Rome URBS Palatin Le Lupercal

Article écrit par : Claude Balmefrezol

Mis en ligne le 21/09/2026 à 22:51:44



Rome Palatin Le Lupercal 
English Transation
avec des extraits d'un article de Paolo Casolari

 
Tablaux générés par IA sur mes indications
 
Le Lupercal
Le mont Palatin à l'aube de Rome : au pied de la colline, l'emplacement légendaire du Lupercal, entre le Tibre et le Circus Maximus.
 
 

 

Le Lupercal du Palatin ou le Mythe, rite et controverse archéologique autour de la grotte de la louve
Résumé
Le Lupercal est l'une des grottes les plus célèbres de l'Antiquité romaine : lieu mythique où la louve allaita Romulus et Rémus, sanctuaire dédié à Faunus-Lupercus et point de départ de la course rituelle des Luperques lors de la fête des Lupercales. Sa localisation précise au pied du mont Palatin reste pourtant l'un des problèmes non résolus de la topographie de Rome antique.
En 2007, la découverte fortuite d'une salle souterraine richement décorée, sous les ruines du palais d'Auguste, a relancé le débat. Andrea Carandini et plusieurs responsables des fouilles y ont reconnu le Lupercal. D'éminents archéologues, dont Adriano La Regina, Fausto Zevi, Henner von Hesberg et Filippo Coarelli, ont contesté cette identification et y voient plutôt un nymphée impérial. Cet article retrace la légende, les sources antiques, la topographie traditionnelle, la découverte de 2007 et les arguments des deux camps, puis la fête des Lupercales et sa postérité chrétienne, avant de faire le point sur l'état actuel de la question.

 

Dans une villa ou un palais, le nymphée n'a plus le rôle public de la fontaine urbaine. C'est un décor d'agrément, conçu pour le plaisir du propriétaire et pour impressionner ses invités.

Où on le trouve. Il est placé au fond d'un jardin à péristyle, dans l'axe d'une salle de réception, pour que les convives le voient depuis leurs lits de banquet. On le trouve aussi au bout d'une allée ou d'un bassin allongé, l'euripe, ou creusé dans une pente pour imiter une grotte. À Pompéi, beaucoup de maisons aisées en ont un petit, plaqué contre le mur du jardin.

À quoi il ressemble. Le modèle le plus courant est une niche ou une petite abside voûtée, d'où l'eau s'écoule en cascade sur des marches de marbre jusqu'à un bassin. Les parois sont souvent couvertes de mosaïques en pâte de verre bleue et verte, bordées de coquillages et de pierre ponce pour évoquer une grotte marine. On y ajoute des statuettes de nymphes, de dieux fluviaux, de Vénus ou de Dionysos, et des masques ou des animaux qui crachent l'eau. Les plus grands modèles deviennent de véritables salles à manger d'été : la table est dressée au bord de l'eau, parfois sur une île entourée par le bassin.

Quelques exemples célèbres.
Rome Rione Esquilino Nymphée de Sévère Alexandre
Le nymphée d'Alexandre, qu'on appelle aussi les « Trophées de Marius », se trouve dans les jardins de la piazza Vittorio Emanuele II, sur l'Esquilin à Rome. On le date grâce aux monnaies de 226 après J.-C. qui le représentent, sous l'empereur Sévère Alexandre. C'est le seul survivant des quinze grandes fontaines monumentales que comptait la Rome antique.

  • La grotte de Tibère à Sperlonga, en Italie : une vraie grotte marine aménagée en salle de banquet, avec des groupes de sculptures tirés de l'Odyssée.
  • La villa d'Hadrien à Tivoli : le Canope, long bassin qui se termine par un grand nymphée en abside, et le Théâtre maritime, une île au milieu d'un canal circulaire.
  • La Domus Aurea de Néron à Rome : elle possède une salle-nymphée dont la voûte porte l'une des plus anciennes mosaïques murales connues, qui représente Ulysse et Polyphème.
  • Pompéi : la maison de la Grande Fontaine et la maison de la Petite Fontaine ont des niches entièrement couvertes de mosaïques et de coquillages.

Comment ça marche. L'eau vient de l'aqueduc public, par un branchement privé payant, ou d'une citerne sur le toit. Des tuyaux en plomb l'amènent jusqu'aux bouches. Le jeu d'eau ne marche que par la pente et la pression. Il est donc souvent intermittent, et c'est justement un luxe de pouvoir le faire couler pour une réception.

