Armée d'Afrique 5° Partie les Formations spécifiques (Version Française )

Article écrit par : Charles Janier

Mis en ligne le 25/08/2008 à 13:22:59



L'Armée d'Afrique
Les formations spécifiques
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Dans l’Armée d’Afrique les troupes d’infanterie et de cavalerie, comme les troupes sahariennes ont fini par être solidement organisées et structurées. Il en est de même des unités d’artillerie dont l’Armée d’Afrique a disposé.
D’autres formations composeront cette magnifique phalange de guerriers, mais avec des missions beaucoup moins belliqueuses. Ce sont les A.I. « Affaires Indigènes ».

Les unités d’Artillerie de l’Armée d’Afrique


Le corps expéditionnaire français débarqué à Sidi Ferruch en juin 1830 ne disposait que de sept batteries d’artillerie.
A partir de la conquête de l’Algérie et jusqu’à la Campagne du Rif au Maroc (1925-1926) si des unités d’artillerie ont été créées en Afrique du Nord, leur volume ne sera jamais important. Leur pointure reste celle de la batterie, au mieux du groupe d’artillerie. Quelque soient les combats auxquels elles partici-pent, en fonction du théâtre d’opération dans lequel elles interviennent, les unités d’artillerie d’AFN opèrent isolément, au sein de chacune des divisions à laquelle elles sont affectées séparément.
En 1924 au Maroc sont formés les deux premiers R.A.A. (Régiments d’Artillerie d’Afrique). C’est le début d’une suite de régiments d’artillerie, spécifiques à l’Afrique du Nord, qui se distinguent par leur numérotation de 62 à 69. Quatre autres R.A.A. sont créés de 1927 à 1929 en Tunisie, puis en Algérie.
En 1936 les quatre Divisions d’Infanterie Nord-Africaines stationnées en France engerbent dans leur dispositif quatre régiments d’artillerie métropolitains qui sont transformés en R.A.N.A. (Régiments d’Artillerie Nord-Africains).
A la mobilisation de 1939, outre ces dix régiments, sont mis sur pied en Afrique du Nord douze nouveaux régiments d’artillerie ce qui porte à 22 le nombre de régiments d’artillerie d’AFN.
Après l’armistice de juin 1940 une réorganisation totale de l’artillerie d’Afrique du Nord ramène le nombre de ses régiments à huit.
Pendant la guerre d’Indochine ils restent stationnés en AFN. Toutefois, besoin oblige, trois d’entre eux envoient en Extrême-Orient six groupes d’artillerie qui sont transformés en groupes de marche.
Au cours de la guerre d’Algérie les R.A.A. sont peu à peu réduits à un seul groupe. En 1958 ils perdent leur appellation d’ « Afrique » et deviennent R.A. Ils sont progressivement dissous entre 1962 et 1964, date à laquelle le dernier d’entre eux quitte la terre d’Algérie.
L’uniforme des Artilleurs d’Afrique ne se distingue pas particulièrement de celui des fantassins ou cavaliers de l’Armée d’Afrique. Formés dans les années 1920 en AFN les R.A.A. portent, comme toutes les autres unités de l’armée française, la vareuse et le pantalon-culotte en drap l’hiver ou en toile l’été. Comme les Zouaves, les Tirailleurs ou les Chasseurs d’Afrique, pour marquer son appartenance à l’Armée d’Afrique, l’Artilleur d’Afrique entoure sa taille d’une large ceinture de flanelle rouge, et coiffe une chéchia garance qu’il porte rigide et haute. Il conservera ces deux attributs jusqu’à la dissolution de ses régiments en 1964.
Pendant leur existence d’une quarantaine d’années les huit principaux régiments d’Artillerie d’Afrique du Nord ont glané, sur tous les champs de bataille dans lesquels fut engagée l’Armée d’Afrique, une renommée toute aussi glorieuse que leurs homologues fantassins ou cavaliers.
Leur réputation ne pouvait pas disparaître avec leur dissolution. De même que l’on a recréé à la fin du XIXème siècle un Régiment de Tirailleurs, un Régiment de Chasseurs d’Afrique, et un Régiment de Spahis, il existe aujourd’ hui dans l’armée française le 68ème R.A., renommé en 1970, et qui, au sein de la fameuse 6ème B.L.B., perpétue les traditions de l’Artillerie d’Afrique.

