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Introduction
Entre 1790 et 1815, la Suède traverse l'une des périodes les plus tumultueuses de son histoire militaire. Autrefois grande puissance dominante de la Baltique — héritière de la gloire de Charles XII et de la Stormaktstid (ère de grande puissance) — elle se retrouve confrontée à des guerres désastreuses, des révolutions de palais, des pertes territoriales majeures et une profonde restructuration de ses forces armées.
Cette période voit se succéder trois rois, deux grandes guerres contre la Russie, une guerre contre la France napoléonienne, la perte définitive de la Finlande (1809), et finalement l'arrivée au pouvoir d'un maréchal de Napoléon Ier — Jean-Baptiste Bernadotte — comme prince héritier, puis roi sous le nom de Charles XIV Jean. Ces bouleversements politiques ont des répercussions directes et profondes sur l'organisation, les effectifs et la doctrine des armées suédoises. Contexte Géopolitique et Militaire en 1790 L'héritage de la grande puissance nordique À la fin du XVIIIe siècle, la Suède n'est plus la puissance hégémonique qu'elle était au XVIIe siècle, mais elle conserve une armée respectable et des ambitions en Baltique. Le pays sort d'une longue période de régime parlementaire (l'Ère de la Liberté, 1718–1772), durant laquelle les ressources militaires ont souffert de négligences et de compromis politiques. Le coup d'État de Gustave III en 1772 a restauré le pouvoir royal et relancé les ambitions militaires suédoises. Ce roi éclairé et belliqueux réforme l'armée, modernise la marine et tente de redonner à la Suède son rayonnement européen. C'est lui qui engage la Suède dans la guerre russo-suédoise de 1788–1790. La guerre russo-suédoise de 1788–1790 Gustave III lance une guerre offensive contre la Russie de Catherine II, espérant profiter de l'engagement russe contre l'Empire ottoman. Cette guerre, connue sous le nom de guerre de Gustave III ou guerre de Russie, se termine par la paix de Värälä (14 août 1790) sans modification territoriale — ce qui constitue en réalité un succès diplomatique pour la Suède, qui avait subi des revers militaires significatifs. La bataille navale de Svensksund (9–10 juillet 1790) reste la plus grande victoire navale suédoise de l'époque moderne : la flotte de l'archipel, commandée par Gustave III en personne, détruit ou capture une grande partie de la flotte russe, coulant ou prenant 64 navires russes. Cette victoire sauve la campagne et permet à la Suède de négocier en position de force. L'assassinat de Gustave III et la régence (1792–1796) En mars 1792, Gustave III est assassiné lors d'un bal masqué à l'Opéra de Stockholm par Jacob Johan Anckarström, comploteur aristocratique. Son fils Gustave IV Adolphe lui succède, sous la régence du duc Charles (futur Charles XIII). Cette période de régence est marquée par une relative prudence militaire et des réformes administratives incomplètes. Organisation et Structure des Forces Armées Le système d'Allotissement (Indelningsverket) La base du recrutement suédois reste l'Indelningsverket, système original instauré à la fin du XVIIe siècle par Charles XI. Ce système repose sur un accord entre l'État et les propriétaires terriens : en échange d'exemptions fiscales, des groupements de fermes (rotar pour l'infanterie, rusthåll pour la cavalerie) fournissent, équipent et entretiennent un soldat. Ce dernier reçoit une maison (soldattorp) et une parcelle de terre sur les domaines contributeurs. Avantages du système Il permet de disposer en permanence d'une armée de métier sans coûts salariaux permanents pour l'État. Inconvénients Les effectifs sont rigides, les soldats sont souvent trop âgés ou insuffisamment formés, et le système peine à produire des renforts rapides en cas de guerre intensive. Effectifs et composition de l'armée de terre En temps de paix, l'armée suédoise compte environ 60 000 à 70 000 hommes sur le papier, mais les effectifs réellement disponibles pour des opérations extérieures sont bien inférieurs, rarement plus de 30 000 à 40 000 hommes mobilisables en pratique.
