Chine Infanterie Les archers

Article écrit par : Claude Balmefrezol

Mis en ligne le 21/06/2026 à 18:53:29



Chine  Les Archers de l'Armée de Qin Shi Huang  立射俑 · 跪射俑 Lì Shè Yǒng · Guì Shè Yǒng  Mausolée Qin Shi Huang  Xi'an Fosse n°2
Merci à Gary Todd pour son autorisation
Tableaux générés par Ia sur mes indications
 
 
Historique  L'Arc et l'Arbalète dans la Chine Ancienne
Les origines  une arme millénaire

L'arc est une arme de guerre en Chine depuis le néolithique  plusieurs millénaires avant l'époque Qin. Des pointes de flèches en silex et en os retrouvées dans des sites du IVe millénaire av. J.-C. témoignent de l'ancienneté de cette arme dans le répertoire militaire chinois.
Dès la période Shang (XVIIe-XIe siècle av. J.-C.), les chars de guerre portaient un archer comme membre essentiel de leur équipage de trois hommes  le conducteur, l'archer et le guerrier à la lance.
Ce guerrier a été decouvert à X'ian
Qui était Qin Shi Huang — 秦始皇 (Qínshǐhuáng) ?


La prononciation /chin/ que tu notes est exacte et très révélatrice — le mot Chine lui-même vient du nom de la dynastie Qin (秦). Qin Shi Huang  littéralement Premier Empereur Auguste de Qin — est l'homme qui unifia la Chine en 221 av. J.-C. après avoir conquis successivement les six royaumes rivaux en onze ans.Il monta sur le trône du royaume de Qin à 13 ans seulement, en 246 av. J.-C. En 221 av. J.-C., à 38 ans, il était maître de tout ce qui allait devenir la Chine. Il mourut en 210 av. J.-C. — à seulement 49 ans  laissant derrière lui un empire unifié mais un successeur incapable. La dynastie Qin s'effondra quatre ans après sa mort.
 Les raisons Pourquoi cette armée de terrre cuite ?
Raison 1 
Dans la pensée chinoise, la mort n'est pas une fin en soi, mais un passage vers un autre état d'existence. L'empereur Qin Shi Huangdi ne voyait pas sa disparition comme la fin de son règne. Son mausolée, conçu comme une réplique miniature de son empire, témoigne de la croyance selon laquelle le monde des morts reflète celui des vivants, et que l'empereur devait continuer à gouverner et être protégé après sa mort. À cette époque, les croyances funéraires chinoises voulaient que le défunt soit accompagné dans sa dernière demeure par des figurines et de multiples objets recréant un univers familier.
Raison 2
Pour s'assurer une éternité tranquille et une autorité intacte, Qin Shi Huangdi a fait construire toute une armée grandeur nature en terre cuite. Ces soldats, archers, chevaux et chars devaient le suivre après sa mort pour assurer sa protection et perpétuer son pouvoir dans l'autre monde. Certains pensent que l'empereur Qin craignait les esprits vengeurs qui l'attendaient dans l'au-delà tandis que d'autres émettent l'hypothèse que celui-ci aurait souhaité continuer à régner après sa mort. 
Raison 3
Tous les soldats sont disposés en ordre de bataille parfait, orientés vers l'ouest pour protéger le tombeau auquel ils tournent le dos. L'ennemi mongol n'a qu'à bien se tenir ! Cette orientation n'est pas anodine — à l'ouest se trouvaient les steppes des nomades et les populations barbares que Qin Shi Huang avait combattues. Son armée posthume fait face aux mêmes ennemis.
Raison 4
Selon la coutume, le seigneur devait être entouré pour son dernier voyage de ses proches et serviteurs. Mais heureusement pour tous, Qin, qui pouvait selon la légende compter sur un million de fidèles pour mener ses guerres, n'a pas été jusqu'à ordonner la mort de tous ces soldats. Certes, on se doute que quelques dizaines, voire centaines de concubines ont été ensevelies quelque part, mais les hommes de guerre ont échappé à ce sort et ont été simplement modelés dans la terre cuite de la région.
C'est un point important car  les dynasties antérieures sacrifiaient réellement des serviteurs et soldats à la mort du roi. Qin Shi Huang fit le choix révolutionnaire de les remplacer par des représentations en terre cuite  sauvant des milliers de vies tout en satisfaisant les exigences rituelles.
La construction
Le début — 246 av. J.-C.
Les travaux du mausolée commencent en 246 av. J.-C., lorsque le futur empereur devient roi de Qin à l'âge de 13 ans. Avec le temps, le projet prend de l'ampleur et finit par mobiliser 700 000 travailleurs. Le chantier dura donc 36 ans  toute la vie active de Qin Shi Huang.
Le mont Li est un emplacement privilégié en raison de sa géologie de bon augure : « Renommé pour ses mines de jade, son côté nord était riche en or et son côté sud riche en beau jade ; le Premier Empereur, au courant de cette excellente réputation, a donc choisi d'être enterré là. »
La conception du complexe souterrain
La conception de l'ensemble aurait été fondée sur la mise en correspondance du royaume miniature souterrain avec l'immensité de l'Empire en surface. Dans cette perspective, l'enceinte intérieure représenterait celle du palais, ce que pourrait confirmer la présence éventuelle d'une armée à l'intérieur de la sépulture, tandis que l'enceinte extérieure symboliserait celle de la cité. Napoleon Empire
L'historien Sima Qian décrit l'intérieur de la chambre funéraire comme une réplique de l'univers — des rivières de mercure représentant le Yangzi et le Fleuve Jaune, un plafond incrustés de pierres précieuses reproduisant le ciel étoilé, des bougies à huile de poisson de mer conçues pour brûler éternellement.
La fabrication des figurines

