|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Identification Le coffret exposé dans ce musée de Moscou constitue un document historique de premier ordre. Son couvercle en cuir gaufré vert, orné de filets dorés et d'une inscription en lettres d'or, porte une dédicace « Le Premier Consul / de la République Française / au Général / Léopold Berthier ». Cette pièce est donc une paire de pistolets d'honneur offerte par Bonaparte lui-même, en sa qualité de Premier Consul, au général Victor Léopold Berthier frère cadet du futur maréchal Louis-Alexandre Berthier. Il s'agit de l'une des formes les plus élevées de récompense militaire sous le Consulat, antérieure à la création de la Légion d'honneur (1802) Victor Léopold Berthier est né le 22 mai 1770 à Versailles, dans une famille de militaires au service du roi. Son père, Jean-Baptiste Berthier, était ingénieur-géographe de l'armée, anobli par Louis XV pour services rendus. Victor Léopold est le troisième des quatre fils Berthier. Son frère aîné, Louis-Alexandre (1753–1815), deviendra l'un des personnages les plus influents de l'épopée napoléonienne maréchal de France, prince de Neuchâtel et prince de Wagram, major-général de la Grande Armée. Son autre frère, César (1765–1819), sera également général de division. Lors des campagnes d'Italie, Victor Léopold se bat aux côtés de son frère Louis-Alexandre et du général Bonaparte, participant aux victoires qui jalonnent la montée en puissance du futur Premier Consul. Il devient adjudant-général le 7 septembre 1797. La campagne d'Italie (1796–1797), puis la campagne de 1800 culminant à Marengo (14 juin 1800), sont les creusets dans lesquels se forge la réputation militaire des frères Berthier. Bonaparte le charge le 11 octobre 1801 d'une mission délicate et importante : recevoir à Toulon les différents corps de l'Armée d'Orient de retour d'Égypte, les inspecter, éliminer les inaptes et réformer les unités une marque de confiance significative. Il est promu général de division le 1er février 1805, et s'illustre à la bataille d'Austerlitz (2 décembre 1805) en enfonçant le centre des Russes. Victor Léopold Berthier meurt le 21 mars 1807 à Paris, emporté par des fièvres putrides contractées lors de ses dernières campagnes il n'aura donc jamais connu ni l'apogée ni le déclin de l'Empire. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Institution des armes d'honneur Devenu Premier Consul le 9 novembre 1799 (18 Brumaire An VIII), Bonaparte comprend immédiatement le parti politique et symbolique qu'il peut tirer d'un système de récompenses individuelles à haute valeur symbolique. L'arrêté du 4 nivôse An VIII (25 décembre 1799) institue officiellement les armes d'honneur comme récompense nationale suprême. La tradition n'est pas totalement nouvelle Bonaparte avait déjà distribué des armes lors de la campagne d'Italie de 1796–1797 mais elle est désormais codifiée, hiérarchisée et dotée d'un prestige institutionnel. Les armes d'honneur sont attribuées selon le grade et l'arme du récipiendaire : Chaque arme est accompagnée d'un brevet officiel signé par Bonaparte et par le ministre de la Guerre, précisant les faits d'armes qui ont motivé la distinction. La Manufacture de Versailles et Nicolas-Noël Boutet La fabrication des armes d'honneur est confiée à la Manufacture d'armes de Versailles, dont Nicolas-Noël Boutet (1761–1833) est le directeur-artiste depuis 1792. En 1800, Bonaparte lui accorde une concession de dix-huit ans, consolidant sa position d'armurier officiel du régime. Boutet transforme la Manufacture initialement vouée aux armes de guerre en un atelier de production de luxe réputé dans toute l'Europe pour la qualité et la beauté de ses créations. Les armes Boutet sont reconnaissables à leur finition d'exception : acier bleui et damasquiné d'or, garnitures en argent ou bronze doré ciselé, crosses en noyer figuré soigneusement travaillé, platines gravées. Elles portent la signature « Boutet Directeur Artiste » ou « Manufacture à Versailles » sur la platine, le canon ou la crosse. Lecoffret à dédicace nominative du Premier Consul représente une valeur historique Description Le coffret est recouvert extérieurement de cuir gaufré à décor de filets et de motifs géométriques dorés style typique des coffrets-nécessaires de la période consulaire et impériale. Le couvercle, de teinte vert foncé, porte