La marine royale suédoise
La Suède dispose de deux flottes distinctes, ce qui constitue une originalité dans l'Europe de l'époque. La Haute flotte (Högsjöflottan), basée à Karlskrona, est une marine hauturière classique dotée de vaisseaux de ligne, frégates et corvettes. La Flotte de l'archipel (Skärgårdsflottan ou Arméns flotta), basée à Sveaborg puis à Stockholm, est une flotte littorale et fluviale composée de galères, de chaloupes canonnieres et de bâtiments légers, parfaitement adaptée aux milliers d'îles et d'écueils de la côte suédoise et finlandaise. C'est cette dualité navale qui avait permis la victoire de Svensksund en 1790, la Haute flotte ayant subi des revers (Hogland, 1788) alors que la Flotte de l'archipel triomphait. Les guerres sous Gustave IV Adolphe (1796–1809) Un roi imprévisible face à Napoléon Gustave IV Adolphe, roi à part entière à partir de 1796, nourrit une haine viscérale pour Napoléon Bonaparte, qu'il considère comme l'usurpateur de la Révolution et l'ennemi de l'ordre européen légitime. Malgré la faiblesse relative de son pays, il s'engage contre la France aux côtés de la troisième (1805) puis de la quatrième coalition (1806–1807). La campagne de Poméranie suédoise (1806–1807) tourne au désastre politique autant que militaire. Les troupes suédoises, commandées par le roi lui-même qui se révèle un piètre stratège sont bloquées à Stralsund et dans les îles de Rügen . Après la paix de Tilsit (juillet 1807), la France et la Russie se partagent les zones d'influence européennes et la Suède, alliée à la Grande-Bretagne, se retrouve isolée. La guerre contre la Russie (1808–1809) — La perte de la Finlande En février 1808, la Russie d'Alexandre Ier envahit la Finlande, alors province suédoise depuis des siècles. Cette guerre, appelée guerre de Finlande, est un désastre militaire pour la Suède. Les forces suédoises, numériquement inférieures et mal commandées, reculent progressivement vers le nord et l'ouest. Les batailles d'Oravais (14 septembre 1808) et de Sävar (19 août 1809) voient les derniers sursauts de résistance. La résistance finlandaise elle-même s'organise avec notamment la guérilla de partisans mais ne peut combler le déficit stratégique. La campagne hivernal russe de traversée du golfe de Botnie gelé (mars 1809) menace directement le cœur de la Suède : des colonnes russes traversent sur les etendues gelées et s'approchent d'Umeå et des Åland. La révolution de 1809 et la nouvelle constitution La déroute finlandaise provoque un coup d'État militaire en mars 1809. Gustave IV Adolphe est arrêté par un groupe d'officiers mécontents et contraint d'abdiquer. Son oncle, le duc Charles, monte sur le trône sous le nom de Charles XIII. La constitution de 1809, adoptée dans la foulée, réduit drastiquement les pouvoirs royaux et instaure un régime parlementaire constitutionnel qui restera en vigueur jusqu'en 1974. Sur le plan militaire, la révolution entraîne une épuration des officiers proches de Gustave IV et une réflexion de fond sur les réformes nécessaires pour reconstruire les forces armées suédoises. . Réformes Militaires et Reconstruction (1809–1815) et L'arrivée de Bernadotte comme prince héritier (1810) Charles XIII, vieux et sans héritier, doit désigner un successeur. Après plusieurs candidats décédés prématurément, le choix se porte en 1810 sur Jean-Baptiste Bernadotte, maréchal de France, prince de Pontecorvo. Ce choix surprenant vise à obtenir la bienveillance de Napoléon et à bénéficier de l'expérience d'un chef de guerre aguerri. Bernadotte, qui prend le nom de Charles Jean et adopte le luthéranisme, prend immédiatement en main la direction effective du pays et de ses forces armées. Ancien soldat de rang devenu maréchal d'Empire, il apporte avec lui une conception napoléonienne de la guerre : corps d'armée autonomes, artillerie concentrée, rôle décisif de la cavalerie pour l'exploitation des succès. Voici les principaux regiments d’infanterie suédois entre 1790 et 1815, Au total, l'armée suédoise alignait environ 20 à 25 régiments ou bataillons d'infanterie à une époque donnée entre 1790 et 1815, avec des restructurations importantes après la défaite contre la Russie de 1808–1809 et la perte de la Finlande. Les grandes réformes de l'armée Entre 1810 et 1815, sous l'impulsion de Bernadotte, l'armée suédoise est profondément réorganisée selon les principes ayant fait le succès des armées françaises révolutionnaires et napoléoniennes.