En résumé, le nymphée de villa est un morceau de nature sacrée, la grotte des nymphes, apprivoisé et mis en scène. Il montre à la fois le raffinement du maître des lieux et sa richesse, car il faut avoir accès à beaucoup d'eau pour s'en offrir un.

 


I. Définition et enjeux
Le nom Lupercal est rattaché au latin lupus, « loup », et lupa, « louve ». Il désigne à la fois une grotte et le sanctuaire qui lui était associé, au pied sud-ouest du Palatin. Selon la tradition, c'est là que la louve découvrit et allaita les jumeaux Romulus et Rémus, abandonnés dans un panier sur les rives du Tibre, avant que le berger Faustulus ne les recueille. Les sources décrivent un lieu entouré d'un bois sacré, où poussait le figuier Ruminal (ficus Ruminalis) ; à l'époque d'Auguste, il n'en subsistait plus que des vestiges.
Le Lupercal n'était pas seulement un lieu de mémoire : c'était un sanctuaire actif, où se déroulaient chaque 15 février les cérémonies des Lupercales. C'est l'un des très rares exemples de grotte-sanctuaire dans la religion romaine. Le problème central pour l'archéologie moderne est que ce lieu n'a jamais été formellement identifié sur le terrain.
La légende : d’Évandre à Romulus et Rémus
Selon la tradition rapportée notamment par Denys d'Halicarnasse, l'Arcadien Évandre, venu de Grèce une génération avant la guerre de Troie, se serait installé au pied du Palatin. Il y aurait fondé, dans une grotte, un culte à Pan Lycien, le dieu des bergers d'Arcadie, que les Romains assimilèrent à Faunus, ou Lupercus. Le Lupercal serait donc, dans la mémoire romaine, un sanctuaire plus ancien que Rome elle-même.Plusieurs siècles plus tard, à Albe la Longue, fondée par Ascagne, fils d'Énée, le roi Numitor fut détrôné par son frère Amulius. Pour empêcher toute descendance capable de le renverser, Amulius contraignit sa nièce Rhéa Silvia, fille de Numitor, à devenir vestale et à faire vœu de chasteté. Mais le dieu Mars s'unit à elle, et elle donna naissance à des jumeaux, Romulus et Rémus. Amulius ordonna leur mort ; le serviteur chargé de l'exécution, n'ayant pas le courage d'obéir, les abandonna aux eaux du Tibre en crue.
Le panier s'échoua près du marais du Vélabre, entre le Palatin et le Capitole, non loin du futur Circus Maximus. Une louve, qui venait de mettre bas, allaita les enfants dans la grotte ; certaines versions y ajoutent un pic, oiseau consacré à Mars, qui les nourrit également. Le berger Faustulus les découvrit ensuite et les éleva au sommet du Palatin, dans une cabane, avec sa compagne Acca Larentia. Devenu adulte, Romulus fonda Rome sur cette même colline.

 

