus redouté car dangereux de l’âge d’or des courses aériennes américaines
Dans les années 1930, au cœur de la Grande Dépression, l’Amérique trouvait dans l’aviation une source de fiertié et d’évasion. Les courses aériennes rassemblaient des foules immenses, et les pilotes vedettes étaient des héros nationaux. C’est dans ce contexte que les frères Granville allaient créer l’avion de course le plus célèbre et le plus controversié de l’époque : le Gee Bee R-1 Super Sportster.
Rouge et blanc, ventru, presque grotesque dans ses proportions, le Gee Bee était une machine conçue pour une seule chose : aller vite. Piloté par le légendaire Jimmy Doolittle, il allait battre le record du monde de vitesse et remporter le Thompson Trophy en 1932 — avant de commencer une longue liste de drames qui lui valut la réputation de « tue-pilotes ».
Les frères Granville
Zantford « Granny » Granville et ses quatre frères étaient des fils de fermiers du New Hampshire reconvertis en mécaniciens et passionnés d’aviation. Dans les années 1920, ils ouvrirent un atelier de réparation d’avions à Springfield, dans le Massachusetts, installé dans une ancienne salle de bal reconvertie. Leur entreprise, Granville Brothers Aircraft, prospera rapidement grâce à la qualité de leur travail et à leur inventivité.
Leur première grande réussite arriva avec le Model Z, propulsé par un Pratt & Whitney Wasp Jr. de 535 chevaux. Lowell Bayles le mèna à la victoire lors du Thompson Trophy Race de 1931, à 236 mph de moyenne. C’était une performance extraordinaire pour une petite entreprise presque inconnue. Malheureusement, Bayles mourrait dans cet appareil le 5 décembre 1931, lors d’une tentative de record de vitesse inaugurant malgré lui une sinistre tradition.
Loin de se décourager, les Granville se lancèrent immédiatement dans un concept encore plus radical pour la saison 1932 : le Super Sportster, décliné en deux variantes, R-1 et R-2.
Une conception révolutionnaire
Le Gee Bee R-1 était le fruit d’une idée simple mais audacieuse de Zantford Granville : si un fuselage en forme de larme génère moins de traînée qu’un fuselage efflé, pourquoi ne pas le rendre plus large que le moteur lui-même en son point le plus étroit ?
Avec l’aide de l’ingénieur en chef Howell « Pete » Miller, cette intuition fut validée après trois jours d’essais en soufflerie à l’Université de New York sous la direction du professeur Alexander Klemin.
Le résultat était un appareil à l’aspect presque comique : un gros tonneau rouge et blanc monté sur de petites ailes basses, avec le poste de pilotage rejeté tout à l’arrière, juste devant le stabilisateur vertical. Cette position extrême était voulue pour améliorer la vision du pilote dans les virages serrés autour des pylones.
Motorisation et performances
Le R-1 (NR2100) était propulsé par un Pratt & Whitney R-1340 Wasp T3D1, un radial 9 cylindres développant 800 chevaux. Les ailes basses à fil braché n’affichaient que 7,62 mètres d’envergure pour un fuselage de 5,38 mètres de long. La surface alaire réduite au maximum garantissait une traînée minimale en ligne droite, mais rendait l’appareil extrêmement délicat à basse vitesse — notamment au décollage et à l’atterrissage.
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Le cockpit exigu et la visée vers l’avant quasi inexistante (le gigantesque capot moteur masquait tout le champ avant) obligeaient les pilotes à voler à vue latérale en permanence. Mais une fois en l’air à pleine puissance, la machine était tout simplement la plus rapide du monde.
Le Thompson Trophy 1932
Le 3 septembre 1932, au Cleveland National Air Races, Jimmy Doolittle inscrit son nom dans les livres d’histoire. Avec le Gee Bee R-1 NR2100, il établit d’abord un nouveau record mondial de vitesse pour avions terrestres lors du Shell Speed Dash :476,7 km/h, battant le record vieux de huit ans d’un officier français. C’est la première fois qu’un avion américain détentait ce titre.
Deux jours plus tard, lors de la Thompson Trophy Race, Doolittle domine la compétition avec un génie tactique autant que pilote. Conscient de la difficulté du R-1 dans les virages serrés, il adopte une stratégie astucieuse : plonger depuis une altitude légèrement supérieure pour maintenir la vitesse dans les virages, et voler des arcs plus larges que ses concurrents pour éviter les virage brusques. Il boucle les 20 tours du circuit de 100 miles à une moyenne de 406 km/h, doublant presque tous ses adversaires.
La presse américaine exulte. Le Springfield Union cite Doolittle : « Elle est le plus beau bateau que j’aie jamais piloté. Les frères Granville de Springfield construisent les meilleurs avions de vitesse d’Amérique aujourd’hui. » C’est l’apogée de la saga Gee Bee. Ce serait aussi son seul moment de gloire sans tragédie.
Après sa victoire, Doolittle ramena l’avion à Springfield mais selon ses propres mots, « en descendit avec soulagement ». Il refusait de recourir à ce qu’il appelait l’ère des « frôlements et cascades » et voulait que l’aviation se concentre sur la sécurité et la fiabilité. Doolittle se retira de la course aérienne laissant derrière lui l’avion qui lui avait valu sa plus grande gloire, et qui allait bientôt devenir l’instrument d’une série de drames.