Au total, l'armée suédoise alignait environ 20 à 25 régiments ou bataillons d'infanterie à une époque donnée entre 1790 et 1815, avec des restructurations importantes après la défaite contre la Russie de 1808–1809 et la perte de la Finlande.
Régiments d'infanterie de la Garde Svea Livgarde (Garde royale) Il y aura plusieurs changements de nom Livgardet till fot (1790–1791) Första livgardet (1791–1792) Svea Livgarde (1792–1806) Livgardet till fot (1806–1808) Fleetwoodska regimente (1808–1809) Svea Livgarde (1809–1815) Andra gardesregementet 2e régiment de la Garde — formé en 1790, dissous en 1808–1809, puis reconstitué jusqu'en 1815 Livgrenadjärsregimentets formé vers 1791 par fusion de l'infanterie et de la cavalerie de l'Östgöta, 4 bataillons H.M. Drottningens Livregemente régiment de la Reine 1790 à 1815 Konungens eget värvade regemente régiment propre du Roi 1790 à 1815 Livregimente brigade grenadj ärkår 1808 à 1815 c’est un ancient -bataillon de la brigade des gardes légères Régiments d'infanterie de ligne suédois Hälsinge regemente 1200 h, 8 8cies cies 4 bataillons lors de la campagne de Norvège (1814) Västerbottens regemente 1200 h, 8 cies Jämtland infanteriregemente Devient régiment de chasseurs (habit vert) après 1809 Upplands regemente 1200 h, 8 cies Dalregementet 1200 h, 8 cies Västmanlands regemente 1200 h, 8 cies Divisé en 3 bataillons en 1813 Kronobergs regemente 1100 h, 8 cies Divisé en 3 bataillons en 1813 Kalmar regemente 1100 h, 8 cies 3 bataillons en 1813
Södermanlands regemente 1200 h, 8 cies Närkes-Värmlands regemente 1670 h, 10 cies Se divise en 1812 en deux régiments : Närkes regemente et Värmlands regemente Skaraborgs regemente 1200 h, 8 cies Älvsborgs regemente 1200 h, 8 cies 3 bataillons en 1813 Västgötadals regemente 1200 h, 8 cies Jönköpings regemente Engelbrechtska regementet Reste en Poméranie après 1815, devient prussien Bohusläns regemente 900 h, 8 cies Ex-régiment de dragons légers, devient infanterie en 1791 Västgöta regemente 1000 h, 8 cies Ex-cavalerie, transformé en infanterie en 1811 Unités créées en cours de période Värmlands fältjägarregemente — d'abord bataillon de chasseurs (1790–1812), puis régiment à 2 bataillons (600 h) Norra Skånska infanteriregementet — créé en 1811, 4 compagnies Södra Skånska infanteriregementet — créé en 1811, 4 compagnies Smålands dragonregemente infanteribataljon — créé en 1812 par scission d'un régiment de cavalerie Hallands infanteribataljon — créé en 1813 Gotland national beväring — garde nationale de Gotland, créée en 1811 Régiments disparaissant durant la période Jägerhornska regementet — 1790 à 1808, dissous à Sveaborg lors de la capitulation face aux Russes Stedingkska regementet — 1790 à 1801, intégré au régiment d'artillerie de Göta Änkedrottningens livregimente — supprimé en 1808 Régiments finlandais (rattachés à la Suède jusqu'en 1809) Après la perte de la Finlande au profit de la Russie en 1809, les régiments de recrutement finlandais disparaissent des armées suédoises. Ils comprenaient notamment : Abo läns infanteriregemente (1790–1809) Viborgs läns infanteriregemente (1790–1809) Savolax regemente (1790–1809) Savolaks Jägarekår (corps de chasseurs, 1170 h en 1808) Nylands infanteriregemente (1790–1809) Österbottens regemente (1790–1809, probablement troupe de garnison) Unités créées en