URSS Les mines antichar soviétiques, 1941–1945

Article écrit par : Claude Balmefrezol

Mis en ligne le 18/08/2026 à 22:04:00



Les mines antichar soviétiques, 1941–1945
 

Parmi les armes défensives développées par l'Union soviétique durant la Grande Guerre patriotique, la mine antichar occupe une place à part. Peu coûteuse, rapide à fabriquer et à poser, elle a permis à l'Armée rouge de compenser, au moins partiellement, son infériorité initiale en blindés face à la Wehrmacht. Des centaines de millions d'unités ont été produites entre 1941 et 1945, posées aussi bien en défense statique  devant Moscou, à Koursk, sur les lignes de front figées  qu'en interdiction de terrain lors des replis et des offensives.
Ce dossier retrace l'évolution des principaux modèles employés durant le conflit, à partir de l'identification d'une pièce exposée au musée moscovite « Моторы войны » (Warmotors).
1. Une pièce de musée comme point de départ
La réflexion qui suit part de l'observation d'un objet présenté dans une vitrine du musée « Моторы войны », à Moscou, aux côtés d'une pelle de tranchée sanglée et d'un fanion rouge de signalisation. Il s'agit d'un disque plat évasé, à bords arrondis, percé d'un orifice cylindrique central, dans un matériau moulé brun craquelé évoquant la bakélite, la résine phénolique ou le bois verni.
Mais avant parlons des mines antichar
Rôle d'une mine antichar
Une mine antichar est une charge explosive enterrée ou posée au sol, conçue pour être déclenchée par le passage d'un véhicule blindé (généralement par pression de son poids, parfois par un capteur magnétique). Son objectif n'est pas nécessairement de détruire totalement le char, mais avant tout de :
Neutraliser sa mobilité — casser une chenille, endommager un train de roulement — pour l'immobiliser et l'exposer ensuite à l'artillerie ou à l'aviation
Canaliser les colonnes blindées ennemies vers des axes prévisibles, en les forçant à contourner les champs de mines
Ralentir une progression, en obligeant l'adversaire à déminer avant d'avancer, ce qui coûte du temps sous le feu
C'est une arme défensive peu coûteuse comparée à un canon antichar ou à un char, ce qui explique pourquoi elle a été produite et posée par centaines de millions durant la Seconde Guerre mondiale.
On peut placer des mine sde diverses facons mis le plus efficace pour bloquer une avanceé ets le bouchon  de mines
En langage militaire Un bouchon désigne un obstacle destiné à boucher, c'est-à-dire à barrer un axe de progression à l'ennemi — typiquement un champ de mines (mais aussi, plus largement, tout dispositif d'obstruction : destructions, hérissons tchèques, barrages).
Son rôle est de :
Interdire ou fermer un itinéraire précis (route, pont, col, gué) plutôt que de couvrir une vaste zone
Canaliser l'ennemi vers un axe alternatif, généralement préparé pour être pris sous le feu de l'artillerie ou de l'antichar
Retarder une progression le temps que les forces amies se replient, se réorganisent ou contre-attaquent
Dangers lors de la manipulation et de la pose
Armement prématuré : retirer la goupille de sécurité trop tôt ou faire tomber la mine peut déclencher le percuteur par choc.
Anti-manipulation : certains modèles (TM-38, TM-44) intègrent un second dispositif qui explose si on essaie de soulever ou de désamorcer la mine une fois posée — dangereux autant pour l'ennemi que pour ses propres troupes en cas d'erreur d'identification.
Vieillissement : l'humidité fait gonfler les corps en bois, fragilise les bakélites craquelées et rend les mécanismes de mise à feu imprévisibles avec le temps — un vrai danger pour le déminage tardif (mines abandonnées ou anciennes).
Plan de pose
Soit on pose en aveugle : enterrer sans repère précis multiplie le risque, pour ses propres troupes comme pour les civils, une fois la ligne de front déplacée.
C'est justement pour limiter ce dernier risque que l'enregistrement précis d'un champ de mines (report sur schéma) est une obligation militaire de base, reprise par les conventions internationales (protocole II de la Convention sur certaines armes classiques).

Schéma de minage type

 
Le principe : chaque champ est rattaché à deux points de repère fixes (bornes, arbres, coins de bâtiment) via une ligne de base mesurée. Chaque rangée de mines est ensuite référencée par son offset et son espacement depuis ces points — c'est cette « fiche de report » qui permet, des mois ou des années plus tard, de retrouver et déminer le champ avec précision plutôt qu'à l'aveugle.
Les mines Antichar Soviétiques par  ordre chronologique 

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L'industrie soviétique de l'armement a fait évoluer ses mines antichar tout au long du conflit, sous la double contrainte de l'efficacité contre des blindages de plus en plus épais et de la disponibilité fluctuante des matières premières — en particulier l'acier, réquisitionné en priorité pour les chars et l'artillerie.
La génération d'avant-guerre : TM-35 et TM-38

 
La TM-35, introduite en 1935, est la première mine antichar soviétique produite en série à grande échelle. De forme rectangulaire, à coque d'acier zingué, elle est munie d'une poignée de transport et d'une plaque de pression centrale surélevée. Une pression suffisante actionne un levier interne qui retire la goupille de sécurité d'un allumeur de type MUV, libérant le percuteur qui vient frapper le détonateur.
  • Charge explosive : blocs de TNT de 200 g (version TM-35M : jusqu'à 4 kg)
  • Coque : tôle d'acier zingué, poids total d'environ 5,2 kg dont 2,8 kg d'explosif
  • Allumeur : MUV, à percussion
  • Production interrompue pendant la guerre soviéto-finlandaise (1939–1940), ses performances étant jugées insuffisantes
La TM-38 lui succède avec une coque carrée et une large plaque de pression centrale renforcée de nervures.