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La malédiction du Gee Bee
Après le triomphe de 1932, les frères Granville montèrent le R-1 avec un moteur encore plus puissant pour 1933 : un Pratt & Whitney Hornet R-1690 de 900 chevaux. Mais la saison allait tourner au cauchemar.
Le 1er juillet 1933, lors de la Bendix Trophy Race, le pilote Russell Boardman pilotait le R-1 au départ d’Indianapolis après un ravitaillement. Boardman tira trop tôt sur le manche, l’appareil chargé de carburant décrocha et plongea au sol. On retira Boardman vivant des décombres, mais il mourut de ses blessures.
Le R-2, avion-sœur, fut lui aussi victime de crash la même année. Ce fut un coup terrible pour les Granville, qui déposèrent le bilan peu après. Zantford Granville lui-même trouva la mort en 1934 lors d’un atterrissage à Spartanburg, en Caroline du Sud.
La « Long Tail » et le dernier crash
Les restes du R-1 furent récupérés et reconstruits avec une rallonge de fuselage de 46 cm créant la variante surnommée « Long Tail Racer ». Peinte avec les initiales I.F. (« Intestinal Fortitude », soit « Courage de ventre ») sur le capot, elle fut achetée par le pilote Cecil Allen, qui la prépara pour la Bendix Race 1935.
Pete Miller, l’ingénieur en chef des Granville, avait personnellement écrit à Allen pour l’avertir de ne jamais remplir le réservoir arrière supplémentaire qu’il avait ajouté : cela déplacerait le centre de gravité trop loin en arrière et rendrait l’avion ingouvernable. Allen ignora l’avertissement. Au départ de Burbank en Californie le matin de la course, avec tous les réservoirs pleins, l’appareil s’arracha péniblement du sol, chancela dans le brouillard matinal et s’écrasa dans un champ juste après la piste. Allen mourut sur le coup. Ce fut le dernier vol d’un Gee Bee original.
Les journaux de l’époque se déchaînèrent, qualifiant les Granville de constructeurs d’« avions assassins ». Les historiens de l’aviation ont depuis nuancé ce jugement : les accidents étaient presque toujours liés à des modifications non autorisées ou à des erreurs de pilotage en dehors des conditions de course — décollages trop chargés, atterrissages trop lents. À haute vitesse et entre les mains d’un pilote expert comme Doolittle, le Gee Bee se montrait maniable et prévisible.
La réplique du Planes of Fame Museum de Chino
L’avion de Chino est une réplique non volante du Gee Bee R-1 NR2100. Elle reproduit fidèlement la livrée historique de 1932 : fuselage rouge et blanc aux proportions si caractéristiques, numéro de course 11 peint sur les flancs, le nom « Jus’ Box » sous le bord d’attaque droit, le logotype « Wasp » et les dés à jouer de la Springfield Air Racing Association (S.A.R.A.) sur le capot.
Une seule réplique volante du R-1 existe dans le monde : celle construite par Delmar Benjamin et Mike Wolf, qui ont passé des années à résoudre les problèmes de maniabilité qui avaient coûté tant de vies. Benjamin a démontré que, avec les bonnes procédures, le Gee Bee était un appareil parfaitement gérable offrant une réhabilitation posthume aux frères Granville.
Conclusion
Le Gee Bee R-1 reste l’un des avions les plus icôniques de l’histoire de l’aviation américaine. Sa silhouette immédiatement reconnaissable est devenue un symbole de l’audace et de l’ingénierie créatrice des années 1930. Il incarne une époque où la course aérienne était véritablement une course aux limites du possible — où chaque nouvelle machine repoussait simultanément les frontières de la vitesse et celles du danger. Il fut unbe des heros du flim d’animation Planes (2013) de Disney . Dans le film, l’appareil inspiré du Gee Bee porte le numéro 7-11 — une combinaison des numéros 7 (R-2) et 11 (R-1) des originaux.
Fiche technique — Gee Bee R-1 Super Sportster
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Type
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Avion de course monoplacé
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Constructeur
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Granville Brothers Aircraft, Springfield, Massachusetts
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Immatriculation
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NR2100 (numéro de course : 11)
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Surnom
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« Jus’ Box » / « Springfield Sockem »
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Motorisation
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Pratt & Whitney R-1340 Wasp T3D1
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Puissance
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800 chevaux (597 kW)
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Envergure
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7,62 mètres (25 pieds)
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Longueur
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5,38 mètres (17 pieds 8 pouces)
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Masse à vide
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~1 000 kg
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Vitesse de croisière
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418 km/h (260 mph)
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Vitesse maximale
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> 500 km/h (309 mph atteint en essais)
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Vitesse de décrochage
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144 km/h (90 mph) — très élevée
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Taux de montée
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1 860 m/min (6 100 pieds/min)
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Rayon d’action
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~1 014 km (630 miles) à plein régime
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Train d’atterrissage
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Fixe, classique
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Exemplaires construits
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1 (plus le R-2, NR2101, version longue course)
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