France La Grande Armée ou l Armée des Nations Juin 1812 2e Partie La Grande Armée

Article écrit par : Claude Balmefrezol

Mis en ligne le 10/05/2026 à 15:38:20



France La Grande Armée ou l Armée des Nations  Juin 1812
2e Partie La Grande Armée
1e Partie L 'Etat Major et la Garde Impériale


 
 
 Tableaux générés par IA sur mes indications ou tiré des ouvrages de François Houdecek
 
 
Les corps d'armée structure et commandants
Le système des corps d'armée avait été esquissé sous le Consulat et avait pris toute sa dimension lors de la campagne de 1805. L'objectif de Napoléon est qu'ils puissent avoir une autonomie et une capacité de résistance suffisantes pour manœuvrer isolément, mais qu'au moment opportun ils puissent être réunis pour obtenir un avantage décisif sur le champ de bataille. Chaque corps d'armée est une armée en miniature, avec ses divisions d'infanterie, sa cavalerie légère, son artillerie divisionnaire et de corps, son génie, ses services administratifs et sanitaires.
Le Corps d'Armée Napoléonien en 1812 — Organisation Type
À partir de 1803, le Premier Consul fait du corps d'armée l'unité principale de son armée. Chaque corps est constitué d'un état-major, de deux ou trois divisions d'infanterie avec leur artillerie, une division ou une brigade de cavalerie légère et du train. Cette organisation crée de véritables armées autonomes dans leurs déplacements, capables de communiquer ensemble et de coopérer d'un point de vue tactique pour s'adapter au plus vite aux évolutions de la bataille.
En 1812, un corps compte en moyenne 20 000 à 35 000 hommes bien que le 1er corps de Davout exceptionnellement 69 776 hommes avec 5 divisions.
Structure type
État major
Un général de division ou un maréchal à sa tête, avec un chef d'état-major, des adjoints d'état-major, des aides de camp chargés de la transmission des ordres, et un quartier-maître pour l'administration.
Infanterie c’est le cœur du corps
Le corps comprend 2 à 4 divisions d'infanterie. Chaque division contient :
2 brigades de 2 régiments chacune
Chaque régiment : 4 à 5 bataillons de guerre de 6 compagnies (grenadiers, voltigeurs, 4 de fusiliers)
Artillerie divisionnaire intégrée : en général un canon de 6 ou de 8 par bataillon plus deux obusiers, répartis dans les intervalles.
La division-type aligne 6 000 à 9 000 fantassins.
Chaque régiment comprend toujours un mélange ligne + légère : les régiments légers fournissent les tirailleurs qui précèdent l'infanterie de ligne. L'infanterie de ligne s'avance par divisions sur deux lignes, précédée d'une nuée de tirailleurs (voltigeurs dispersés de l'infanterie légère) qui harcèlent l'ennemi et couvrent les mouvements par la fumée de leur feu.
Appui
Arrêtons nous à l artillerie
Il y a deux types de dotation de projectiles en 1812
Celle de la Garde Impériale à dotation double Le double approvisionnement dont est dotée la Garde impériale permet de tirer 350 coups par pièce, répartis entre les caissons de batterie, les voitures du parc d'artillerie qui forment la réserve de l'artillerie, et le coffret pour les premiers coups à tirer.
Celle de l’Artillerie de Ligne qui a une dotation standard soit 175 coups par pièce, répartis en Coffret d'avant-train : premiers coups immédiatement disponibles (15-20 coups)
Caissons de batterie : réserve tactique immédiate
Parc d'artillerie du corps : réserve opérationnelle
Pour donner une idée concrète : à l'avant-train, il était possible de porter 49 charges de chevrotine avec de grosses billes de plomb et 11 avec de petites.
Les types de munitions emportées
La dotation par pièce se répartit entre plusieurs types de projectiles selon des proportions établies :
Boulets pleins — majorité de la dotation. Efficaces à 600-800m sur l'infanterie et la cavalerie, dangereux par ricochets. L'artillerie française ouvre le feu à boulets pleins à 600 m sur la cavalerie, à 700 ou 800 m sur l'infanterie.
Obus — projectiles creux explosifs. Un obus, lancé entre 700 et 1 200 m, disperse ses éclats dans un rayon de 25 à 30 m. Particulièrement utiles contre des troupes abritées ou des bâtiments en bois. Boîtes à mitraille — munition anticharges à courte portée. La portée utile de la boîte à mitraille est de 400 m, avec un effet en arc de cercle. Redoutable contre la cavalerie en charge et l'infanterie à bout portant.
Le coût d'un obusier est de 2 730 francs et un boulet de 1 franc. Mais l'usure de l'âme intervient rapidement et les tubes,deviennent imprécis après 100 coups, se révèlent dangereux après 500, leur durée de vie n'excédant pas 800 coups.
La cadence de tir
Dans les conditions idéales à l'entraînement, sans viser et sans boulet, les artilleurs français pouvaient atteindre 13 à 14 coups à la minute. Dans des conditions réelles sur le champ de bataille, la cadence de tir avoisinait plus les 2 à 4 coups à la minute.
À 2 coups par minute, 350 coups donnent 175 minutes de tir soutenu pour une pièce de la Garde. En pratique bien plus long car le tir n'est jamais continu.
Lors de la bataille de la Moskova, les Russes aligneront 640 canons pour contrer les 587 pièces d'artillerie de la Grande Armée, soit plus de 1 200 canons engagés au total sur le champ de bataille. Cela va donner, pas moins de 60 000 coups de canons qui sont tirés par les artilleurs français et alliés soit environ trois coups de canon par seconde pendant les dix heures de bataille.
Le désastre logistique de la Campagne
Ayant perdu tous les canons de 6 livres lors de la retraite de Moscou, la Grande Armée lors des campagnes de 1813 et 1814 a été contrainte de retourner dans le système de Gribeauval c'est-à-dire utiliser des canons de 4 et 8 livres, pas aussi pratiques et polyvalents que les 6 livres.

Tableau récapitulatif
 
Garde Impériale
Artillerie de Ligne
Dotation par pièce
350 coups
~175 coups
Répartition
Coffret + caissons + parc
Coffret + caissons + parc
Avantage
Double autonomie de feu
Standard
Boulets pleins
Majorité
Majorité
Obus
Proportion standard
Proportion standard
Boîtes à mitraille
Proportion standard
Proportion standard