Internet


Les artisans utilisèrent un processus de moulage modulaire — chaque partie du corps (tête, torse, bras, jambes) était fabriquée séparément à partir de moules standardisés, puis assemblée et cuite. Les têtes en revanche étaient individualisées — modelées à la main pour donner à chaque figurine un visage unique. Les armes en métal réel étaient ensuite placées dans leurs mains.
La protection de la tombe
Le tombeau de Qin Shi Huangdi n'était pas juste décoratif, il était aussi conçu pour repousser les curieux ou les voleurs tentés de s'approcher. Les milliers de soldats en terre cuite étaient alignés comme une armée défensive prête à entrer en action, avec des armes réelles très tranchantes placées dans leurs mains — épées, lances, arbalètes.
La découverte
En mars 1974, un paysan du nom de Yang Zhifa creusait un puits dans ses champs quand sa pioche heurta quelque chose de dur. Ce qu'il découvrit allait changer l'histoire de l'archéologie mondiale  le premier guerrier en terre cuite de l'armée la plus extraordinaire jamais enfouie.
Le site fut déclaré patrimoine mondial de l'UNESCO en 1987. Plus de 8 000 figurines ont été recensées à ce jour dont une majorité n'a pas encore été fouillée. Les archéologues refusent d'ouvrir la chambre funéraire centrale tant que les techniques de conservation ne permettront pas de préserver intact ce qu'elle contient.
La Fosse n°2 Le Déploiement Tactique des Archers
Description générale de la fosse n°2 — 二號坑 (Èr Hào Kēng)
La fosse n°2 est la plus complexe et la plus instructive des trois fosses de l'armée de terre cuite du point de vue de l'organisation militaire. Elle mesure 96 mètres de long sur 84 mètres de large, soit environ 6 000 mètres carrés. Elle contenait à l'origine plus de 1 300 figurines  soldats, chevaux et chars  représentant une armée interarmes complète avec toutes ses branches spécialisées.
Contrairement à la fosse n°1 qui contient une grande armée d'infanterie en formation frontale  la fosse n°2 représente une unité de combat autonome combinant quatre branches distinctes disposées en compartiments tactiques interdépendants :
Les quatre compartiments tactiques de la fosse n°2

 
Position
Unité
Effectifs
Rôle tactique
Angle nord-est
Archers debout + agenouillés
172 archers debout + archers agenouillés
Tir à longue distance — ouverture du combat — couverture de tous azimuts
Secteur sud
Chars de guerre
8 chars + équipages
Puissance de choc — percée des formations ennemies
Centre
Infanterie + chars mixtes
Fantassins + chars combinés
Corps de bataille — exploitation des brèches
Secteur ouest
Cavalerie
Cavaliers + chevaux
Flancs — poursuite — exploitation de la percée
 
