Armée d'Afrique 4° Partie Les troupes indigènes (Version Française )

Article écrit par : Charles Janier

Mis en ligne le 24/08/2008 à 22:15:45



L'Armée d'Afrique 4° Partie
English Version HERE
Drapeau des Goums La Croix d Agades  Les tirailleurs Etendard du 1° Regiment de Spahis

Les troupes indigènes


Souvenons - nous que, dès les premiers mois après le débarquement à Sidi-Ferruch, le commandement français, pour faire face à sa nouvelle mission de conquête, a cruellement souffert d’un manque d’ effectifs. L’idée lui est donc venue de faire appel à des recrues autochtones que l’on a appelées indigè-
digènes. Ces troupes, volontaires comme elles l’étaient du temps de la Régence Ottomane, présentaient des caractéristiques spécifiques qui ne permettaient pas leur intégration au sein d’unités constituées d’européens. On a tout simplement créé de nouvelles unités additionnelles composées intégralement de soldats indigènes.

  Les troupes indigènes d’Infanterie :


Les troupes indigènes qui ont été formées et utilisées comme fantassins ont constitué une seule subdivision d’armes, les Tirailleurs. Ils sont engagés dans toutes les campagnes des expéditions coloniales françaises. C’est ainsi que les premiers Tirailleurs furent recrutés en Algérie et ont été appelés Tirailleurs Algériens. Dès 1881, au cours de la campagne de Tunisie, on a formé les Tirailleurs Tunisiens. Et en 1912 avec l’intervention française au Maroc ont été créés les Tirailleurs Marocains.

 Les Tirailleurs Algériens :



Si les Zouaves ont été institutionnalisés dès 1831, l’existence et l’organisation des Tirailleurs ne seront régularisées que dix ans plus tard par l’ordonnance du roi Louis-Philippe du 7 décembre 1841. L’appellation de « Tirailleurs » était déjà apparue dans la désignation de certaines unités indigènes éparses et c’est pour leur « donner une constitution forte et régulière et en assurer la bonne ad-ministration » que furent créés les premiers Bataillons de Tirailleurs Indigènes. En fait les ordonnances de 1841, onze ans après le débarquement de Sidi-Ferruch, ont « consacré l’existence des troupes indigènes ( quelles soient d’ infanterie ou de cavalerie )... et les ont doté d’une organisation en harmonie avec celle des autres corps de l’armée française parmi lesquelles elles prenaient définitivement rang ».
L’expérience de la conquête de l’Algérie fait ressortir l’utilité, tant au point de vue militaire qu’au point de vue économique, de maintenir dans cette colonie des effectifs importants qui puissent y rester en permanence. Les français utili-sent le service militaire des indigènes comme un puissant moyen d’assimilation.
A leur création, les Bataillons de Tirailleurs Indigènes sont formés par un amalgame des bataillons turcs des Beys des régions dans lesquelles ils sont insti-tués, et des bataillons de Tirailleurs déjà existants. Il semble qu’il faille trouver dans ces unités turques la dénomination familière de « Turcos » par laquelle les Tirailleurs furent désignés pendant près d’un siècle.
Il faut attendre l’année 1855 pour que soient créés les trois premiers Régiments de Tirailleurs Algériens. Ces Tirailleurs vont se couvrir de gloire sur tous les champs de bataille dans lesquels s’engage l’armée française. Ils participent à toutes les expéditions coloniales françaises et s’emploient à fond dans la défen-se du territoire national français lorsque celui-ci est menacé pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871 et au cours des deux guerres mondiales du XXème siècle.
La tenue des Tirailleurs est de même coupe que celle des Zouaves, dite « tenue orientale », mais elle est toute de couleur bleu céleste. Cette couleur bleu céleste restera d’ailleurs la couleur officielle des attributs et écussons des Tirailleurs. Nous rappellerons que la couleur du tombeau du boléro de la tenue orientale désigne le numéro du régiment dans lequel sert le Tirailleur. Cette désignation est expliquée en page 17 dans le chapitre 231-A-1 consacrée aux Zouaves. La coiffure du Tirailleur est la chéchia garance sans les trois bandes horizontales noires des Chasseurs d’Afrique, qu’il porte droite et courte.
Outre cette magnifique tenue orientale, ce qui faisait la renommée des défilés des Tirailleurs, c’était leur tête de colonne. Une tête de colonne est l’élément qui se présente en tête de défilé. Chez les Tirailleurs tout défilé est ouvert par une « nouba » c’est à dire une formation musicale qui utilise des instruments de musique particuliers tels que le tambour arabe « tbol » et la flûte arabe appelée « ghaïta ». Au centre de la nouba un Tirailleur porte le « chapeau chinois », ré- miniscence des noubas turques, constitué d’un long bâton surmonté d’une coiffure chinoise et garni à ses bords d’une série de grelots que l’on fait tinter en agitant le bâton par petites secousses.
Plus que tout l’animal mascotte qui marche en tête de la nouba en est la principale attraction. Cet animal est souvent un bélier, parfois un mouflon, dont la viande est particulièrement appréciée des Tirailleurs et que ceux-ci amenaient avec eux dans toutes leurs campagnes en prévision de pénurie alimentaire.
Les Tirailleurs Algériens ont fourni le plus fort contingent des troupes qui cons-tituèrent l’Armée d’Afrique. Il y a eu jusqu’à 29 régiments de Tirailleurs Algériens. Sept d’entre eux ont leur drapeau décoré de la Légion d’Honneur.
Leurs traditions sont maintenues par le 1er Régiment de Tirailleurs reformé en 1994 à Epinal et qui porte le glorieux drapeau du 1er R.T.A. dissous en 1964.

