1800 Pistolet Honneur Général Léopold Berthier Moscou









1800 Pistolets d'Honneur du Général Léopold Berthier Moscou Manufacture de Versailles — Nicolas-Noël Boutet — An VIII–X (1800–1802)

Tableaux Générés par IA sur mes indications 


 

 


 

 Identification 

Le coffret exposé dans ce musée de Moscou constitue un document historique de premier ordre. Son couvercle en cuir gaufré vert, orné de filets dorés et d'une inscription en lettres d'or, porte une dédicace  « Le Premier Consul / de la République Française / au Général / Léopold Berthier ». Cette pièce est donc une paire de pistolets d'honneur offerte par Bonaparte lui-même, en sa qualité de Premier Consul, au général Victor Léopold Berthier  frère cadet du futur maréchal Louis-Alexandre Berthier.

Il s'agit de l'une des formes les plus élevées de récompense militaire sous le Consulat, antérieure à la création de la Légion d'honneur (1802)
. La présence de cette pièce dans les collections russes de Moscou s'explique par les circonstances dramatiques de la campagne de Russie de 1812 : le coffret faisait partie des bagages et effets personnels de la famille Berthier, capturés lors du pillage des équipages français ou pendant la retraite de Moscou.
 Général Victor Léopold Berthier (1770–1807)

Victor Léopold Berthier est né le 22 mai 1770 à Versailles, dans une famille de militaires au service du roi. Son père, Jean-Baptiste Berthier, était ingénieur-géographe de l'armée, anobli par Louis XV pour services rendus. Victor Léopold est le troisième des quatre fils Berthier. Son frère aîné, Louis-Alexandre (1753–1815), deviendra l'un des personnages les plus influents de l'épopée napoléonienne  maréchal de France, prince de Neuchâtel et prince de Wagram, major-général de la Grande Armée. Son autre frère, César (1765–1819), sera également général de division.
Victor Léopold entre en 1781 dans la compagnie des gardes de la porte. Sous la Révolution, il sert successivement comme aide de camp des généraux Lamarque et Custine, puis passe en 1799 chef d'état-major du général Masséna à l'armée de Naples. En 1793, servant sous les ordres du général Kellermann lors des campagnes de Vendée, il se distingue par plusieurs actes de bravoure remarquables qui lui valent un premier sabre d'honneur.

Lors des campagnes d'Italie, Victor Léopold se bat aux côtés de son frère Louis-Alexandre et du général Bonaparte, participant aux victoires qui jalonnent la montée en puissance du futur Premier Consul. Il devient adjudant-général le 7 septembre 1797. La campagne d'Italie (1796–1797), puis la campagne de 1800 culminant à Marengo (14 juin 1800), sont les creusets dans lesquels se forge la réputation militaire des frères Berthier.

Bonaparte le charge le 11 octobre 1801 d'une mission délicate et importante : recevoir à Toulon les différents corps de l'Armée d'Orient de retour d'Égypte, les inspecter, éliminer les inaptes et réformer les unités  une marque de confiance significative. Il est promu général de division le 1er février 1805, et s'illustre à la bataille d'Austerlitz (2 décembre 1805) en enfonçant le centre des Russes.

Victor Léopold Berthier meurt le 21 mars 1807 à Paris, emporté par des fièvres putrides contractées lors de ses dernières campagnes  il n'aura donc jamais connu ni l'apogée ni le déclin de l'Empire. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

 Institution des armes d'honneur

Devenu Premier Consul le 9 novembre 1799 (18 Brumaire An VIII), Bonaparte comprend immédiatement le parti politique et symbolique qu'il peut tirer d'un système de récompenses individuelles à haute valeur symbolique. L'arrêté du 4 nivôse An VIII (25 décembre 1799) institue officiellement les armes d'honneur comme récompense nationale suprême. La tradition n'est pas totalement nouvelle  Bonaparte avait déjà distribué des armes lors de la campagne d'Italie de 1796–1797  mais elle est désormais codifiée, hiérarchisée et dotée d'un prestige institutionnel.
Les types d'armes d'honneur

Les armes d'honneur sont attribuées selon le grade et l'arme du récipiendaire :
Fusils et carabines : pour les fantassins et sous-officiers
Sabres briquets : pour les fantassins méritants
Sabres d'honneur : pour les officiers supérieurs de cavalerie et d'infanterie
Pistolets : pour les officiers, souvent en paire dans un coffret
Mousquetons : pour la cavalerie

Chaque arme est accompagnée d'un brevet officiel signé par Bonaparte et par le ministre de la Guerre, précisant les faits d'armes qui ont motivé la distinction.