La formation d'archers de l'angle nord-est
Les 172 archers debout de la fosse n°2 étaient déployés dans l'angle nord-est en formation carrée — une disposition qui permettait un tir dans toutes les directions simultanément. Cette configuration en carré est caractéristique de la doctrine militaire Qin pour les unités de tir — elle offre une couverture de 360° et ne présente aucun flanc ou dos exposé.
La logique militaire de cette disposition est brillante : les archers en carré dans l'angle nord-est formaient une position de tir autonome et auto-protégée qui pouvait engager toute menace quelle que soit sa direction. Les archers debout sur le périmètre extérieur tiraient à longue distance, les archers agenouillés à l'intérieur assuraient un tir de précision soutenu en utilisant l'espace entre les jambes des tireurs debout.
L'organisation tactique complète 
La logique de cette disposition combinée est d'une clarté tactique admirable avec attaque à distance à l'avant par les archers, troupes de choc au centre par l'infanterie lourde et les chars, cavalerie mobile sur les flancs pour l'exploitation et la poursuite, infanterie de soutien à l'arrière. Chaque composante remplit une fonction précise et s'articule avec les autres.
C'est exactement cette organisation militaire coordonnée — spécialisation des unités, doctrine interarmes, hiérarchie de commandement claire — qui permit à l'armée de Qin de vaincre successivement les six royaumes rivaux et d'unifier la Chine en 221 av. J.-C.
L'Arc et l'Arbalète Qin  Description Technique

 
L'arc composite — 弓 (gōng)
L'arc utilisé par les archers de l'armée Qin était un arc composite réflexe — technologie héritée des nomades de la steppe et perfectionnée par les artisans chinois. Sa construction associait plusieurs matériaux en couches :
  • Âme en bois — généralement du bambou ou du cyprès — offrant la base structurelle
  • Couche de corne — corne de buffle ou de bœuf — sur la face intérieure — résistante à la compression
  • Couche de tendons animaux — sur la face extérieure — résistante à la tension
  • Revêtement de laque — protection contre l'humidité et l'usure
 
Cette construction composite multipliait la puissance de l'arc par rapport à un arc simple en bois — pour une longueur et un poids identiques, un arc composite pouvait projeter une flèche deux à trois fois plus loin et plus fort. La portée efficace d'un bon archer Qin avec un arc composite était d'environ 150 à 200 mètres — portée maximale pouvant atteindre 300 mètres.
 
L'arc lui-même n'a pas survécu dans les fosses — le bois, la corne et les tendons se sont décomposés après deux millénaires sous terre. Seule la posture des mains des figurines témoigne de sa présence et de sa forme.
 
L'arbalète — 弩 (nǔ) — l'arme décisive

 
L'arbalète était l'arme la plus caractéristique de l'armée Qin — et probablement sa contribution la plus importante à l'histoire de la guerre. Plusieurs centaines de mécanismes de détente en bronze ont été retrouvés dans les fosses — leur état de conservation remarquable permet une étude détaillée de cette technologie.
 
Caractéristique
Détail
Désignation
弩 (nǔ) — arbalète — littéralement « arc mécanique »
Mécanisme
Détente en bronze — 3 pièces emboîtées — verrouillage de la corde tendue
Matériau
Fût en bois — arc en bronze ou bois composite — mécanisme en bronze
Projectile
Carreau de bronze — 弩矢 (nǔ shǐ) — pointe en bronze standardisée à 3 faces
Portée
200 à 400 mètres — supérieure à l'arc
Précision
Supérieure à l'arc — visée possible grâce au fût rigide
Armement
Plus lent à armer qu'un arc — nécessitait les deux mains et parfois un étrier
Innovation
Pièces standardisées et interchangeables — production de masse — réparation sur le terrain
Traitement
Pointes de carreaux traitées au chrome — protection contre la rouille — tranchant préservé après 2 200 ans
 
La standardisation des pièces de l'arbalète Qin est une innovation industrielle remarquable. Chaque mécanisme de détente retrouvé dans les fosses est parfaitement interchangeable avec tous les autres — les pièces s'emboîtent avec une précision qui suppose une fabrication sur gabarits normalisés. Ce niveau de standardisation — comparable à la production industrielle moderne — permit une maintenance et un remplacement des pièces défectueuses sur le champ de bataille.
 
