Armée d 'Afrique 1° partie Conquête de l'Algérie (Version Française )

Article écrit par : Charles Janier

Mis en ligne le 26/01/2008 à 15:01:07



L'Armée d'Afrique
1° Partie La conquête de l 'Algérie
English Version HERE


Introduction

Au seuil du XXI ème siècle très nombreux sont les nord-africains qui tentent par tous les moyens de franchir la Méditerranée vers le nord. Ils cherchent à réaliserleur rêve d’un eldorado en Europe et pour la majorité d’entre eux plus particulièrement en France. C’est là une des conséquences lointaines de l’intervention française à Alger en 1830.   Le flot migratoire a changé de sens alors que plus de 150 ans auparavant l’expédition d’Alger amenait les troupes françaises à débarquer au sud de la Méditerranée sur la plage de Sidi Ferruch.L’opération a été le préambule de 132 ans de vie commune au cours de laquelle furent réalisées plusieurs oeuvres remarquables, telle la mise sur pied de la magnifique Armée d’Afrique.
Pour   nous permettre   de comprendre   le prestige   de   cette brillante Armée d’Afrique notre intention est :
- D’expliquer pourquoi   et   comment fut lancée l’Expédition d’Alger au cours de l’été de l’année 1830
-Détailler la création puis les premiers exploits de cette excep tionnelle   cohorte que fut l’Armée d’Afrique, sur les trente premières  années de son existence, plus précisément de 1830 à 1857.


Carte Algerie 1954

  
 Les causes de l’expédition 
Les causes lointaines

Au    XIXème   siècle,    et   depuis   longtemps,    la Méditerranée   était   une mer quasiment interdite au trafic maritime tant elle était dangereuse parce qu’infestée de pirates barbaresques. Ceux-ci avaient pour base la côte algérienne et plus précisément le port d’Alger dont l’histoire a retenu le nom de ses plus célèbres écumeurs des mers,les Barberousse. Leurs vaisseaux, légers et rapides, faisaient la chasse aux lourds navires de commerce qui s’aventuraient dans la Méditerranée. Ils raflaient leur cargaison et leur équipage pour en faire des esclaves et, s’agissant des passagères, pour peupler leurs harems.

Barbaresques

Afin d’éradiquer   l’insécurité   de cette mer,   plusieurs   nations   européennes entreprirent des expéditions de nettoyage. Ce fut le cas des anglais, des danois, des espagnols et même des américains. Ces expéditions avaient un caractère beaucoup plus punitif que coercitif, si ce n’est celles des espagnols qui avaient établi pour plusieurs siècles des comptoirs sur la côte dont Oran était le plus actif.
 Causes politiques :
Inquiet des positions possibles acquises en Méditerranée par les anglais déjà implantés à Gibraltar, à Malte et aux Iles Ioniennes, Napoléon 1er   a pensé à une expédition contre Alger qui eut rappelé celle qu’il avait entreprise contre l’Egypte (1798-1800). Ainsi la France pourrait-elle avoir une maîtrise importante sur la mer Méditerranée.En 1808   il choisit et envoie en Algérie le commandant Boutin de l’arme du Génie qui se révèle un informateur remarquable et dont la mission de reconnaissance est accomplie en trois mois. Il rédige un rapport parfait et complet que Napoléon n’eut pas le temps d’exploiter. C’est ce rapport qui servit de base vingt ans plus tard à l’expédition de 1830. 

Causes immédiates de l’intervention française :

Charles X dernier roi de France (1824 1830 )

