Minturno Minturnae






Minturno Minturnae 
 
 
 
 
 
 
 
 
La cité romaine oubliée au bord du Garigliano
Nichée entre la mer Tyrrhénienne et les monts Aurunci, à la frontière entre le Latium et la Campanie, la ville de Minturno est l'une des cités romaines les mieux conservées d'Italie, et pourtant l'une des moins connues du grand public. À l'ombre de ses illustres voisines — Rome, Naples, Pompéi — elle recèle des trésors archéologiques remarquables qui témoignent de l'extraordinaire rayonnement de la civilisation romaine.
Les origines — Minturnae, ville aurunque puis romaine
Avant de devenir romaine, la ville fut fondée par les Aurunques, peuple italique qui habitait la région entre le Latium et la Campanie bien avant l'expansion de Rome. Les Aurunques appelaient leur cité Minturnae — un nom dont l'étymologie reste débattue, certains chercheurs le rapprochant du nom de la déesse Marica, vénérée dans un bois sacré à l'embouchure du Garigliano.
Les Romains s'emparèrent de la région au cours des guerres samnites (343-290 avant J.-C.), et Minturnae devint une colonie latine en 295 avant J.-C., puis une colonie romaine en 296 avant J.-C. selon certaines sources — les dates varient légèrement selon les auteurs antiques. Sa position stratégique, au bord du fleuve Liris (aujourd'hui le Garigliano) et sur la Via Appia — la grande route qui reliait Rome à Brindisi et à la Grèce — en fit rapidement une ville prospère et importante.
La Via Appia — l'artère vitale de Minturnae
La Via Appia, construite à partir de 312 avant J.-C. par le censeur Appius Claudius Caecus, traversait Minturnae et en constituait l'épine dorsale. Cette route, l'une des plus importantes de l'empire romain, permettait le passage des légions, des marchands et des voyageurs entre Rome et le sud de l'Italie. La traversée du Garigliano à Minturnae était un point de passage obligé, et la ville prospéra grâce aux taxes et aux services rendus aux voyageurs.
Aujourd'hui encore, des tronçons de la Via Appia sont visibles dans le site archéologique de Minturnae, avec leurs grandes dalles de basalte polygonales caractéristiques, usées par des siècles de passage. Marcher sur ces pavés antiques, c'est poser ses pas là où des milliers de légionnaires romains, de marchands grecs et de voyageurs de toutes origines ont posé les leurs deux mille ans auparavant.
LES VESTIGES ARCHÉOLOGIQUES DE MINTURNAE

Le site de l'ancienne ville romaine de Minturnae s'étend sur plusieurs hectares et offre un panorama remarquable de l'urbanisme romain à travers les siècles. On y trouve le théâtre de l'époque augustéenne, un temple toscan, les fondations du grand Capitole, l'aqueduc du Ier siècle, le forum avec ses temples des époques républicaine et impériale, ainsi que les murs d'enceinte et l'amphithéâtre.
À environ 400 mètres du site principal, sur la rive du Garigliano, une zone de sanctuaires d'une importance exceptionnelle remonte à l'époque archaïque. Un Antiquarium richement doté d'œuvres en marbre et d'inscriptions épigraphiques complète l'intérêt de cet ensemble archéologique majeur. Le nom de Minturno est également lié à celui de l'un des plus grands philosophes de l'Antiquité, Plotin, qui y résida et y mourut en 270 après J.-C.
Malheureusement, le maréchal autrichien Laval Nugent, commandant de l'armée des Bourbons, pilla le site vers 1820, emportant 158 sculptures précieuses. De nombreuses œuvres furent ainsi vendues à l'étranger. Par ailleurs, à l'époque médiévale, plusieurs marbres de Minturno furent récupérés pour orner la cathédrale de Gaète.
LE CAPITOLE

 

   