 
 Glossaire Complet
 
Caractères
Pinyin
Signification
立射俑
Lì Shè Yǒng
Archer debout — figurine en terre cuite position debout
跪射俑
Guì Shè Yǒng
Archer agenouillé — figurine en terre cuite position agenouillée
Gōng
Arc
Arbalète
弩矢
Nǔ shǐ
Carreau d'arbalète
Jiǎ
Armure de lamelles
戰袍
Zhànpáo
Robe de combat — sans armure
Chignon — coiffure réglementaire des soldats Qin
Dài
Ceinture
Chaussures
二號坑
Èr Hào Kēng
Fosse n°2 de l'armée de terre cuite
兵馬俑
Bīngmǎyǒng
Soldats et chevaux en terre cuite — Armée de terre cuite
秦始皇
Qínshǐhuáng
Premier Empereur Qin — Qin Shi Huang
秦始皇陵
Qínshǐhuáng Líng
Mausolée de l'Empereur Qin — Xi'an
 
L'arc composite — 角弓 (jiǎo gōng) ou plus généralement 弓 (gōng) — était. était un chef-d'œuvre de technologie ancienne. Fabriqué en couches alternées de bois, de corne et de tendons animaux, il offrait une puissance et une précision très supérieures à un arc simple en bois. Sa fabrication nécessitait plusieurs années — le bois devait sécher, la corne s'assouplir, les tendons s'acclimater. Un bon arc composite représentait une valeur considérable et était transmis de génération en génération.

