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Introduction
Le canon naval antiaérien Type 10 de 120 mm est l’une des armes doubles usage les plus répandues de la Marine Impériale Japonaise (Dai-Nippon Teikoku Kaigun) durant la Seconde Guerre mondiale. Adopté en 1921 soit la 10ème année du règne de l’Empereur Taisho, d’où son nom .Il est conçu comme armement secondaire polyvalent capable de tirer aussi bien contre les aéronefs ennemis que contre des cibles de surface.
Dérivé du canon naval 12 cm/45 Type 3 (3ème année), le Type 10 équipe une grande variété de navires japonais : porte-avions, croiseurs, destroyers, bâtiments auxiliaires. Il est également installé en grand nombre dans les défenses côtières et insulaires des territoires occupis par le Japon dans le Pacifique, notamment en Nouvelle-Guinée, aux îles Salomon et dans les îles du Pacifique central.
L’exemplaire photographié est exposé au National Museum of the Pacific War de Fredericksburg au Texas (anciennement Nimitz Museum). Il provient du champ de bataille de Buna, en Nouvelle-Guinée, où il détruisit plusieurs chars avant d’être capturé lors des combats de 1942–1943.
Historique
Après la Première Guerre mondiale, la Marine Impériale Japonaise cherche à moderniser son armement secondaire de surface et à doter ses navires d’une capacité antiaérienne crédible face à la montée en puissance de l’aviation navale. Les ingénieurs japonais de l’Arsenal Naval de Kure développent à partir de 1919 un nouveau canon de calibre 12 cm (120 mm) sur affût piédestal à haute élévation.
Le choix du calibre 120 mm correspond à un compromis entre masse du projectile et cadence de tir : suffisamment puissant pour menacer des aéronefs à grande altitude, et assez léger pour permettre un maniement à la main sans avoir recours à des assists mécaniques — avantage décisif pour des installations terrestres isolées sans alimentation électrique. Le Type 10 est dérivé du canon naval de 120 mm Type 3 de 1914, en conservant le même tube mais en adoptant un affût entièrement nouveau à haute élévation. Production et adoption
Accepté par la Marine en 1921, le Type 10 est produit à environ 2 000 exemplaires jusqu’en 1945, ce qui en fait l’un des canons navals japonais les plus fabriqués. Sa simplicité de construction relative et son absence de dépendance à l’énergie extérieure en font un candidat idéal pour les installations côtières et insulaires éloignées des bases principales.
À la fin de la guerre, près de 40?% des unités antiaériennes navales de défense du territoire japonais métropolitain étaient équipées de ce canon. Malgré son ancienneté relative, il restait en service actif jusqu’au dernier jour du conflit.
Description de l’affût et de l’arme
La caractéristique visuelle la plus frappante du Type 10 est son affût piédestal tronconique massif, clairement visible sur la photographie. Cette base évasée, en fonte d’acier boulonné, assure la stabilité de l’ensemble lors du tir en élévation maximale. Le piédestal repose sur une plate-forme circulaire boulonnée permettant la rotation complète à 360°.
Au sommet du piédestal se trouve la pièce de pivot sur laquelle est monté le berceau porte-tube avec son système de recul hydro-ressort. Une équilibratrice est prévue pour compenser le déséquilibre du tube en forte élévation. Le pointage en élévation et en direction s’effectue manuellement via des volants, sans assistance mécanique.
Le tube
Le tube de 5,4 m de long pour 120 mm de calibre possède une longueur de 45 calibres (L/45), ce qui lui confère une vitesse initiale respectable de 825 m/s. Sur la photographie, on observe distinctement le long cylindre de recul fixé sur le dessus du tube — un élément caractéristique de cette arme, mentionné dans les documents d’analyse alliés comme « le long cylindre de recul au-dessus du tube ».
La culasse à coin coulissant horizontal semi-automatique s’ouvre automatiquement lors du recul, expulsant l’étui et restant ouverte pour le rechargement. Cette conception simplifiée participe à la cadence de tir de 10 à 12 coups par minute.
Le cylindre de recul visible sur la partie supérieure du tube est l’un des éléments d’identification les plus caractéristiques de ce canon, à reproduire avec soin sur une maquette. Capacités antiaériennes
Avec une vitesse initiale (V°)de 825 m/s et un plafond effectif de 8 500 m, le Type 10 constitue une menace sérieuse pour les bombardiers alliés volant à moyenne altitude. Sa cadence de tir de 10 à 12 coups/min est correcte pour l’époque, mais son principal défaut est l’absence de système de contrôle de tir électrique : le pointage manuel en élévation et en direction limite considérablement la précision contre des avions rapides.