Le Capitole de Minturnae est un capitolium au sens strict du terme, c'est-à-dire le pendant provincial du temple de Jupiter Optimus Maximus à Rome. Il constituait le cœur religieux de l'ancienne colonie romaine établie sur le site de l'actuelle ville de Minturno. Il s'agissait d'un temple de style étrusco-italique à triple cellule, construit peu après 191 avant J.-C.
Le temple est situé dans la partie sud du Forum républicain, en bordure de la Via Appia, et orienté vers le sud, où un escalier donnait accès au podium, haut d'environ 1,50 mètre, sur lequel s'élevait le pronaos formé de deux rangées de colonnes encadrant les portes des trois cellules.
Les fondations mesurent 18,70 mètres de longueur pour 17,80 mètres de largeur — un plan presque carré, comparable à celui d'autres temples à triple cellule de la même époque, comme le Temple A de Pyrgi ou le capitole de Cosa.
En 45 avant J.-C., la foudre provoqua un incendie qui détruisit ce premier Capitole. Il fut immédiatement reconstruit sur un podium plus grand que le précédent, utilisant cette fois la pierre de Coreno au lieu du tuf, et adoptant l'ordre architectural corinthien en remplacement du toscan d'origine.
Le podium du second Capitole fut réalisé en incorporant le précédent, renforcé sur sa face arrière par une fondation en opus caementicium large de 1,90 mètre. Peu après, un temple dédié à Auguste fut construit à côté du Capitole, peut-être consacré à la déesse Concordia. La proximité des deux structures suggère qu'un escalier commun, orienté vers le sud, donnait accès aux deux édifices, séparés par un espace de 3,42 mètres entre leurs podiums, qui présentaient par ailleurs un revêtement similaire.
Dans le Capitole était aménagé le bidental, puits sacré où étaient conservés les objets frappés par la foudre, considérés comme maudits et intouchables.
LE MACELLUM

 

 


 

Le marché couvert, ou macellum, adopte le schéma classique d'une cour carrée avec une tholos centrale. Son style met en valeur certains éléments architecturaux remarquables, notamment la monumentalisation du vestibule principal, de la tholos et de l'exèdre, disposés le long de l'axe majeur du bâtiment selon une logique typiquement romaine.
On accède au monument par l'entrée principale, qui ouvre sur le quadriportique — un déambulatoire couvert de voûtes d'arêtes entourant la cour intérieure, délimitée par dix-huit colonnes à fût de marbre blanc de quatre mètres de hauteur, surmontées de chapiteaux corinthiens de style asiatique et d'arcs en plein cintre.
La toiture, en charpente de bois, est percée d'un impluvium couvert de tuiles de terre cuite. Sur le côté sud du quadriportique se trouve l'exèdre, qui abritait les simulacres des divinités protectrices du marché.
Les techniques de construction mixte et le style de la décoration architecturale permettent de dater cet édifice du IIe siècle après J.-C. Le contexte urbain contraignait probablement la forme de l'ensemble, qui présente un plan assez irrégulier.
Sur les longs côtés s'ouvrent deux entrées secondaires disposées symétriquement. De part et d'autre de l'entrée principale se trouve une double rangée de tabernae — les boutiques — partageant un mur de fond commun : cinq ouvertes vers l'intérieur et six vers l'extérieur, ces dernières donnant sur le portique couvert longeant la Via Appia.
LE THÉÂTRE

 

 


Le majestueux théâtre romain de Minturnae, toujours vivant grâce aux nombreuses et prestigieuses représentations qui s'y tiennent, fut construit vers le Ier siècle après J.-C. en opus reticulatum, puis restauré en brique à une époque ultérieure. Il se divise en trois espaces distincts selon la tradition romaine : la scaena (la scène), l'orchestre et la cavea (les gradins), et pouvait accueillir plus de 4 000 spectateurs. 
Dans les espaces aménagés sous la cavea est installé le musée, qui abrite des statues acéphales, des sculptures, des ex-voto, des inscriptions épigraphiques, des monnaies — dont beaucoup ont été repêchées dans les eaux du Garigliano voisin — et de nombreux objets découverts lors des fouilles menées au siècle dernier à Minturnae, dans le centre urbain de Scauri et dans la région de Castelforte.
Aux abords du théâtre, on peut observer un tronçon original de la Via Appia (Decumanus Maximus), dallé de blocs de lave basaltique caractéristiques de cette grande voie romaine.
Le théâtre, dont la scène est aujourd'hui protégée par une vaste couverture en bois neuve et dont les voûtes ont été dûment restaurées, accueille régulièrement comédies, opéras et concerts de toutes natures. À l'arrière de la scène, on peut admirer les puissantes structures qui abritaient autrefois les tabernae — les boutiques et les buvettes destinées aux spectateurs.
Subsistent également des éléments architecturaux en calcaire, ainsi que le portail arrière flanqué de deux colonnes dans la même pierre, qui donne sur l'Antiquarium  autrefois une autre entrée du théâtre.
À l'intérieur des déambulatoires sont conservées des inscriptions dédiées à des personnages célèbres : empereurs, bienfaiteurs méritants, personnalités illustres ou acteurs en vogue. Financer la restauration ou l'embellissement du théâtre à ses frais permettait en effet à un notable romain de s'assurer une publicité durable sous les yeux de tous, ainsi que la gratitude du public pour l'un des divertissements les plus prisés de l'époque — une visibilité indispensable pour quiconque aspirait à une carrière politique et recherchait des suffrages.
LES THERMES