L'Arc Composite de l'Armée Qin  est un arc traditionnel fait de corne, de bois et de tendon laminés ensemble. La corne est sur le ventre, face à l'archer, et les tendons sur la face externe d'un noyau en bois. Lorsque l'arc est tiré, le tendon qui est étiré à l'extérieur et la corne qui est comprimée à l'intérieur emmagasinent plus d'énergie que le bois pour la même longueur d'arc. La force peut être similaire à celle des arcs tout en bois, avec une longueur de tirage similaire, mais à partir d'un arc beaucoup plus court C'est ce principe physique avec  compression de la corne à l'intérieur + tension du tendon à l'extérieur  qui explique toute la supériorité de l'arc composite sur l'arc simple.
Les matériaux couche par couche
Du bois, de la corne de yak, de buffle ou de vache sur le ventre de l'arc en compression (l'intrados face à l'archer), des tendons effilochés et séchés sur le dos de l'arc en tension (l'extrados), de la colle de peau de lapin ou à base de poisson — notamment la colle de vessies natatoires d'esturgeon — pour enduire les fibres de tendon, sont les assemblages les plus communs.
Pour l'arc chinois de l'époque Qin spécifiquement, le matériau de base était le bambou une plante abondante et aux propriétés mécaniques excellentes  plutôt que le bois d'if européen. Il semble toutefois clair que les facteurs d'arcs chinois devaient s'approvisionner en corne de grande qualité, sélectionnés parmi des centaines d'animaux pour leur longueur et leur rectitude.
La construction  elle peut s'étaler sur plusieurs années
Une fois le bambou et les siyahs réalisés, il faut les assembler pour créer la structure de l'arc, le squelette sur lequel viendront se coller les cornes et le tendon. Maintenant que les pièces sont assemblées, il manque l'élément qui permet à l'arc de résister en traction : une couche continue de tendon, matériau élastique et très résistant.
La fabrication d'un arc composite de qualité nécessitait plusieurs annéeset non des semaines. Chaque couche devait sécher, se stabiliser et s'acclimater avant la suivante.
Un maître facteur d'arcs chinois de l'époque Qin suivait un processus rigoureux :
Année 1 — séchage et sélection du bambou et des cornillons
Année 2 — assemblage du noyau en bambou avec les siyahs (embouts rigides)
Année 3 — collage des lamelles de corne sur l'intrados — séchage lent
Année 4 — application des tendons effilochés sur l'extrados — plusieurs couches
Finition — revêtement de laque pour protéger de l'humidité
La technique de tir
Les archers chinois utilisaient généralement le tirage au pouce  donc ils avaient souvent besoin d'une protection du pouce sous la forme d'un anneau ou d'une protection en cuir. À l'époque historique, le jade, le métal, l'ivoire, la corne et les os étaient les matériaux utilisés pour les anneaux du pouce.
Le tirage au pouce  dit aussi tirage mongol  consiste à enrouler le pouce autour de la corde, le pouce étant protégé par un anneau rigide. Cette technique permet une force de tirage supérieure au tirage méditerranéen (trois doigts) utilisé en Europe — expliquant en partie la puissance légendaire des archers orientaux.
C'est cette différence de technique qui explique la posture particulière des mains  avec le bras droit replié avec le pouce vers l'intérieur en position de lâcher mongol.
