Danemark et Norvège Camouflage Blindés et softkins 1935 1940

Article écrit par : Claude Balmefrezol

Mis en ligne le 25/08/2026 à 21:54:52



Danemark et Norvège  Camouflage Blindés et softkins 1935 1940
 
Tableaux générés par l' IA sur mes indications
 
Les Blindés et Softskins  Danois et Norvégiens 1930 — 1940 Matériels, doctrines et engagements lors de l'Operation Weseruebung
Introduction
Le 9 avril 1940, l'Allemagne nazie déclencha l'Unternehmen Weserübung une offensive simultanée contre le Danemark et la Norvège. Cette campagne, première grande opération amphibie et aéroportée de la Seconde Guerre mondiale, allait tester la valeur de deux armées nordiques aux ressources limitées face à la puissance de la Wehrmacht.
Le Danemark et la Norvège partageaient plusieurs caractéristiques communes : des budgets militaires chroniquement insuffisants durant les années 1930, des traditions de neutralité ancrées dans leur culture politique, et une dépendance vis-à-vis d'importations de matériels militaires faute d'industries d'armement suffisamment développées.
Pourtant, leurs situations géographiques, leurs doctrines militaires et leurs équipements différaient considérablement. Le Danemark, pays de plaines, pouvait théoriquement déployer des véhicules blindés sur un terrain favorable. La Norvège, pays de fjords, de montagnes et de forêts denses, imposait des contraintes topographiques radicalement différentes qui influencèrent profondément la composition de ses forces motorisées.
Ce document présente un inventaire détaillé des blindés, des véhicules de reconnaissance et des softskins ayant servi sous les cocardes danoise et norvégienne, ainsi qu'une analyse de leur emploi lors de la campagne d'avril-juin 1940.
Les Forces Blindées et Motorisées Danoises
L'armée danoise a été rapidement submergée le 9 avril 1940 lors de l'invasion allemande de l'Opération Weseruebung
Contexte et forces
Le Danemark avait signé un pacte de non-agression avec l'Allemagne nazie en 1939 pour préserver sa neutralité. 
L'armée disposait d'effectifs réduits, de quelques canons antichars et de fusils-mitrailleurs Madsen.Les troupes étaient stationnées en infériorité numérique face à la Wehrmacht. 