Autres Unités

L’artillerie n’est pas le seul corps dont des éléments ont été formées en AFN. D’autres armes ou services de l’armée française ont généré aux XIXème et XXème siècles des unités qui furent créées en Afrique du Nord. Citons, entre autres, l’arme du Génie, du Train et des Transmissions ou les services de l’ Intendance et du Matériel. Toutefois ces unités diverses, du niveau de la compagnie, ont toutes été constituées de façon autonome pour servir isolément au sein de telle ou telle grande unité. Elles ne sont donc pas restées dans la conscience collective comme de glorieuses entités au passé prestigieux. Il n’est pas possible de les citer individuellement même si certaines d’entre elles ont été officiellement nommées à l’ordre de la Nation avec attribution de croix de guerre et autres décorations. Leur souvenir n’en demeure pas moins vivace dans la mémoire historique et méritait d’être rappelé.
Nous terminerons d’égrener la liste des subdivisions d’armes qui ont constitué l’Armée d’Afrique en évoquant la formations très spéciale du corps des « Affaires Indigènes (A.I.) ». Ses missions d’ordre administratif, éducatif, économique, médical, permettent de mieux saisir l’idée majeure autour de laquelle s’est forgée l’Armée d’Afrique pour aboutir à la brillante réussite qu’on admire en elle.

  Les A.I. « Affaires Indigènes » :


Au coeur de la conquête de l’Algérie des officiers se sont efforcés, dans un es- prit de justice et de désintéressement, d’établir sur ces nouvelles contrées un ordre favorable aux peuples conquis comme à la puissance conquérante, en cherchant à communiquer, sans intermédiaire, avec les populations locales.
Ces officiers ont profondément marqué les débuts de cette conquête en oeuvrant au sein de ce que l’on a appelé à l’origine les « Bureaux arabes ». La première barrière que rencontrait le corps expéditionnaire d’Algérie, c’était la méconnais-sance de la langue autochtone. On a fait appel à des spécialistes de la langue arabe à qui on a donné toute latitude pour entrer en contact avec les populations locales et fournir au commandement du renseignement.
L’organisation de ces « Bureaux Arabes » est définitivement fixée par le général Bugeaud en février 1844. Ils sont placés exclusivement dans les territoires militaires et non pas civils, qui représentent à l’époque l’essentiel du territoire algérien et la quasi-totalité de la population musulmane.
En théorie le service des « Bureaux Arabes » n’est qu’un simple rouage techni-que. Il n’emploie qu’une centaine d’officiers placés sous l’autorité des généraux commandants de territoires. Leur mission consiste à renseigner leurs supérieurs sur l’état politique du pays, et à servir d’intermédiaire entre le commandement et les chefs indigènes. Dans les faits c’est en grande partie sur eux que repose la sécurité des zones conquises.
Rappelons le, leur mission initiale est celle d’un service de renseignement. Ils consignent sur d’ innombrables rapports les biographies des principaux personnages du pays, les oppositions entre tribus et douars, le recensement des hommes et de leurs ressources. Cette organisation les amène à comprendre et à aimer leurs administrés au point de forcer quiconque à respecter les biens et les moeurs des indigènes.
A leurs yeux l’algérien est un guerrier. Ils vont donc constituer autour d’eux un groupe de cavaliers soldats indigènes avec l’intention non pas de réprimer les réfractaires mais d’assurer la sécurité des populations placées sous leur responsabilité.