cours de période Värmlands fältjägarregemente — d'abord bataillon de chasseurs (1790–1812), puis régiment à 2 bataillons (600 h) Norra Skånska infanteriregementet — créé en 1811, 4 compagnies Södra Skånska infanteriregementet — créé en 1811, 4 compagnies Smålands dragonregemente infanteribataljon — créé en 1812 par scission d'un régiment de cavalerie Hallands infanteribataljon — créé en 1813 Gotland national beväring — garde nationale de Gotland, créée en 1811 Free Régiments disparaissant durant la période Jägerhornska regementet — 1790 à 1808, dissous à Sveaborg lors de la capitulation face aux Russes Stedingkska regementet — 1790 à 1801, intégré au régiment d'artillerie de Göta Änkedrottningens livregimente — supprimé en 1808 Régiments finlandais (rattachés à la Suède jusqu'en 1809) Après la perte de la Finlande au profit de la Russie en 1809, les régiments de recrutement finlandais disparaissent des armées suédoises. Ils comprenaient notamment :
La structure type d’un régiment d'infanterie suédois entre 1790 et 1815 est la suivante
Le régiment fort d’environ 1 200 hommes est placé sous l'autorité d'un colonel propriétaire, assisté d'un état-major. Il se divise en deux bataillons de~600 hommes, commandés respectivement par un lieutenant-colonel et un major. Chaque bataillon comprend 4 compagnies d'environ 150 hommes, elles-mêmes subdivisées en pelotons de ~50 hommes placés sous un capitaine. Au sein de chaque compagnie coexistent des grenadiers (élite), des soldats ordinaires et, à partir de 1806, deux pelotons de jägare (chasseurs) de 50 hommes chacun pouvant se regrouper en chaîne de tirailleurs devant la brigade.Une particularité suédoise essentielle est le système de l'Indelta : chaque soldat est rattaché à un homestead (ferme), dont le propriétaire a l'obligation d'entretenir un homme en échange d'exonérations fiscales, ce qui donne à l'armée suédoise une forte assise territoriale et une cohésion provinciale notable. L'uniforme
L'uniforme de l'infanterie de ligne suédoise des guerres napoléoniennes connut plusieurs évolutions, que l'on peut regrouper en trois grandes phases. Phase 1792–1805 . L'uniforme se distinguait par un plastron qui sont deux panneaux frontaux ornant la poitrine. Les guêtres montaient au-dessus du genou, et le chapeau rond à bord relevé d'un côté, proche du style corse, restait la coiffure réglementaire. Une courte épée pendait à un ceinturon de cuir, et une sacoche à bretelle unique en peau de veau remplaçait le sac à dos. Phase 1806–1809. Le plastron disparut au profit d'une rangée unique de boutons. On tenta d'introduire un uniforme d'unité gris à parements bleus (enhetsuniform, 1807) pour uniformiser tous les régiments, mais cette réforme ne s'imposa pas pleinement, notamment lors de la guerre de Finlande de 1808–1809, où les soldats portaient encore souvent l'ancien habit bleu modifié. Phase 1810–1815 L'habit adopta une double rangée de boutons, les parements de poignet reçurent trois boutons, et le pantalon fut porté par-dessus les guêtres avec des galons décoratifs. La sacoche à bretelle unique fut enfin transformée en vrai sac à dos. Le vieux chapeau rond resta la norme ; le shako ne fut véritablement généralisé qu'à partir de 1815. Couleurs caractéristiques. Les régiments de grenadiers étaient exclus des règlements de 1806 sur