L'invasion du 9 avril 1940
L'attaque allemande contre le Danemark débuta dans la nuit du 8 au 9 avril 1940. Des soldats allemands débarquèrent de transports déguisés en navires marchands dans le port de Copenhague, tandis que des colonnes blindées traversaient la frontière du Slesvig-Holstein.
La résistance danoise, bien que symboliquement importante, dura moins de six heures. Le roi Christian X et le gouvernement danois choisirent de capituler rapidement pour éviter des pertes civiles inutiles, persuadés que toute résistance prolongée était vaine face à la supériorité écrasante de la Wehrmacht.
Les véhicules blindés danois — les deux Vickers m/34 et quelques automitrailleuses L-181 — furent engagés dans plusieurs escarmouches. À Copenhague, des chars allemands Panzer I et II butèrent brievement sur des positions défensives danoises. Les combats les plus intenses eurent lieu près de la caserne de Svanemollen et sur l'axe Flensbourg-Copenhague, ou des automitrailleuses L-181 tentèrent de ralentir l'avance allemande.
Le bilan militaire fut éloquent : environ 16 soldats danois tombèrent lors de ces brefs combats, contre une trentaine de pertes allemandes. La totalité des véhicules blindés danois fut capturée en état de marche, certains étant intégrés dans des unités allemandes de formation.. 
 Contexte Stratégique et Doctrine
Le Danemark de l'entre-deux-guerres était gouverné par des coalitions de centre-gauche profondément pacifistes. Les dépenses militaires furent comprimées au minimum, et l'armée danoise (Haeren) souffrit d'un sous-investissement chronique tout au long des années 1920 et 1930.
La géographie danoise — une péninsule et un archipel d'îles plats, aux frontières terrestres avec l'Allemagne au sud — rendait toute défense en profondeur quasiment impossible. La doctrine militaire danoise reposait sur l'idée d'une résistance symbolique suffisante pour démontrer la violation de la neutralité, plutôt que sur une véritable stratégie de défense nationale.
Cette posture défensive minimale eut des conséquences directes sur les acquisitions en matériels blindés. Les quelques véhicules blindés disponibles en 1940 étaient dispersés entre plusieurs unités, sans concentration suffisante pour constituer une force de frappe cohérente. La motorisation de l'infanterie restait également très partielle.
En avril 1940, l'Armée royale danoise (Hæren) est une force de faible effectif, construite pour la défense territoriale passive. Non mobilisée pour éviter de provoquer l'Allemagne, elle compte environ 14 500 à 15 000 hommes sous les drapeaux le jour de l'invasion (bien que sa réserve théorique totale s'élève à près de 30 000 hommes). 
Organisation générale
L'armée de terre est articulée autour de deux divisions principales qui se partagent le territoire :
La Division de Nouvelle-Zélande (Sjælland) : Chargée de la défense des îles orientales et de la capitale, Copenhague. Elle intègre notamment le régiment d'élite de la Garde royale (Den Kongelige Livgarde). 
La Division du Jutland (Jylland) : Déployée sur la péninsule continentale face à la frontière allemande. C'est elle qui subira l'essentiel des combats terrestres à l'aube du 9 avril.
Équipements et armement
Bien que dotée d'équipements de bonne facture, l'armée souffre d'un manque criant de matériel lourd et de blindés :
Infanterie : Les soldats utilisent principalement le fusil Krag-Jørgensen et l'excellent fusil-mitrailleur léger Madsen. Fait notable, de nombreuses sections de reconnaissance se déplacent à bicyclette ou à moto (souvent des motos Nimbus équipées de side-cars).
Artillerie et antichar : Le Danemark aligne des canons antichars de 20 mm et 37 mm conçus par l'entreprise locale Madsen. Ils se révèlent efficaces contre les premières voitures blindées allemandes au Jutland, mais restent insuffisants en nombre.
Blindés : L'armée ne dispose d'aucun char d'assaut. Elle ne possède que quelques automitrailleuses légères (comme les Landsverk L-180).
Forces aériennes et navales (Forces de soutien)
L'Aviation militaire (Hærens Flyvertropper) : Elle compte une soixantaine d'avions obsolètes (principalement des chasseurs Fokker D.XXI et des biplans de reconnaissance). La quasi-totalité de l'aviation est détruite au sol à la base de Værløse dès les premières minutes de l'attaque allemande.
La Marine royale (Søværnet) : Principalement côtière, elle aligne quelques navires de défense côtière, des torpilleurs et des sous-marins. Elle reçoit l'ordre strict de ne pas engager le combat lors du débarquement allemand dans les ports.