 

 


 

Le complexe thermal est situé au sud de la Via Appia, orienté vers l'est. Il s'étend dans le prolongement du macellum, auquel il est relié par un passage secondaire, bien que son entrée principale ait vraisemblablement donné sur le Forum impérial, à l'est. 
Le plan général présente un développement excentrique par rapport au tissu urbain environnant. L'examen des techniques de construction révèle une succession de rénovations et d'agrandissements successifs, qui trouvèrent leur configuration définitive à l'époque d'Hadrien, sans suivre les schémas planimétriques classiques des thermes romains.
Sont encore visibles les salles du caldarium (bain chaud), du tepidarium (bain tiède) et du frigidarium (bain froid), avec leur remarquable système de suspension — le célèbre hypocauste — particulièrement bien conservé. Sur les murs sont encore en place les tubuli, les tuyaux en terre cuite imbriqués destinés à maintenir une température constante dans les salles en permettant la circulation de l'air chaud entre les parois.
Les traces de combustion permettent de localiser les compartiments des fours qui, compte tenu des proportions du complexe, devaient être au nombre de plusieurs et situés à proximité des réservoirs latéraux du caldarium.
On trouve également une grande piscine à ciel ouvert — la natatio — divisée en deux bassins, avec des gradins et un revêtement en marbre local, alimentée par un système d'adduction d'eau central. Cette piscine extérieure était vraisemblablement bordée d'un portique faisant office de gymnase, au moins sur ses côtés sud et ouest, comme l'attestent les encoches destinées à recevoir les broches métalliques sur lesquelles reposaient les colonnes du portique. Les salles principales étaient probablement couvertes de voûtes en berceau ou de coupoles hémisphériques selon leur fonction.
LE TEMPLE DE MARICA

 

 


 

À faible distance de la ville, d'anciens vestiges d'un temple en tuf ont été mis au jour. Ce sanctuaire, consacré par les Aurunques à la Grande Déesse Marica, fut probablement édifié vers le IVe siècle avant J.-C. sur la rive droite (nord) du fleuve Liri — aujourd'hui le Garigliano — à environ 400 mètres de la mer. Sur la rive gauche (sud) s'étendait le bois sacré qui lui était consacré, le Lucus Maricae, dont l'emplacement correspond aujourd'hui à la pinède de Baia Domizia.
Le temple, très fréquenté même à l'époque hellénistique, fut construit en blocs de tuf gris extraits des carrières situées au sud du mont Massico. Selon les règles du rituel, tout objet introduit dans le bois sacré ne pouvait en être retiré — et la chose n'était guère aisée, car la forêt était alors entourée de vastes marais profonds.
La déesse Marica était la divinité de la navigation, des eaux et de la lumière, protectrice des naissances et déesse des guérisons. Il est attesté que des oracles et des hiérodules — les prêtresses sacrées  officiaient dans ses temples.
Les découvertes archéologiques sont nombreuses : pierres votives, antéfixes représentant Artémis à la façon orientale et un satyre jouant de la flûte, ainsi que diverses inscriptions. Contrairement à ce que certains ont prétendu, Marica n'était pas une simple nymphe locale, mais l'une des principales déesses mères du territoire marsique, apulien et lucanien.
LA DOMUS DES THERMES
Ainsi nommée parce qu'elle était dotée de thermes privés, cette riche demeure possédait de précieuses mosaïques en tesselles noires et blanches. Les bassins en briques revêtus de marbre et l'ensemble du pavement en mosaïque témoignent d'une iconographie riche : animaux, plantes, personnages et récipients de liquides, le tout encadré de motifs géométriques.
D'autres maisons présentent des structures en brique donnant sur la voie dallée, avec des seuils en calcaire. Ces demeures suivent le plan traditionnel romain avec atrium et impluvium, et des murs en opus incertum revêtus de briques ou de pierre en opus reticulatum.
L'AQUEDUC

 

 