 
Mais pourquoi ce retour en arrière Il faut sa voir qu’il va cohabiter dans l’Armée 2 systèmes distincts
Le sytème Gribeauval et le Système de l'An XI ? Se sont deux systèmes successifs et c'est précisément leur coexistence qui crée la complexité.
Tout d abords le Système Gribeauval
L'ingénieur Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval conçoit le premier système normalisé d'artillerie, définitivement entériné par l'ordonnance royale du 3 octobre 1774. Les pièces de campagne comprennent les canons de 4, 8 et 12 livres, et l'obusier de 6 pouces
C'est le système dont hérite Napoléon qui est excellent, mobile, normalisé. Mais il a un défaut : le canon de 4 livres est trop faible pour appuyer l'infanterie au contact, et le 8 livres est trop lourd pour suivre les unités de première ligne.
Une commission en 1803 décide de conserver le 12 en l'état et de remplacer les canons de 4 et 8 par un canon de 6. En effet le 4 est peu puissant pour appuyer les troupes au contact, alors que le 8 est trop lourd pour suivre les unités de première ligne C’est le Système de l'An XI
Napoléon décide de remplacer les pièces de 4 livres par des canons de 6 livres afin d'augmenter la puissance de feu de son artillerie. Il comptait ainsi utiliser le grand nombre de canons de 6 livres capturés à l'Autriche et à la Prusse entre 1794 et 1800.
Le canon de 6 An XI est donc l'arme universelle de la Grande Armée canon intermédiaire idéal, standardisé, compatible avec les munitions capturées à l'ennemi.
Mais le système dit de l'An XI crée une situation logistique cauchemardesque dans les arsenaux et aux armées en venant s'ajouter aux matériels du système Gribeauval et à ceux pris aux armées ennemies.
En outre il ne répond pas aux attentes : les avant-trains se révèlent peu commodes d'emploi. C'est pourquoi le comité d'Artillerie en modifie les affûts en 1808, puis décide en 1810 de revenir en partie au système Gribeauval. Seul l'obusier et le canon de 6 livres, qui donnent pleine satisfaction, sont conservés.
Autrement dit en 1812 on a un système hybride :
Le canon de 6 An XI pièce principale de l'artillerie de campagne
Le canon de 12 Gribeauval artillerie lourde de réserve des corps
Les obusiers des deux systèmes coexistant
Mais en 1812, ayant perdu tous les canons de 6 livres lors de la retraite de Moscou, la Grande Armée lors des campagnes de 1813 et 1814 a été contrainte de retourner dans le système de Gribeauval c'est-à-dire utiliser des canons de 4 et 8 livres.
C'est donc un retour forcé aux anciens calibres Gribeauval les 4 et 8 livres que Napoléon avait précisément abandonnés en 1803 parce qu'ils étaient inadaptés. En 1813, faute de 6 livres, on ressort des arsenaux les vieilles pièces que l'on avait mises de côté.