  Après la révolution de 1789 et le Premier Empire, la France est à nouveau gouvernée par la monarchie. C’est la Restauration : Louis XVIII de 1814 à 1824, auquel succède Charles X en 1824.La côte nord de l’Afrique est sous domination turque depuis le XVIème siècle et  Alger est gouvernée par un Dey  rattaché  au  sultan  turc  de Constantinople   par un hommage purement nominal. Ce statut   est   qualifié de « Régence ».
Le Dey d’Alger réclame depuis 1824 à la France le règlement d’une créance que le gouvernement français en 1795 avait contractée envers une maison de commerce algéroise pour fourniture de blé. Comme le nouveau Roi de France ne réagit pas, le Dey s’en prend à son consul, Monsieur Deval, qu’il   repousse de son éventail lors d’une audience le 30 avril 1827. Le gouvernement français envoie immédiatement six vaisseaux de guerre devant Alger mais hésite à s’ engager plus loin de peur des réactions de l’Angleterre et de la Russie.En 1829 Charles X nomme comme chef du gouvernement Jules de Polignac, un ultra.   Pour affermir   son   autorité   face   à une opposition   de plus en plus virulente, ce nouveau premier ministre décide d’intervenir à Alger.
 Le déroulement de l’Expédition d’Alger (mai-juillet 1830) :
Charles X approuve le 7 février 1830 le plan d’attaque de la Régence élaboré à partir du rapport du Commandant   Boutin de 1808. Le Lieutenant-Général, comte De Bourmont, ministre de la guerre, est nommé commandant en chef de l’armée expéditionnaire. Le Vice-Amiral, baron Duperré, reçoit le commandement en chef de la flotte.
De mars à mai 1830 on réunit à Toulon 37.000 hommes, 4.000 chevaux et un important matériel d’artillerie et de campagne. Les approvisionnements de cette armée n’en sont pas moins considérables. La flotte se compose de plus de 600 bâtiments dont 96 vaisseaux de guerre à voile et 7 nouveaux bâtiments à vapeur. Ces derniers, qui viennent d’être armés, vont rendre de grands services en assurant une liaison utile et efficace entre les navires et la terre.On mobilise aussi 347 navires de commerce à Marseille ainsi que des bâtiments-boeufs, des bateaux lesteurs et des chalands spéciaux.
Toute cette armada est très apte à sa mission de transporteurs de personnel et de matériel pour laquelle elle a été créée, mais elle n’a aucune disposition pour la navigation en escadre. Navires de guerre et bâtiments de commerce datent le plus souvent de l’Empire et sont en bois et à voile. Le maître incontesté de la manoeuvre, c’est le vent. Sa direction et sa force sont les éléments majeurs de la réussite ou de l’échec de l’expédition.
Le vent favorable, impatiemment attendu, fait son apparition le 25 mai 1830. Il est passé de l’ouest au nord-ouest et permet ainsi l’appareillage de l’armée navale et de son convoi. Le 27 mai la flotte fait escale aux Baléares. Le temps se gâte et la flotte relâche.
Le 29 mai le temps s’améliore et la flotte met le cap sur la côte de l’Afrique. Hélas, le 31 mai la mer devient houleuse et rend impossible le débarquement. Tous les bâtiments relient à nouveau les Baléares. Ce n’est que le 10 juin au matin que l’appareillage est rendu possible des Baléares à Alger. Le 13 juin la flotte   défile   le long   de la côte d’Afrique   et   mouille   dans la baie de Sidi-Ferruch située à 25 kilomètres à l’ouest d’Alger.
Le combat de  Sidi Ferrruch 19 juin 1830