L'aqueduc prenait naissance aux sources de Capodacqua et, après un parcours de plus de onze kilomètres, entrait dans la ville de Minturnae par la porte appelée Gemina ou Porta Roma. Les matériaux utilisés et le soin particulier apporté à l'opus reticulatum permettent de le dater de la première moitié du Ier siècle après J.-C.
Construit en opus caementicium avec un parement réticulé en tuf et calcaire, il est encore visible sur la majeure partie de son tracé, et tout particulièrement dans le secteur situé après Minturnae, dans la région d'Archi-Virilassi, où une série ininterrompue de cent vingt arcs s'étirant entre les collines est remarquablement conservée. Les piliers sont renforcés en leur sommet par une mince couche de briques.
Les espaces entre la ligne des cordes et le specus — le canal intérieur — sont ornés de décorations bicolores aux motifs variés : zigzags, pastilles, damiers, lignes diagonales et parallèles. Ces décorations sont particulièrement bien conservées dans le tronçon adjacent à la ville et, plus encore, aux jonctions probablement situées à proximité des villas suburbaines et des croisements de voies. L'intrados des arches était protégé par une épaisse couche d'enduit, encore bien conservée en plusieurs endroits. L'état de dégradation de la partie supérieure du specus ne permet pas de déterminer avec certitude si l'eau y circulait à l'air libre ou sous couverture.

Marius à Minturnae un épisode dramatique de l'histoire romaine 
Qui était Caius Marius ?
Pour comprendre le drame qui se joua à Minturnae en 88 avant J.-C., il faut d'abord rappeler qui était Ce personnage
Né vers 157 Av JC
Mais Marius était un homme hors du commun. Soldat exceptionnel, stratège brillant, il gravit lentement mais sûrement les échelons de la carrière militaire et politique romaine, s'imposant à force de talent et de détermination dans un monde qui lui était hostile. Il fut élu
Mais ce n'était qu'un début. Marius allait devenir le général le plus célèbre de son époque, sauveur de Rome face aux terribles invasions barbares :
En 105 avant J.-C., les Cimbres et les Teutons — deux peuples germaniques — avaient infligé à Rome l'une des pires défaites de son histoire, massacrant plusieurs armées romaines et menaçant l'Italie elle-même. La panique s'empara de Rome.
Marius fut rappelé au consulat — fait extraordinaire, car la loi romaine interdisait normalement d'exercer le consulat deux fois de suite — et prit en main la défense de la République.
En 102 avant J.-C., il écrasa les Teutons à la bataille d'Aquae Sextiae (aujourd'hui Aix-en-Provence), faisant selon les sources plus de 100 000 morts ou prisonniers parmi les envahisseurs.
En 101 avant J.-C., il anéantit les Cimbres à la bataille des Champs Raudiens (près de Verceil, en Italie du nord), mettant définitivement fin à la menace barbare
Ces victoires lui valurent le titre de « troisième fondateur de Rome », après Romulus et Camille. Il fut élu consul pour la sixième fois — un record absolu dans l'histoire de la République romaine.