 La Manufacture de Versailles et Nicolas-Noël Boutet

La fabrication des armes d'honneur est confiée à la Manufacture d'armes de Versailles, dont Nicolas-Noël Boutet (1761–1833) est le directeur-artiste depuis 1792. En 1800, Bonaparte lui accorde une concession de dix-huit ans, consolidant sa position d'armurier officiel du régime. Boutet transforme la Manufacture  initialement vouée aux armes de guerre  en un atelier de production de luxe réputé dans toute l'Europe pour la qualité et la beauté de ses créations.

Les armes Boutet sont reconnaissables à leur finition d'exception : acier bleui et damasquiné d'or, garnitures en argent ou bronze doré ciselé, crosses en noyer figuré soigneusement travaillé, platines gravées. Elles portent la signature « Boutet Directeur Artiste » ou « Manufacture à Versailles » sur la platine, le canon ou la crosse.  Lecoffret à dédicace nominative du Premier Consul représente une valeur historique 

 Description
Le coffret

Le coffret est recouvert extérieurement de cuir gaufré à décor de filets et de motifs géométriques dorés  style typique des coffrets-nécessaires de la période consulaire et impériale. Le couvercle, de teinte vert foncé, porte l'inscription en grandes lettres d'or disposées en trois lignes hiérarchisées, dans une typographie mélangeant capitales et cursive qui reflète le goût néo-classique de l'époque :

« LE PREMIER CONSUL / DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE / AU GÉNÉRAL / LÉOPOLD BERTHIER »

L'intérieur est garni de velours rouge bordeaux découpé en compartiments ajustés sur mesure aux formes des pistolets et de leurs accessoires. Ce type de présentation, caractéristique des plus beaux coffrets-nécessaires Boutet, assure à la fois la protection et la mise en valeur des armes.

Les pistolets

Les deux pistolets sont des armes à silex de type réglementaire An IX, relevées à un niveau de finition d'apparat. Leurs caractéristiques visibles sur la photographie sont :
Platines à silex à chien (cock) et batterie (frizzen) en acier poli, gravées de motifs ornementaux
Canons à pans octogonaux en acier, probablement damasquinés d'or ou gravés

Crosses en noyer figuré à col de cygne, travaillées et vernies

Garnitures (pontet, contre-platine, calotte de crosse) en laiton doré ou bronze ciselé
Baguette de chargement en acier ou en bois précieux, logée sous le canon

Les accessoires

Les compartiments du coffret contiennent, outre les deux pistolets, les accessoires complets d'un nécessaire d'officier : baguette supplémentaire, poire à poudre, moule à balles, tire-bourre, et probablement une clé de platine. Cet équipement complet confirme que la pièce n'est pas simplement décorative — elle est conçue pour un usage effectif en campagne.

Pourquoi cette arme se trouve à Moscou

Victor Léopold Berthier disparaît le 21 mars 1807, cinq ans seulement après avoir reçu ses pistolets d'honneur. Le coffret passe alors aux mains de ses héritiers ou, plus vraisemblablement, intègre le patrimoine de la famille Berthier au sens large  et donc l'orbite du maréchal Louis-Alexandre, dont la position à la tête de la Grande Armée en fait l'un des personnages les plus puissants de l'Empire.
En juin 1812, la Grande Armée de Napoléon franchit le Niémen et s'enfonce en Russie. Louis-Alexandre Berthier est, comme toujours, le major-général de l'armée, cerveau organisateur de toute l'opération. Les officiers supérieurs voyagent avec des équipages considérables contenant leurs effets personnels, correspondances, et objets de valeur  dont les armes d'honneur et trophées de leur carrière.

Moscou est atteinte le 14 septembre 1812. Les Russes ont mis le feu à la ville avant de l'abandonner. Dans le chaos qui s'ensuit  pillage, incendies, désorganisation progressive de la Grande Armée  de nombreux bagages français sont perdus, volés ou capturés. Le 19 octobre, la retraite commence. Elle se transforme en catastrophe : froid, faim, harcèlement cosaque. Des quantités considérables de butin, d'armes, d'objets de valeur et de documents sont récupérés par les Russes tout au long de cette retraite apocalyptique.