Le 14 juin le débarquement commence. Personnels et matériels sont à terre à la fin de la journée. Aucune réaction ne se manifeste du côté de la Régence.
Le 19 juin, alors que le camp est   bien  installé à Sidi-Ferruch, une bataille décisive est livrée à Staouëli que bombarde la flotte française désorganisant ainsi les meilleurs troupes du Dey qui prennent la fuite. Cette défaite provoque la consternation et la panique à Alger. Dix  jours plus tard tous les éléments de combat sont   enfin   débarqués   et   réunis.    Le   29   juin   le général en chef   De Bourmont décide d’attaquer Alger.
Les 3 et 4 juillet la flotte ouvre le feu sur les forts d’Alger. Le 4 juillet les forces terrestres font sauter le Fort l’Empereur. A 14 heures ce même 4 juillet le Dey d’Alger demande la paix. Elle lui est accordée le 5 juillet 1830. Alger se rend sans condition. Dans la foulée,   les Beys des provinces d’Oran  et de Titteri   se soumettent.   « Vingt trois jours ont suffi, dit Bourmont,   pour la destruction d’un état dont l’existence fatiguait l’Europe depuis trois siècles. »
La politique française du développement de l’Algérie :
En France une grande partie de l’opinion a été défavorable dès le début à l’ Expédition d’Alger.    On   craint   qu’ elle   ne détourne les capitaux et les hommes nécessaires à l’équipement et à la défense de la nation et qu’elle ne froisse l’Angleterre. Tout ce chahut se déroule sur fond de crise politique qui engendre la  révolution de juillet 1830. Charles X cède le pouvoir à Louis-Philippe proclamé roi des français le 7 août 1830. Il forme un nouveau gouvernement   qui flottera   pendant plusieurs années   entre   les idées de conquête définitive du pays dans lequel les troupes françaises ont débarqué, ou de son occupation restreinte,   voire même de sa complète évacuation.
Une commission d’enquête en 1833 conclut toutefois au maintien de l’occupation d’Alger par souci de prestige. On  se lance dans la conquête de toute cette contrée du nord de l’Afrique vers l’est et vers l’ouest d’Alger et on construit des petits postes pour affirmer la présence française. Occupation restreinte mais qui suppose la neutralité des tribus nomades et montagnardes.
Or dans la province d’Oran les tribus proclament Emir un jeune chef, profondément musulman, pour chasser les infidèles hors de leurs terres. Il s’appelle Abd-El-Kader. Il attaque un contingent français en 1835. La France s’émeut et envoie contre lui un partisan de la conquête totale, le maréchal Clauzel.
Ainsi, suivant l’opinion qui tend à prévaloir au parlement, les effectifs des troupes françaises en Algérie sont augmentés ou réduits. A chaque instant l’ armée change de chef   et   la colonie d’administrateur. En dix ans se succèdent Clauzel,   Berthezène,    Rovigo,   Clauzel   pour la seconde fois,   Damrémont,Valée. Chacun de ces chefs a ses idées dont la principale consiste systématiquement à prendre le contre-pied de ce qu’avait fait son prédécesseur.
Tout va changer en janvier 1840 lorsque le gouvernement se décide à s’engager à fond dans la guerre d’Afrique et fait appel au général Bugeaud. Pourtant celui-ci s’était montré à divers reprises l’adversaire de la colonisation. Ainsi, à l’origine, il était le général   qui commande le secteur de la province d’Oran et avait signé avec Abd-El-Kader en 1837 un traité, la « convention de la Tafna », qui reconnaissait   à l’Emir   la souveraineté de l’ensemble de la Régence à l’exception des ports et des villes côtières.
Si la France avait fait des concessions si imprudentes dans la province d’Oran, c’est qu’elle avait besoin de la paix dans cette contrée de l’ouest pour réparer l’échec subi en 1836 à l’est devant Constantine par le maréchal Clauzel. Renforcée par les troupes venues de l’ouest une seconde expédition aboutit enfin par la prise de la ville de Constantine le 13 octobre 1837.
Abd-El-Kader   profite   de cette paix   qui   va durer   deux ans et demi   pour essayer de créer un véritable état   et équiper une armée de 10.000 hommes.
Le 14 octobre 1839 le ministre français de la guerre décide que  : «  le pays occupé par les français au nord de l’Afrique sera à l’avenir désigné sous le nom d’Algérie. » Et pour montrer que les français sont capables de se déplacer en Algérie partout où ils le souhaitent malgré les menaces de l’Emir, le 28 octobre 1839 le maréchal Valée, commandant en chef, entraîne le duc d’Orléans, fils aîné du roi de France, dans un voyage d’inspection d’Alger à Constantine en passant par les Portes de Fer. Abd-El-Kader déclare que cette expédition est contraire au Traité de   la Tafna.   Il proclame la Guerre Sainte et attaque en novembre 1839 les fermes que de courageux colons français avaient fondées   dans la Mitidja.
L' Emir Abd el Kader (1808 1883)