Marius procéda également à une réforme profonde de l'armée romaine, qui porta son nom. Jusqu'alors, seuls les citoyens propriétaires pouvaient servir dans les légions. Marius ouvrit le recrutement aux prolétaires — les citoyens sans propriété — transformant l'armée romaine en force professionnelle permanente, liée par la loyauté à son général plutôt qu'à la République. Cette réforme, révolutionnaire dans ses conséquences, allait indirectement mener aux guerres civiles qui déchirèrent Rome pendant un siècle.
L'ascension de Sylla et la rupture
Mais la gloire de Marius devait connaître un terrible revers. Un rival d'une égale envergure surgit : Lucius Cornelius Sylla, aristocrate de vieille souche, brillant général et homme politique retors.
La rivalité entre Marius et Sylla couvait depuis longtemps, alimentée par des questions de préséance militaire et par leurs personnalités radicalement opposées — Marius, l'homme nouveau sorti du peuple, bourru et direct ; Sylla, l'aristocrate raffiné et cruel, admirateur de la culture grecque.
La rupture éclata en 88 avant J.-C. à propos du commandement de la guerre contre Mithridate VI, roi du Pont, qui venait de massacrer des dizaines de milliers de Romains et d'Italiens en Asie Mineure. Ce commandement prestigieux et lucratif était l'objet de toutes les convoitises.
Le Sénat l'avait confié à Sylla, qui venait d'être élu consul. Mais Marius — alors âgé de près de soixante-dix ans mais refusant de voir sa carrière s'achever — manœuvra pour se le faire attribuer par une loi populaire, s'appuyant sur le tribun Sulpicius Rufus.
Sylla refusa d'accepter cet affront. Il fit quelque chose d'inouï, d'absolument sans précédent dans l'histoire de Rome : il marcha sur Rome à la tête de ses légions, franchissant le pomerium — la limite sacrée de la ville que nul général ne devait franchir en armes. C'était le premier acte de la longue série de guerres civiles qui allaient déchirer la République romaine pendant un siècle.
La fuite de Marius
Rome fut rapidement maîtrisée par les légions de Sylla. Marius et ses partisans furent déclarés hostes publici — ennemis publics — et condamnés à mort. Sylla fit exécuter plusieurs des proches de Marius, mais le vieux général parvint à s'échapper.
Ce qui suivit est l'une des odyssées les plus extraordinaires de l'histoire romaine, racontée avec force détails par Plutarque dans sa Vie de Marius.
Marius s'enfuit de Rome avec quelques compagnons, poursuivi par les cavaliers de Sylla. Sa fuite le mena vers le sud, à travers les champs et les bois du Latium, se cachant le jour et marchant la nuit, évitant les grandes routes et les villes. Épuisé, à demi mort de faim et de fatigue, le vieux général — qui avait jadis triomphé des Cimbres et des Teutons — se retrouvait fugitif dans son propre pays.
L'épisode des marais de Minturnae
Arrivé dans la région de Minturnae, Marius tenta de trouver refuge dans les vastes marais qui s'étendaient à l'embouchure du Garigliano — ces mêmes marais qui entouraient le bois sacré de la déesse Marica. Ces zones marécageuses, pratiquement impénétrables pour des cavaliers, offraient une cachette naturelle.
Mais les soldats de Sylla étaient sur ses traces. Selon Plutarque, Marius se cacha dans la vase du marais, à demi immergé, le visage couvert de boue, méconnaissable. Des habitants de la région le découvrirent néanmoins et le dénoncèrent aux autorités de Minturnae.Une autre version du récit, également rapportée par Plutarque, est encore plus dramatique : des soldats envoyés à sa recherche pénétrèrent dans les marais et approchèrent de l'endroit où Marius se cachait. Soudain, ils entendirent une voix puissante sortir des roseaux — selon certains récits, comme si elle venait des profondeurs de la terre — qui leur cria : « Homme, oses-tu tuer Caius Marius ? » Saisis de terreur superstitieuse, les soldats s'enfuirent sans demander leur reste.
Finalement capturé ou s'étant rendu de lui-même — les sources divergent sur ce point — Marius fut conduit devant les magistrats de Minturnae. La ville se trouvait dans une situation délicate : abriter un ennemi public condamné par Sylla était dangereux, mais mettre à mort le « troisième fondateur de Rome », le sauveur de la République, l'homme qui avait écrasé les Cimbres et les Teutons, était un acte qui répugnait à beaucoup.
Après délibération, les magistrats décidèrent que Marius devait mourir. Mais trouver un exécuteur ne fut pas chose aisée. Selon Plutarque, un esclave gaulois ou cimbre — membre de ces peuples que Marius avait autrefois vaincus — fut désigné pour accomplir l'exécution. Il entra dans la cellule où était détenu le prisonnier, armé d'une épée.
C'est alors que se produisit l'épisode le plus célèbre de toute cette aventure. L'esclave s'approcha de Marius, levant son arme. Le vieux général, enchaîné, affaibli, couvert de boue et à demi nu, le foudroya de son regard — ce regard que ses soldats connaissaient bien, ce regard qui avait inspiré la terreur à des armées entières — et lui lança d'une voix de tonnerre :
« Homme, oses-tu tuer Caius Marius ? »
L'esclave, saisi d'une terreur panique mêlée peut-être de respect superstitieux pour cet homme que les dieux semblaient protéger, s'enfuit en jetant son épée et en criant qu'il ne pouvait pas tuer Marius.
Cet incident provoqua une profonde émotion parmi les habitants de Minturnae. Beaucoup y virent un signe des dieux. Après une nouvelle délibération, les magistrats décidèrent de laisser partir Marius. Ils le conduisirent jusqu'à la côte, lui fournirent un bateau et des provisions, et le laissèrent s'embarquer.
L'exil et le retour triomphant
Marius gagna d'abord l'île d'Ischia, puis la Sardaigne, avant de se réfugier en Afrique du Nord, dans la région de Carthage — la cité que Rome avait détruite un siècle plus tôt. Là, le gouverneur romain lui intima l'ordre de quitter la province. Selon Plutarque, lorsque le lieutenant du gouverneur vint lui signifier cet ordre, Marius lui répondit simplement :
« Dis à ton gouverneur que tu as vu Caius Marius assis sur les ruines de Carthage. »
Cette réponse lapidaire, mettant en parallèle sa propre chute et celle de la grande cité punique, est restée l'une des formules les plus célèbres de toute l'Antiquité.
Mais Marius n'était pas homme à se résigner. Pendant que Sylla était parti en Orient combattre Mithridate, la situation politique à Rome évolua rapidement. Les partisans de Marius reprirent le dessus. Le vieux général revint d'exil avec une armée, s'empara de Rome en 87 avant J.-C. et fit déclarer Sylla ennemi public à son tour — la roue de la fortune avait tourné.
Marius fut élu consul pour la septième fois — un record absolu dans toute l'histoire de Rome. Mais l'épuisement, les privations de l'exil et les émotions de ces années terribles avaient brisé sa santé. Il mourut quelques jours seulement après avoir pris ses fonctions consulaires, en janvier 86 avant J.-C., à l'âge de soixante-dix ans environ.
L'héritage de l'épisode de Minturnae
L'épisode de la fuite de Marius à Minturnae occupe une place particulière dans la mémoire de l'Antiquité pour plusieurs raisons.
Il illustre d'abord la fragilité du pouvoir dans la République romaine tardive — comment l'homme le plus puissant de Rome pouvait se retrouver du jour au lendemain fugitif dans ses propres marais, réduit à se cacher dans la vase pour sauver sa vie.
Il témoigne ensuite de l'extraordinaire aura qui entourait Marius. Même dans la déchéance, même enchaîné et couvert de boue, le vieux général inspirait une terreur sacrée que ni les soldats ni les bourreaux ne pouvaient surmonter. La phrase qu'il lança à l'esclave — « Homme,  oses-tu tuer Caius Marius ? » — résonne à travers les siècles comme l'expression ultime de la grandeur d'âme face à l'adversité.