L'arc Qin vs les autres arcs de l'époque 
Ce qui distingue l'arc Qin de l'arc composite des steppes nomades — Scythes, Huns — est sa longueur plus grande et son optimisation pour le tir à pied plutôt qu'à cheval. L'histoire de l'arc réflexe est ancienne. Elle se manifeste en Chine du nord et en Grèce 1000 ans av. J.-C. Sa construction est complexe, mais utilise des matériaux quasiment de rebut. Dans une culture fondée sur l'élevage et la chasse, l'utilisation de tendons, os et corne est courante.
L'arc de cavalerie nomade était court pour être utilisable à cheval — l'arc Qin destiné aux archers d'infanterie pouvait être plus long et donc plus puissant, au détriment de la maniabilité à cheval. C'est cette spécialisation qui explique la distinction entre les 172 archers debout à pied de la fosse n°2 et les cavaliers-archers dont les arcs étaient nécessairement plus courts.
En résumé
L'arc composite de l'armée Qin était une technologie de pointe — plusieurs années de fabrication, des matériaux soigneusement sélectionnés, une mécanique physique sophistiquée combinant compression et tension. Sa posture de tir au pouce, sa portée supérieure à 200 mètres en combat, et sa puissance de pénétration en faisaient l'arme à distance la plus redoutable de son époque en Asie oriental
Performances
Un bon arc composite Qin offrait :

Caractéristique Valeur estimée
Longueur débandelée 90-110 cm — beaucoup plus court qu'un arc anglais
Longueur bandée 130-150 cm avec la courbure réflexe
Poids de tirage 30 à 50 kg selon le modèle
Portée efficace de combat 150-200 mètres
Portée maximale 300-400 mètres
Durée de fabrication 3 à 5 ans pour un arc de qualité
Durée de vie Plusieurs décennies si conservé au sec
Faiblesse Très sensible à l'humidité — l'arc fini est plus sensible à l'humidité qu'un arc tout en bois.


 
 
La révolution de l'arbalète — 弩 (nǔ)
C'est sous la période des Royaumes combattants (475-221 av. J.-C.) que l'arc et surtout l'arbalète connurent leur révolution tactique la plus profonde. L'arbalète — 弩 (nǔ) — était la grande innovation militaire de cette période. Plus puissante et plus précise que l'arc, elle ne nécessitait pas des années d'entraînement pour être utilisée efficacement. Un conscrit pouvait maîtriser l'arbalète en quelques semaines — contre plusieurs années pour maîtriser l'arc composé de manière efficace.
Cette accessibilité démocratisa la puissance de feu à longue distance. Les armées des Royaumes combattants pouvaient désormais mobiliser des dizaines de milliers d'arbalétriers rapidement formés, là où les anciens archers professionnels nécessitaient des années de perfectionnement. Ce changement contribua au passage des petites armées aristocratiques de la période Zhou aux armées de masse professionnelles de la période Qin.
Contrairement à 弓 (gōng) qui est le terme générique pour tout arc, 弩 (nǔ) désigne spécifiquement et exclusivement l'arbalète  pas d'ambiguïté ici.
Le caractère lui-même est révélateur —
弩 = 奴 + 弓
弓 (gōng)  l'arc en bas du caractère
奴 (nú)  serviteur, esclave— en haut
Littéralement 弩 signifie donc « arc à serviteur » ou « arc mécanique » — l'idée étant que la mécanique de détente sert l'archer en maintenant la corde tendue sans effort musculaire, remplaçant la force du bras par un mécanisme.
Les termes dérivés précis

