France Aviation Squadron 346 « Guyenne » et 347 « Tunisie »

Article écrit par : Claude Balmefrezol

Mis en ligne le 27/06/2026 à 19:53:21



Les Groupes Lourds Squadrons 346 « Guyenne » et 347 « Tunisie » RAF Elvington, Yorkshire, 1944-1945

En octobre 1945, la guerre était finie depuis quelques mois. Les Groupes Lourds, squadrons 346 et 347 de la Royal Air Force, redevenus pour la circonstance et à jamais les groupes Guyenne et Tunisie, opérèrent leur retour vers la France à Mérignac, depuis la base d’Elvington (Yorkshire), où ils étaient arrivés après de longs mois de préparation en mai-juin 1944. Ils y avaient accompli l’une des pages les plus glorieuses et les plus méconnues de l’histoire de l’aviation française. Dans la nomenclature officielle de la RAF, ils n'avaient pas le terme "Heavy Bomber" dans leur titre formel — ils étaient simplement appelés "Squadron" avec leur numéro et la mention (French). Cependant, ils étaient bien classifiés opérationnellement comme faisant partie du Heavy Bomber Command, car ils volaient sur des Handley Page Halifax, qui étaient des heavy bombers (bombardiers lourds).La distinction se faisait donc : 
Titre officiel No. 346et 347  (French) Squadron RAF


Classification opérationnelle → Heavy Bomber Squadron (au sein du Bomber Command)
L ’aviation française en 1942

Lorsque l’armistice franco-allemand du 25 juin 1940 vient sonner le glas de la Bataille de France, l’armée de l’Air se retrouve dans une situation inextricable. La défaite militaire, fulgurante, laisse des équipages chevronnés entre deux loyautés : la légalité de Vichy d’un côté, la volonté de combattre de l’autre. Beaucoup choisissent l’obéissance. Certains, plus rares, refusent.Avant otu vopic un bref résumé de la  bataille de france dans les airs (mai-juin 1940)
L'Armée de l'Air française alignait environ 1 400 avions au 10 mai 1940, mais seulement 600 à 700 réellement opérationnels, face à une Luftwaffe forte de plus de 3 000 appareils.
Les appareils français sont les suivants
Chasseurs  :
Morane-Saulnier MS.406, Dewoitine D.520 (excellent mais arrivé trop tard en nombre), Curtiss H-75 (américain)
Bombardement :
LeO 451, Amiot 143, Farman 222  ces deux dernier sont globalement dépassés
Reconnaissance :
Potez 63
L'Armée de l'Air se bat avec courage mais dans des conditions désastreuses : infériorité numérique, dispersion des forces, commandement mal coordonné avec l'armée de terre
Les pilotes français abattent environ 900 avions allemands (chiffre débattu), avec des pertes sévères côté français et dan ces comnbat le D.520 se révèle supérieur au Bf 109 dans certaines configurations, mais arrive trop tard
Le bilan
Environ 1 000 avions français perdus en 6 semaines Malgré l'échec global, l'Armée de l'Air ne s'est pas effondrée  elle combat jusqu'à l'armistice du 22 juin 1940 La défaite aérienne résulte moins de la valeur des pilotes que d'un retard industriel, doctrinal et organisationnel face à une Luftwaffe modernisée et aguerrie en Espagne et en Pologne.
Les groupes de bombardement repliés en Afrique du Nord Maroc, Algérie, Tunisie  tournent au ralenti. car après l'armistice de juin 1940, les unités de l'Armée de l'Air repliées en Afrique du Nord se retrouvent dans une situation paradoxale :Ils posséent de bons avions mais sans mission
Les Groupes de Bombardement repliés en AFN en 1940 sont les suivant
Les Groupes sur LeO 451 sont


 


GB 1/11 "Vaucluse" — Algérie
GB 2/11 "Savoie" — Algérie
GB 1/12 "Cambresis" — Maroc
GB 2/12 "Cosmao" — Maroc
GB 1/25 "Tunisie" — Al-Aouina, Tunis
GB 2/23 "Guyenne" — Algérie