  Les Tirailleurs Tunisiens


Hormis leur numérotation basée sur le chiffre « 4 » et ses multiples, rien prati-quement ne distingue les Régiments de Tirailleurs Tunisiens des Tirailleurs Algériens.
Les gaspillages financiers des Deys de Tunis, leur incurie et l’état d’anarchie qui en résultat à la seconde moitié du XIXème siècle en Tunisie, amènent en 1881 la France à intervenir dans ce pays puisque, après avoir conquis l’est de l’Algérie, elle était la grande nation limitrophe. Pour réussir dans sa mission de mise en valeur de ce nouveau territoire, la France y instaure son protectorat. L’expérience de l’Algérie nous a démontré que pareille mission ne peut être menée sans la protection et l’appui de nombreuses troupes, mais que ces forces militaires sont difficiles à réunir. Le commandement français a appris à étoffer ses effectifs en incorporant dans ses rangs des contingents recrutés parmi les autochtones. Ce fut d’autant plus facile à réaliser en Tunisie que ce pays était, au XIXème siècle, le seul d’Afrique du Nord à disposer d’une véritable organisa-tion de recrutement militaire. On a, dès 1881, mis sur pied une « Compagnie Franche » de fantassins tunisiens à laquelle furent affectées pendant près de trois ans d’autres unités autonomes pour former en 1884 la « Garde Beylicale ». L’armée tunisienne était consolidée. Le gouvernement beylical comprit que la législation militaire pouvait être étendue à tout le pays. En 1899 seulement l’ensemble du pays est légalement réorganisé. En 1913 on crée deux « Régi-ments de Tirailleurs Indigènes » qui participent à la Grande Guerre de 1914-1918 mais sous l’appellation de « Tirailleurs Algériens » puisque le Dey de Tunis n’avait pas déclaré la guerre à l’Allemagne.
Il faut attendre l’année 1921 pour que la gloire glanée par ces régiments sur tous les champs de bataille européens pousse le gouvernement français à les dénommer officiellement « Régiments de Tirailleurs Tunisiens ».
Pourquoi modifier l’expérience heureuse qui fut à l’origine des Tirailleurs Algériens ? L’organisation, l’emploi, l’uniforme des Tirailleurs Tunisiens furent les mêmes que ceux des Tirailleurs Algériens. Précisons que, dans leur uniforme, la couleur du tombeau du boléro des Tunisiens est bleue.
Il y eut au total neuf régiments de Tirailleurs Tunisiens. Rappelons que, pour distinguer les Tirailleurs Algériens des Tirailleurs Tunisiens, ceux-ci portent une numérotation multiple du chiffre « 4 ». Le premier des Régiment de Tirailleurs Tunisiens ( R.T.T.) est appelé en fait 4ème R.T.T. Trois parmi les neuf R.T.T. qui ont existé ont leur drapeau décoré de la Légion d’Honneur. Ce sont le 4ème, le 16ème et le 24ème. Les Régiments de Tirailleurs Tunisiens subsistants furent dissous entre les années 1962 et 1964, après que l’indépendance de la Tunisie ait été proclamée en 1956.