Tableau récapitulatif
Système
Période
Calibres campagne
Avantage
Inconvénient
Gribeauval
1765-1803
4, 8, 12 livres
Normalisé, mobile
4 trop faible, 8 trop lourd
An XI
1803-1812
6, 12 livres
6 = calibre universel idéal
Avant-trains peu pratiques, production insuffisante
Retour Gribeauval
1813-1814
4, 8, 12 livres
Stocks disponibles
Retour aux défauts d'avant 1803
La retraite de Russie ne détruit pas seulement des hommes et des chevaux — elle détruit l'instrument artillerie que que Napoléon avait mis dix ans à perfectionner, et le contraint à combattre en 1813-1814 avec un outil moins adapté que celui qu'il avait en 1805.
Artillerie est sur deux niveaux
Artillerie divisionnaire (calibres légers) : intégrée aux divisions, elle accompagne l'infanterie au plus près du combat. Canons de 4 et 6 livres, obusiers légers.
Artillerie de corps (réserve de corps) : l'artillerie de corps (pièces de 12) est regroupée à l'arrière, parfois en grandes batteries avec celle de la réserve générale sur le point d'effort principal. C'est la masse de rupture que le général de corps porte au moment décisif.
Cavalerie légère elle est les yeux du corps
1 brigade ou 1 division de cavalerie légère (hussards, chasseurs à cheval, lanciers) organiquement attachée au corps. Son rôle est triple
Les unités de cavalerie légère (hussards qui éclairent et chasseurs qui poursuivent) localisent l'ennemi, l'évaluent et le forcent à se déployer sur un terrain défavorable.
Elle assure aussi la couverture des flancs et la poursuite après la victoire.
Génie
Des compagnies de sapeurs — en général 1 à 2 compagnies de sapeurs du génie de la ligne — attachées au corps. Missions : franchissement des obstacles, construction de ponts de circonstance, travaux de fortification, ouverture de brèches.
Voici les points clés à retenir :
Au départ
Matériel du génie Grande Armée 1812
Équipages de pont sous le général Éblé Matériel
120 Bateaux du modèle autrichien construits à Dantzig construits à Dantzig 3 000 kg par haquet chargé (bateau + poutrelles + agrès) Franchissement des rivières
120 Haquets de transport voitures 1 haquet Transport des pontons
42 Voitures d'agrès cordages, ancres, clameaux Équipement de pont complet Assemblage des pont
54 Voitures de type agricole chariots de campagne réquisitionnés Transport de matériel divers Soutien logistique
8 Forges de campagne forgeron embarqué avec outils Réparation du matériel sur place Maintenance en camp
Caissons d'outils haches, scies, clous, clameaux 1 par compagnie Outillage complet de charpente Construction de ponts
Nacelles (barques avant-garde) barques de 4 et 6 m par compagnie 2-3 / compagnie Reconnaissance et avant-garde Franchissement rapide
2 Voitures de charbon combustible pour les forges 2 Alimentation des forges Soutien des forges
Cela donne un total pour la traction de l'ensemble
Attelages nécessaires 2 500 chevaux de trait + 500 voitures (400 véhicules)
La destruction progressive est l'aspect le plus dramatique. À Vitebsk, les pontonniers reçoivent l'ordre de laisser tous les bateaux — seuls 28 sur 120 du départ suivent l'armée jusqu'à Moscou. Puis à Orcha, sur ordre de l'Empereur, on fait brûler un équipage de pont de 60 bateaux afin de donner les chevaux des pontonniers à l'attelage des pièces d'artillerie. Éblé insiste en vain pour conserver au moins 15 bateaux, mais réussit à conserver six caissons d'outils, deux forges de campagne et deux voitures chargées de charbon.
La Bérézina — le miracle avec rien. Éblé avait eu la prudence, dès Smolensk, d'ordonner à chaque pontonnier d'emporter dans ses affaires un outil, 15 à 20 grands clous et quelques clameaux. C'est avec ces pauvres moyens qu'il improvise sa rude tâche dans le froid.
Chronologie de la destruction du matériel
Vitebsk 28 juin 1812 Ordre et donner de laisser tous les bateaux. Seuls 28 sur 120 suivent jusqu'à Moscou.
Orcha 20 nov. 1812 Sur ordre impérial on decide de bruler 60 bateaux
Éblé sauve 6 caissons d'outils, 2 forges, 2 voitures de charbon.
Bérézina 26-29 nov. 1812 Avec seulement les outils, clous et clameaux emportés par chaque pontonnier, Éblé construit 2 ponts. Plus de 50 000 hommes passent.
Sur 400 pontonniers, seuls 8 survivront.
Chronologie de la destruction du matériel
Vitebsk 28 juin 1812 Ordre de laisser tous les bateaux. Seuls 28 sur 120 suivent jusqu'à Moscou. Orcha 20 nov. 1812 Sur ordre impérial : Destruction de 60 bateaux.
Éblé sauve 6 caissons d'outils, 2 forges, 2 voitures de charbon.
Bérézina 26-29 nov. 1812 Avec seulement les outils, clous et clameaux emportés par chaque pontonnier, Éblé construit 2 ponts. Plus de 50 000 hommes passent. Sur 400 pontonniers, seuls 8 survivront.
Personnel des pontonniers en Russie
1er bataillon 7 compagnies / armée principale
2e bataillon 4 compagnies / armée d'Italie
Total : 13 compagnies
Après la campagne : 7 compagnies du 1er bataillon supprimées (18 avr. 1813) — elles n'existaient plus que de nom. Le bataillon fut reformé avec de nouvelles compagnies et des marins des équipages de flottille.
Soutien
Train des équipages
Des compagnies du train des équipages militaires sont attachées à chaque corps. Elles assurent le transport des vivres, des munitions et des bagages régimentaires. Chaque compagnie dispose de voitures attelées.
Service de santé
Des ambulances volantes (selon le système Larrey/Percy) et des chirurgiens attachés aux divisions assurent les premiers secours et l'évacuation des blessés vers les hôpitaux de l'arrière.
Ambulances Volantes de Larrey et Wurst de Percy
Nous avons durant ces guerres 2 innovations,
Avant 1972 les chirurgiens militaires restaient à une lieue des combats, attendant la fin des engagements. Les blessés pouvaient rester 24 à 36 heures sur le champ de bataille sans aucun soin. La mortalité était catastrophique non par les blessures elles-mêmes, mais par l'hémorragie et l'infection faute de soins rapides.
Les deux grans médecins militaires vont donc essayer de soulager les souffrances et vont créer 2 matériels pour le secours
L'ambulance Volante de Larrey (1797)
En 1792, à la bataille de Spire, un jeune chirurgien dénommé Larrey observait à la lorgnette la rapidité d'intervention des équipages d'artillerie au cœur des combats. Cela lui donna l'idée de créer les ambulances volantes qui permettraient d'amener les secours au cœur des combats et de rapatrier les blessés.
Larrey s'inspire directement de l'artillerie à cheval mobile, rapide, capable de suivre les colonnes au plus près. Il applique cette mobilité au service médical.
Description des deux modèles
Deux types de voitures furent utilisés :
la voiture légère à deux roues, montée généralement en poste à deux chevaux, et la voiture à quatre roues, destinée surtout aux pays de montagne, à la caisse plus longue et attelée en poste à quatre chevaux.
La première transporte deux blessés couchés. Sur le plancher de la voiture se trouve un matelas rembourré de crins et monté sur rail, sur lequel le chirurgien peut panser le blessé. Sur les côtés intérieurs de la voiture se trouvent des poches contenant du matériel chirurgical et des pansements. La voiture légère à deux roues a la forme d'une caisse allongée, bombée à sa partie supérieure et percée sur les côtés de deux petites fenêtres pour créer un courant d'aération.
L'organisation en division
Chaque décurie dispose de douze voitures légères à deux roues pour les pays plats, ou quatre roues pour la montagne, particulièrement mobiles, bien suspendues et confortables avec leurs matelas en crin. Les boites d'instruments et les objets de pansement sont disposés dans des poches sur les côtés. Larrey avait divisé son ambulance volante en 3 divisions comprenant chacune 75 infirmiers à pied, 36 infirmiers à cheval et 60 conducteurs.
L'ambulance volante de Larrey ne se généralisera vraiment qu'en 1812 et seule la Garde de l'Empereur en sera correctement dotée
Vient ensuite le Wurst de Percy en 1799
Percy proposa en 1799 la transformation en véhicule sanitaire d'un caisson de munitions allongé en usage dans l'artillerie bavaroise d’où son nom Wurst ou saucisse en allemand. Cette ambulance était capable de transporter rapidement six officiers de santé installés à califourchon sur un coffre contenant les médicaments, pansements et autres instruments chirurgicaux, directement sur le champ de bataille, au plus près de la ligne de feu. Le caisson attelé de six chevaux emmène à califourchon huit chirurgiens et aides qui vont commencer à panser les blessés sur le champ de bataille
Mais le wurst ne permettait pas de transporter les blessés et fut rapidement abandonné.Il sera de fait peu utilisé et aura totalement disparu en 1810.
Le bilan en Russie 1812
Dans le bilan de la meurtrière campagne de Russie en 1812, Larrey compte 22 000 blessés traités dans ses ambulances dont 9 073 guéris sans séquelle, 1 000 amputations, 2 416 décès, 4 027 invalides partiels, 5 854 invalides totaux dont 731 amputés.
Mais en portant secours à tous les combattants, Larrey est à la source du concept de la neutralité du personnel sanitaire qui, combiné à celui de l'inviolabilité des blessés, seront les principes fondateurs de la Croix Rouge Internationale en 1863 et des premières Conventions de Genève en 1864.
Intendance
Un ordonnateur (l'équivalent d'un intendant) gère le ravitaillement en vivres — pain, viande, fourrage pour les chevaux. C'est le maillon le plus vulnérable du système, surtout en Russie.
L'Intendance de la Grande Armée en 1812
L'intendance de 1812 est le talon d'Achille de la Grande Armée — non par manque de préparation car Daru avait tout prévu, mais parce que la distance, la terre brûlée russe et la vitesse de la marche ont dépassé les capacités physiques d'un système de ravitaillement encore fondamentalement hippomobile.
La structure administrative avec deux ministères
Deux ministères distincts encadrent le système :
le ministère de la Guerre, s'occupant principalement des hommes,
le ministère de l'Administration de la guerre, s'occupant des moyens.
L'organigramme est complété par un intendant général de la Grande Armée et par un directeur général des revues et de la conscription.
Les hommes clés Daru puis Mathieu Dumas
Pierre Daru est la figure tutélaire. Intendant général de la Grande Armée dès 1806, Daru approvisionne la place de Dantzig en vue de la campagne de Russie et rédige un rapport sur les transports militaires. Il laisse l'intendance générale de la Grande Armée au général Mathieu Dumas en mars 1812. Napoléon le résumait en ces termes : « Il joint le travail du bœuf au courage du lion.
Daru avait pourtant averti l'Empereur. Après la bataille de Smolensk, Daru conseille à l'Empereur d'abandonner la poursuite d'un ennemi qui se dérobe par une fuite calculée, arguant que les approvisionnements ne suivraient plus avec sécurité la marche de l'armée française et que les convois ne pouvaient s'aventurer dans un pays où manquaient les lieux pouvant recevoir des magasins. Napoléon ne l'écoute pas.
Mathieu Dumas prend la succession en mars 1812, mais tombe malade en Russie. Daru est amené à remplacer l'intendant général Dumas, malade — nomination officialisée le 6 novembre 1812.
Le corps des commissaires des guerres
En 1812, ils sont 392 commissaires des guerres, épaulés par un peu plus de 800 commissaires provisoires.
Leur organisation interne est complexe. Dans le service des vivres-pains, par exemple, on relève par ordre hiérarchique décroissant un régisseur, des agents en chef, des inspecteurs, contrôleurs, gardes-magasins, commis principaux, chefs comptables, commis et employés de tous grades, mais aussi des boulangers, des vacataires et des journaliers.
Les quatre sections de l'intendance
les services de l'intendant sont divisés en quatre sections : subsistances, hôpitaux, équipages et secrétariats — personnel, habillement, fonds. Chacune est gérée par un ordonnateur ou un commissaire des guerres.
La préparation qui nécessite un effort colossal
Début 1812, des magasins de vivres, fourrages et matériel militaire, et des convois gigantesques sont préparés par l'intendant général Daru.
Ce que chaque soldat emporte au départ est précisément calculé.
Le fantassin du corps Davout emporte deux chemises, deux paires de souliers avec des clous et des semelles de rechange, un pantalon, quelques ustensiles de propreté, une bande à pansement, de la charpie et 60 cartouches, ainsi que 4 biscuits, 10 livres de farine et 2 pains, soit 15 jours de vivres.
Le système des magasins
L'élongation maximale des convois de caissons, entre le pivot et les unités à ravitailler, est évaluée à 30 ou 40 lieues, soit environ 130 à 175 km.
La Grande Armée dispose toujours prudemment de deux ou trois places susceptibles de servir de dépôt, mais n'en utilise qu'une à la fois afin de sauvegarder le principe d'unité d'action et de commandement.
Le train des équipages
Les moyens du train des équipages sont répartis pour emploi entre le Grand Quartier général 19 compagnies sur 54 en 1812 et les corps d'armée 35 compagnies — sachant que le renfort d'équipages auxiliaires accroît encore les possibilités
L'effondrement ou pourquoi le système échoue en Russie
Le problème est structurel et s'aggrave à chaque étape.
Premier choc Vilnius : Les entrepôts russes avaient été incendiés avant l'arrivée française : plus de 150 000 quintaux de farine, des réserves de vivres et d'équipement furent détruits. Les moulins et les fours avaient également été anéantis, rendant presque impossible la mouture du grain et la cuisson du pain. La campagne commençait sous le signe des privations et de la désillusion.
La distance : À 800 km de la frontière, les convois ne peuvent plus suivre. Les chevaux meurent d'épuisement et de faim, aggravant le problème qu'ils étaient censés résoudre.
L'effondrement final lors de la retraite : Les dépôts de ravitaillement de Polotsk, Vitebsk et Minsk tombant aux mains des Russes, la Grande Armée est privée de toute profondeur logistique. À l'approche de Smolensk, les soldats ne disposent plus guère que de viande de cheval, parfois de sang, pour subsister.
À Orcha, en novembre, Napoléon ordonne de brûler les archives de l'intendance, de la secrétairerie d'État et du secrétaire du portefeuille. Geste symbolique de la déroute totale.
Verdict
Un système jamais à la hauteur Le corps des commissaires des guerres aura la très lourde tâche d'organiser l'approvisionnement des troupes parcourant l'Europe. L'immensité des armées et les campagnes de plus en plus lointaines vont obliger
Napoléon à utiliser des méthodes approximatives réquisitions, levées extraordinaires. C'est surtout pendant la campagne de Russie en 1812 que les carences sont les plus importantes ; le pillage remplace parfois l'absence de distributions. Malgré toute la bonne volonté impériale, le système ne fonctionna jamais correctement. Très souvent le soldat est obligé d'improviser. Les guerres de l'Empire serviront de leçon et un grand corps de l'intendance sera créé en 1817
La campagne
Rôle de chacun
La cavalerie légère reconnaît en avant et agit sur les ailes pour éviter les débordements,
L infanterie légére avec ses tirailleurs harcèlent l'ennemi,
L'infanterie de ligne s'avance par divisions sur deux lignes.
La cavalerie Lourde et de Ligne est employée pour percer la ligne ennemie
L'artillerie divisionnaire est répartie dans les intervalles, tandis que l'artillerie de corps est regroupée à l'arrière sur le point d'effort principal.
Tableau synthétique
Fonction
Arme
Unité type
Effectif approx.
Choc
Infanterie
2-4 divisions
12 000 à 30 000
Appui direct
Artillerie divisionnaire
2-4 batteries légères
200-400 servants
Appui de masse
Artillerie de corps
1-2 batteries lourdes (12 livres)
100-200 servants
Appui mobilité
Cavalerie légère
1 brigade ou division
2 000 à 4 000
Soutien technique
Génie
1-2 compagnies sapeurs
200-400
Soutien logistique
Train des équipages
2-4 compagnies
300-600
Soutien médical
Service de santé
Ambulances par division
variable
Le corps d'armée napoléonien est bien une armée en miniature — capable d'agir seul, de tenir tête à un adversaire supérieur le temps que les autres corps arrivent, et de combiner toutes les armes de manière autonome. C'est l'invention militaire majeure de l'époque napoléonienne.
Voici ci dessous les divers corps en juin 1812
 