Les Véhicules Blindés Danois
Panservogn m/16 — Char Schneider CA1 (modifié)
L'armée danoise conservait en service quelques chars Schneider CA1 de fabrication française acquis après la Première Guerre mondiale. Bien que complètement obsolètes en 1940, ces engins lourds étaient encore recensés dans les inventaires danois, servant principalement à la formation des équipés.
Caractéristique
Valeur
Origine
Schneider (France), modèle 1916
Type
Char lourd d'infanterie (obsolète)
Armement
Canon de 75 mm court + mitrailleuses Hotchkiss
Blindage
11 à 24 mm
Poids
13,5 tonnes
Vitesse maximale
8 km/h
Équipage
6 hommes
Motorisation
Schneider 55 ch
Statut en 1940
Hors de combat / instruction uniquement
Panservogn m/25 — Char Renault FT modernisé
Le Renault FT fut le char le plus répandu dans les armées européennes de l'entre-deux-guerres. Le Danemark en acquit un petit nombre dans les années 1920, modifiés pour recevoir des armements danois et maintenus en service jusqu'en 1940. Leur valeur combative était nulle face aux blindés allemands modernes.
Caractéristique
Valeur
Origine
Renault (France), modèle 1917
Type
Char léger d'infanterie
Armement
Mitrailleuse Madsen 8 mm (remplacement danois)
Blindage
6 à 22 mm
Poids
6,5 tonnes
Vitesse maximale
7,7 km/h
Équipage
2 hommes
Motorisation
Renault 4 cylindres, 35 ch
Nombre en service (1940)
Environ 10 exemplaires opérationnels
Panservogn m/34 — Char Vickers 6 tonnes (Type B)
Le Vickers 6 tonnes, également connu sous le nom de Vickers Mk.E, fut l'un des chars les plus vendus dans le monde durant les années 1930. Le Danemark en acquit un petit lot dans la version biplace à tourelle unique (Type B), armé d'un canon de 47 mm. Il représentait le matériel blindé le plus moderne de l'armée danoise en 1940.
Caractéristique
Valeur
Origine
Vickers-Armstrong (Royaume-Uni)
Désignation
Vickers Mk.E Type B / Panservogn m/34
Armement principal
Canon de 47 mm + mitrailleuse coaxiale 8 mm
Blindage
8 à 25 mm
Poids
7,2 tonnes
Vitesse maximale
35 km/h
Équipage
3 hommes
Motorisation
Armstrong-Siddeley 88 ch
Nombre en service (1940)
2 exemplaires opérationnels
Ces deux Vickers m/34 constituèrent les seuls chars modernes de l'armée danoise. Ils furent engagés lors des brefs combats du 9 avril 1940 à Copenhague et à la frontière sud du Jutland, sans pouvoir influencer l'issue de la bataille.
Automitrailleuses Landsverk L-181 et L-182
Le Danemark commanda en 1937 auprès du constructeur suédois Landsverk une série d'automitrailleuses modernes à roues. Les modèles L-181 (4 roues motrices) et L-182 furent livrés en 1938-1939 et représentaient l'équipement le plus moderne de la cavalerie danoise.
Caractéristique
Valeur
Origine
Landsverk AB (Suède)
Modèles
L-181 (4x4) et L-182 (variante)
Armement
Canon Madsen de 20 mm + mitrailleuse 8 mm
Blindage
6 à 14 mm
Poids
5,8 tonnes
Vitesse maximale
80 km/h
Équipage
4 hommes
Motorisation
Ford V8 95 ch
Nombre livré
12 exemplaires (L-181) + quelques L-182
Dotées d'un canon automatique Madsen de 20 mm d'une grande cadence de tir, ces automitrailleuses étaient théoriquement capables d'engager les véhicules blindés légers allemands. Lors du 9 avril 1940, plusieurs L-181 participèrent aux combats retardateurs sur la route de Copenhague, infligeant quelques pertes à l'infanterie motorisée allemande avant d'être submergées.
Tankettes Carden-Loyd Mk.VI
Comme de nombreuses armées européennes, le Danemark avait acquis des tankettes Carden-Loyd dans les années 1920. Utilisées pour la formation et la reconnaissance, ces engins extrêmement légers n'avaient aucune valeur combative en 1940.
Caractéristique
Valeur
Origine
Carden-Loyd Carriages Ltd (Royaume-Uni)
Type
Tankette / porteur de mitrailleuse
Armement
Mitrailleuse Madsen 8 mm
Blindage
6 à 9 mm
Poids
1,5 tonne
Vitesse maximale
45 km/h
Équipage
2 hommes
Nombre en service
6 à 8 exemplaires
Les Softskins Danois 
Le parc de véhicules motorisés non blindés de l'armée danoise reflétait l'économie et l'industrie du pays : peu développé en matériel spécifiquement militaire, il reposait largement sur des réquisitions de véhicules civils et des importations étrangères.
Véhicules de liaison et de commandement
L'armée danoise utilisait principalement des voitures civiles réquisitionnées pour ses missions de liaison. Quelques modèles spécifiquement militarisés complétaient cette flotte disparate :
Ford V8 modèle 1937-1939 : véhicule de commandement d'officiers, le plus répandu
Chevrolet 4x2 commercial : voiture de liaison d'état-major
Harley-Davidson et Indian : motocyclettes de liaison entre unités
Nimbus 750 cm3 : motocyclette danoise produite par la firme Fisker & Nielsen, utilisée par la cavalerie et les transmissions
Camions et transport logistique
Le transport des troupes et du matériel reposait sur un parc hétérogène de camions civils réquisitionnés et de quelques véhicules militaires importés :
Ford Canada 1,5 tonne : camion standard de transport de troupes et de ravitaillement
Général Motors/Chevrolet 3 tonnes : camion logistique pour munitions et carburant
Reo Speed Wagon : camion américain utilisé par l'artillerie pour le transport de pièces
Thornycroft Duro : camion britannique du service médical
Tracteurs agricoles Bukh et Lanz réquisitionnés : utilisés pour le remorquage d'urgence
Tracteurs d'artillerie
L'artillerie de campagne danoise utilisait principalement des tracteurs de fabrication étrangère pour déplacer ses pièces. La dépendance vis-à-vis d'équipements importés constituait une vulnérabilité logistique :
Citroën-Kegresse P17 : demi-chenille léger, utilisé pour les pièces de 75 mm
Latil TAR : tracteur 4x4 français, présent en petit nombre dans l'artillerie de campagne
Réquisitions civiles : tracteurs Fordson et Ferguson adaptés pour le remorquage d'urgence en mai 1940
Les Forces Blindées et Motorisées Norvégiennes
2.1 Contexte Géographique et Doctrine
La Norvège présente l'un des terrains les plus difficiles d'Europe pour l'emploi des blindés. La majeure partie du territoire est occupée par des montagnes, des fjords, des forêts denses et des vallées étroites ou la neige persiste plusieurs mois par an. Ces contraintes topographiques conditionnaient radicalement la doctrine militaire norvégienne.
L'armée norvégienne (Haer) organisait sa défense autour de six divisions d'infanterie renforcées par des unités de ski et de montagne. Les véhicules blindés n'y jouaient qu'un rôle très marginal : le terrain rendait leur déploiement impossible dans la plupart des scénarios envisagés, et les budgets militaires, déjà modestes, étaient prioritairement alloués à l'artillerie de montagne et à l'infanterie lourde.