 Les Tirailleurs Marocains
Clairon du 6° Tirailleur Marocain en grande tenue 1939


Les raisons politiques qui ont amené la France à intervenir au Maroc ne sont pas du tout comparables à celles de la Tunisie. En effet, à la fin du XIXème siècle, le Maroc, en proie à l’anarchie, est un « empire qui s’écroule » devenu un objet de convoitise pour plusieurs puissances européennes. La France, déjà éta-blie en Algérie-Tunisie et menacée sur la frontière ouest du nord de l’Algérie par des incursions incessantes de rebelles armés venant de l’ouest, envoie ses troupes en 1904 puis en 1907 dans plusieurs points du Maroc. Sollicitée en 1912 par le nouveau sultan chérifien, Moulay Youssef, elle étend son rayon d’action sur l’ensemble du pays, excepté la zone côtière nord qui passe sous domination de l’Espagne.
La désorganisation totale du Maroc entraîne la France à créer dès 1912 ces fameuses unités d’autochtones indispensables au renforcement de ses forces pour pacifier le pays.
On crée, le 16 juin 1912, les T.A.M. ( Troupes Auxiliaires Marocaines ) avec les éléments restés fidèles au nouveau sultan. Ces unités comptent dans leurs rangs des marocains, des français et des indigènes (algériens, tunisiens). Précisons que le terme « indigènes », au début du XXème siècle, désigne les unités d’algériens et de tunisiens servant dans l’armée française et qui d’ailleurs, à l’époque, sont tous appelés « Algériens ».
Deux ans après la création des T.A.M. , en août 1914, éclate la première guerre mondiale. Le gouvernement français a besoin du maximum de forces pour s’opposer à l’attaque de l’armée allemande sur la frontière nord-est de la France. Toutes les troupes sont nécessaires, y compris celles qui ont été levées sur les territoires hors de l’hexagone. Comme les Algériens, comme les Tunisiens, les Marocains sont envoyés en France. Puisque le sultan du Maroc n’a pas déclaré la guerre à l’Allemagne, les unités des T.A.M. ne peuvent pas être appelées « Marocaines ». On leur donne la dénomination de « Brigade de Chasseurs Indigènes ». Après les premiers engagements sanglants de la bataille de l’Ourcq la brigade, réduite à 700 hommes, est dissoute le 22 septembre 1914 et ses éléments donnent naissance le 25 décembre 1914 au 1er Régiment de Marche de Tirailleurs Marocains ( RMTM )
A partir de cette date vont être créés : un second R.M.T.M. qui participera à la fin de la « grande guerre », et, en 1920 seulement, huit autres régiments que l’on appellera R.T.M. ( Régiments de Tirailleurs Marocains). Ces huit nouveaux R.T.M. serviront à l’entre-deux-guerres au Maroc et au Levant. Tous les R.T.M. prennent part ardemment à la défense du territoire français en 1939-1940.
Six R.T.M. paient un lourd tribut pendant la guerre d’Indochine. Ils terminent leur existence en prenant part à la guerre d’Algérie. Ils sont dissous successive- ment de 1960à 1965, après l’indépendance du Maroc proclamée en 1956.
Parmi les dix R.T.M. qui ont existé de 1914 à la fin de la guerre d’Algérie, il convient de citer le 1er R.T.M. dont le drapeau est décoré de la Légion d’Honneur.
Si les Tunisiens ont adopté sans réticence la tenue des Tirailleurs d’Algérie, il n’en fut pas de même des Marocains. En effet ces derniers répugnaient à se vêtir comme les Algériens. L’uniforme des Tirailleurs Marocains diffère donc de celui des Algériens-Tunisiens en plusieurs points. Certes les Tirailleurs Marocains sont dotés eux aussi d’une tenue de style oriental, mais à la coupe distincte de celle des Tirailleurs Algériens-Tunisiens ou des Zouaves.
Le pantalon de forme arabe, appelé saghouel, en drap garance, est admis sans difficulté puisqu’il est à peu de chose près le pantalon de tous les nord-africains.
Mais le boléro et le guennour se heurtent à un refus sans nuance de la part des Marocains.
C’est ainsi que les Tirailleurs Marocains sont dotés d’une vareuse qui n’a rien de semblable à un boléro. C’est la vareuse de coupe générale, mais en drap bleu céleste, fermée sur le devant jusqu’au col par sept boutons d’uniforme, col-let rabattu. Les pans de la vareuse ne sont pas rabattus, même si le Tirailleur Marocain porte une large ceinture de flanelle écarlate. Les pans de la vareuse retombent totalement sur le saghouel garance. Le bas du saghouel est resserré par deux bandes molletières bleu foncé.
La coiffure des Tirailleurs Marocains est un chèche de toile écrue, long de 2,50 mètres, et directement roulé sur le crâne selon la mode des tribus berbères de l’
Atlas. Ce chèche est monté avec liseré incorporé, à la couleur du bataillon.