l'inscription en grandes lettres d'or disposées en trois lignes hiérarchisées, dans une typographie mélangeant capitales et cursive qui reflète le goût néo-classique de l'époque : « LE PREMIER CONSUL / DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE / AU GÉNÉRAL / LÉOPOLD BERTHIER » L'intérieur est garni de velours rouge bordeaux découpé en compartiments ajustés sur mesure aux formes des pistolets et de leurs accessoires. Ce type de présentation, caractéristique des plus beaux coffrets-nécessaires Boutet, assure à la fois la protection et la mise en valeur des armes. Les pistolets Les deux pistolets sont des armes à silex de type réglementaire An IX, relevées à un niveau de finition d'apparat. Leurs caractéristiques visibles sur la photographie sont : Crosses en noyer figuré à col de cygne, travaillées et vernies Garnitures (pontet, contre-platine, calotte de crosse) en laiton doré ou bronze ciselé Les accessoires Les compartiments du coffret contiennent, outre les deux pistolets, les accessoires complets d'un nécessaire d'officier : baguette supplémentaire, poire à poudre, moule à balles, tire-bourre, et probablement une clé de platine. Cet équipement complet confirme que la pièce n'est pas simplement décorative — elle est conçue pour un usage effectif en campagne. Pourquoi cette arme se trouve à Moscou Victor Léopold Berthier disparaît le 21 mars 1807, cinq ans seulement après avoir reçu ses pistolets d'honneur. Le coffret passe alors aux mains de ses héritiers ou, plus vraisemblablement, intègre le patrimoine de la famille Berthier au sens large et donc l'orbite du maréchal Louis-Alexandre, dont la position à la tête de la Grande Armée en fait l'un des personnages les plus puissants de l'Empire. Moscou est atteinte le 14 septembre 1812. Les Russes ont mis le feu à la ville avant de l'abandonner. Dans le chaos qui s'ensuit pillage, incendies, désorganisation progressive de la Grande Armée de nombreux bagages français sont perdus, volés ou capturés. Le 19 octobre, la retraite commence. Elle se transforme en catastrophe : froid, faim, harcèlement cosaque. Des quantités considérables de butin, d'armes, d'objets de valeur et de documents sont récupérés par les Russes tout au long de cette retraite apocalyptique. Des trophées français dans les collections russes Les pièces récupérées lors de la campagne de 1812 ont été versées dans les collections impériales russes, puis dans les musées soviétiques et russes. Elles constituent aujourd'hui un ensemble patrimonial considérable, conservé principalement au Musée historique d'État de Moscou, au Musée de l'Armée (Kremlin), et dans d'autres institutions. Le coffret Berthier en fait partie une prise de guerre devenue pièce de musée, témoin matériel de l'un des épisodes les plus dramatiques de l'histoire européenne. 6. Fiche technique récapitulative
Chronologie
Conclusion La paire de pistolets d'honneur offerte par Bonaparte au Général Victor Léopold Berthier est une pièce d'une densité historique exceptionnelle. Elle matérialise en un seul objet trois moments fondamentaux de l'histoire française : l'instauration du système de récompenses consulaires qui préfigure la Légion d'honneur ; le rôle central de la famille Berthier dans l'épopée napoléonienne ; et la catastrophe de 1812 qui sonne le glas de la domination française sur l'Europe. Conservée à Moscou depuis plus de deux siècles, elle est aujourd'hui un symbole à double titre : trophée de la résistance russe pour les uns, relique de la gloire consulaire pour les autres. Le coffret vert à lettres d'or, intact malgré les siècles, continue de porter son message premier la voix de Bonaparte récompensant un général fidèle
|
|
Droit d’auteur La plupart des photographies publiées sur ce site sont la propriété exclusive de © Claude Balmefrezol Elles peuvent être reproduites pour une utilisation personnelle, mais l’autorisation préalable de leur auteur est nécessaire pour être exploitées dans un autre cadre (site web publications etc) Les sources des autres documents et illustrations sont mentionnées quand elles sont connues. Si une de ces pièces est protégée et que sa présence dans ces pages pose problème, elle sera retirée sur simple demande. Principaux Collaborateurs:
Nb
de visiteurs:9303812 Nb
de visiteurs aujourd'hui:1146 Nb
de connectés:45
| |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||