Aucun de ces officiers ne se fait d’illusion sur le loyalisme de ces populations. Aussi tout l’effort des « Bureaux Arabes » doit les amener à faire prédominer chez les autochtones l’intérêt qu’ils ont à accepter l’administration française qui fait reculer la misère et amène leur société à évoluer vers plus de justice. Ils ressentent la nécessité de transformer l’Algérie le plus profondément possible. D’abord en favorisant le passage d’une agriculture extensive à une agriculture intensive. Ensuite en appliquant des réformes sociales : l ’indigène doit abandonner sa tente pour se sédentariser. L’ habitat fixe offre un double avantage : il est plus conforme aux exigences d’une agriculture intensive, et il permet de mieux contrôler les populations.
Au niveau de l’éducation il convient de passer par le développement d’un enseignement plus ouvert que celui des écoles coraniques. Parallèlement aux matières religieuses traditionnelles ils introduisent un enseignement du français et des matières scientifiques comme les mathématiques ou les sciences naturelles.
Enfin, s’agissant de la santé, ils entament une vaste action de santé publique en multipliant les consultations médicales, en vaccinant les populations et en orientant les blessés et les grands malades dans les hôpitaux.
Avec un programme aussi vaste , forts de l’appui d’une armée française toujours relativement nombreuse, les « Bureaux Arabes » réussissent à imposer l’autorité française à l’ensemble des population autochtones. D’autre part la richesse de documentation accumulée par les officiers des Bureaux Arabes est tout à fait exceptionnelle : certains d’entre eux ont été de véritables savants.
Cependant l’ambition de leur vaste réforme n’a pas abouti à tous les résultats espérés. Et ce pour deux raisons. La première est d’ordre financier : toute entreprise nouvelle nécessite des fonds. Or les autorités n’ont jamais engagé de crédits dans leur sens. La seconde s’explique par le fait que dès les années 1860 l’Algérie a été dominée par les colons, ces agriculteurs européens qui ont défriché et mis en valeur les terres incultes des vastes territoires inexploités après qu’ils aient été conquis.
Face au principe français de la propriété privée, les Bureaux Arabes soutiennent la propriété tribale des terres que les autochtones occupent « à quelques titres que ce soit ». Leur conception s’oppose à celle des colons qui finissent par instaurer, avec l’avènement de la Troisième République, l’extension des territoires civils au détriment des zones militaires dépourvues de toute préroga-tive.
De ce fait le service des « Bureaux Arabes » est dissous en 1880. Leur expérience ne fut pas sans lendemains.
Il n’est pas étonnant que ce type de formation ait très vite été recréé et main- tenu sous des dénominations diverses dans les colonies françaises d’Afrique du Nord jusqu’aux indépendances. Le principe de leur mission, reconnu excellent, a été réinstallé dès 1881 à l’issue de la campagne du sud de la Tunisie où ils ont pris la dénomination des « Affaires indigènes du Sud Tunisien ».
Lors de la conquête du Sahara, à la fin du XIXème siècle, le commandement français a éprouvé le besoin de comprendre le caractère spécifique des popula-tions de cette vaste contrée et n’a rien trouvé de mieux, pour se mêler à ces tribus d’un type particulier, que d’ y installer le service des « Affaires Sahariennes ».

Puis au début du XXème siècle, au Maroc, ils ont à nouveau été reformés sous l’appellation d’ « Affaires Indigènes du Maroc ». Leur action participa dans une large mesure au succès de la pacification du Maroc.
Ils ont connu leur dernier baroud d’honneur pendant la guerre d’Algérie de 1954 à 1962. Des officiers au képi bleu ont donné toute la fougue de leur jeunesse et de leur savoir-faire pour apporter aux populations paysannes de ce pays en guerre la sérénité de la paix dans une organisation administrative, éducative, médicale et sociale, adaptée à leur façon de vivre et de penser. Ces officiers au képi bleu appartenaient aux S.A.S. ( Sections Administratives Spéciales).
Les Bureaux Arabes des Affaires indigènes disparaissent lorsque l’ Algérie acquiert son indépendance pendant l’été 1962. Ils avaient été la source d’une tradition de commandement militaire basé sur la recherche de la connaissance des moeurs, des coutumes et des mentalités des populations conquises pour ne pas avoir à leur appliquer la dure loi des armes du conquérant.

  Conclusion

En 1962, avec l’indépendance de l’Algérie, au bout de 130 ans d’une existence particulièrement glorieuse, disparaît un des plus beaux fleurons de l’armée française, l’ Armée d’ Afrique, composée en majorité de soldats autochtones des trois pays de l’Afrique du Nord, Algérie, Maroc et Tunisie.
Elle a été une des plus brillantes réussites du génie français dans cette contrée : regrouper, sous un même drapeau et un même idéal, français et indigènes, frères d’armes entre lesquels toutes les souffrances et tous les dangers, partagés sans distinction aucune sur le terrain, ont forgé une cohésion et un esprit qui unissent les hommes dans leur coeur.
Jusqu’au bout ces hommes ont respecté l’engagement qu’ils avaient pris de servir la France avec fidélité. Ce n’est ni par déception, ni par lassitude, ni par révolte, comme on a bien voulu le faire croire, que l’Armée d’Afrique a disparu. Ce ne sont que des raison d’ordre politique qui ont poussé la France à transférer les soldats de son Armée d’Afrique dans les rangs des armées nouvellement mises sur pied des pays auxquels elle venait d’accorder l’indépendance.









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