  Les troupes indigènes de Cavalerie
Les Spahis


La conquête de l’Algérie n’aurait certes pas pu être entreprise sans une infan- terie nombreuse et manoeuvrière. Mais, nous l’avons vu, cette infanterie, relativement lourde, ne pouvait pas mener à terme toutes ses missions de pénétration et de reconnaissance sans l’appui, voire la complémentarité d’ d’unités à cheval. Or le corps expéditionnaire français de juin 1830 ne comptait que trois escadrons de Cavalerie, grave erreur de conception du commandement.
Aussi très vite l’armée française se décide à enrôler des volontaires autochtones pour former les contingents à cheval qui lui faisaient cruellement défaut. C’est ainsi que, dès mars 1831, on crée des unités à cheval de « Chasseurs Algériens » qui donneront naissance, en novembre de la même année 1831, aux « Chasseurs d’Afrique » dont les deux régiments sont constitués d’escadrons totalement français et d’escadrons totalement indigènes. Cette cohabitation est difficile à vivre si bien que, dix ans plus tard, en décembre 1841, les Chasseurs d’Afrique sont complètement européanisés.
Entre temps d’autres unités indigènes à cheval sont utilisées comme corps séparés. Elles sont composées de volontaires issus essentiellement des familles influentes de la Régence. Equipées à l’orientale elles sont encadrées par des officiers et des sous-officiers pour la plupart français. Un rapport de 1833 constate qu’ : « elles apportent toute satisfaction au commandement français. La discipline n’a pas eu à y souffrir et ces unités, toujours en avant-garde, ont chaque fois rendu de très bons et très loyaux services... Les indigènes sont durs à la fatigue, sobres dans leur nourriture. Ils sont bons tirailleurs, éclaireurs adroits, intelligents, audacieux. Ils sont très propres au service de la cavalerie... »
Ces unités forment de véritables corps de troupe que l’on appelle « Corps de Spahis Réguliers ». On ne sait plus vraiment quelle est l’origine de cette appellation de « Spahis ». Certains y voient l’influence des « Cipahis », ces unités à cheval que la France employait dans ses comptoirs aux Indes. D’autres, linguistes, reconnaissent dans cette qualification la racine du mot arabe « sbah », le matin, prétextant que ces cavaliers étaient des lève-tôts.
Quoiqu’il en soit, lorsqu’ en décembre 1841, les régiments de Chasseurs d’Afrique sont totalement européanisés, leurs escadrons indigènes passent aux corps de Spahis. Ces unités réunies forment la Cavalerie Indigène de l’armée française en Algérie et prennent le nom d’Escadrons de Spahis. Le 21 juillet 1845 ces escadrons donnent naissance à trois Régiments de Spahis.
En fonction des campagnes auxquelles les Spahis participeront il sera formé des Spahis Algériens en 1841, des Spahis Tunisiens en 1882 et des Spahis Marocains en 1912.