Coté avion  ils volent le LeO 451 aui avec le De 520 est un des rares avions modernes de l'armée de l 'air capable d'une vitesse de pointe de 480 km/h, comparable aux bombardiers alliés de l'époque
Car ce Biréacteur en plus d'être légant, est bien armé, et possède une bonne charge utile Mais introduit trop tard et en trop petit nombre pour changer le cours de la bataille de France En Afrique du Nord, il représente ce qu'aurait pu être l'Armée de l'Air si le réarmement avait commencé deux ans plus tôt
Dans les mess et les cantonnements d'Algérie, du Maroc et de Tunisie, le moral oscille entre  
La loyauté envers Vichy, que beaucoup respectent encore par discipline militaire et attachement à Pétain 
 L'envie de se battre, car ce sont des soldats, et l'humiliation de la défaite de 1940 reste vive
Les nouvelles qui filtrent : la RAF tient bon, les Allemands ont échoué dans la Bataille d'Angleterre, les Forces Françaises Libres combattent en Libye et en Éthiopie
Des débats passionnés  parfois dangereux  ont lieu sur la conduite à tenir. Partir rejoindre de Gaulle ? Rester et attendre ? La frontière entre fidélité et collaboration passive devient de plus en plus inconfortable.
Il faut dire que toutes activités sont supectes  cat cela peut déclencher une inspection ou une saisie des inspecteurs des commsions d'armistices italiennes ou allemandes
Car l armée française est somisse après l'armistice de juin 1940, à deux commissions de contrôle distinctes :
La
Commission Allemande d'Armistice (CAA) — basée à Wiesbaden
La
Commission Italienne d'Armistice (CIA) — basée à Turin
En Afrique du Nord, c'est principalement la commission italienne qui exerce le contrôle sur le terrain, car l'Italie revendique une zone d'influence sur la Méditerranée et l'Afrique du Nord française.
Leur rôle concret
Elles sont chargées de surveiller et limiter les forces militaires françaises :
Comptage des avions, navires et matériels
Limitation des heures de vol Quatre heures de vol par mois : c'est le strict minimum toléré par les commissions d'armistice italienne et allemande, qui supervisent et limitent l'activité aérienne française en Afrique du Nord Les équipages maintiennent tant bien que mal leur qualification, mais le risque de perdre leur niveau opérationnel est réel. Un pilote qui ne vole pas se rouille. Un bombardier qui n'est pas entretenu se dégrade.
Contrôle des stocks de carburant et de munitions Les appareils sont comptés, les pièces de rechange rationnées, le carburant mesuré au compte-gouttes
Inspection des aérodromes et des garnisons
Interdiction de tout réarmement non autorisé
Le GB 1/25 à Al-Aouina   Groupe de Bombardement 1/25 "Tunisie" basé à Al-Aouina (aérodrome aux portes de Tunis) illustre parfaitement cette léthargie imposée.
Sur le terrain
Les inspecteurs italiens circulent librement sur les bases françaises en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Leur présence est humiliante pour les officiers français de devoir rendre des comptes à l'Italie, que la France avait stoppée nette en juin 1940 dans les Alpes, est vécu comme une double humiliation.
Les Français développent des stratégies de contournement :
Cacher du matériel
Sous-déclarer les effectifs d'appareils opérationnels
Dissimuler des stocks de pièces détachées
La limite du système
Les commissions ont des moyens limités et ne peuvent pas tout surveiller. Elles fonctionnent largement sur la bonne volonté affichée de Vichy. Lorsque Torch débarque en novembre 1942, leur autorité s'effondre instantanément  et avec elle, toutes les contraintes imposées depuis deux ans.
C'est  événement que tous attendent,
Lors du débarquement allié en Afrique du Nord Opération Torch  du 8 novembre 1942. tout bascule :
Les unités de l'Armée de l'Air doivent choisir leur camp certaines résistent brièvement aux Alliés, d'autres se rallient immédiatement
Le GB 1/25 "Tunisie" sera l'une des unités qui rejoindra le camp allié et reprendra le combat 
Ces groupes, avec leurs LeO 451 puis rééquipés d'appareils américains (B-17, B-26 Marauder), formeront le noyau des futures Forces Aériennes Françaises qui combattront jusqu'en 1945
En résumé apres deux années d'inactivité forcée en Afrique du Nord sont à la fois une page sombre et une période charnière. Les hommes qui se morfondent à Al-Aouina en 1941 seront souvent les mêmes qui, deux ans plus tard, bombarderont l'Italie ou escorteront des convois en Méditerranée. L'attente n'était pas une capitulation — c'était, pour beaucoup, une braise maintenue sous la cendre
Naissance de la légende  
Dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942, les forces anglo-américaines débarquent en Afrique du Nord française. Pour le commandant de la base d’Al-Aouina, le
lieutenant-colonel Gérardot  pilote de Léo 45 lui-même, blessé et évadé en 1940 —, c’est le signal attendu. La veille de l’opération, il met sa base en alerte et ordonne le repli des personnels vers des bases de dégagement.
Le lendemain matin, à 4h30, l’alerte est donnée. À 14h00, douze appareils sur treize décollent  le treizième, victime d’une panne, parvient à rejoindre ses camarades peu après accompagnés de deux escadrilles de chasse et d’un groupe de reconnaissance. Les premiers avions allemands s’apprêtaent à se poser sur la piste qu’ils venaient de quitter.
Une fois à Souk El-Arba, les chefs d’équipage sont réunis par Gérardot qui leur pose une seule question, directe : « Je rejoins les Alliés, voulez-vous venir avec moi ? ». L’enthousiasme est unanime et immédiat. Ces hommes savaient ce qu’ils sacrifiaient : leurs familles restées sur place, privées de solde, exposées au risque d’être déclarées traîtres. Ils s’envolèrent néanmoins vers l’Algérie.
Les premiers mois d’incertitude
L’arrivée en Algérie est décevante. Les Alliés, pris par surprise, ne savent que faire de ces équipages aux avions déjà obsolètes. Alger est le théâtre d’une lutte d’influence sévère entre Giraudistes et Gaullistes, les Américains soutenant Giraud qui, lui-même, reste dans l’orbite pétainiste. Les équipages stagnent, inutilisés.
C’est grâce à la ténacité du
commandant Vigouroux et du lieutenant-colonel Chassin  venu du Maroc  qu’ils obtiennent finalement d’être placés sous le commandement du North Tactical Air Force. (NATAF) 1942-1943
Après le débarquement allié
Opération Torch (novembre 1942), les forces aériennes alliées en Afrique du Nord sont d'abord dispersées et mal coordonnées, ce qui nuit gravement à l'efficacité des opérations terrestres en Tunisie.