de l'Antiquité à 1944
Minturnae fut également le théâtre de batailles importantes dans l'Antiquité. Durant la guerre sociale (91-88 avant J.-C.), qui opposa Rome à ses alliés italiques réclamant la citoyenneté romaine, la région du Garigliano fut le théâtre de violents combats. Plus tard, lors des guerres civiles de la fin de la République, le pont sur le Garigliano fut un point stratégique disputé.
Puis, deux mille ans plus tard, l'histoire se répéta. En janvier 1944, les mêmes rives du Garigliano — que les Romains appelaient le Liris — furent à nouveau ensanglantées par des combats d'une violence extrême. La ligne Gustav, formidable ligne défensive allemande, s'appuyait sur le Garigliano pour bloquer l'avance alliée vers Rome. Les ponts sur le fleuve étaient des objectifs vitaux, et les ruines de Minturnae virent passer des soldats de dizaines de nationalités différentes — Britanniques, Américains, Français, Marocains, Polonais — qui combattaient sur les mêmes terres où les légions de Marius avaient défilé vingt siècles auparavant.
Minturno aujourd'hui — entre histoire médiévale et héritage antique
La ville moderne de Minturno est divisée en deux parties distinctes qui résument à elles seules plusieurs millénaires d'histoire :
La ville basse (Marina di Minturno), station balnéaire moderne sur la côte tyrrhénienne, avec ses plages de sable fin et ses hôtels
La ville haute (Minturno), perchée sur une colline dominant la plaine du Garigliano, avec son château médiéval, ses ruelles étroites et son église romane — un bel exemple de ville médiévale italienne construite en partie avec les matériaux récupérés sur le site antique de Minturna
 
Conclusion
Minturnae est l'une de ces villes romaines qui méritent d'être mieux connues. Elle offre au visiteur attentif une plongée authentique dans la vie quotidienne de l'Italie romaine — non pas reconstituée et muséifiée comme à Pompéi, mais vivante et légèrement sauvage, où les herbes folles poussent entre les dalles de la Via Appia et où les lézards se chauffent au soleil sur les chapiteaux tombés des colonnes.
Entre les fantômes de Marius fuyant dans les marais, les légionnaires romains marchant vers Brindisi, les soldats français du Corps expéditionnaire traversant le Garigliano en 1944
Minturnae est un lieu où l'histoire se superpose en couches successives, chacune ajoutant sa propre strate à ce palimpseste fascinant qu'est la mémoire des lieux.
   


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