La louve allaitant Romulus et Rémus, atelier de Pierre Paul Rubens (XVIIe siècle) : une iconographie qui a traversé les siècles.
Les sources antiques
Les textes anciens fournissent des indications convergentes, mais jamais assez précises pour situer le Lupercal au mètre près.
Denys d’Halicarnasse
Contemporain d'Auguste, Denys d'Halicarnasse (Antiquités romaines I, 32, 5 et I, 79, 8) donne la description la plus détaillée. Il rapporte l'origine arcadienne du sanctuaire :
« Ils commencèrent par construire un temple à Pan Lycien, le plus ancien et le plus vénéré des dieux pour les Arcadiens, lorsqu'ils eurent trouvé l'endroit approprié. Les Romains l'appellent le Lupercal. […] À l'origine, nous dit-on, se trouvait une grande grotte voûtée sous la colline, près d'un bois dense ; une source profonde jaillissait des rochers, et la vallée, au pied du précipice, était ombragée par de grands arbres touffus. C'est en ce lieu qu'ils érigèrent un autel au dieu et accomplirent le sacrifice traditionnel que les Romains continuent d'offrir en février. »
Il décrit ensuite le lieu tel qu'on pouvait le voir de son temps :
« La forêt n'existe plus, mais la grotte d'où jaillit la source est encore visible, près du Palatin, sur la route menant au cirque. Tout près se trouve un enclos abritant une statue qui rappelle la légende : une louve allaitant deux nouveau-nés, figures de bronze d'une facture ancienne. »
Denys associe aussi le Lupercal au temple de la Victoire, qui couronnait le sommet sud-ouest du Palatin, et le situe au pied du Germalus, entre le Vélabre et le Cirque.
Varron et Plutarque
Varron (De lingua Latina VI, 34) explique le nom des Luperci par les rites célébrés « au Lupercal lors des Lupercales ». Il emploie le terme technique lustrare, qui suggère une purification rituelle circulaire de l'antique établissement palatin. Plutarque (Vie de Romulus 21, 4-5) parle de même d'une « course autour » (peridromè) et décrit le rite sanglant qui précédait la course.
Tite-Live et Ovide
Tite-Live (I, 5) rapporte la découverte des jumeaux par la louve et mentionne ailleurs (X, 23) la statue en bronze de la louve allaitant les jumeaux, placée au Lupercal en 296 av. J.-C. Ovide (Fastes II, 381-424) raconte le mythe et note qu'à son époque il ne restait plus que des traces du figuier Ruminal.
Velléius Paterculus et Servius
Velléius Paterculus (I, 15, 3) utilise le Lupercal comme repère pour situer un théâtre projeté en 154 av. J.-C. par le censeur C. Cassius Longinus : a Lupercali in Palatium versus, « depuis le Lupercal en direction du Palatin ». Le Lupercal se trouvait donc en contrebas de ce théâtre, lié aux jeux donnés devant le temple de la Grande Mère (Magna Mater). Le commentateur Servius (ad Aeneidem VIII, 90) situe quant à lui le Lupercal in Circo, expression généralement comprise comme « près du Cirque ».
Autres sources
Tacite (Annales XII, 24) décrit le pomerium primitif du Palatin, dont le tracé aide à reconstituer le parcours des Luperques. Pline l'Ancien évoque le figuier Ruminal, et saint Augustin rapporte que les Luperques montaient et descendaient la Voie sacrée. Au IVe siècle, les Catalogues régionaux, inventaires des monuments des quatorze régions de Rome, mentionnent encore le Lupercal dans la Regio X Palatium.
Le témoignage d’Auguste
Dans ses Res Gestae (chap. 19), Auguste range le Lupercal parmi les édifices qu'il a « faits » (feci), verbe qu'il réserve d'ordinaire aux constructions nouvelles, par opposition à refeci, « j'ai restauré ». Le sens architectural de cette affirmation reste ambigu, puisqu'il s'agit d'un sanctuaire bien plus ancien. L'historien Ronald Ridley a montré qu'Auguste cherchait systématiquement à associer son nom aux lieux les plus vénérables de Rome. Le Lupercal abritait alors plusieurs statues, dont le groupe en bronze de la louve et une statue de Drusus, membre de la famille impériale. Suétone (Augustus 31, 4) confirme en outre qu'Auguste réorganisa la fête des Lupercales.
IV. La topographie traditionnelle
Les sources convergent pour placer le Lupercal dans une zone assez restreinte, au pied sud-ouest du Palatin :
  • au pied du Germalus, la partie sud-ouest du Palatin, selon Denys d'Halicarnasse ;
  • près du Cirque Maxime, selon Servius et Denys ;
  • entre le Vélabre et le Cirque, selon Denys ;
  • en contrebas du temple de la Grande Mère, d'après le témoignage de Velléius Paterculus ;
  • avec une source jaillissant de la grotte, selon Denys.
Filippo Coarelli a proposé de situer le Lupercal dans un triangle délimité par les Scalae Caci à l'est, le Vélabre ou le Vicus Tuscus à l'ouest, et le temple de la Grande Mère au nord ; la partie sud de ce triangle, vers le Cirque, est jugée la plus probable.
Maquette de la Rome impériale : l’hexagone signale l’emplacement de la salle voûtée mise au jour au pied du Palatin.