 


La solution vient du général Carl Spaatz et surtout du maréchal de l'air britannique Arthur Tedder, qui réorganisent entièrement le commandement aérien allié début 1943.
En février 1943 est créée l
a Mediterranean Air Command (MAC), dont dépend la Northwest African Air Forces (NAAF), elle-même subdivisée en plusieurs composantes dont la Northwest African Tactical Air Force (NATAF).
Structure de la NATAF
Commandée par le maréchal de l'air britannique
Arthur Coningham, la NATAF regroupe :
Composante britannique
Desert Air Force aguerrie depuis la campagne de Libye, vétérane du soutien à la 8e Armée de Montgomery
Composante américaine
XII Air Support Command — soutien à la 1re Armée américaine
Composante française
Les groupes de l'Armée de l'Air ralliés aux Alliés après Torch, progressivement réintégrés et rééquipés
Mission et doctrine
La NATAF est une force de soutien rapproché et d'interdiction, distincte des bombardiers stratégiques. Ses missions :
Air Superiority — conquête et maintien de la supériorité aérienne locale
Close Air Support (CAS) — appui direct aux troupes au sol
Interdiction — destruction des lignes de ravitaillement, ponts, dépôts ennemis
Reconnaissance tactique — renseignement au profit des armées de terre
Ainsi
lLa bataille du col de Kasserine (février 1943) révèle les lacunes du soutien aérien américain, mal coordonné avec les unités terrestres. Cette défaite cuisante accélère la réforme doctrinale :
Centralisation du commandement aérien
Liaison permanente entre officiers de l'air et commandants terrestres
Priorité à la supériorité aérienne avant le soutien au sol
Ces leçons seront fondamentales pour la suite — elles influenceront directement la doctrine alliée en Sicile, Italie et Normandie.
Les appareils utilisés par la Nataf 