 Les Spahis Algériens et Tunisiens

Organisés en vingt escadrons par l’ordonnance du 7 décembre 1841, les Spahis représentent environ 4.000 hommes dispersés géographiquement ce qui enlève toute leur souplesse. Pour récupérer cette cohésion une nouvelle ordonnance du 21 juillet 1845 réorganise militairement et administrativement la Cavalerie Indigène composée désormais d’une seule subdivision d’arme, le corps des Spahis. Ce corps est fractionné en trois Régiments de Spahis.
Les Spahis prennent part à la conquête de l’Algérie, jusqu’au Sahara. Ils combattent en Europe sous le Second Empire et en France lors de la guerre franco-prussienne de 1870-1871.
La campagne de Tunisie de 1881-1882 pose au commandement français l’ éternel problème du renforcement de ses effectifs sur le territoire concerné. La solution est toute trouvée. Elle a été appliquée dès l’intervention des troupes françaises en Afrique du Nord en 1830 : on crée des unités régulières à partir de contingents autochtones à cheval. Ainsi, dès 1882, sont constituées en Tunisie des Compagnies Mixtes Tunisiennes.
Leur histoire est alors comparable à celle des Tirailleurs Tunisiens telle qu’elle est expliquée en pages 24-25 dans le chapitre 232-A-2. Il faut attendre l’année 1921 pour que leurs régiments soient officiellement dénommés Régiments de Spahis Tunisiens ( R.S.T. ) Il y a eu quatre R.S.T. au total. Les derniers R.S.T. existants, et qui participent dès 1954 à la guerre d’Algérie, sont dissous à l’indépendance de la Tunisie en 1956.
L’uniforme des Spahis Algériens et Tunisiens est la fameuse Tenue Orientale que nous avons déjà découverte chez les Zouaves. Mais pour différencier les cavaliers des fantassins, on a tout simplement inversé la couleur des effets des hommes à cheval par rapport à celle des hommes à pied. Le pantalon bouffant de style arabe, saghouel, des Spahis est de couleur bleue. Leur boléro est garance. Rappelons que le tombeau du boléro des troupes tunisiennes est bleu.
La coiffure des Spahis est volumineuse. Elle est composée d’une calotte rigide, dite « Guennour », recouverte d’une calotte feutrée blanche sur laquelle est placée une troisième calotte, rouge. Sur le tout est disposé le chèche ou le « haïk », en laine et soie, terminé par des effilés. Une corde en poil de chameau de 10 mètres de long fixe, en s’enroulant, le haïk sur les calottes intérieures. Les parties du chèche, qui dépassent, entourent l’arrière de la tête et passent à l’inté-rieur du col des vêtements.
Toutefois la grande particularité de l’uniforme des Spahis, ce sont les burnous. En effet, sur la tenue orientale que nous venons de décrire, le Spahi enfilait deux burnous dont le principal était un burnous en drap garance d’une longueur égale à la longueur du dos. Un deuxième burnous de flanelle blanche était porté à l’ l’intérieur du premier et était rabattu sur le devant de l’uniforme.
Ce sont ces burnous qui vont permettre de distinguer les Spahis Marocains des Spahis Algériens-Tunisiens.