 
 
Dès la Renaissance, ce secteur a livré des vestiges évocateurs.
Vers 1526-1534, un nymphée troglodytique orné de coquillages et de pierres fut découvert au pied de l'angle sud-ouest du Palatin, et documenté par l'antiquaire Bartolomeo Marliani. Rodolfo Lanciani y voyait en 1897 le nymphée du Lupercal ; Christian Hülsen, en 1907, préférait y reconnaître le nymphée d'une riche demeure. P
rès de l'église Sant'Anastasia, des chambres souterraines comportant une source, étudiées par Antonio da Sangallo le Jeune, ont aussi été proposées comme candidates, sans certitude : leur forme pourrait correspondre à des substructures soutenant les gradins du Cirque. Le géologue De Angelis d'Ossat a enfin suggéré que la grotte et sa source pérenne se trouvaient dans le lit de graviers du Palatin, à environ 8 mètres au-dessus du niveau de la mer.
La découverte de 2007
Les circonstances
En janvier 2007, lors de travaux de consolidation des fondations de la Maison d'Auguste, qui montrait des signes d'effondrement, les ingénieurs effectuèrent des carottages sur le versant du Palatin. Une sonde révéla une cavité inconnue. Irene Iacopi, responsable des fouilles du Palatin pour la Surintendance archéologique de Rome, annonça la découverte, et les premières images furent rendues publiques le 20 novembre 2007.
Le témoignage de l’ingénieur Giorgio Croci
Le professeur Giorgio Croci, ingénieur spécialiste de la stabilité des monuments et consultant de l'UNESCO, dirigeait ces sondages. Il a raconté le moment de la découverte :
« L'ingénieur Russo m'a immédiatement appelé. Il criait comme un fou, mais de joie : “Venez vite, on l'a trouvée ! Elle regorge de mosaïques, de pierres, de couleurs, c'est une merveille !” Alors j'ai regardé, moi aussi. […] La grotte de la louve de Romulus et Rémus était là, à quinze mètres sous terre. »
Il a également décrit la méthode employée. Un câble à fibre optique, semblable à ceux de l'imagerie médicale, fut d'abord descendu dans le forage et révéla le dôme enfoui. Le trou fut ensuite élargi à 30 centimètres de diamètre, au niveau de la voûte effondrée, pour y descendre un scanner laser. Les centaines d'images obtenues furent recomposées par ordinateur, ce qui permit de restituer l'aspect de la salle et d'en mesurer les dimensions exactes. L'ingénieur estimait qu'un accès de 60 centimètres, suffisant pour qu'un homme puisse descendre, pouvait être ouvert en un mois environ.
Coupe schématique du site : sondages, remblais et, tout en bas, la voûte de la salle découverte au pied du Palatin.
Description de la salle
La salle est une rotonde voûtée, dont la coupole est ornée de motifs géométriques imitant un plafond à caissons, en stuc et en peinture, de mosaïques, de pierres ponces et de coquillages disposés en registres concentriques. Un aigle blanc occupe le sommet de la voûte. Une niche, peut-être une entrée, laisse supposer que la coupole reposait sur un tambour à parois verticales. L'exécution témoigne d'une grande habileté, comme il convient à un lieu de prestige. Un programme de fouilles portant sur environ 700 m² fut annoncé afin de localiser l'entrée de la salle.
Caractéristique
Description
Forme
Rotonde circulaire voûtée, à coupole
Hauteur
Environ 7 à 8 mètres (7,13 m selon le relevé laser)
Diamètre
Environ 6,5 à 7,5 mètres (6,56 m selon le relevé laser)
Profondeur
15 à 16 mètres sous la surface actuelle
Décor
Mosaïques colorées, pierres ponces et coquillages ; caissons en stuc et peinture
Motif central
Un aigle blanc au sommet de la voûte
Accès
Aucun accès direct ; exploration par sonde, caméra et scanner laser
 
 
Vue d’ensemble de la voûte mosaïquée, avec son décor concentrique de caissons et, au centre, le médaillon partiellement conservé.
Détail de la voûte en mosaïque, avec ses coquillages et ses pierres ponces disposés en registres concentriques
 