Rôle

Appareils

Chasse

Spitfire V, P-40 Warhawk, P-38 Lightning

Bombardement en piqué

A-36 Apache, Hurricane IID

Bombardement moyen

B-25 Mitchell, B-26 Marauder

Reconnaissance

Spitfire PR, F-4 (P-38 modifié)

La NATAF joue un rôle décisif dans la victoire tunisienne :
Supériorité aérienne totale acquise sur la Luftwaffe et la Regia Aeronautica
Interdiction quasi-totale du ravitaillement de l'Axe par mer et par air
L
'opération "Flax" (avril 1943) détruit les ponts aériens de transport allemands  les Junkers Ju 52 sont abattus par dizaines
La capitulation des forces de l'Axe en Tunisie le 13 mai 1943 (250 000 prisonniers) doit beaucoup à cette maîtrise du ciel.
Héritage
La NATAF est le laboratoire de la doctrine de soutien aérien tactique que les Alliés appliqueront jusqu'à la fin de la guerre. Coningham et ses méthodes seront directement exportés en Europe du Nord en 1944 avec la 2nd Tactical Air Force pour la campagne de Normandie.
Parmi les aviateurs raliés aux aliiés on trouve des pilotes de Bombardiers qui dès le  24 février 1943, bombardent les troupes de Rommel en Tunisie,en attaquant leur ancienne base d’Al-Aouina
Le drame tragi-comique d’Alger se poursuivait, les Gaullistes peinant à s’imposer. Mais les Britanniques avaient remarqué la vaillance des équipages français. Depuis les années 1930, Churchill avait épousé la théorie du bombardement stratégique  telle que théorisée par le général italien
Giulio Douhet et l’Américain William Mitchell  et mis en place l’organisation du Bomber Command. Les pertes de 1941-1942 avaient été catastrophiques : les chances de survie étaient quasiment nulles. Le besoin de troupes fraîches et aguerries était criant.
Aussi un accord fut rapidement conclu entre le
général Valin et la RAF, par l’intermédiaire de l’Air Commodore Sinclair qui commandait la RAF en Afrique du Nord.
Les Français revêtiraient l’uniforme britannique, suivraient les procédures du Bomber Command, seule la gestion administrative restant du ressort français. Sinclair, pour s’assurer personnellement de la fiabilité des hommes  notamment après les affrontements de Gibraltar et de Syrie , embarqua à bord d’un Léo 45 piloté par le lieutenant Lafaye. Au bout d’une heure de vol, convaincu, il donna son accord.
Le général Valin attribua à chaque groupe le nom d’une province française. Le 2/23 devint le Guyenne, le 1/25 le Tunisie, respectivement squadrons 346 et 347 de la RAF, rattachés au No. 4 Group Bomber Command, dont le quartier général se trouvait à Heslington Hall, près de York.
En septembre 1943, 1 455 hommes prirent le bateau d’Alger vers Liverpool, via Gibraltar. À leur arrivée, les services de renseignement britanniques les scrutent avec soin pour détecter déserteurs et éventuels espions. Puis commence une période d’entraînement intensif de près de huit mois, dans les brumes d’Écosse et d’Angleterre.
Mais le travail est rude car il faut apprendre l’anglais, maîtriser les procédures du Bomber Command, et se former sur de nouveaux appareils. Des décisions difficiles s’imposent car  tous les pilotes confirmés ne peuvent conserver leur fonction, certains sont reclassés navigateurs. Les spécialités se croisent,
Le 16 mai 1944, le Squadron 346 « Guyenne » est officiellement formé à
Elvington ; le 20 juin, c’est le tour du 347 « Tunisie ». Environ 2 300 Français  aviateurs et personnels au sol  vont combattre au sein de ces deux unités.
Elvington devenait littéralement the little Paris une enclave française en terre du Yorkshire, Beaucoup étaient jeunes  25 ans en moyenne pour les équipages arrivés fin 1944  et avaient tissé des liens profonds avec la population du Yorkshire. Quelque 200 mariages entre Français et jeunes Anglaises y furent enregistrés. Elvington était, à tous égards, une France en miniature plantée dans le brouillard du Yorkshire.