Corps
Commandant
Nationalités
Effectif
Remarque
1er
Maréchal Davout
Français, Allemands
69 776
Le plus important de la GA
2e
Maréchal Oudinot
Français, Suisses, Croates
37 139
Inclut division cuirassiers
3e
Maréchal Ney
Français, Wurtembergeois
37 886
Division Wurtemberg intégrée
4e
Prince Eugène (vice-roi d'Italie)
Français, Italiens, Croates, Espagnols
44 798
Moitié Italiens (19 477 h.)
5e
Prince Poniatowski
Polonais (grand-duché de Varsovie)
15 322
Corps entièrement polonais
6e
Général Gouvion Saint-Cyr
Bavarois
24 727
Contingent bavarois intégral
7e
Général Reynier
Saxons
16 954
2/3 de l'armée saxonne
8e
Général Vandamme
Westphaliens
16 592
Sous Jérôme Bonaparte
9e
Maréchal Victor
Français, Allemands, Polonais
33 190
Seconde ligne — EM à Berlin
10e
Maréchal Macdonald
Polonais + corps prussien (Grawert)
32 832
Flanc garde nord
11e
Maréchal Augereau
Français, Allemands, Napolitains
57 571
Corps de réserve — 4 divisions
Aux cotes de la Grande Armée nous trouvons des corps nationaux
La nature multinationale de la Grande Armée d'où son surnom d'armée des Vingt Nations — est l'une de ses caractéristiques les plus remarquables. Outre les corps numérotés, deux formations autonomes complètent le dispositif :
Le corps autrichien du prince Schwarzenberg : Le Corps Autrichien du Prince de Schwarzenberg — 1812

 

En 1812, lorsque Napoléon envahit la Russie, allié traditionnel de l'Autriche, celle-ci se voit contrainte d'envoyer un corps d'armée afin de soutenir le beau-fils de l'empereur François.
La situation est d'une ambiguïté totale. L'empereur François II promit toutefois secrètement à Alexandre Ier que ses effectifs ne seraient pas augmentés. Schwarzenberg fut contraint d'obéir aux ordres de Napoléon, mais il le fit avec une lenteur extrême et à contrecœur. Depuis Vienne, il reçut des instructions précises de « ne pas faire preuve d'un zèle excessif » lors des opérations militaires.
Prince Charles-Philippe de Schwarzenberg — feld-maréchal autrichien, fin diplomate autant que militaire.
Chef d'état-major : général-major Stutterheim.
L'état-major comprend également le général Baillet de Latour et le général-major Morchtenberg.
Effectifs et composition
Schwarzenberg commande son corps d'environ 32 900 hommes, positionné près de Lublin.
Le corps comprend une artillerie commandée par le général Schmelzern, et plusieurs divisions d'infanterie sous les généraux Trautenberg, Bianchi, Bersina von Siegenthal, et une division de dragons sous Frimont von Palota.
Le corps autrichien complète le dispositif comme flanc-garde méridionale de la Grande Armée. Le corps autrichien opère sur le front méridional de la Grande Armée, en Pologne et en Russie blanche, protégeant les bases et les lignes occidentales de communication de l'armée principale. C'est une grande chance car cela empêche qu'il participe à la marche sur Moscou.
Face à lui : la 3e armée de l'Ouest russe de Tormassov, supposée envahir la Pologne par le sud depuis l'Ukraine.
Le 7e corps saxon de Reynier
Le général Reynier et son corps de Saxons ont été attachés au corps autrichien, sous le commandement général du feld-maréchal Schwarzenberg. Bien qu'ils combattront parfois ensemble, comme à Gorodetschna, ils opéreront le plus souvent indépendamment, se mesurant aux troupes russes de l'armée méridionale. Les opérations
Schwarzenberg remporte notamment des victoires sur les Russes lors de combats à Gorodetschna et Wolkowisk.
Il profite de la situation pour prendre les villes de Sloutsch et de Prinsk, sur les lisières nord et ouest des marais du Pripet, avec des stocks considérables de vivres dont ses troupes avaient besoin. Mais ce n'était là que des opérations secondaires, entreprises pour soutenir le prestige du corps expéditionnaire autrichien face aux Français, qui les traitaient de « fainéants ».
L'échec stratégique la Bérézina