   Les Spahis Marocains


Après la Tunisie les Spahis combattent au Maroc dès 1912. Immédiatement le besoin en effectifs autochtones maintenus sur place pousse le commandement français à créer des unités à cheval recrutées localement. On organise dès cette année 1912 des « Escadrons Auxiliaires de Spahis Marocains ». Deux années plus tard, en 1914, la France qui entre en guerre contre l’Allemagne et va s’ enfoncer dans le premier conflit mondial du XXème siècle concentre sur son territoire national toutes les forces dont elle peut disposer, y compris celles qu’elle avait formées hors de l’hexagone. Les Spahis Marocains, comme les Tirailleurs Marocains, sont envoyés en Europe. Leurs unités sont alors regrou- pées au sein d’un « Régiment de Marche de Spahis Marocains ».De même que pour les Tunisiens il faudra attendre l’année 1921 pour que les Régiments Marocains prennent l’appellation de « Régiments de Spahis Marocains ».
A la fin du premier conflit mondial les Spahis Marocains combattent dans les Balkans. A l’entre-deux-guerres ils servent au Maroc et au Levant. Ils prennent part à la défense du territoire national français et à sa libération pendant la seconde guerre mondiale de 1939-1945. Ils terminent leur existence à l’issue des deux guerres d’Indochine (1945-1954) et d’Algérie (1954-1962). Après l’ indépendance du Maroc proclamée en 1956, ils sont dissous progressivement de 1962 à 1965.
Toutefois le 1er Régiment de Spahis (Marocains) a été maintenu dans les rangs de l’armée française de 1965 à nos jours pour perpétrer les traditions de l’ l’ensemble de la subdivision d’arme.
L’uniforme des Spahis Marocains, comme celui des Tirailleurs Marocains, se distingue de celui des Algériens-Tunisiens en plusieurs points. Les principales différences s’appliquent, comme nous l’avons constaté chez les Tirailleurs Marocains, au niveau du couvre-chef et au niveau de la vareuse.
L’uniforme est de type oriental avec un pantalon bouffant, saghouel, de couleur bleu ciel. Le Spahi Marocain porte, non pas un boléro, mais une veste courte en drap garance qui s’arrête un peu au dessous de la taille, fermant sur le devant jusqu’au col au moyen de sept boutons de cuivre, collet rabattu.
Sa coiffure est volumineuse, constituée à la base par une chéchia assez haute « en bonnet d’évêque » c’est à dire aplatie sur le dessus. Cette chéchia est totalement recouverte par un chèche blanc à petits plis en alternance beige, blanc et vert foncé.
Comme les Spahis Algériens-Tunisiens le Spahi Marocain enfile deux burnous l’un sur l’autre par dessus son uniforme. Mais son burnous de base est en drap de couleur bleu marine alors que le deuxième burnous, plus court, en flanelle blanche, est porté à l’intérieur du premier et rabattu sur le devant de l’uniforme.
Nous ne saurions clore ce chapitre sur les troupes marocaines sans évoquer la prestigieuse épopée du corps spécial que furent les Tabors-Goumiers Marocains.

 Les Tabors-Goumiers Marocains


En intervenant au Maroc en juillet 1907 la France ressent la nécessité d’une prise de contact avec les populations locales pour préserver et conforter l’ l’autorité des chefs marocains qui voyaient dans cette intervention un aboutisse- ment sur une paix civile durable, longtemps espérée. Comme en Algérie, comme en Tunisie, le commandement français fait appel aux volontaires autochtones et crée en novembre 1908 des unités supplétives légères que l’on appelle les « Goums Mixtes Marocains ».