La motorisation de l'armée norvégienne était également limitée. Sur les routes souvent enneigées et étroites des vallées scandinaves, les chevaux et les traîneaux à skis restaient des moyens de transport essentiels, complémentaires aux quelques véhicules motorisés disponibles.L'armée norvégienne en 1940 reposait sur un système de conscription territoriale. Au moment de l'invasion allemande le 9 avril 1940, elle ne comptait que 15 000 hommes actifs, mais sa mobilisation théorique totale pouvait atteindre 100 000 hommes.
En raison d'une décision tardive et confuse du gouvernement, la mobilisation générale fut décrétée de manière partielle et par courrier, ce qui fit que seulement 55 000 soldats norvégiens parvinrent réellement à rejoindre les combats.
Structure et répartition des 6 divisions territoriales
Le pays était découpé en 6 régions militaires, chacune devant lever une brigade transformée en division d'infanterie. Un régiment d'infanterie norvégien était massif pour l'époque, comptant environ 3 750 hommes.

 

Unité / Division

Quartier général

Zone de défense assignée

Particularités notables

1re Division

Halden

Sud-Est (Frontière suédoise)

Rapidement encerclée ou acculée vers la Suède.

2e Division

Oslo

Région de la Capitale & Sud

Comprend la Garde Royale et un régiment de cavalerie.

3e Division

Kristiansand

Secteurs de Bergen et Trondheim

Fait face aux débarquements côtiers immédiats.

4e Division

Bergen

Région de Namsos / Ouest

Essentiellement de l'infanterie de montagne.

5e Division

Trondheim

Région de Narvik / Centre

Dispose d'un bataillon de pionniers.

6e Division

Harstad

Nord (Bodø et au-delà)

Commandée par le général Carl Fleischer ; l'unité la mieux préparée, clé de la victoire temporaire à Narvik.

Les forces aériennes (940 hommes)
L'aviation n'était pas encore une armée indépendante et restait divisée entre l'Armée de terre (Hærens Flyvevaaben) et la Marine (Marinens Flyvevaaben). Sur les 76 avions de combat disponibles, la majorité était obsolète : 
11 chasseurs Gloster Gladiator opérationnels (qui tentèrent courageusement de défendre Oslo).
Des dizaines de biplans Fokker d'ancienne génération.
À noter : La Norvège avait commandé de modernes Curtiss P-36 Hawk aux États-Unis. Bien que 19 aient été livrés, aucun n'était opérationnel le jour de l'attaque.

Les forces navales (5 200 hommes)
Bien que disposant de 113 navires, la flotte était principalement constituée de petites unités légères ou de navires vieillissants : 
2 cuirassés côtiers (le Norge et l'Eidsvold), construits en 1899 et coulés dès les premières heures à Narvik.
 contre-torpilleurs (destroyers) et 17 torpilleurs.
11 mouilleurs de mines (dont le moderne Olav Tryggvason) et 9 sous-marins.
58 bateaux de patrouille côtière, qui étaient pour la plupart des navires de pêche réquisitionnés et armés à la hâte

Faits marquants
Bataille de Drøbak : Les forces norvégiennes ont réussi l'exploit de couler le croiseur lourd allemand Blücher dans le fjord d'Oslo le 9 avril 1940. Cela a retardé l'occupation d'Oslo et permis d'évacuer le roi et le gouvernement. 
Soutien des Alliés : Les troupes franco-britanniques et polonaises sont venues prêter main-forte aux Norvégiens, notamment à Narvik.
Fin des combats : Face à la défaite en France, les Alliés ont dû évacuer la Norvège en juin 1940, forçant l'armée norvégienne à cesser le combat sur son territoire