Le général Bugeaud, nommé commandant en chef   et gouverneur général le 1er janvier 1840,   va   entreprendre   la   conquête systématique   de l’ Algérie, reconnue   nécessaire   par   le   gouvernement qui lui envoie jusqu’à 100.000 hommes.Il commence par occuper les principales villes de l’intérieur. Il crée, pour la guerre d’ Afrique, une tactique   et   une stratégie nouvelles.   Il   renonce   au système des blockhaus et des petits postes dans lesquels la troupe était décimée par les maladies, l’inaction et l’ennui. Il leur substitue le système des colonnes mobiles qui rayonnent sur tout le pays et peuvent lutter de vitesse avec leur adversaire. Ces colonnes mobiles ont pour autre mission de séduire les autochtones dans leurs intérêts saisissables : récoltes sur pied, plantations, douars, bestiaux, silos,... Il organise sa conquête en construisant des routes,   des ponts,   des barrages, des villages et des dispensaires.   Il confisque largement les terres inexploitées des tribus pour y implanter une petite colonisation de soldats lors- que ceux-ci sont dégagés de leurs obligations militaires.
En mai 1843 à Taguin dans la région de Médéa, à 60 km au sud d’Alger, le duc d’Aumale, quatrième fils du roi Louis-Philippe, réussit à s’emparer de la smala d’Abd-El Kader qui se réfugie au Maroc et obtient l’alliance du sultan de ce pays. Le contre-amiral De Joinville vient bombarder Tanger, et Bugeaud (qui a été nommé maréchal   le 31 juillet 1843 ) bat les troupes marocaines sur l’ Oued Isli près de la frontière algéro-marocaine en août 1844. Le sultan du Maroc abandonne alors la cause d’Abd-El-Kader.
Après cette campagne du Maroc la lutte entre Abd-El-Kader et Bugeaud change de caractère. Abd-El-Kader n’est plus qu’un chef de partisans qui agit par coups de main. Il tente encore de profiter de plusieurs révoltes, mais Bugeaud l’en interdit et étend la domination française jusqu’au Sahara par de nombreuses   colonnes volantes, mobiles et légères. Abd-El-Kader ne remporte qu’ un seul succès,   toujours sur la frontière algéro-marocaine, à Sidi-Brahim ( les 23-25 septembre 1845 ) où le nombre l’ a emporté sur la bravoure.
Bugeaud entreprend en 1845 la conquête de la Kabylie. Dix huit colonnes sont mises sur   pied   qui   mènent   une véritable chasse à l’homme contre l’ Emir Abd-El-Kader, sur plus de 700 lieus, du Sahara au Djurjura, et finissent par le forcer à se réfugier de nouveau au Maroc.
En mars 1847, irrité de ne pouvoir imposer ses vues et en désaccord avec la Chambre, le maréchal Bugeaud demande à être déchargé de ses fonctions. Il est remplacé par le duc d’Aumale, quatrième fils du roi Louis-Philippe, nommé   nouveau    gouverneur    général    de   l’ Algérie.    C’est   à    lui   que   se   rend  Abd-El-Kader le 23 décembre 1847,   mal   accueilli   qu’il   avait   été par le sultan du Maroc.Les expéditions de Kabylie de 1850 à 1857 achèvent de placer le pays ( et jusqu’à ses massifs montagneux les plus inaccessibles ) sous l’autorité de la France. 

Toutes ces conquêtes n’ont été possibles qu’avec une armée solide, composée de soldats aguerris.   Mais les besoins permanents en renforcement des troupes à engager, et les conditions climatiques difficiles à supporter par des contingents européens, ont forcé   le commandement à faire appel   de plus en plus   aux autochtones qu’on appelle les « indigènes ». Il faut dire que bon nombre d’entre eux demandent à la France de les incorporer dans ses rangs pour lutter contre l’incurie et les exactions des turcs.   Ces nouveaux effectifs et l’ adaptation obligatoire à la géographie et aux moeurs du pays sont à l’origine d’une armée particulière, l’Armée d’Afrique. 

 
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