Les deux groupes étaient unis par une histoire singulière, mais aussi isolés. N’appartenant pas officiellement aux FAFL (Forces aériennes françaises libres), car mis à disposition des Britanniques, ils étaient parfois considérés comme des mercenaires. En août 1944, le colonel Bailly
 futur chef d’État-major de l’armée de l’Air écrivit une lettre à l’état-major de Londres pour signaler que ses hommes ne percevaient pas les mêmes primes et n’obtenaient pas les mêmes citations ni promotions que leurs camarades. 
Les Britanniques, pragmatiques, manifestèrent leur gratitude par un geste fort : sur les 900 Distinguished Flying Cross (DFC) attribuées à des étrangers, 208 honorèrent des Français, dont 128 des aviateurs des Groupes Lourds. La DFC était la plus haute distinction de l’aviation décernée par le roi à des vivants. Les Britanniques accordaient d’ailleurs le titre d’As aux bombardiers comme aux chasseurs, une reconnaissance rare.Joséphine Baker chanta pour les aviateurs des Groupes Lourds à Elvington. La base résonnait d’accents multiples, de langues mélées, de rires et de deuils épars. Chaque matin qui suivait une nuit de mission était à la fois un soulagement et un dénombrement.
Les combat (juin 1944 — avril 1945)
Le
Guyenne devient opérationnel le 1er juin 1944. Dès la nuit du 5 au 6 juin, la veille du D‑Day, ses Halifax bombardent les batteries côtières normandes. Pour leur première mission, le 27 juin, onze Halifax du Tunisie attaquent le site de lancement de V1 de Mont Candon  une installation dont toute l’Europe occuppe ressentait la menace.
L’appui aux forces terrestres
Les premières semaines voient les Groupes Lourds appuyer directement les forces terrestres alliées
Bombardement des Panzerdivision
Missions contre les nœuds ferroviaires, les installations de V1 et V2, puis le V3,
Le site abritant  cet canon de très longue portée est enfouie dans les falaises du nord de la Franc Pour neutraliser cet ouvrage fortifié, ils emportent et larguent des bombes d’une tonne, sans précédent dans leur dotation.
Cette campagne valut aux Groupes Lourds une citation du général Montgomery, première d’une longue série.
En septembre 1944, alors que la progression alliée bute sur un problème d’approvisionnement,Il faut ravitailler en essence les forces ua sol
Aussi les Groupes Lourds se voient confier une mission  faire la navette entre Elvington et Bruxelles, tous hublots ouverts malgré le froid pour transporter des jerricans d’essence. En quelques jours, ce sont 753 400 litres de carburant qui rejoignent la 2éme Armée alliée à l’aéroport de Bruxelles. Pour ces aviateurs, c’est aussi la première fois en années qu’ils touchaient le sol européen.
Apres cette parenthese  va commencer  la campagne de bombardement stratégique sur l’Allemagne, voulue et dirigée par l’Air Marshal Arthur « Bomber » Harris. depuis  1943
Son objectif : détruire les installations industrielles participant à l’effort de guerre allemand  raffineries, usines, nœuds de communication mais aussi semer l’effroi dans les populations. Les équipages appelaient par dérision l’espace aérien allemand la « Vallée Heureuse », titre éponyme du roman de Jules Roy
Pour chaque mission, les avions décollaient de leurs bases, se regroupaient au-dessus de la Mer du Nord  parfois jusqu’à 1 500 bombardiers sur un front de plusieurs dizaines de kilomètres, sur trois niveaux, tous feux éteints. Quand la « meute » approchait de l’objectif, les Mosquitos  avions de reconnaissance pilotés par des as  désignaient les cibles au moyen de fumées colorées. Il restait alors 30 secondes : larguer les bombes, prendre une photographie de contrôle, dégager. Durant ces trente secondes, le ciel était zébré par les projecteurs et les tirs de la Flak (Fliegerabwehrkanone), canons antiaériens que les équipages ne pouvaient éviter sans trahir leur objectif.Pour ces missions les français avaient comme monture le
Handley Page Halifax. un avion  quadrimoteur concu en 1936 et entré en service actif en mars 1941 et constitua, avec l’Avro Lancaster, la colonne vertébrale du Bomber Command.