La portée horizontale de 16 000 m en fait également une arme côtière efficace contre les navires de surface, justifiant pleinement sa qualification d’arme à double usage (antiaérien / défense côtière).
Avantages opérationnels
Indépendance énergétique : Aucune alimentation électrique requise ce qui est idéal pour les installations insulaires éloignées Polyvalence : Efficace contre aéronefs, navires de surface et chars (tir tendu à -5°) L’angle d’élévation de -5° à +75° permet d’abaisser le canon à 5° sous l’horizontale, ce qui en fait une arme antichar efficace capable d’engager les chars alliés en tir tendu — caractéristique absente de nombreux canons AA de l’époque. Portée : 16 000 m horizontaux, plafond de 10 000 m maximum Robustesse : Construction simple et fiable, adaptée aux conditions tropicales Production : Relative simplicité de fabrication, 2 000 pièces produites Limitations Pointage manuel : Absence de contrôle de tir électrique ou gyroscopique, précision réduite contre cibles rapides Projectile lourd : 20,6 kg par obus : effort physique considérable pour les servants, surtout en élévation maximale Absence de radars : Pas de contrôle de tir radar intégré — les corrections s’effectuaient vocalement Technologie vieillissante : Déjà dépassé en 1941, il reste en service faute de remplacement disponible en nombre suffisant Déploiement opérationnel
Armement naval
Le Type 10 sert principalement d’armement secondaire sur les navires de la Marine Impériale. On le trouve notamment sur :
Porte-avions : Sh?kaku, Z?ikaku, Taiy? et autres porte-avions d’escorte (en montage simple ou jumelé)
Croiseurs légers : Plusieurs croiseurs de la classe Agano et unités auxiliaires Navires auxiliaires : Transports d’attaque, ravitailleurs, destroyers d’escorte Sous-marins de grande taille : Certains sous-marins de croisère de classe I (en pont) Installations côtières et insulaires C’est dans le rôle de défense terrestre que le Type 10 s’illustre le plus durant la guerre du Pacifique. Sa conception sans alimentation électrique en fait un système idéal pour les îles éloignées. Il est déployé massivement dans :
Nouvelle-Guinée : Notamment à Buna, Lae, Salamaua d’où provient l’exemplaire de Fredericksburg Le canon exposé à Fredericksburg est directement lié à l’une des batailles les plus meurtrières du théâtre Pacifique Sud-Ouest : la campagne de Buna-Gona-Sanananda en Nouvelle-Guinée (novembre 1942 – janvier 1943). Le panneau du musée précise qu’il « détruisit plusieurs chars avant d’être mis hors de combat », illustrant parfaitement l’usage antichars de cette arme antiaérienne.
C’est l’un des premiers engagements où les forces américaines (US Army, 32ème Division d’infanterie) rencontrent des défenses japonaises fixes utilisant des canons navals terrestres en mode antichar. Les soldats américains et australiens subissent des pertes considérables face à ces positions fortifiées du général Tomitaro Horii. C’est Doug Hubbard qui localisa et captura le canon selon le panneau du musée.Îles Salomon : Guadalcanal, Rabaul, Bougainville
Micronésie : Truk, Saipan, Guam, Tinian, Iwo JimaTerritoire métropolitain : Défense des grandes villes japonaises en fin de guerre (40?% du dispositif AA naval) Comparaison avec les canons AA alliés
Conclusion
Le canon naval antiaérien Type 10 de 120 mm incarne à la fois la polyvalence et les limitations de l’armement japonais dans le Pacifique. Conçu en 1921 pour une ére où les avions volaient lentement et à basse altitude, il se retrouve vingt ans plus tard à affronter des bombardiers américains B-17 et B-29 bien plus rapides et plus hauts.
Sa longue carrière de 1921 à la capitulation de 1945 témoigne autant de sa fiabilité que des difficultés industrielles du Japon à renouveler son arsenal. L’exemplaire de Fredericksburg, vétéran des combats de Buna où il abattit des aéronefs alliés et détruisit plusieurs chars avant d’être capturé, est un témoin matériel exceptionnel de la guerre dans le Pacifique Sud-Ouest.
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