Leur mission est de renseigner le commandement et, éventuellement, d’appuyer les mouvements et les colonnes des troupes régulières en opération. Chaque goum, de la taille d’une compagnie, comprend 150 goumiers à pied et 50 à cheval, d’où leur qualification de « Mixtes ». Le goumier pourvoit à sa nourriture et à celle de sa monture, qui lui appartient. Son habillement et son équipement sont des plus simples : une djellaba en grosse laine à rayures verticales pour les fantassins, un burnous pour les cavaliers. En mission statique il peut vivre, s’il le veut, en famille.
Avec l’arrivée en avril 1912 du général Lyautey comme résident général de France au Maroc le rôle des Goums est associé sans réserve au progrès de l’unité marocaine grâce à une pacification générale et une mise en valeur de l’ensemble du pays. A l’origine le recrutement des Goumiers s’était fait parmi les arabes du nord du Maroc. Il va très vite s’étendre aux tribus berbères des trois Atlas et du Rif qui se donnent littéralement aux français après leur avoir opposé une farouche résistance. Ces Goumiers ont la particularité de s’attacher à leurs chefs français, exemplaires meneurs d’hommes, qu’ils suivront fidèlement sur tous les sentiers de la guerre, dans un climat de totale et réciproque amitié.
Par bonds successifs leur action s’étend progressivement à toutes les tribus marocaines encore en dissidence jusqu’à réaliser dans les années 1930 l’unité du pays et lui permettre de s’ouvrir sur le monde moderne extérieur.
Un an après qu’ ait éclaté la seconde guerre mondiale leur statut de forces supplétives permet de camoufler aux allemands le renforcement de leurs effec-tifs et de leur armement ainsi que leur entraînement. Dupés par cette ruse les allemands acceptent l’existence des Goums Marocains en contre-partie de la réduction des forces régulières d’ AFN. Ils exigent que les Goums perdent leur caractère de forces de combat pour se transformer en milice destinée à assurer la police du Maroc. Plus de cent Goums sont ainsi maintenus sous forme de maghzens –forces de police- que l’on regroupe en Tabors ( de la pointure d’un bataillon chacun ) à raison de trois ou quatre Goums par Tabor. Conti-nuant l’entraînement militaire, aucun Goumier ne trahit.
Pour la première fois à la fin de l’année 1942 les Goumiers vont servir hors du territoire national marocain pour prendre part à la Campagne de Tunisie où ils font sensation parce qu’ ils s’y révèlent comme d’excellentes troupes de montagne. Ils libèrent ensuite la Sicile, la Corse, puis l’Italie et enfin la France avant de pénétrer en 1945 en Allemagne et en Autriche. La fin du second conflit mondial les surprend sur le Danube.
Les Goumiers Marocains terminent leur existence en prenant part aux deux guerres d’Indochine ( 1948-1954 ) et d’Algérie ( 1954-1956 ). A la proclamation de l’indépendance du Maroc en 1956 une grande cérémonie d’adieu se déroule à N’Kheïla, près de Rabat avec transfert des Goums à l’armée marocaine. Pendant presque un demi-siècle ces soldats ( en fait des supplétifs ) se sont couverts de gloire sur une dizaine de théâtres d’opération différents.
Ils ont cependant combattu par unités autonomes du niveau du bataillon pour les Tabors ou de la compagnie pour les Goums. C’est là aussi une des spécificités qui caractérise les unités des troupes Sahariennes.