 
Terme Pinyin Signification précise
Arbalète — terme générique
弩弓 Nǔ gōng L'arc et l'arbalète — la partie flexible
弩机 Nǔ jī Le mécanisme de détente — la partie mécanique en bronze
弩矢 Nǔ shǐ Le carreau d'arbalète — le projectile
弩手 Nǔ shǒu L'arbalétrier — le soldat servant l'arbalète
踏张弩 Tà zhāng nǔ L'arbalète à étrier — armée avec le pied

La distinction importante 
Dans les fosses de Xi'an on trouve donc des 弓手 (gōng shǒu)  archers à l'arc  et des 弩手 (nǔ shǒu)  arbalétriers. Les figurines photographiées avec les mains en position de tir sans mécanisme visible sont probablement des archers à l'arc  les arbalétriers auraient tenu leur arme différemment, avec les deux mains sur le fût horizontal.
L'arbalète Qin utilisait un mécanisme de détente en bronze d'une précision remarquable — un système de verrouillage composé de trois pièces emboîtées permettant de maintenir la corde tendue jusqu'au moment du tir. Ces mécanismes en bronze ont été retrouvés en nombre dans les fosses de Xi'an — leur qualité de fabrication témoigne d'une production industrielle standardisée dès le IIIe siècle av. J.-C.

 

弩 (nǔ) — L'Arbalète Chinoise de l'Époque Qin
La tradition veut que l'arbalète chinoise ait été inventée par Ch'in Shih, de l'État de Chu, au cours du VIe siècle avant notre ère. Les premiers exemplaires en bois ont disparu depuis longtemps des archives archéologiques, mais la première utilisation d'arbalètes dans la guerre en Chine est attestée lors de la bataille de Ma Ling, en 341 avant notre ère, entre les États Qi et Wei.
Durant la période des Royaumes combattants, l'arme est tout en bois, ne disposant pas au départ d'un système mécanique aussi la corde devait être tendue par le tireur en position allongée, tirant sur celle-ci avec ses bras et poussant avec ses pieds sur les demi-arcs. Le mécanisme de tir en noix et détente, en bronze, ne se développe qu'au cours de la période couverte par les Qin et les Han.
C'est de cette période que date la représentation la plus ancienne d'un arbalétrier.Il s'agit d'un soldat de l'armée de terre cuite de l'Empereur Qin. Si son arbalète en bois a disparu, on a retrouvé à ses pieds le mécanisme de tir en bronze de son arme.
Description générale
L'arbalète chinoise, avec son arc horizontal et sa courte crosse en bois, tirait une ou plusieurs flèches à tête de bronze.
L'arme se compose de trois parties principales :
Le fût  臂 (bì) 
Une crosse en bois probablement en bambou ou en bois dur  creusée d'une rainure longitudinale dans laquelle glisse le carreau avant le tir. Le fût est tenu horizontalement, comme une arme à feu longue.
L'arc 弩弓 (nǔ gōng)
Monté perpendiculairement à l'avant du fût. Il s'agit d'un arc composite court  corne, tendons et bambou  mais plus puissant qu'un arc à main car le mécanisme permettait de le tendre avec beaucoup plus de force que les seuls bras.
Le mécanisme de détente 弩机 (nǔ jī)
C'est la pièce maîtresse  le mécanisme de l'arbalète chinoise repose sur un système de levier et de ressort, permettant de bander l'arc avec une force considérable. La détente, actionnée par une gâchette, libère la corde et propulse le carreau avec une grande vélocité.
Le mécanisme de détente en bronze
C'est la véritable innovation de l'arbalète Qin avec un mécanisme en bronze de trois pièces emboîtées d'une précision remarquable.
Les trois pièces fonctionnent ainsi :
La noix  牙 (yá) pièce pivotante qui accroche et retient la corde tendue
La détente 懸刀 (xuán dāo)  levier actionné par le doigt qui libère la noix
La goupille  鍵 (jiàn)  pièce de verrouillage qui maintient l'ensemble en position armée
Ce système permettait de maintenir l'arc tendu sans effort — l'arbalétrier pouvait viser longtemps, corriger sa trajectoire, et tirer au moment précis choisi, contrairement à l'archer qui devait maintenir une tension musculaire permanente et ne pouvait tenir que quelques secondes en position de tir.
Cette découverte permet aux chercheurs de mieux étudier cette arme que l'on pourrait comparer, pour l'époque, à un fusil d'assaut moderne.
La standardisation de ces mécanismes est extraordinaire  toutes les pièces retrouvées dans les fosses de Xi'an sont parfaitement interchangeables entre elles, preuve d'une fabrication sur gabarits normalisés dès le IIIe siècle av. J.-C.
Armer l'arbalète
Pour préparer l'arbalète au tir, le tireur devait d'abord placer l'arme à la verticale et la caler sous ses pieds pendant que la corde était tirée vers l'arrière.
Sur les modèles les plus puissants  les arbalètes dites à deux pieds ou 踏張弩 (tà zhāng nǔ)  le tireur posait les deux pieds sur l'arc et tirait la corde avec les deux mains et tout le poids du corps. Cela permettait des poids de tir considérables  120 livres et plus impossible aux seuls bras.
Le carreau 弩矢 (nǔ shǐ)
Les flèches étaient munies d'une tige en bois et d'ailettes en plumes, en bois ou en papier pour stabiliser leur trajectoire. Les premières pointes de flèches avaient deux lames, mais elles se développèrent avec le temps et trois lames devinrent la norme, ce qui permit d'augmenter le nombre d'ailettes et d'améliorer la précision du vol.
La pointe en bronze à trois faces est l'une des caractéristiques les plus reconnaissables des carreaux Qin retrouvés dans les fosses  des milliers ont été exhumés. Ces pointes triangulaires présentent une section aérodynamiquement optimisée qui réduisait la traînée en vol. Et comme pour les lames des épées  les flèches et carreaux de bronze ont été consolidés par une couche de chrome pour les rendre indestructibles.
 Performances et doctrine d'emploi