 La Campagne de Norvège  Avril à Juin 1940
L'invasion allemande de la Norvège, simultanée à celle du Danemark, débuta le 9 avril 1940 avec des débarquements amphibies et des atterrissages de parachutistes aux points stratégiques clés : Oslo, Bergen, Trondheim, Stavanger et Narvik. La rapidité et la simultanéité des assauts sidérèrent le commandement norvégien.
Contrairement au Danemark, la Norvège choisit de résister. Le roi Haakon VII et le gouvernement évacuèrent Oslo dans les premières heures et appellerent à une résistance nationale. Cette décision transforma une campagne qui aurait pu durer quelques jours en un conflit de deux mois.
Les forces norvégiennes, appuyées à partir du 14 avril par des expéditions alliées (britanniques, françaises, polonaises), livrerent des combats particulièrement acharnés dans plusieurs secteurs :
Vallée de Gudbrandsdalen : combats retardateurs acharnés du 14 au 30 avril, ou les automitrailleuses norvégiennes et les Bren Carriers alliés tentèrent de freiner l'avance allemande vers Trondheim
Narvik : après la capture de la ville par les Allemands, les forces alliées et norvégiennes la reprirent le 28 mai 1940 — seule victoire terrestre alliée de la campagne — avant de l'évacuer
Région de Hegra : le fort de Hegra résista jusqu'au 5 mai 1940, tenu par une garnison réduite utilisant ses quelques véhicules motorisés pour le ravitaillement
Finnmark et Nord-Norvège : les dernières unités norvégiennes capitulèrent le 10 juin 1940, après l'évacuation française et britannique

Les véhicules blindés norvégiens jouèrent un rôle très marginal dans cette campagne dominée par l'infanterie, l'artillerie de montagne et la puissance aérienne allemande (Luftwaffe). Les quelques automitrailleuses Landsverk disponibles furent rapidement débordées ou détruites lors des premiers jours de combat.
 


Les Véhicules Blindés Norvégiens

Pansret bil — Automitrailleuse Landsverk L-120
La Norvège acquit auprès du constructeur suédois Landsverk plusieurs automitrailleuses du type L-120 dans les années 1930. Ces véhicules à roues, conçus pour les routes européennes, étaient théoriquement adaptés aux routes principales norvégiennes mais incapables de se déployer hors des grands axes routiers.
Caractéristique
Valeur
Origine
Landsverk AB (Suède)
Type
Automitrailleuse 4x4
Armement
Mitrailleuse Colt M/29 de 7,92 mm (x2)
Blindage
6 à 12 mm
Poids
4,5 tonnes
Vitesse maximale
75 km/h
Équipage
4 hommes
Motorisation
Ford V8 90 ch
Nombre en service (1940)
6 exemplaires
 
Ces six automitrailleuses constituèrent pratiquement l'intégralité des forces blindées norvégiennes en 1940. Elles furent engagées lors de la campagne dans la vallée d'Osterdalen et autour de Lillehammer pour tenter de ralentir l'avance des forces alpines allemandes.
Pansret bil — Automitrailleuse de fabrication locale
Face à l'insuffisance de ses dotations en véhicules blindés importés, la Norvège improvisa quelques véhicules blindés de fortune en blindant des camions civils avec des plaques d'acier. Ces réalisations artisanales, produites en très petit nombre dans des ateliers militaires, ne possédaient qu'une valeur combative très limitée mais témoignent de l'ingéniosité des soldats norvégiens face à l'urgence.
Caractéristique
Valeur
Type
Véhicule blindé improvisé sur châssis civil
Base
Camion Ford ou Chevrolet 4x2
Blindage
Plaques d'acier rivetées, 4 à 8 mm
Armement
Mitrailleuse Colt ou Hotchkiss 7,92 mm
Nombre réalisé
Moins de 10 exemplaires, production artisanale
Utilisation
Points fixes, convois, patrouilles
Valeur combative
Très limitée
 