 Les Troupes Sahariennes
Compagnie Méhariste  1935



L’armée française a débarqué à Sidi-Ferruch en juin 1830 sans politique bien définie sur la conduite à tenir une fois implantée sur cette côte du nord de l’Afrique. En 1840, après plusieurs hésitations, le commandement français décide d’entreprendre la conquête systématique de l’Algérie.
Vingt sept années ont été nécessaires pour instaurer sur ces zones immenses en perpétuelle ébullition une paix stable et durable. L’achèvement de la pacification totale de l’Algérie est réalisé en juillet 1857 après la reddition du dernier foyer de résistance de la Grande Kabylie.
Entre-temps il fallait également assurer la sécurité des caravanes circulant entre l’Algérie et les oasis et mettre fin aux agissements des agitateurs venus du sahara pour soulever les tribus du nord. Les troupes françaises se sont donc engagées aussi vers le sud. Elles ont entrepris une expédition sur Laghouat qu’elles occupent en décembre 1852. Très vite, sans nouvelle opération d’ envergure, grâce à une politique indigène bien menée, la pacification de tout le sud algérien était un fait accompli au début de l’année 1854.
Les portes du Sahara s’ouvrent vers l’inconnu.
A l’exception de quelques timides tentatives de pénétration entreprises par les Romains, aucun étranger n’avait osé s’aventurer dans cet immense désert de sable qu’est la Sahara. A la fin du XIXème siècle, soit un demi-siècle après le débarquement des français sur les côtes de l’Algérie, l’organisation et le soutien logistique de l’armée française encouragent les soldats et les scientifiques français à explorer ce désert. Plusieurs expéditions tentent de traverser le Sahara.
La plupart d’entre elles se soldent par un échec, voire un massacre comme celui de la Mission Flatters en 1881. Cet insuccès s’explique par le fait que les moyens mis en oeuvre par le commandement restent inadaptés à la vie et aux déplacements en zone désertique
Ce sont les Tirailleurs et Spahis Algériens qui arment ces expéditions et assurent
la garde des avant-postes bâtis à l’occasion de ces missions. Originaires du Tell,
ces indigènes supportent difficilement les rigueurs du climat saharien. Les chevaux des spahis ne se comportent pas mieux. Aussi, lorsque dans les années 1890, les troupes françaises reprennent leur pénétration vers le sud et construi- sent des postes autour des premiers oasis conquis, le commandement est amené à mettre sur pied des unités adaptées au pays où elles sont appelées à opérer. On recrute, cela n’est pas nouveau, des autochtones, originaires de ces régions, habitués au climat, connaissant les lieux, les moeurs, les habitudes et les ressources locales.
Une loi du 5 décembre 1894 crée un corps de Tirailleurs Sahariens et un autre corps de Spahis Sahariens. Ces deux unités sont pourvues de dromadaires. A titre d’exemple, chaque Spahi Saharien possède deux montures, méhara ( singulier : méhari ) qui lui appartiennent. Chaque méhari est immatriculé. Le
Tirailleur ou Spahi Saharien est un marcheur infatigable, observateur scrupu-leux du terrain, pisteur expert, guide précieux, gardien vigilant. Il possède à fond la notion du dromadaire. Il est autorisé à emmener avec lui sa famille dans les forts, ce qui est une garantie de fidélité.
Une tenue trop militaire ne convient pas à son genre de vie et certains accomo- dements sont nécessaires, mais l’uniformité est respectée. Le soldat Saharien est équipé d’une gandoura ( longue blouse de toile ) blanche qui recouvre un large pantalon, saghouel, en toile bleue. Il enserre sa taille d’une large ceinture en flanelle rouge autour de laquelle il porte une cartouchière en cuir rouge qu’il entrecroise sur sa poitrine pour la boucler derrière son dos. Il coiffe une chéchia rouge très dure que cache un très long chèche blanc ou noir qu’il enroule sur tout son visage. S’il vit ordinairement nu-pied, il chausse occasionnellement des sandales légères en cuir sahariennes, appelées « naïls ». Pour se protéger de la chaleur et du froid, il se sert d’un épais burnous blanc et noir qu’il enfile aussi lorsqu’il se met en tenue de cérémonie.
L’expérience heureuse de ces unités sahariennes, qui seront dissoutes au début du XXème siècle, va aboutir en août 1908 à la mise sur pied de cinq Compagnies Méharistes dont la dénomination correspond à leur implantation géographique ( ex : Compagnie Méhariste du Souf, Compagnie Méhariste du Tassili, etc...) Cette organisation durera jusqu’à l’évacuation des territoires sahariens par l’armée française en 1962. Bien sûr, le nombre des unités sahariennes sera étoffé au cours des ans. Outre les Méharistes, il est formé des Compagnies Sahariennes à méhara et des Compagnies Sahariennes à pied. Avec la mécanisation on crée des Compagnies Sahariennes Portées.
La mission des Compagnies Sahariennes consiste à l’origine à explorer le Sahara en relevant la topographie du pays et en établissant des cartes géographi- ques. Elles sont chargées de pacifier ce territoire en y instaurant une paix fiable qui mette fin au rezzou ( raids avec prise de butin), vieille habitude des nomades qui s’approvisionnaient ainsi, sans bourse délier, en marchandises diverses, humaines notamment, dans les ethnies noires sub-sahariennes. Une fois la paix instaurée dans cette vaste zone désertique, les Compagnies Sahariennes sont chargées de missions de reconnaissance, de contrôle de zones, de surveillance des frontières, et des liaisons.
Mais, aussi et surtout, il leur est confié le soin d’établir des liens aussi étroits que possible avec les nomades afin de mieux les connaître, et les aider dans leur administration : constitution et suivi de l’état civil, couverture médicale et judiciaire
On a dénombré jusqu’à 80 unités sahariennes : 9 Compagnies Méharistes, 47 Compagnies Sahariennes et 24 Goums Sahariens. Chacune d’entre elles est localisée géographiquement, donc autonome. Toutes ces unités n’ont jamais dépassé le cadre de la compagnie. Elles opèrent uniquement en zone saharienne et n’interviendront jamais à l’extérieur de ce territoire. Parce que montées sur dromadaires puis sur véhicules motorisés, les compagnies sahariennes sont considérées comme des unités de cavalerie et sont dotées d’un seul et unique étendard dont elles ont la garde chacune à tour de rôle.
Ce ne sont pas les seules unités qui soient restées localisées dans un secteur géographique bien délimité. D’autres formations bien spécifiques telles que les « Affaires Indigènes ( A.I.) », compte tenu de leur mission particulière, seront maintenues elles aussi sur le seul territoire de l’ Afrique du Nord.


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