Schwarzenberg étant occupé à aider Reynier à Wolkowisk, Tschitshagov réussit à s'emparer de Minsk et de ses importants dépôts le 16 novembre. Le comte Lambert est alors détaché pour aider à s'opposer à la retraite française de Moscou, permettant aux Russes d'occuper le passage sur la Bérézina et de réduire la retraite française à un seul itinéraire.
La capacité du corps de Tormassov de se détacher et de s'attaquer au gros de l'armée française est un signe de l'échec du corps de Schwarzenberg à réaliser son véritable objectif : protéger la Grande Armée contre une attaque de flanc par le sud.
La fin de campagne
Fin novembre, les Autrichiens et les Saxons prennent leurs quartiers d'hiver à Byalistok, aux termes d'un accord verbal avec les Russes. Ceci a marqué la fin effective de l'engagement du corps autrichien dans la campagne de 1812.
Il est probable qu'il y eut un accord entre Vienne et Saint-Pétersbourg afin que les Autrichiens ne s'en prennent pas trop aux Russes, et que les Russes n'exercent pas une pression plus forte que ne l'exigeaient les apparences. Quoiqu'il en soit, lorsque ce fut nécessaire, les Autrichiens combattirent très vaillamment, le gouvernement russe étant même amené à présenter une forte protestation à la Cour de Vienne !
Le destin de Schwarzenberg
L'Autriche ayant retourné ses armes contre la France, Schwarzenberg prend la tête de la Grande Armée de Bohême, participe aux batailles de Dresde, de Wachau et de Leipzig, puis est nommé généralissime des armées alliées — et concourt à la reddition de Paris en 1814. En moins de deux ans, le commandant du corps allié de Napoléon devient le chef suprême de ses ennemis. Toute la duplicité de la diplomatie autrichienne de Metternich est résumée dans ce parcours.
Le Corps Prussien de la Grande Armée en 1812

 

Humilié par les conditions du traité de Tilsit de juillet 1807, le roi Frédéric-Guillaume III de Prusse a été contraint de signer, le 5 mars 1812, un traité faisant de facto de son pays un vassal de l'Empire napoléonien.
Selon ce traité, la Prusse devait soutenir l'invasion de la Russie par Napoléon et fournir un corps d'armée de 20 000 hommes, ce qui provoqua des défections dans l'armée prussienne, comme celle de Clausewitz qui rejoignit l'armée impériale russe.
D'un effectif officiel de 51 507 hommes et 6 386 chevaux, le 10e corps de Macdonald est composé de la 7e division, formée majoritairement d'unités polonaises et de la Confédération du Rhin aux ordres du général baron Grandjean, et de la 27e division d'infanterie prussienne, initialement aux ordres du général Julius von Grawert.
Le corps prussien proprement dit compte environ 20 000 hommes.
Il y a eu des commandants successifs :
Général von Grawert — commandant initial, tombe malade en cours de campagne
Général Ludwig Yorck von Wartenburg  Grawert tomba malade en août, e Yorck prit le commandement effectif. Le changement officiel n'intervint que le 12 octobre.Le tout est placé sous l'autorité du maréchal Macdonald, commandant du 10e corps
Le corps prussien intégré au 10e corps de Macdonald forme l'aile gauche de la Grande Armée. La tâche principale de Macdonald était le siège de Riga, qui tint avec succès pendant toute la guerre.
C'est le pendant nord du corps autrichien de Schwarzenberg au sud les deux servant de flancs-gardes à la masse principale qui marche sur Moscou.
La Division Princière est une formation atypique et souvent méconnue de la Grande Armée de 1812. Voici ce qu'on peut en établir avec précision.
La Division Princière
Dans l'organigramme général de la Grande Armée de 1812, on trouve la mention d'une Division Princière distincte, figurant aux côtés du 7e corps (Reynier), du corps autrichien (Schwarzenberg) et de la division danoise, dans le dispositif couvrant l'aile droite et les arrières de la Grande Armée. Le terme "Division Princière" désigne en réalité un agrégat de contingents de petites principautés allemandes qui n'avaient pas les effectifs suffisants pour former un corps d'armée autonome, et qui furent regroupés sous une dénomination commune.
Composition
La division comprenait notamment des troupes danoises : le régiment d'Oldenburg (4 bataillons — 56 officiers et 2 578 hommes de troupe), l'infanterie légère de Schleswig et Holstein (2 bataillons — 32 officiers et 947 hommes), un régiment de hussards (2 escadrons) et un régiment de dragons de Jutland (2 escadrons).
Elle rassemblait aussi des contingents de petits États de la Confédération du Rhin : Mecklembourg, Nassau, Anhalt et diverses principautés qui fournissaient des bataillons ou des régiments isolés.
La Division Princière n'était pas une grande unité de combat de première ligne. Son rôle était essentiellement celui d'une force de couverture et de garnison :
Protection des lignes de communication et des arrières entre l'Allemagne et la Pologne
Sécurisation des places fortes de la Vistule et de l'Oder (Dantzig, Stettin, Küstrin)
Surveillance du flanc nord de la Grande Armée, en liaison avec le 10e corps de Macdonald
Elle ne participa donc pas à la marche sur Moscou, contrairement aux grands corps d'armée.
C'est une formation diplomatiquement et politiquement significative : en l'incluant dans l'ordre de bataille officiel de la Grande Armée, Napoléon signifiait à toutes les principautés allemandes alliées qu'elles participaient symboliquement à la campagne. Les souverains qui commandaient ou prêtaient leur nom à ces contingents bénéficiaient d'un prestige lié à leur association avec l'Empire.
Le qualificatif "princier" renvoie précisément à ce fait : ces troupes étaient envoyées par des princes régnants (et non des États de plein exercice comme la Bavière ou la Saxe, qui avaient leurs propres corps d'armée complets).
Attention il ne faut pas confondre la Division Princière avec d'autres divisions commandées par des membres de la famille impériale dans les corps d'armée principaux, comme la division du prince royal de Wurtemberg au 3e corps de Ney, qui était officiellement sous le commandement du prince royal de Wurtemberg mais en fait dirigée par le général von Scheler.
La Division Danoise
Le Danemark était lié à la France par le traité de Fontainebleau de 1807 (suite à l'affaire de Copenhague et à l'attaque britannique sur la flotte danoise). Allié contraint mais fidèle, le roi Frédéric VI fournit à Napoléon un contingent militaire en 1812 pour la campagne de Russie.
La division danoise, comme le corps autrichien, conservait son autonomie de commandement, agissant dans le cadre d'une alliance entre États souverains et non sous subordination directe au commandement français — ce qui lui laissait une certaine latitude d'action.

Commandement
La division danoise était placée sous le commandement en chef du général-lieutenant Johann Ewald, officier danois d'origine hessoise et vétéran des guerres d'Amérique du Nord. Son chef d'état-major était l'adjudant-commandant Friedrich Wilhelm de Schleswig-Holstein-Sonderburg-Glücksburg, prince de Holstein Beck.
Effectifs et composition
La division comptait 9 800 hommes et 2 000 chevaux à l'entrée en campagne. Elle se composait des unités suivantes :
Infanterie :
Régiment d'Oldenburg : 4 bataillons — 56 officiers et 2 578 hommes de troupe
Infanterie légère de Schleswig et de Holstein : 2 bataillons — 32 officiers et 947 hommes
Cavalerie :
Régiment de hussards : 2 escadrons — 13 officiers, 325 hommes et 324 chevaux
Régiment de dragons de Jutland : 2 escadrons — 8 officiers, 287 hommes et 305 chevaux
La division disposait également de son artillerie propre (batteries danoises).
Dans l'organigramme général de la Grande Armée, la division danoise figure aux côtés du 8e corps westphalien (Vandamme) et du 4e corps de cavalerie (Latour-Maubourg), dans le dispositif de l'aile droite. Elle n'est rattachée à aucun corps d'armée français mais constitue une grande unité autonome directement rattachée au Grand Quartier Général.
Rôle et missions
La division danoise ne participa pas à la marche sur Moscou. Sa mission était essentiellement de couverture arrière et de surveillance sur les arrières nord-ouest de la Grande Armée, dans la zone Hambourg–Schleswig–Poméranie. Elle protégeait :
Les lignes de communication entre l'Empire et les armées en campagne
Les côtes de la mer du Nord et de la Baltique contre d'éventuels débarquements britanniques
Le flanc nord du dispositif napoléonien
Ce positionnement défensif explique qu'elle ait été relativement préservée par rapport aux corps engagés en Russie.
Le Danemark resta fidèle à Napoléon en 1813. Lors de la campagne d'Allemagne, le roi Frédéric VI mit à la disposition du maréchal Davout une division danoise qui marcha sur Lübeck, participant à la reconquête de Hambourg aux côtés des Français. Ce n'est qu'en janvier 1814, après la défaite de Leipzig, que le Danemark se résigna à se retourner contre la France par le traité de Kiel.
En résumé, la division danoise de 1812 était une force interarmes complète (~10 000 hommes), autonome sur le plan du commandement, employée non en première ligne mais en couverture du flanc nord de la Grande Armée — ce qui lui permit de traverser la campagne sans subir les catastrophes qui frappèrent les corps engagés en Russie.
La 32e Division Militaire (1811–1814)