Tracteurs chenilles Bren Carrier (livraisons britanniques)
Lors de l'intervention britannique en Norvège à partir d'avril 1940, des Universal Carriers (Bren Carriers) furent délivrés aux forces norvégiennes et britanniques opérant conjointement. Ces transporteurs de troupes chenilles, bien qu'adaptés au terrain difficile, arrivèrent trop tardivement et en nombre insuffisant pour changer le cours de la campagne.
Caractéristique
Valeur
Origine
Royaume-Uni (livraison alliée)
Type
Transporteur de troupes chenille léger
Armement
Mitrailleuse Bren .303 ou antichars Boys
Blindage
7 à 10 mm
Poids
3,75 tonnes
Vitesse maximale
48 km/h
Équipage
2 à 4 hommes
Motorisation
Ford V8 85 ch
Nombre livré en Norvège
Environ 30 à 50 exemplaires (toutes forces alliées)
 Les Softskins Norvégiens
L'armée norvégienne dépendait d'un parc motorisé hétérogène, largement constitué de réquisitions civiles. L'industrie automobile norvégienne étant quasi inexistante, l'ensemble des véhicules militaires provenait de fabricants britanniques, américains ou suédois.
Véhicules de liaison
Les missions de liaison et de commandement étaient assurées par une grande variété de véhicules civils réquisitionnés. L'absence de standardisation compliquait considérablement la maintenance et le ravitaillement en pièces détachées :
  • Ford V8 Eifel et modèles américains 1936-1939 : voitures de commandement et de liaison
  • Volvo PV36 Carioca : berline suédoise fréquemment réquisitionnée comme véhicule d'officiers
  • Harley-Davidson WLA et BSA M20 : motocyclettes de liaison, essentielles sur les routes de montagne
  • Vélo à moteur Husqvarna : utilisé pour les liaisons courtes en terrain difficile
Camions de transport et logistique
Le transport de troupes et de matériels reposait sur un parc disparate de camions civils et militaires. Les difficultés des routes norvégiennes en hiver et au printemps imposaient l'utilisation de véhicules robustes à forte garde au sol :
  • Ford Canada 3 tonnes : camion utilitaire standard pour le transport de troupes
  • Chevrolet 157 et 1533 : camions américains utilisés pour la logistique
  • Volvo LV 66 et LV 93 : camions suédois appréciés pour leur robustesse en terrain nordique
  • Dodge WC : véhicule tout-terrain américain (quelques exemplaires, livraison 1940)
  • Réquisitions de camions civils Scania-Vabis et Mercedes-Benz
Véhicules de montagne et de neige
L'extrême spécificité du terrain norvégien imposait des solutions de transport qui n'avaient pas d'équivalent dans les armées d'Europe occidentale. L'armée norvégienne maintenait un parc de véhicules spécialisés pour opérations en conditions hivernales et montagneuses :
  • Traîneaux à cheval : principaux moyens de transport logistique dans les régions non desservies par routes
  • Raquettes et pulkas (traîneaux de ski) : transport d'équipements légers pour les unités de ski
  • Motoneige Oversnow : quelques prototypes expérimentaux testés par l'armée pour la liaison
  • Bulldozer réquisitionné : utilisé pour dégager les routes des cols en cas de neige
  • Tracteurs Lanz Bulldog à pneus ballonnés : capables de circuler sur certains terrains enneigés
Tracteurs d'artillerie
L'artillerie de montagne norvégienne — principal atout de l'armée — nécessitait des solutions de traction adaptées aux pentes et aux étroites routes de montagne. Les tracteurs classiques ne pouvant s'aventurer hors des grands axes, l'artillerie légère était souvent portée à dos de mulet ou démontée pour être transportée à dos d'homme :
  • Citroën-Kegresse P17 : demi-chenille utilisé pour l'artillerie sur les axes routiers principaux
  • Holf & Sontum : tracteur semi-chenille de fabrication locale, adapté aux conditions norvégiennes
  • Attelages de chevaux et de mulets : nécessaires sur tous les terrains hors route
  • Réquisitions de tracteurs agricoles Fordson : pour les lignes de ravitaillement arrière
Analyse Comparative et Bilan
Tableau Comparatif des Deux Armées
Le tableau suivant synthétise les principales caractéristiques des forces blindées et motorisées danoises et norvégiennes en avril 1940, en comparaison avec quelques données allemandes pour contextualiser les rapports de force.
 