Le principe de fonctionnement reste proche — un levier interne tire la goupille de l'allumeur MUV, qui percute le détonateur MD-2 — et le modèle peut recevoir divers dispositifs anti-manipulation. Correcte contre les véhicules légers, elle se révèle en revanche peu efficace contre les chars lourds de la seconde partie du conflit, ce qui conduit souvent à la compléter par des charges supplémentaires enterrées dessous.
2.2 Les mines circulaires à coque métallique : PMZ-40, TM-41, TM-44
Au tournant de 1940-1941, la pénurie d'acier et le besoin d'un modèle plus simple à produire font émerger une nouvelle silhouette : le disque métallique à plaque de pression circulaire, dérivé pour partie de la mine finlandaise Panssarimiina m/36 rencontrée lors de la guerre d'Hiver.
La PMZ-40, mine polyvalente à bord inférieur dentelé permettant sa pose sur la glace, en est la première incarnation. Sa plaque de pression, maintenue par des goupilles cisaillables, la rend toutefois dangereusement sensible

 elle peut se comporter comme une mine antipersonnel — et elle est rapidement remplacée.
La TM-41 qui lui succède standardise la formule : coque cylindrique en acier, toute la face supérieure servant de plaque de pression, poignée de transport latérale, allumeur MV-5 logé dans un puits central.

Une pression de l'ordre de 160 kg force les billes de verrouillage de l'allumeur à se dégager, libérant le percuteur qui déclenche le détonateur puis la charge relais et la charge principale.
Largement employée entre 1941 et 1942, la production de la TM-41 est cependant freinée par le manque récurrent de métal. La situation industrielle s'améliorant, elle est remplacée à partir de 1944 par la TM-44, un modèle plus lourd et à charge renforcée, très proche dans sa conception mais nécessitant une pression plus importante (140 à 260 kg) pour s'activer.

La TM-44 devient la principale mine antichar métallique de l'Armée rouge en fin de guerre, avant de céder la place, en 1946, à la TM-46 directement inspirée des Tellermines allemandes.
 Les mines à corps moulé : bois, carton bitumé et bakélite
Face aux mêmes tensions sur l'acier, l'Armée rouge développe en parallèle toute une famille de mines et de répliques d'instruction au corps non métallique — bois, carton bitumé ou matière moulée de type bakélite — de forme le plus souvent circulaire, avec un puits central destiné à recevoir l'allumeur. Cette conception présente un double avantage : elle économise le métal, et elle rend les mines beaucoup plus difficiles à repérer au détecteur électromagnétique, un atout tactique de premier plan.
La TMD-40, en caisse de bois rectangulaire contenant plusieurs blocs de TNT et un dispositif de mise à feu à bascule, est produite en masse à partir de 1940 en remplacement de la TM-39. Elle cède la place en 1942 à la YaM-5, plus compacte, puis, à partir de 1943-1944, aux modèles TMD-44 et TMD-B, qui reprennent le principe du coffre de bois mais avec un bouchon d'allumeur en bakélite remplaçant la planche centrale articulée — une amélioration destinée à limiter les blocages liés au gonflement du bois humide.
  • TMD-40 : coffre de bois, environ 5 à 7 kg dont 3,2 kg de TNT, pression de déclenchement 80 à 250 kg

     
  • YaM-5 : version compacte adoptée en 1942 pour remplacer la TMD-40
     

     
  • TMD-44 / TMD-B : coffre de bois à bouchon d'allumeur en bakélite, environ 9 à 10 kg dont 5 à 7 kg d'explosif, pression de 200 à 500 kg

     
C'est dans cette famille de mines à corps moulé, circulaires, à puits central, que s'inscrit le plus vraisemblablement l'objet photographié au musée « Моторы войны » : sa forme en disque évasé et son matériau moulé craquelé correspondent davantage à un couvercle ou à un corps de mine en bakélite ou en résine qu'à la coque métallique lisse d'une TM-41 ou d'une TM-44. Il pourrait également s'agir d'une réplique d'instruction inerte, utilisée pour la formation des sapeurs — une pratique courante dans les collections muséales pour présenter du matériel sans risque.
3. Emploi tactique et efficacité
Le minage antichar soviétique s'est distingué par son ampleur plus que par la sophistication de chaque engin pris isolément : des champs de mines denses, souvent associés à des obstacles antichars (fossés, hérissons tchèques, réseaux de barbelés) et couverts par l'artillerie, ont ralenti ou canalisé les colonnes blindées allemandes sur des axes prévisibles, notamment lors de la bataille de Koursk en 1943. La variété des corps — métal, bois, matière moulée — répondait autant à des impératifs industriels qu'à des besoins tactiques : les mines non métalliques, indétectables aux appareils électromagnétiques de l'époque, obligeaient le génie adverse à sonder le terrain à la main, ce qui ralentissait considérablement toute opération de déminage.
   


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