 
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Les arguments en faveur du Lupercal
L'identification fut proposée presque immédiatement par Andrea Carandini, professeur à l'université La Sapienza de Rome et l'un des plus grands spécialistes de la Rome archaïque :
« Le fait que les pièces situées sous la Maison d'Auguste soient décorées avec un tel luxe, à une telle profondeur, et précisément à l'endroit indiqué par les sources, nous porte à croire qu'il s'agit du Lupercal. »
Le surintendant Angelo Bottini se déclara « presque certain » qu'il s'agissait de la grotte de la louve, et Irene Iacopi souligna que la structure souterraine était intégrée à un ensemble de constructions qui la respectaient et la décoraient selon le goût de l'époque. Les arguments avancés, développés ensuite par Carandini dans La Casa di Augusto (avec Daniela Bruno, 2008), sont les suivants.
  1. La conformité avec les sources. Carandini a proposé que la « route menant au Cirque » de Denys ne soit pas le Vicus Tuscus, mais une voie parallèle longeant le sud de l'actuelle église Sant'Anastasia.
  2. Le contexte augustéen. La salle se trouve sous le palais d'Auguste, qui affirme avoir « fait » le Lupercal. Se présentant comme un nouveau Romulus, l'empereur avait tout intérêt à intégrer le sanctuaire fondateur à sa résidence. Et comment embellir une grotte sacrée, sinon en la transformant en nymphée, puisque les nymphées imitaient précisément des grottes ?
  3. L'aigle. L'aigle blanc de la voûte est interprété comme un symbole impérial, qu'Auguste lui-même aurait pu faire placer.
  4. L'idéologie du palais. Auguste s'était installé à côté de la « cabane de Romulus » et avait fait de son palais, organisé autour du temple d'Apollon, un lieu de refondation de Rome. Carandini place le Lupercal sous le portique de la Roma Quadrata, au cœur de ce dispositif symbolique.
L’hypothèse athénienne de Patrizio Pensabene
Patrizio Pensabene, spécialiste du Palatin qui a fouillé le temple de la Victoire, a proposé une lecture originale. Le Palatin aurait été aménagé sur le modèle de l'Acropole d'Athènes, au pied de laquelle se trouvait une grotte dédiée à Pan. Or Pan, pour les Romains, correspond à Faunus, le dieu des Lupercales. Le temple de la Victoire, construit en 294 av. J.-C. après les guerres samnites, jouerait le rôle du temple d'Athéna Victorieuse, et serait aligné avec la maison de Romulus et avec la grotte :
« Cette grotte pourrait être celle des Lupercales, non seulement en raison de la configuration du site, mais surtout de son emplacement. Le projet adopte une sorte de topographie religieuse qui imite celle d'Athènes. »
Pensabene rappelle que, d'après Tite-Live, le Lupercal fut réaménagé à cette même époque, avec l'installation de la louve de bronze. Ses fouilles ont livré, près du temple de la Victoire, des antéfixes ornées de satyres et un fragment de fronton montrant une femme portant une cruche, peut-être Rhéa Silvia surprise par Mars alors qu'elle puisait de l'eau. Il rappelle aussi que le versant ouest, sous le temple de la Magna Mater, avait déjà été fouillé sans succès dans les années 1930 à la recherche du Lupercal.
Le sol en mosaïque de la salle voûtée, à la jonction avec la paroi effondrée du nymphée.

 
 