Critère
Danemark
Norvège
Allemagne (référence)
Chars et automitrailleuses (total)
~20 tous types
~8 tous types
~2 500 (campagne Danemark/Norvège)
Véhicule blindé principal
Landsverk L-181
Landsverk L-120
Panzer I, II et III
Armement antichar efficace
Canon Madsen 20 mm
Nécessaire antichars Boys (.55)
Canon de 37 mm (Pak 35/36)
Motorisation infanterie
Partielle (~30%)
Très limitée (~15%)
Très élevée (Divisions blindées)
Durée de résistance
6 heures
62 jours
N/A
Pertes en véhicules blindés
Totalité capturée
Quasi-totalité détruite
Modestes
Terrain principal de combat
Plaines et côtes
Montagnes et fjords
Routes et villes
Spécificités et Contraintes Comparées
Le Danemark : une défense impossible
La position stratégique du Danemark rendait toute défense sérieuse quasiment illusoire. Frontière terrestre commune avec l'Allemagne, territoire plat sans obstacle naturel majeur, profondeur stratégique nulle : le royaume danois n'avait aucun avantage géographique sur lequel appuyer une résistance prolongée.
Malgré cela, l'acquisition récente des automitrailleuses Landsverk L-181 armées de canons automatiques de 20 mm montrait une volonté de modernisation réelle, bien qu'insuffisante. Si le gouvernement danois avait opté pour la résistance, ces véhicules auraient pu infliger des pertes sensibles à l'infanterie motorisée allemande sur les routes étroites du Jutland.
La Norvège : le terrain comme allié principal
La géographie norvégienne compensa partiellement la faiblesse des forces blindées nationales. Les fjords profonds, les cols enneigés et les vallées étroites annulaient en grande partie la supériorité mécanique allemande. Dans ces conditions, les divisions d'infanterie de montagne norvégiennes purent résister beaucoup plus longtemps qu'attendu.
L'absence presque totale de blindés nationaux fut compensée par un armement antichar efficace : les fusils antichars Boys de calibre .55 pouce, bien que lourds et peu maniables, pouvaient pénétrer le blindage des Panzer I et II allemands à courte portée. Les canons de 37 mm Bofors, pièces d'artillerie légere antichars, jouèrent également un rôle important lors de certains combats de chars.
L'Influence des Livraisons Alliées
La campagne de Norvège fut la première opération d'envergure ou les Alliés tentèrent de combiner leurs forces avec celles d'un pays envahi. Britanniques, Français et Polonais débarquèrent en Norvège à partir du 14 avril 1940, apportant avec eux du matériel dont l'armée norvégienne manquait cruellement.
  • Bren Carriers britanniques : fournis aux unités norvégiennes dans la région de Lillehammer et Andalsnes
  • Chars Matilda I (quelques exemplaires) : engagés lors des combats autour de Trondheim par des unités britanniques
  • Canons antichars de 2 livrés (40 mm) : livrés aux positions défensives norvégiennes
  • Véhicules tout-terrain Morris-Commercial : intégrés dans la logistique des forces alliées et norvégiennes
Ces apports, bien que significatifs, arrivèrent trop tardivement et en quantités trop limitées pour modifier l'issue de la campagne. La supériorité aérienne allemande, notamment grâce aux bombardiers en piqué Ju-87 Stuka et aux chasseurs Bf-109, neutralisait régulièrement les concentrations de véhicules alliés et norvégiens.
Leçons de la Campagne Scandinave
Les campagnes de Danemark et de Norvège offrirent de précieuses leçons pour la suite du conflit, tant pour les Alliés que pour les Allemands :
  • Importance de la surprise stratégique : le simultanéité des attaques et la rapidité d'exécution de l'Opération Weseruebung laissèrent les défenseurs sans temps de réaction efficace
  • Supériorité aérienne décisive : la Luftwaffe joua un rôle déterminant en neutralisant les routes de communication, les ports et les positions d'artillerie, rendant la logistique alliée extrêmement difficile
  • Inadaptation des blindés conventionnels au terrain nordique : les Panzer allemands eux-mêmes eurent des difficultés considérables sur les routes de montagne norvégiennes, confirmant la doctrine norvégienne d'une défense basée sur le terrain plutôt que sur les blindés
  • Valeur de la résistance morale : la décision norvégienne de résister, contre toute logique militaire rationnelle, permit de retarder l'ennemi, de sauver une partie des forces et de maintenir un gouvernement en exil capable de continuer le combat
  • Nécessite d'une industrie de défense nationale : la dépendance totale vis-à-vis de matériels importés se révéla un handicap majeur des les premières heures du conflit
Héritage et Forces en Exil
Après la défaite, les gouvernements danois et norvégien suivirent des chemins très différents. Le Danemark accepta une occupation relativement douce jusqu'en 1943, avant de voir se développer une résistance active. La Norvège, avec son gouvernement en exil à Londres, maintint une contribution militaire significative aux côtés des Alliés tout au long de la guerre.
Les forces norvégiennes en exil reconstruisirent progressivement une armée modernement équipée de matériels britanniques et américains. La Brigade norvégienne libre, équipe de chars Valentine puis de Sherman, participa aux opérations en Afrique du Nord et en Europe. Plusieurs escadrilles norvégiennes de la Royal Air Force se couvrirent de gloire lors de la Bataille d'Angleterre et des opérations ultérieures.
Du côté danois, quelques centaines de soldats purent gagner la Suède ou la Grande-Bretagne pour continuer le combat. Des unités danoises libres furent constituées, équipés de matériels alliés, et participèrent à la libération de leur pays en mai 1945.
 
