Sumer Lyre d'UR Tombe Reine Puabi Londres BM









Sumer  Lyre d'UR Tombe Reine  Puabi Londres BM
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Article tiré d'internet

C'est l'histoire incroyable d'un patrimoine de l'humanité exceptionnel qui se perd dans les méandres d'une guerre. Détruite lors du pillage du Muséum National d'Iraq, la plus belle des Lyres d'Ur aurait pu en rester à son triste sort si Andy Lowings, harpiste, ingénieur et passionné d'archéologie, ne s'était pas mis en tête de la reconstruire à l'identique. Nous sommes en 2003, au tout début de l'invasion de l'Iraq par la coalition menée par les États-Unis contre le régime de Saddam Hussein. En pleine tourmente, Andy cherche désespérément les contacts qui lui permettront de collecter les informations et surtout les matériaux nécessaires à la construction d'un modèle identique. Il rassemble une équipe d'experts bénévoles prêts à le suivre dans cette aventure extraordinaire et trouve des sponsors au quatre coins de la planète.

Prélude de la Lyre d'Ur

L'histoire commence en 1929, dans les sous-sols de l'antique cité d'Ur, entre Bagdad et Bassora aujourd'hui. Conduits par Sir Leonard Woolley, des archéologues mettent à jour plusieurs tombes royales, dont celle de la Reine Puabi, datant d'environ 4.500 ans. Sous leurs yeux, une grande fosse mortuaire dans laquelle reposent des dizaines de corps apprêtés pour leur voyage vers l'autre monde avec joyaux, or, perles, cornaline et argent. Silencieuses, le long d'un mur, trois lyres et une harpe détériorées par le temps. Pour Sir Leonard Woolley, il semblerait que : "la dernière joueuse ait son bras autour de la harpe. Elle a certainement joué jusqu'à la fin"1. À peine arrachés de leur profond silence, les instruments sont dispersés dans des musées : la lyre dite "de la Reine" est envoyée au British Museum de Londres, la lyre "du Roi" est conservée par le Penn Museum de Philadelphie, quant à la lyre d'or à tête de taureau, elle est offerte au Musée d'archéologie de Bagdad.
 

leonard woolley lyre ur
Sir Leonard Woolley portant l'une des lyres découverte à Ur en 1929 (photographie Penn Museum de Philadelphie)

La dispersion de ce patrimoine en assurera la sauvegarde partielle. En avril 2003, au début de la guerre, le musée de Bagdad est pillé. La lyre gravement vandalisée est abandonnée en morceaux dans le parking du musée. Si l'or et les pierres précieuses ont disparu, la tête de taureau, quant à elle, avait été soigneusement conservée séparément dans un coffre d'une banque. L'histoire aurait pu en rester là avec des restes d'instruments épars comme il en regorge tant dans les musées mais, pour Andy Lowings, l'accord final sonne faux. L'instrument a plus de 4.500 ans ; il est par conséquent le plus vieux cordophone de l'histoire de l'humanité – plus vieux que la Grande Pyramide ou que Stonehenge – il est aussi un lointain ancêtre de la harpe moderne.

Pour Andy, il ne s'agit pas de construire une pâle imitation de la lyre détruite mais bien de fabriquer un véritable instrument, avec les matériaux les plus authentiques possibles : du bois, des pierres précieuses et, bien entendu, l'or dont il sera recouvert. La lyre devra surtout être jouable contrairement à son vieux modèle abîmé par le temps.

La construction

lyre ur
Les décorations sont collées à la main à l'aide de bitume

Novembre 2003, Andy reçoit un coup de téléphone provenant d'Iraq : "Nous avons votre bois Mr Andy… venez le chercher !". L'appel fait suite à un lancement officiel du projet annoncé sur internet. En temps normal, expédier 75 kg de cèdre du Liban serait une simple démarche mais le pays est complètement fermé pour cause de guerre. Le seul espoir de le voir livré réside dans la Royal Air Force, alors engagée sur le front. Armé de sont audace, Andy décroche son téléphone : à l'autre bout du fil, un officier lui répond. L'homme a visiblement d'autres soucis que de régler ces problèmes de logistique. L'histoire aurait pu une nouvelle fois s'arrêter là, sauf que l'opération "plank" est finalement lancée au sein de la RAF. Quelques semaines plus tard, la précieuse cargaison arrive en Angleterre. L'histoire oubliera les risques encourus pour acheminer ce bois.
 

Jonathan Letcher lyre ur

J. Letcher

 

Jonathan Letcher, des harpes Silver Spear, s'appuiera sur l'ouvrage de Maude Schauensee, Two Lyres from Ur, ainsi que des nombreux détails fournis par le musée de Pennsylvanie pour travailler le bois. Les cordes en boyau naturel de vache seront offertes par la société Bow Brand. La belle étoile qui suit le projet depuis le début ne s'arrête pas là : une compagnie sud africaine d'extraction d'or accepte de soutenir le projet en fournissant gracieusement environ 1 kg d'or pur. Cet or sera transporté jusqu'en Angleterre où Tonny Beentjes – du West Dean College of Art – Rodger Rose, Daniel Huff, une équipe d'étudiants et Alun Evans – l'orfèvre royal du Prince Charles – s'attèleront durant neuf mois à la fabrication de toutes les parties en métal précieux.