Les arguments contre
L'identification suscita immédiatement de vives critiques.
Adriano La Regina Ancien surintendant de l'archéologie de Rome (1976-2004), se déclara « certain » que ce n'était pas le Lupercal. Dans La Repubblica du 22 novembre 2007, il résumait sa position d'une formule : un événement sensationnel, mais Romulus et Rémus n'y sont pour rien. Ses arguments sont les suivants :
  • Une salle connue depuis la Renaissance. Pour La Regina, cette salle est celle que Marliani documenta en 1534, avant qu'elle ne disparaisse. Son identification au Lupercal, proposée par Lanciani, avait déjà été rejetée par Hülsen.
  • Une topographie défavorable. Les sources situent le Lupercal dans la vallée du temple de la Victoire et de la Magna Mater, nettement plus à l'ouest, soit 50 à 70 mètres plus loin. Denys, qui écrivait alors que le temple d'Apollon existait déjà, ne cite que le temple de la Victoire comme repère : le grand temple d'Apollon, bien plus visible, aurait été un repère plus naturel s'il s'était trouvé en face du Lupercal.
  • Un décor néronien. La salle serait un nymphée proche du style de la Domus Aurea, peut-être un élément de la première résidence de Néron, la Domus Transitoria, qui aurait appartenu à une façade monumentale tournée vers le Cirque.
  • Un lieu enfoui trop tôt. La salle fut recouverte par le palais de Domitien, alors que les sources attestent des activités religieuses au Lupercal jusqu'à la fin de l'Antiquité.
Fausto Zevi, Henner von Hesberg et Filippo Coarelli
Fausto Zevi, professeur à La Sapienza, jugea la structure typique d'un nymphée, fontaine monumentale ou grotte artificielle ornée. Henner von Hesberg, directeur de l'Institut archéologique allemand de Rome, contesta aussi l'identification pour des raisons topographiques et stylistiques. En février 2008, Filippo Coarelli affirma qu'il n'y avait « pas l'ombre d'une preuve » : selon lui, la salle était un nymphée des premières décennies de l'Empire, dont le décor ne correspond en rien à l'aspect de la grotte mythique connu par les descriptions anciennes.
L’analyse de Krešimir Vuković (2018)
L'article de Krešimir Vuković, publié en 2018 dans les Papers of the British School at Rome, constitue l'analyse universitaire la plus approfondie. Il relève notamment que :
  1. la « route parallèle » proposée par Carandini n'est mentionnée par aucune source antique ;
  2. la salle se trouve à au moins 66 mètres de l'emplacement que suggère le témoignage de Velléius Paterculus ;
  3. elle est trop éloignée du Cirque pour correspondre au in Circo de Servius ;
  4. elle est trop haut sur la pente pour avoir été atteinte par les crues du Tibre, comme le mythe l'exige ;
  5. aucune représentation artistique antique ne montre l'intérieur de la grotte ;
  6. la forme et le décor désignent un nymphée impérial, non un sanctuaire archaïque.
     
    Coquillages, tesselles et pierres ponces composent le décor polychrome de la voûte

     
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La localisation alternative
Plusieurs spécialistes, dont Coarelli, placent le véritable Lupercal plus bas et plus à l'ouest, près de l'actuelle piazza Sant'Anastasia et du Cirque Maxime, dans le secteur où fut découvert le nymphée de la Renaissance. Aucune de ces hypothèses n'est démontrée. Selon la littérature scientifique récente, la majorité des spécialistes considère que la salle découverte en 2007 n'est pas le Lupercal, même si ses partisans estiment que seule une fouille complète permettra de trancher.
La fête des Lupercales
Le Lupercal était le centre d'une fête annuelle, les Lupercales (Lupercalia), célébrée le 15 février. Ce mois de februarius tirait son nom des februa, les instruments de purification. Rites de purification et de fertilité, les Lupercales étaient desservies par les Luperci, répartis en deux collèges, les Luperci Quinctiales et les Luperci Fabiani, dont les noms rappellent les gentes Quinctia et Fabia ; Jules César y ajouta un temps un troisième collège, les Luperci Iulii. Recrutés parmi les jeunes patriciens sous la République, les Luperques le furent parmi les jeunes chevaliers à partir d'Auguste.
La fête se déroulait en plusieurs temps :
  • Le sacrifice. Des boucs et un chien étaient sacrifiés au Lupercal, et des gâteaux préparés par les Vestales étaient offerts.
  • Le rite du sang. Deux jeunes gens de haut rang avaient le front touché avec le couteau encore ensanglanté ; on l'essuyait ensuite avec de la laine imbibée de lait, et les jeunes gens devaient alors éclater de rire.
  • La course. Après un banquet, les Luperques, presque nus, vêtus seulement de peaux de bouc, s'élançaient du Lupercal. Selon la reconstitution de Vuković, ils faisaient le tour du Palatin, le long du Cirque, puis par la vallée entre le Palatin et le Caelius, la Voie sacrée et le Forum, avant de revenir à leur point de départ.
  • Les coups de lanières. Avec des lanières découpées dans les peaux des bêtes sacrifiées, ils frappaient les femmes rencontrées sur leur passage, geste censé favoriser la fécondité et faciliter l'accouchement.
    Ovide rapporte une légende sur l'origine de ce rite. Au temps de Romulus, une longue stérilité frappa les femmes. Hommes et femmes se rendirent en procession au bois sacré de Junon, sur l'Esquilin, et la déesse répondit que les femmes devaient être « pénétrées par un bouc sacré ». Un augure étrusque interpréta l'oracle : il sacrifia un bouc, découpa des lanières dans sa peau et en frappa le dos des femmes, qui eurent des enfants dix mois lunaires plus tard.
    Vue plongeante dans le puits de sondage éclairé, ouvert pour explorer la salle voûtée en contrebas.
    La fête survécut longtemps à la christianisation. À la fin du Ve siècle, vers 495, le pape Gélase Ier rédigea un écrit pour s'opposer à sa célébration, qui disparut ensuite. On a souvent affirmé que la fête chrétienne de la Purification de la Vierge, la Chandeleur, avec ses processions de cierges, avait été instituée pour remplacer les Lupercales ; ce lien, populaire, reste discuté par les historiens.
    Registre de caissons mosaïqués encadrant la base de la coupole.