 

La division militaire n'est pas une unité de combat : c'est une circonscription administrative territoriale de l'Empire, correspondant à une région, chargée de l'administration des troupes, des dépôts, des places fortes et de l'ordre public dans son ressort. En 1812, l'Empire compte 32 divisions militaires couvrant l'ensemble de ses territoires.
La 32e est la dernière créée et la plus septentrionale, née de l'annexion des territoires allemands du nord.
Par le sénatus-consulte du 13 décembre 1810, la France annexa les pays allemands situés au nord-ouest d'une ligne Wesel-Lunebourg et créa trois nouveaux départements : Ems-Supérieur (chef-lieu Osnabrück), Bouches-du-Weser (chef-lieu Brême) et Bouches-de-l'Elbe (chef-lieu Hambourg).
La 32e division militaire, dont le chef-lieu était Hambourg, était composée de ces trois départements des Bouches-de-l'Elbe, Bouches-du-Weser et Ems-Supérieur, territoires tous annexés à l'Empire en 1810.
Ces trois départements formaient également le ressort de la cour impériale de Hambourg, constituant ainsi un ensemble cohérent administrativement et judiciellement.
Commandement en 1812
Le gouvernement général de ces départements hanséatiques était confié au maréchal Davout, installé à Hambourg. Un décret du 18 décembre 1810 créa une commission de gouvernement présidée par le gouverneur général, assisté d'un conseiller d'État faisant fonction d'intendant, d'un conseiller d'État chargé de l'organisation judiciaire et d'un auditeur faisant fonction de secrétaire général.
Mais en 1812, Davout quitte Hambourg pour prendre la tête du 1er corps de la Grande Armée (le plus puissant — 66 000 hommes). Le commandement de la 32e division militaire passe alors au général Claude Carra Saint-Cyr.
Missions et organisation
La 32e division militaire avait quatre missions principales :
1. Blocus continental — raison première de l'annexion. Hambourg et Brême étaient des portes d'entrée massives pour les marchandises anglaises. Les troupes françaises, les douaniers et les gardes-côtes veillaient à l'étanchéité de ce blocus.
Le décret du 3 février 1811 créa trois nouvelles compagnies de gardes-côtes pour faire le service de la 32e division militaire à Hambourg, Brême, Lübeck et Osnabrück (138e, 139e et 140e compagnies).
2. Surveillance des arrières de la Grande Armée pendant la campagne de Russie — garder les lignes de communication entre la France et les corps en opération.
3. Défense des côtes face aux incursions potentielles de la Royal Navy dans la mer du Nord et la Baltique.
4. Ordre public dans des territoires hostiles, récemment annexés, où la population restait attachée à ses traditions marchandes et regardait les Français avec méfiance.
Après la campagne de Russie et la destruction presque complète de la Grande Armée, le sentiment nationaliste releva partout la tête en Allemagne. Le 12 mars 1813, une insurrection populaire contraignit le général Carra Saint-Cyr, commandant la 32e division militaire, à évacuer Hambourg. Le 18 mars, un corps russe commandé par le général Tettenborn fit son entrée dans la ville.
Davout, nommé gouverneur de la 32e division militaire le 16 avril 1813, puis commandant du 13e corps le 1er juillet 1813, organisa et dirigea la défense de Hambourg, qu'il n'évacua que le 27 mai 1814, soit plus d'un mois après l'abdication de Napoléon.
Les opérations
L'action du 10e corps se limitera à mettre le siège à Riga et à répondre à quelques escarmouches qui n'ont jamais été de réelles batailles.
Le corps prussien couvre le flanc baltique, surveille les ports et empêche une offensive russe depuis Riga vers les arrières de la Grande Armée. C'est une guerre de positions, très différente des grandes batailles du centre.
Quand le maréchal Macdonald, chef du 10e corps, se retira devant l'armée russe de Diebitsch, Yorck se retrouva volontairement isolé en novembre 1812 et, au lieu de se battre, entama des négociations avec le général Essen, gouverneur de Riga, puis son successeur le marquis Paulucci, et finalement Clausewitz
Macdonald attendit l'arrière-garde de Yorck qui était censée se déplacer à un jour d'intervalle avec ses 17 000 Prussiens. Au bout de quatre jours, il dut se rendre à l'évidence : Yorck n'arriverait jamais car il avait trahi !
La Convention de Tauroggen fut signée le 30 décembre 1812 au moulin de Poscherun entre le général prussien Ludwig Yorck von Wartenburg et le général russe von Diebitsch.
Yorck quitte l'armée du maréchal Macdonald, dont il formait l'arrière-garde, pour signer avec les Russes cette convention de neutralité peut-être selon un ordre secret du roi de Prusse Frédéric-Guillaume III.
Le rôle de Clausewitz dans cette affaire est capital : passé au service russe au début de la campagne, c'est lui qui sert d'intermédiaire entre Yorck et Diebitsch et facilite la conclusion de l'accord.
Les conséquences — la première trahison de l'alliance
Le traité marque la renaissance de la puissance militaire prussienne, abattue par les victoires françaises des années 1806 et 1807. Il marque dans le même temps le début de la défaite finale, diplomatique et militaire, du Premier Empire avec la révolte des États vaincus par celui-ci.
Le roi désavoua d'abord Yorck, le démit de ses commandements et le traîna en cour martiale. Mais le général Yorck resta avec ses troupes car le général Diebitsch refusa de le laisser passer ses lignes. Il fut de facto absout le 28 février 1813 par le traité de Kalisz, par lequel la Prusse rejoignait le camp des alliés contre Napoléon. Le 17 mars 1813, Yorck faisait une entrée triomphale à Berlin. Le même jour, le roi déclarait la guerre à la France. Ses unités dissidentes furent le noyau de la nouvelle armée prussienne.
Parallèle avec le corps autrichien
Le corps prussien et le corps autrichien forment un miroir parfait de la fragilité de l'alliance napoléonienne en 1812 :
 
Corps prussien
Corps autrichien
Effectif
~20 000
~30 000
Flanc
Gauche (nord, Baltique)
Droite (sud, Pologne)
Mission
Siège de Riga
Couverture sud
Trahison
Convention de Tauroggen (déc. 1812)
Accord tacite avec les Russes
Conséquence
Prusse déclare la guerre à Napoléon (mars 1813)
 
  •  
La 1re Division de Réserve avril 1812
Elle est rattachée au 9e corps de Victor

 