 

La fabrication de la lyre aura pris cinq années ; 30.000 tailles furent exécutées, nécessitant pas moins de six disques diamant. Comment les Sumériens pouvaient-ils atteindre un tel résultat avec les matériaux de l'époque, à savoir du sable, du cuivre et du carborundum (produit abrasif aussi appelé carbure de silicium) ?

Reproduit à l'identique, l'instrument semble parfait mais, pour Andy, la perfection est une notion engendrée par la révolution mécanique et industrielle de notre monde moderne. Il n'est pas si évident de voir que certains détails de la lyre originale ont été "rattrapés" par les artisans de l'époque qui se sont aperçu des erreurs commises. De même, la lyre moderne a aussi fait l'objet de retouches plus ou moins visibles, loin du perfectionnisme moderne gouverné par les machines.

Un instrument, pour quelle musique ?

Le fait qu'aucune corde n'ait été retrouvée laisse à penser qu'elles devaient être probablement fabriquées en matériaux organiques – tel du boyau de vache – plutôt que de métal. À partir d'une tablette cunéiforme retrouvée à Nippur, le Dr Anne Kilmer, de l'Université de Pennsylvanie, pense que les instruments de l'époque devaient avoir huit cordes. Comment étaient-ils accordés ? L'instrument terminé, les questions continuent. Les diverses tentatives de déchiffrage des écritures cunéiformes ne permettant pas de déterminer quelle musique était jouée à l'époque sumérienne, le projet passe d'hypothèses sans fondements aux idées les plus farfelues.

Le passé ne pouvant plus fournir de réponse, voici que le présent s'en mêle de façon inopinée : un jour, Andy reçoit un appel téléphonique du virtuose de nyatiti Ayub Ogada. Ayub est originaire du peuple Luo au Kenya où s'est perpétuée la tradition instrumentale de la lyre. Or, d'après lui, son peuple viendrait de l'actuel Iraq, créant un lien entre la lyre qu'il joue et celle d'Ur. Pour Andy : "que cet instrument ancien ait une descendance moderne était quelque chose d'inattendu". Partie depuis Sumer, descendant l'Égypte par le Nil, la lyre se serait ensuite propagée aux pays voisins : Soudan, Somalie, Érythrée, Éthiopie, Uganda... L'antique musique sumérienne se serait-elle transmise jusqu'à nous à travers ces joueurs contemporains de lyres africaines ?Les lyres sur lesquelles ils jouent ne disposant que de quelques cordes, elles sont essentiellement destinées à l'accompagnement du chant. Parmi les éléments typiques de la musique jouée sur ces instruments, le rythme est prépondérant, ainsi que le bourdonnement résultant du contact des cordes avec le chevalet. Pour le harpiste Bill Taylor, ce bourdonnement, que l'on retrouve aussi bien dans les lyres éthiopiennes begena, que dans les petites harpes européennes de la Renaissance, est à rapprocher de celui de la lyre d'Ur ; il "validerait les anciennes descriptions de la lyre sonnant comme le doux mugissement d'un taureau"3.

Dans cette vidéo réalisée par Mark Harmer, Bill Taylor joue sur la réplique de la lyre d'Ur en compagnie de Barnaby Brown jouant d'une double flûte en argent, réplique d'un instrument retrouvé à Ur. Si les recherches ne permettent pas de déterminer les hauteurs des cordes de la lyre, il est possible de reconstruire une échelle grâce à la perce des trous des flûtes retrouvées sur les mêmes lieux.

Quel avenir pour la lyre d'Ur ?

andy lowings lyre ur
Andy Lowings jouant de la lyre lors du Festival de Culture Arabe de Bagdad en 2013

Depuis son achèvement, il y a un peu plus de cinq ans aujourd'hui, la lyre a été présentée dans de nombreux pays, particulièrement en Iraq où, à chaque fois, les sonorités recréées émeuvent le public autant par leur essence musicale que par le respect qu'incite un instrument venu des profondeurs de l'humanité. À la réflexion sur nos origines, s'ajoute celle de notre capacité d'invention et de création. Il ne s'agit plus d'un objet de musée mais d'un véritable instrument que l'on voit lors d'expositions, d'émissions de télévision et, bien entendu, lors de concerts. Des œuvres musicales pures, accompagnant des textes anciens ou des danses chorégraphiques ont été spécialement créées pour et autour de l'instrument; un CD a même été enregistré.

Aucune prétention n'a été formulée de rejouer une musique sumérienne vieille de plusieurs milliers d'années. Cette lyre reste, avant tout, le témoignage exceptionnel d'une humanité fédérée autour d'un projet commun. Étrange voyage que nous a fait vivre cet instrument, sur plusieurs millénaires, sur plusieurs continents. Celui-ci nous confirme que la musique est bien plus qu'un divertissement : elle connecte les gens entre eux, quel que soit leur lieu, quelle que soit leur époque.

 

   


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