     
 
 
. Aux origines : l’hypothèse de la Déesse Louve voir cet article  Italie Lupa capitolina La fin d un mythe

C'est une énigme que les Romains se posaient déjà eux-mêmes. En latin, lupa veut dire « louve », mais c'est aussi un mot d'argot pour désigner une prostituée. Le lieu de prostitution s'appelait d'ailleurs le lupanar, littéralement le « repaire des louves ».

La version légendaire. Les jumeaux Romulus et Rémus, fils de la vestale Rhéa Silvia et du dieu Mars, sont abandonnés dans un panier sur le Tibre sur l'ordre du roi Amulius. Le panier s'échoue au pied du Palatin, près du figuier Ruminal et de la grotte du Lupercal. Une louve les allaite, un pic-vert (oiseau de Mars) les nourrit, puis le berger Faustulus les recueille et les élève avec sa femme, Acca Larentia.

La version « rationnelle ». Dès l'Antiquité, certains auteurs ont proposé une explication plus terre à terre. Tite-Live la rapporte au début de son Histoire romaine (livre I, 4) : selon certains, Acca Larentia se prostituait et les bergers l'appelaient lupa, et de là serait née la fable de la louve. Plutarque, dans sa Vie de Romulus, mentionne la même hypothèse. Le prodige divin devient alors un simple jeu de mots.

Alors, femme ou animal ? Les historiens ne tranchent pas, et la question n'a sans doute pas de réponse.

  • Pour l'animal : le loup est l'animal de Mars, père des jumeaux, donc la louve s'inscrit parfaitement dans le mythe. Il existe des récits comparables ailleurs, comme Cyrus, le roi perse, nourri par une chienne selon Hérodote. Les Romains eux-mêmes vénéraient l'animal, avec la fête des Lupercales et la grotte du Lupercal.
  • Pour la femme : le double sens de lupa est bien réel, et l'explication d'Acca Larentia est très ancienne. Mais elle ressemble fort à une tentative tardive de rendre le mythe « vraisemblable ». Elle a pu aussi être entretenue par les adversaires de Rome, pour se moquer d'une ville fondée par les fils d'une prostituée.

La plupart des spécialistes y voient donc surtout un mythe d'origine, où la louve est sacrée. L'interprétation « femme » serait une relecture savante ou moqueuse, pas la clé cachée de l'histoire.

Petit bonus : la Louve du Capitole. La célèbre statue de bronze des musées du Capitole a longtemps été considérée comme étrusque, du Ve siècle av. J.-C. Des analyses menées dans les années 2000, notamment au carbone 14, suggèrent plutôt qu'elle date du Moyen Âge (XIe-XIIe siècle), même si le débat n'est pas totalement clos. Quant aux jumeaux sous la louve, ils ont été ajoutés 