La 1re division de réserve a été mise en place en avril 1812 et placée sous les ordres du général Lagrange, qui passe en juillet au commandement de Dantzig. En juin, son état-major est à Berlin et il forme la seconde ligne de la Grande Armée. Au 1er juillet, il est fort de 33 190 hommes sous les armes, dont 13 714 Allemands et 7 489 Polonais.
En juin, les demi-brigades de marche totalisent 13 461 hommes sous les armes. Les détachements dont elles sont composées sont destinés à rejoindre leurs unités.
C'est la clef de compréhension de cette formation. Elle n'a pas de régiments organiques permanents. Elle est constituée de demi-brigades provisoires — chacune regroupant des détachements issus de plusieurs régiments différents, en transit vers le front.
Les régiments de la Grande Armée avaient leurs 4e et 5e bataillons restés en France ou en Allemagne comme bataillons de dépôt. En 1812, pour acheminer ces renforts au front de manière organisée, Napoléon crée ce mécanisme :
Les 4e bataillons disponibles forment des demi-brigades provisoires de marche deux ou trois bataillons regroupés sous un même commandement de marche.
Ces demi-brigades sont elles-mêmes regroupées dans la 1re division de réserve sous Lagrange — qui assure le commandement d'ensemble du flux.
3. Au fur et à mesure que les détachements rejoignent leurs unités d'origine au front, la division se vide et se reconstitue avec de nouveaux arrivants.
C'est donc une formation en flux permanent — 13 461 hommes en juin, un chiffre qui évolue sans cesse.
Le général Lagrange commande en avril-juin 1812, puis part prendre le commandement de Dantzig en juillet. La division n'est qu'une formation temporaire — elle disparaît progressivement à mesure que ses détachements sont absorbés par leurs unités respectives dans la Grande Armée en Russie.
C'est la première fois dans l'histoire militaire française qu'un tel mécanisme est formalisé à cette échelle — 13 461 hommes organisés en division de convoyage. La différence avec les simples colonnes de marche précédentes est que la 1re division de réserve dispose d'un vrai état-major, d'une chaîne de commandement claire, et est intégrée à l'ordre de bataille général du 9e corps. C'est l'ancêtre direct des centres mobilisateurs et dépôts divisionnaires des guerres ultérieures.

La Réserve de cavalerie
 

 
La Réserve de cavalerie est sous le haut commandement du roi de Naples, Joachim Murat beau-frère de Napoléon et brillant chef de cavalerie.
Elle constitue la plus grande concentration de cavalerie jamais réunie sous un même commandement dans l'histoire. Organisée en quatre corps de cavalerie, elle aligne à elle seule plus de 40 000 cavaliers et presque autant de chevaux.
Les quatre corps de cavalerie de réserve sont organisés selon un schéma combinant cavalerie légère (hussards, chasseurs, chevau-légers, lanciers) et grosse cavalerie (cuirassiers, carabiniers). Chaque corps est une formation autonome avec sa propre artillerie à cheval et ses services :

1er corps de cavalerie général Nansouty : cavalerie légère (Bruyères) et les cuirassiers (Saint-Germain, Valence). Comprend les lanciers polonais et même des hussards prussiens.
 

2e corps de cavalerie Général Montbrun : cavalerie légère (Sebastiani) + cuirassiers (Watier, Defrance). Inclut des lanciers prussiens et des chasseurs wurtembergeois.
 

3e corps de cavalerie Général Grouchy : Cavalerie légère (Chastel) Dragons (La Houssaye). Intègre des chevau-légers bavarois et saxons
C’est le corps de cavalerie le plus multinationale.

 

4e corps de cavalerie Général Latour-Maubourg : cavalerie légère polonaise (Rozniecki) ainsi que la grosse cavalerie mixte (Lorge) avec cuirassiers saxons et westphaliens.
Il faut savoir qu’en ce début de campagne la cavalerie française est bien plus importante que celle de l'armée russe. Mais dès les premières semaines, le rapport de force s'inversera pour ne jamais se rétablir. Les conditions climatiques, les lacunes d'approvisionnement (l'herbe russe est moins nourrissante que l'herbe européenne), les avances rapides sur de mauvaises routes et la mauvaise gestion de Murat entraîneront dès avant la retraite d'énormes pertes en chevaux. Le dépôt général de cavalerie à Hanovre, commandé par le général Bourcier, ne compte au 1er août que 1 317 chevaux disponibles pour 3 731 cavaliers — révélateur de la difficulté à remplacer les montures perdues.
Les armes de soutien artillerie, génie, équipages
L'artillerie générale

 

Le parc général d'artillerie, dirigé par le colonel Neigre, assure le réapprovisionnement en munitions et matériels de l'ensemble des corps.
Chaque corps dispose de son propre parc mais s'approvisionne au parc général lorsque les corps sont réunis.
L'artillerie de la Grande Armée comprend plusieurs types de pièces
Canons de 4 et 6 livres pour les batteries légères
Canons de 12 livres pour les batteries lourdes et de réserve
Obusiers de différents calibres.
Les équipages de ponts

 

Les équipages de ponts sont dirigés par le général Éblé figure qui deviendra Légendaire lors de la Bérézina en novembre 1812. À l'entrée en campagne, compte tenu du nombre de cours d'eau à traverser en Russie occidentale, trois équipages sont constitués, chacun commandé par un chef de bataillon : Peyerimhoff (1er), Chapuis (2e) et Larue (3e). Sept capitaines sont adjoints aux différents équipages, qui serviront dès l'entrée en campagne pour la traversée du Niémen sur trois ponts dans la nuit du 23 au 24 juin 1812.
Sans les équipages de ponts d’Eblé, aucune traversée d'obstacle majeur n'est possible. C'est pourquoi Napoléon les ordonnera brûlés lors de la retraite pour accélérer la marche — décision désastreuse qui coûtera la vie à des dizaines de milliers d'hommes à la Bérézina.
La logistique
Le train des équipages militaires, militarisé en 1807, est chargé de convoyer l'approvisionnement de l'armée, les effets régimentaires et les effets personnels des officiers. Pour la campagne de Russie, il a connu de nombreuses réformes et augmentations. L'équipage militaire du quartier général, particulièrement important, emploie à lui seul 5 892 officiers et soldats ainsi que 7 605 chevaux de trait — une armée dans l'armée.
Les effectifs de la Grande Armée en juin 1812
Le tableau récapitulatif
Formation
Présents sous armes
Effectifs totaux
Date état
1er corps (Davout)
69 776
79 377
25 juin
2e corps (Oudinot)
37 139
44 661
1er juin
3e corps (Ney)
37 886
43 012
25 juin
4e corps (Eugène)
44 798
48 393
25 juin
5e corps (Poniatowski)
35 312
40 438
1er juillet
6e corps (Gouvion St-Cyr)
24 787
26 627
15 juin
7e corps (Reynier)
16 954
18 887
1er juillet
8e corps (Vandamme)
16 592
18 004
1er juin
9e corps (Victor)
33 190
35 802
1er juillet
10e corps + Prussiens (Macdonald)
32 832
35 013
15 mai
11e corps (Augereau)
57 571
62 946
15 juillet
Garde impériale
36 201
46 909
Var. juin-juillet
4 corps de cavalerie
~40 183
~46 359
15 juin
Corps autrichien (Schwarzenberg)
30 904
35 396
4 juin
Grand parc art. et génie
20 446
21 667
1er juillet
Troupes en marche / places / dépôts
~57 000
~65 000
Var.
TOTAL GÉNÉRAL
611 154
680 145
Été 1812