Des trophées français dans les collections russes

Les pièces récupérées lors de la campagne de 1812 ont été versées dans les collections impériales russes, puis dans les musées soviétiques et russes. Elles constituent aujourd'hui un ensemble patrimonial considérable, conservé principalement au Musée historique d'État de Moscou, au Musée de l'Armée (Kremlin), et dans d'autres institutions. Le coffret Berthier en fait partie  une prise de guerre devenue pièce de musée, témoin matériel de l'un des épisodes les plus dramatiques de l'histoire européenne.

6. Fiche technique récapitulative


 

Élément

Description

Remarques

Nature de la pièce

Paire de pistolets d'honneur à silex

Arme de récompense nationale

Donateur

Bonaparte, Premier Consul de la République Française

Inscription sur le couvercle

Récipiendaire

Général Victor Léopold Berthier

Frère cadet du maréchal Berthier

Date estimée

An VIII – An X (1800–1802)

Période du Consulat

Fabricant

Manufacture de Versailles — Nicolas-Noël Boutet

Directeur-artiste, concession 1800

Mécanisme

Platines à silex (flintlock)

Modèle réglementaire An IX enrichi

Finitions

Acier bleui, damasquiné or, garnitures dorées

Qualité d'apparat, non de service

Coffret

Bois recouvert cuir gaufré, velours rouge bordeaux

Couvercle vert à inscription or

Accessoires joints

Baguette, poire à poudre, moule à balles, tire-bourre

Nécessaire complet d'officier

Localisation actuelle

Moscou — musée russe (prise de guerre 1812)

Capturée lors de la campagne de Russie

Valeur comparable

Paire Boutet consulaire adjugée 331 760 € (2023)

Hors commerce — patrimoine russe classé


 

 Chronologie


 

Date

Événement

20 nov. 1753

Naissance de Louis-Alexandre Berthier à Versailles

22 mai 1770

Naissance de Victor Léopold Berthier, frère cadet

1793

Victor Léopold reçoit un sabre d'honneur sous Kellermann (Vendée)

1796-1797

Les frères Berthier s'illustrent lors des campagnes d'Italie avec Bonaparte

1798-1799

Campagne d'Égypte — Louis-Alexandre chef d'état-major de Bonaparte

9 nov. 1799

18 Brumaire — Bonaparte Premier Consul, Berthier ministre de la Guerre

25 déc. 1799

Arrêté du 4 nivôse An VIII — institution officielle des armes d'honneur

1800

Concession accordée à Boutet — Manufacture de Versailles spécialisée luxe

14 juin 1800

Bataille de Marengo — victoire décisive, nombreuses armes d'honneur distribuées

1800-1802

Offre estimée des pistolets à Victor Léopold Berthier — Consulat

11 oct. 1801

Bonaparte confie une mission à Léopold Berthier pour l'Armée d'Orient

19 mai 1802

Création de la Légion d'honneur — fin des armes d'honneur

1er fév. 1805

Victor Léopold promu général de division

2 déc. 1805

Austerlitz — Victor Léopold enfonce le centre des Russes

21 mars 1807

Mort de Victor Léopold Berthier à Paris (fièvres)

Juin-sept. 1812

Grande Armée à Moscou — Louis-Alexandre major-général

Oct.-déc. 1812

Retraite de Russie — les pistolets capturés, versés aux trophées russes

1er juin 1815

Mort de Louis-Alexandre Berthier à Bamberg (chute ou assassinat)

Depuis 1812

Conservés à Moscou dans les collections muséales russes


 


 

Conclusion

La paire de pistolets d'honneur offerte par Bonaparte au Général Victor Léopold Berthier est une pièce d'une densité historique exceptionnelle. Elle matérialise en un seul objet trois moments fondamentaux de l'histoire française : l'instauration du système de récompenses consulaires qui préfigure la Légion d'honneur ; le rôle central de la famille Berthier dans l'épopée napoléonienne ; et la catastrophe de 1812 qui sonne le glas de la domination française sur l'Europe.

Conservée à Moscou depuis plus de deux siècles, elle est aujourd'hui un symbole à double titre : trophée de la résistance russe pour les uns, relique de la gloire consulaire pour les autres. Le coffret vert à lettres d'or, intact malgré les siècles, continue de porter son message premier  la voix de Bonaparte récompensant un général fidèle


 

   


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