 
Certains auteurs voient dans ces mythes la réélaboration d'un culte plus archaïque, celui d'une Déesse Louve, grande mère nourricière, dont les prêtresses auraient été appelées lupae. Le mot désignera plus tard les prostituées de Rome, d'où le terme lupanar. Dans cette lecture, la louve du mythe aurait été, selon les versions rationalisantes déjà connues des Anciens, une simple femme, ou une prostituée : Tite-Live rapporte d'ailleurs que certains voyaient en Acca Larentia une lupa, une courtisane.
Ces interprétations s'inscrivent dans la lignée des travaux de Johann Jakob Bachofen, qui croyait discerner dans les mythes antiques la trace d'un matriarcat primitif. Elles doivent être considérées avec prudence : la théorie du matriarcat originel est aujourd'hui largement abandonnée par les historiens, et l'existence d'un culte italique de la prostitution sacrée n'est pas démontrée. Le double sens du mot lupa est en revanche bien attesté dans les textes.
 Du Lupercal à Sainte-Anastasie : la thèse du premier Noël
À quelques dizaines de mètres de la salle découverte en 2007 s'élève la basilique Sainte-Anastasie, l'une des plus anciennes églises de Rome et la première construite sur le Palatin, face au Cirque. Elle fut fondée au IVe siècle ; la tradition la rattache à Anastasia, demi-sœur de l'empereur Constantin. Aux premiers siècles chrétiens, elle occupait un rang important, comme église liée à la cour impériale.
Dans La Casa di Augusto. Dai « Lupercalia » al Natale (2008), Andrea Carandini a proposé une thèse audacieuse : Noël aurait été célébré pour la première fois le 25 décembre dans cette église, construite pour christianiser un lieu chargé de mémoire païenne. Le Palatin aurait ainsi vu se succéder des naissances et des fondations, de Romulus à Auguste, puis au Christ. Angelo Bottini a jugé cette hypothèse « évocatrice et cohérente », tout en soulignant qu'il faudrait découvrir des structures du Lupercal sous l'église pour l'étayer.
« L'église fut construite pour christianiser ces lieux de culte païens. Il était tout à fait logique d'ériger une église à proximité. » (Andrea Carandini)
Quelques faits sont établis. La date du 25 décembre pour la naissance du Christ est attestée à Rome dans le calendrier de 354, qui renvoie à l'année 336. Elle coïncidait avec la fête du Soleil invaincu (Natalis Solis Invicti), associée à l'empereur Aurélien. À partir du Ve siècle, les papes célébrèrent régulièrement à Sainte-Anastasie la deuxième des trois messes de Noël, celle de l'aurore, entre la messe de la nuit à Sainte-Marie-Majeure et celle du jour à Saint-Pierre. Le concile de Nicée, en 325, ne fixa pas la date de Noël, mais celle de Pâques. L'idée d'une première messe de Noël célébrée à Sainte-Anastasie reste une hypothèse séduisante, non démontrée.
Certains auteurs, comme Paolo Casolari, vont plus loin et y voient une véritable substitution voulue par Constantin, la naissance du Christ dans la grotte de Bethléem venant recouvrir la mémoire de la grotte romaine des jumeaux. Ils s'étonnent aussi que le Lupercal demeure enfoui et que l'Église évoque peu ce passé. Ces interprétations relèvent de l'essai plus que de la démonstration historique, mais elles montrent la force symbolique que conserve ce lieu.
 Conclusion. État actuel de la question
Le débat reste ouvert. La salle de 2007 est indéniablement une découverte importante : une rotonde impériale richement décorée, qui témoigne du faste des palais du Palatin. Ses partisans rappellent qu'une partie seulement en est connue, que l'absence de louve ne prouve rien et que son emplacement, entre le Cirque et le pied du Palatin, près du palais d'Auguste, reste cohérent avec l'idéologie augustéenne. Mais les objections accumulées par La Regina, Zevi, von Hesberg et Coarelli, puis synthétisées par Vuković, pèsent lourdement contre l'identification.
Objection
Détail
Topographie
La cavité est trop haute sur la pente du Palatin et trop éloignée du Cirque Maxime
Repères antiques
Denys situe le Lupercal par rapport au temple de la Victoire, plus à l’ouest, et non par rapport au temple d’Apollon
Hydrologie
Le mythe suppose la proximité d’une zone inondable par le Tibre
Style
Le décor (mosaïques, coquillages, aigle) est typique d’un nymphée impérial
Chronologie
Le décor semble dater du début de l’Empire, peut-être de l’époque néronienne
Continuité du culte
La salle fut enfouie sous le palais flavien, alors que le Lupercal fonctionnait encore à la fin de l’Antiquité
Preuves cultuelles
Aucune inscription, aucun dépôt votif, aucun élément liturgique archaïque

 
La formulation la plus prudente, et probablement la plus exacte, serait donc la suivante :
Le Lupercal est un sanctuaire connu par les textes, situé au pied sud-ouest du Palatin, près du Cirque Maxime et de l'actuelle église Sant'Anastasia. Sa localisation archéologique précise reste non démontrée. La salle découverte en 2007 sous le palais d'Auguste, bien qu'exceptionnelle, est plus probablement un nymphée impérial que le Lupercal lui-même. Seule une fouille complète permettrait de trancher définitivement.
   


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