Type

Bombardier lourd quadrimoteur de nuit

Motorisation (Mk VI)

4 × Bristol Hercules — 1 800 ch chacun

Envergure

31,75 m

Longueur

21,82 m

Poids max au décollage

30 845 kg (~30,5 tonnes)

Vitesse maximale

502 km/h à 6 705 m

Plafond pratique

7 315 m

Rayon d’action

2 030 km avec charge maximale

Charge de bombes

Jusqu’à 5 897 kg

Armement défensif

9 mitrailleuses de 7,7 mm (tourelles nez, dorsale, queue)

Équipage

7 hommes

Durée moyenne des missions

6 à 8 heures

Sur l’ensemble de la guerre, les Halifax du Bomber Command accomplirent plus de 82 000 opérations, larguant quelque 224 000 tonnes de bombes et perdant 1 833 appareils.
Les versions Mk III, puis Mk VI utilisées par les Groupes Lourds incorporaient les améliorations importantes : dernières versions, moteurs en étoile Bristol Hercules plus puissants et empennage redessiné, corrigeant des problèmes de stabilité qui avaient coûté de nombreuses vies dans les versions antérieures.
Le lourd tribut payé
Sur les 8 mois d’opérations effectives, les Groupes Lourds perdirent 41 appareils et 216 hommes tués. Seul un équipage sur deux parvenait à compléter son « Tour d’opération » (environ 30 missions, dotées chacune d’un certain nombre de points selon la distance). C’était le taux de survie de l’ensemble du Bomber Command  et les Français n’étaient pas en reste.
La mission de Bochum, le 4 novembre 1944, reste la plus meurtrère : cinq Halifax du Guyenne ne revinrent pas, soit trente-cinq aviateurs, 30 % des effectifs engagés ce soir-là.
 Vers la fin de guerre en mars 1945  l’ennemi adapte sa tactique. Les chasseurs de nuit allemands Ju-88  vont mettre au point la stratégie dite des « Intruders » : se glisser dans les formations de retour et abattre les Halifax au moment même de l’atterrissage, lorsqu’ils sont les plus vulnérables.
La tactique allemande d'infiltration dans les formations de bombardiers s'appelait "Sturmjagd" chasse d'assaut et et plus spécifiquement pour l'infiltration dans les formations :"Gefechtsverband"  "destructeur de formation"
Le principe
L'idée est d'envoyer des chasseurs à l'intérieur même des  combat box bombardiers alliés  zones normalement protégées par les tirs croisés des mitrailleurs.
Le chasseur s'infiltre dans l'angle mort de la formation
Il attaque de très près  parfois à moins de 100 mètres
Il tire ses canons de gros calibre dans la masse des bombardiers
Il ressort rapidement avant que les escorteurs ne réagissent
Les unités et appareils
LeLe Sturmgruppe — IV.(Sturm)/JG 3 et JG 4 avec des Fw 190 A-8 blindés et surmotérisés à Armement renforcé : 4 canons MK 108 de 30mm et Cabine blindée pour résister aux tirs des mitrailleurs B-17
Ils attaquent en coordination avec des Bd 109 G K qio sont en  altitude et tentent d'écarter les P-51 Mustang escorteurs C'est la tactique dite "Kompanieabwehr"
Mais  c'était désespéré en 1945 car
Les escortes de P-51 Mustang sont omniprésentes et très efficaces
Les Sturmgruppen subissent des pertes insoutenables
Le carburant manque pour former et entraîner les pilotes