PARTIE IV — Inventaire Récapitulatif des Matériels
4.1 Blindés Danois en Service en Avril 1940
 
Désignation
Type
Nombre
Armement
Remarques
Panservogn m/16 (Schneider CA1)
Char lourd
~5
Canon 75 mm court
Obsolète / instruction
Panservogn m/25 (Renault FT)
Char léger
~10
Mitr. Madsen 8 mm
Très limité
Panservogn m/34 (Vickers 6t)
Char léger
2
Canon 47 mm
Modernes mais peu nombreux
Landsverk L-181
Automitrailleuse
12
Canon Madsen 20 mm
Plus récents et efficaces
Carden-Loyd Mk.VI
Tankette
6-8
Mitr. Madsen 8 mm
Obsolètes
 Blindés Norvégiens en Service en Avril 1940
 
Désignation
Type
Nombre
Armement
Remarques
Landsverk L-120
Automitrailleuse 4x4
6
Mitr. Colt 7,92 mm x2
Principaux blindés
Blindés improvisés (camions)
Véhicule blindé de fortune
<10
Mitr. légère
Valeur combative nulle
Bren Carrier (livraison alliée)
Transporteur chenille
30-50 (avec Alliés)
Bren / Boys antichars
Arrivée tardive
 
 Principaux Softskins des Deux Armées
 
Désignation
Type
Utilisateur
Armement
Remarques
Ford V8 (liaison)
Voiture de liaison
DK + NO
Véhicule le plus répandu
Nimbus 750 cm3
Motocyclette
DK
Production danoise nationale
Harley-Davidson / BSA M20
Motocyclette
DK + NO
Liaison rapide
Volvo LV 66/93
Camion 3t
NO
Robuste en terrain nordique
Ford Canada 1,5-3t
Camion transport
DK + NO
Standard logistique
Citroën-Kegresse P17
Demi-chenille
DK + NO
Tracteur artillerie léger
Traîneaux à cheval
Transport hivernal
NO principalement
Essentiel en Norvège
 
 
Conclusion
Les forces blindées et motorisées danoises et norvégiennes de la période 1930-1940 illustrent de façon saisissante le fossé entre les intentions défensives de petits États neutres et les moyens réellement disponibles pour les mettre en oeuvre. Prises au dépourvu par une agression qu'elles n'avaient pas su anticiper — ou qu'elles avaient choisie d'ignorer pour des raisons politiques — ces armées durent faire face à une machine de guerre parfaitement rodée avec des équipements datés et en nombre insuffisant.
La comparaison entre les deux pays est instructive : le Danemark, mieux équipé en blindés modernes mais géographiquement impossible à défendre, capitula en quelques heures. La Norvège, quasi dépourvue de véhicules blindés mais bénéficiant d'un terrain montagneux providentiel et d'une détermination politique sans faille, résista pendant deux mois entiers.
Ces campagnes confirmèrent plusieurs leçons majeures de la guerre mécanisée moderne : que les blindés, si efficaces dans les plaines d'Europe centrale et occidentale, pouvaient être neutralisés par un terrain adéquat et des tactiques appropriées ; que la motorisation de l'infanterie était une condition indispensable à la mobilité tactique ; et que la supériorité aérienne dominait désormais tous les autres facteurs sur un champ de bataille moderne.
L'héritage de ces combats de 1940 marque encore aujourd'hui les armées danoise et norvégienne, membres fondateurs de l'OTAN depuis 1949, dont les doctrines de défense nationale intègrent toujours les spécificités géographiques et climatiques héritées de ces heures dramatiques du printemps 1940.
 
   


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