Caractéristique Arbalète Qin standard Arbalète lourde à deux pieds
Poids de tirage 50-80 kg 120 kg et plus
Portée efficace de combat 150-200 m 200-300 m
Portée maximale 300 m 400 m
Cadence de tir 3-4 carreaux par minute 1-2 carreaux par minute
Précision Supérieure à l'arc Très élevée
Armement 20-30 secondes 30-45 secondes

Dans les traités militaires de l'époque, il était généralement admis qu'un bon arbalétrier valait 100 fantassins Un corps d'arbalétriers bien entraîné était tout à fait capable de repousser une charge de cavalerie ou d'infliger des pertes dévastatrices en tirant en bloc sur le flanc de l'infanterie ennemie lors d'une embuscade. Une autre tactique très efficace consistait à prendre les troupes ennemies dans un feu croisé en divisant ses arbalétriers en deux groupes.
L'arbalète à répétition  諸葛弩 (Zhūgě nǔ)

 


 

Les Chinois développèrent également une arbalète à répétition la Chu Ko Nu  une petite arbalète chinoise à levier, pouvant tirer jusqu'à dix carreaux de manière répétitive. Une fois un carreau tiré, un second carreau venait automatiquement remplacer le premier et ainsi de suite jusqu'à ce que le chargeur d'une dizaine de carreaux soit vide.C'est le seul type d'arbalète dont la cadence de tir soit supérieure à celle d'un arc  soit 10 traits en 15 secondes. Elle était toujours officiellement en usage dans l'armée chinoise pendant la guerre sino-japonaise de 1894-1895.Cette arbalète à répétition — inventée bien avant l'époque Qin et perfectionnée pendant des siècles — est l'ancêtre conceptuel du chargeur des armes à feu modernes. Une invention qui précéda Winchester de deux millénaires.
Les armes retrouvées dans les fosses révèlent une autre innovation extraordinaire. Les épées, lances, hallebardes à crochet pour désarçonner les cavaliers, flèches et carreaux d'arbalètes en bronze avaient été consolidés par une couche de chrome  technique de protection contre la rouille redécouverte en Occident seulement au XXe siècle. Deux millénaires sous terre, et ces armes sont ressorties parfaitement tranchantes.
Innovation technologique : La présence d'un traitement au chrome sur les armes en bronze de l'armée Qin reste l'un des mystères de l'archéologie chinoise. Cette technique, perdue après la chute de la dynastie, ne réapparaîtra en Occident qu'au XXe siècle. Elle témoigne d'un niveau de maîtrise métallurgique extraordinaire pour l'époque.
La spécialisation militaire — la révolution Qin
La grande innovation organisationnelle de l'armée Qin n'est pas une arme particulière mais la spécialisation systématique des unités. Pendant la période Zhou et au début des Royaumes combattants, les guerriers étaient relativement polyvalents  un même homme pouvait combattre à pied, en char ou à cheval selon les circonstances. L'armée Qin opéra une rupture fondamentale en créant des unités entièrement spécialisées, chacune maîtrisant parfaitement une fonction de combat spécifique.
Les corps d'armée sont désormais spécialisés avec d'un côté les fantassins lourds, de l'autre les archers et arbalétriers, la cavalerie, les équipages de chars. Cette spécialisation permit une efficacité et une coordination tactiques sans précédent en Chine  et contribua de manière décisive aux victoires de Qin Shi Huang sur les six royaumes rivaux entre 230 et 221 av. J.-C.
Les Deux Types d'Archers

Tableau comparatif — archer debout vs archer agenouillé
 
Caractéristique
立射俑 — Archer debout
跪射俑 — Archer agenouillé
Désignation chinoise
立射俑 — Lì Shè Yǒng
跪射俑 — Guì Shè Yǒng
Posture
Debout — en position de tir
Agenouillé — genou droit à terre — genou gauche relevé
Armure
SANS armure — robe de combat légère
AVEC armure — lamelles en bronze ou cuir
Position tactique
Extérieur de la formation — avant-garde
Intérieur de la formation — protégé
Rôle
Tir à longue distance — ouverture du combat
Tir de précision soutenu — flancs protégés
Avantage
Mobilité — rapidité — champ de tir maximal
Stabilité — précision — cible réduite
Fosse n°2
172 figurines — angle nord-est
Présentes en nombre dans formation centrale
Conservation
Variable selon les pièces
La plus célèbre — conservation parfaite — exposée en vitrine
 
L'archer debout — 立射俑 (Lì Shè Yǒng)
L'archer debout est un fantassin léger — sa principale caractéristique est l'ABSENCE d'armure. Vêtu d'une simple robe de combat  戰袍 (zhànpáo)  croisée à manches longues, serrée à la taille par une ceinture, il privilégie la mobilité et l'amplitude de mouvement sur la protection. Sa posture en position de tir — mains à hauteur de poitrine tenant un arc désormais disparu en bois ou en laque — est d'une précision anatomique remarquable.
Positionné à l'extérieur et en avant-garde de la formation, l'archer debout ouvrait le combat par des salves massives à longue distance destinées à désorganiser les formations ennemies avant l'engagement de l'infanterie lourde. Sa légèreté lui permettait aussi de se repositionner rapidement entre deux salves — une mobilité tactique précieuse.
L'archer agenouillé — 跪射俑 (Guì Shè Yǒng)
L'archer agenouillé est lui protégé par une armure de lamelles  甲 (jiǎ) — en bronze ou en cuir lacé. Sa posture  genou droit à terre, genou gauche relevé, dos droit, tête tournée vers la cible  présente une stabilité et une précision supérieures à la position debout. En abaissant son centre de gravité, il offre également une cible beaucoup plus petite à l'ennemi.
Positionné à l'intérieur de la formation, protégé par les rangées de soldats debout, l'archer agenouillé pouvait maintenir un tir soutenu pendant que l'infanterie de choc engageait l'adversaire. Il tirait entre les jambes des soldats debout ou depuis les flancs de la formation, assurant une densité de feu continue même pendant les mouvements tactiques.dentification
 
   


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