Les appareils allemands sont de plus en plus souvent interceptés
C'est une tactique du désespoir  courageuse mais insuffisante face à la supériorité numérique alliée écrasante de 1945.mais cett tactique va  parfois faire des victimes
La nuit du 14 au 15 mars 1945 est particulièrement fatale : en deux nuits consécutives, vingt-quatre aviateurs des 346 et 347 périssent.
Mais les alliés apprirent vite à se protéger. Peu d’appareils allemands survivèrent à ces missions d’une témérité extrême.
Le péril ne cessa qu’avec la dernière mission, le 25 avril 1945, contre les installations navales de Wangerooge (archipel de la Frise orientale), conduite de jour. Dix-huit Halifax du Guyenne et douze du Tunisie participaient à une force totale de 482 appareils. Le capitaine Hautecoeur et son équipage n’en revinrent pas, abattus par la Flak  dernière perte en opération d’une histoire aussi brillante que sanglante.
 L’héritage des Groupes Lourds Le retour à Mérignac, eut lieu en octobre 1945, Les Britanniques avaient offert aux groupes leurs Halifax : 40 appareils les accompagnèrent vers la France pour constituer la 21e Escadre de bombardement
Après la guerre, les Groupes Lourds se virent confier des missions de transport (Afrique, Indochine). La doctrine du bombardement stratégique et les hommes qui l’avaient mise en œuvre inspirèrent la création des Forces Aériennes Stratégiques françaises. L’un des derniers vols opérationnels d’un Halifax français eut lieu le 8 octobre 1951, en Indochine.
Aujourd’hui, la ligne directe est tracée : l’escadre de transformation Aquitaine sur Rafale, basée à Saint-Dizier, porte les couleurs du Tunisie. Les MRTT d’Istres sont les héritiers du Guyenne. Au musée de l’aviation du Yorkshire (Yorkshire Air Museum), à Elvington même, un Halifax restauré et les mémoriaux érigés témoignent encore de cette fraternité d’armes franco-britannique.
En conclision
Les Groupes Lourds restèrent longtemps dans l’ombre, éclipsés par d’autres épopées de la France libre plus médiatisées. Pourtant, en 2 834 sorties, ils avaient largué 8 621 tonnes de bombes sur l’Allemagne nazie, perdant 41 appareils et 216 de leurs camarades. Ils avaient fait tout cela en uniforme britannique, sans appartenir officiellement aux
FAFL,Leur histoire est celle d’hommes qui choisirent de combattre quand ils auraient pu ne pas le faire, et qui payèrent ce choix du prix le plus élevé.

 

 

 

Formation

16 mai 1944 (Guyenne) — 20 juin 1944 (Tunisie)

Base d’opérations

RAF Elvington, Yorkshire (No. 4 Group)

Effectifs

Environ 2 300 Français (aviateurs et personnels au sol)

Sorties de combat

2 834 sorties au total

Tonnes de bombes largуées

8 621 tonnes

Essence convoyuée

753 400 litres vers Bruxelles (2e Armée)

Pertes en appareils

41 Halifax perdus sur 8 mois d’opérations

Hommes tués

216 aviateurs français tués

Dernière mission

25 avril 1945 (installations navales de Wangerooge)

Distinguished Flying Cross

208 DFC décernées à des Français, dont 128 aux Groupes Lourds

 

I

 

   


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