 
Les chiffres
Sur 680 145 hommes que comptait la Grande Armée la veille du début de la campagne , 444 387 hommes ont effectivement franchi le Niémen en juin 1812
Le reste étant encore en route, dans les dépôts ou dans les places de garnison.
L'armée compte également 169 966 chevaux au total (111 631 de selle + 51 794 de trait ainsi que quelques milliers de catégories diverses).
C'est ce parc équin qui sera la première victime de la campagne la steppe russe et le manque de fourrage décimeront la cavalerie et l'artillerie bien avant les combats.
Les premières semaines
Le système d'organisation inauguré en juin 1812 se révèle rapidement inadapté à la réalité de la campagne. Dès le début de juillet, Napoléon doit s'adapter aux insuffisances de ses subordonnés
En premier lieu son frère Jérôme Bonaparte qui est incapable de maintenir la cadence imposée par Napoléon et entre en conflit avec Davout
Il abandonne le commandement de son armée à ce dernier et rentre dans ses États.
Ensuite son beau- fils bien que bon officier Eugène qui perd le commandement du 6e corps au profit d’ Oudinot le 3 août.
Et parlons de Murat
Murat en 1812, est capable du meilleur comme du pire avec un courage inégalé sur le terrain, un sens tactique réel, mais une incapacité à gérer la ressource cavalerie sur la durée et une loyauté finalement défaillante quand ses intérêts personnels de roi de Naples entrent en jeu.
Il a sous son commandement la Réserve de cavalerie soit 40 000 sabres
Voici les principaux défauts relevés de son commandement
Sa première erreur L'épuisement prématuré de la cavalerie (dès juin-juillet)
C'est la faute originelle, celle qui conditionne tous les échecs suivants. Murat a commencé à surmener la cavalerie et de nombreux chevaux, nourris de seigle vert mêlé à la paille arrachée aux toits des chaumières, sont atteints de dysenterie 8 000 chevaux sont déjà morts en quatre jours.
Conséquence directe : Murat lui-même est contraint d'exhorter Napoléon à ne pas s'aventurer plus loin avant d'avoir rassemblé ses forces, en raison de l'épuisement de la cavalerie et de la chaleur accablante.
C'est une contradiction flagrante — Murat épuise la cavalerie par ses poursuites frénétiques, puis signale à l'Empereur que la cavalerie est épuisée. Il est à la fois la cause et le témoin du problème.
Deuxième erreur La manœuvre d'encerclement contre Bagration en juillet
Napoléon répartit la Grande Armée en deux grandes ailes à Vilna ou Vilnius
Au nord, la masse principale avec Murat, Ney, Oudinot et la Garde marchant vers Vitebsk contre Barclay de Tolly
Au sud, Davout reçoit mission de marcher sur Minsk pour intercepter Bagration. Cette manœuvre visait à séparer les deux armées russes avant qu'elles ne puissent se rejoindre
Si Davout remplit parfaitement sa mission. Murat ne parvient pas à fixer Barclay suffisamment pour empêcher la jonction des deux armées russes. Napoléon se résout à marquer un temps d'arrêt à Vilna pour regrouper ses forces et refaire sa cavalerie.
Son plan est de se glisser entre Barclay et Bagration déjà séparés, d'écraser Bagration et de se retourner alors contre Barclay faute de pouvoir l'exécuter tout de suite, il envoie Davout sur Minsk.
Le délai imposé par l'épuisement de la cavalerie de Murat donne aux Russes le temps de se réorganiser.
Troisième erreur La Poursuite après Smolensk -Valoutino 19 août
Après la prise de Smolensk, c'est l'occasion rêvée de détruire l'armée russe en retraite. Napoléon précipite Ney, Murat et Junot à la poursuite de Barclay dans l'espoir de retarder la fuite des Russes, mais le 19, à Valoutino, l'ennemi parvient encore à lui glisser entre les doigts. La bataille décisive tant attendue par Napoléon vient une fois de plus de lui échapper. La responsabilité est partagée avec Junot dont l'inertie est encore plus criante ce jour-là — mais Murat ne parvient pas à couper la retraite russe avec sa cavalerie, qui aurait dû être l'instrument idéal de cette interception.
Quatrième erreur La Moskova avec le refus d'engager la Garde (7 septembre)
C'est le moment le plus controversé. Après la prise de la Grande Redoute, Murat, Davout et Ney pressent l'Empereur, qui dispose de la Garde impériale en réserve, de l'engager pour porter l'estocade finale à l'armée russe, mais celui-ci refuse.La cavalerie française, sous les ordres de Murat, lança plusieurs attaques pour déloger les Russes retranchés derrière un ravin près du plateau de Psarevo, mais les troupes russes résistèrent à chaque charge.
Ici la responsabilité est partagée différemment Murat a raison de réclamer la Garde, c'est Napoléon qui refuse. Mais la cavalerie, déjà épuisée, est incapable de transformer le succès tactique en victoire décisive.
Cinquième erreur Échec Taroutino / Winkowo (18 octobre)
L'armée russe commandée par Koutouzov remporte la bataille de Taroutino en infligeant une sévère défaite à la cavalerie de Murat. Cet engagement révèle la vulnérabilité croissante du dispositif français et prive Napoléon d'une part essentielle de ses moyens de reconnaissance et de couverture.
C'est l'échec le plus personnel de Murat car il est surpris en bivouac, ses vedettes sont culbutées, et la défaite est sévère. La cavalerie, déjà squelettique, perd encore en capacité opérationnelle.
Sixième erreur La retraite et l'abandon du commandement (janvier 1813)
Incapable de gérer cette armée en déroute, Murat confie à son tour le commandement au maréchal Ney qui déploie une énergie colossale pour sauver ce qui peut l'être.
Bilan
La clef de tout est la faute initiale avec le surmenage de la cavalerie dès juin-juillet. Manquant de fourrage, les chevaux de la cavalerie meurent les uns après les autres, rendant les troupes vulnérables.
Sans cavalerie opérationnelle, aucune manœuvre d'encerclement ne peut fonctionner et c'est Murat qui, par son ardeur incontrôlée dès les premiers jours, a sapé l'instrument même dont dépendait la stratégie napoléonienne.
Au fil des opérations, l'organisation originelle évolue sous la pression des nécessités. Des divisions sont détachées de leur corps d'affectation et placées dans un autre selon les besoins tactiques.
Des corps provisoires sont constitués pour optimiser les manœuvres stratégiques.
A Vitebsk, le 4e corps d'Eugène intègre le gros des forces françaises
A Smolensk, c'est Davout qui opère son regroupement
. Après le 20 août, le schéma classique des corps d'armée est remis en place.
De tout le système des armées mis en place en juin 1812, seules les deux armées de flancs gardes remplissent pleinement leurs fonctions de couverture des ailes : Macdonald, renforcé d’Oudinot et de Gouvion Saint-Cyr au Nord, et Schwarzenberg avec Reynier au Sud. Ces forces maintiennent l'armée russe en Finlande hors du coup et empêchent Koutouzov de menacer les ailes de la Grande Armée lors de sa retraite.
Les causes de l’échec
trois causes principales de l'échec
l'inexpérience des commandants d'armées (Jérôme, et dans une moindre mesure Eugène),
la logistique bien trop lourde à mettre en place pour de telles masses en déplacement permanent,
Les lacunes du renseignement — Napoléon ne sait jamais avec précision où sont les armées russes et ce qu'elles projettent.
Napoléon a vu trop grand et a surestimé ses troupes et ses chefs
Il présupposait des commandants d'armées de premier ordre comme Davout, Masséna,et Soult capables d'agir de manière autonome dans le cadre de la pensée stratégique de l'Empereur. Mais la mission confiée a été trop lourde
La réalité ne l'a pas permis.
Conclusion
La Grande Armée de 1812 est, au moment de son entrée en campagne, la force militaire la plus puissante jamais assemblée sous un commandement unique. Ses 680 145 hommes représentent non seulement la France napoléonienne, mais l'Europe entière — Polonais, Prussiens, Autrichiens, Bavarois, Westphaliens, Saxons, Wurtembergeois, Suisses, Croates, Espagnols, Portugais, Italiens, Napolitains, Hollandais, Danois se retrouvent côte à côte sous les aigles impériales. C'est à la fois sa force la diversité des ressources humaines et des savoir-faire — et sa faiblesse — la cohésion est incertaine, les commandants de langue et de culture différentes se comprennent mal, et la loyauté de certains alliés est conditionnelle.
Sur les 680 145 hommes qui prirent part aux opérations militaires entre juin 1812 et février 1813. moins de 100 000 repassèrent le Niémen.

Ce fut l'une des plus grandes catastrophes militaires de l'histoire.
 
   


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