la couleur grise et conservaient un habit bleu, gilet et pantalon bleus. En 1821, tous les régiments provinciaux furent normalisés avec un habit bleu foncé à double rangée de boutons laiton, col et parements rouges, doublure jaune et pantalon bleu. Un problème chronique de standardisation. Décrire un uniforme de l'armée suédoise pendant les guerres napoléoniennes est assez compliquée car les nombreuses modifications réglementaires n'étaient jamais appliquées à l'ensemble des régiments, et le système de l'indelta permettait la fabrication locale des uniformes par des tailleurs de province, d'où des variations sensibles de coupe, de couleur et de qualité. Comme équipement individuel. Chaque fantassin portait une giberne d'environ 36 cartouches sur un baudrier blanc, une sacoche en peau de veau (puis sac à dos à partir de 1811), un bol en cuivre (bulkruka) pour l'eau, et le nécessaire pour 3 jours de vivres. L'armement Le fantassin possède Un fusil à silex. Le fusil suédois, dit Swedish Land Pattern Musket, était une arme à âme lisse à chargement par la bouche, d'un calibre allant de 16 à 20,7 mm. Ces armes servirent dans l'armée royale suédoise du milieu du XVIe jusqu'au milieu du XIXe siècle. Le modèle m/1775 fut l'arme standard de la période, remplacé progressivement par le modèle m/1815 influencé par les conceptions françaises. La portée utile restait de 80 à 100 mètres, avec 2 à 3 coups par minute pour un tireur entraîné. La baïonnette. La baïonnette à douille de lame triangulaire (~45 cm), fixée sous le canon, était l'arme décisive au corps à corps. À partir de 1806, la courte épée portée à la ceinture fut abandonnée et les soldats durent se reposer uniquement sur la baïonnette. L'armement des jägare. En 1815, la Suède adopta également deux modèles de fusil rayé calibre 18,55 mm pour ses chasseurs (fältjägare et jägare d'infanterie). Le modèle destiné aux jägare d'infanterie utilisait une baïonnette à douille, tandis que celui des chasseurs de campagne était équipé d'une baïonnette-épée. Les régiments de Cavalerie Durant la période 1790–1815, l'armée suédoise réorganise profondément sa cavalerie, devenue trop importante numériquement par rapport à l'infanterie et par conséquent très coûteuse. Plusieurs régiments de cavalerie sont alors transformés en régiments d'infanterie. La cavalerie attachée à la brigade sert donc surtout à l'éclairage et à la protection des flancs. Un régiment type compte 8 escadrons regroupés en 3 divisions de 2 à 3 escadrons chacune, commandées respectivement par un lieutenant-colonel, un major et un capitaine-commandant. Chaque escadron de 100 à 150 cavaliers se divise en 2 pelotons (pluton) d'environ 50 à 75 hommes sous les ordres d'un lieutenant et d'un sous-lieutenant. Le cavalier lui-même est entretenu par le système de l'indeltningsverk : le rusthållare (grand propriétaire terrien) fournit et équipe le cavalier ainsi que son cheval en échange d'une exemption fiscale — ce qui explique d'ailleurs pourquoi la cavalerie était si coûteuse et qu'on en réduisait le nombre tout au long de cette période.
Durant cette période, l'armée suédoise réorganisa profondément sa cavalerie, devenue beaucoup trop importante numériquement par rapport à l'infanterie et par conséquent très coûteuse. Plusieurs régiments furent donc transformés en régiments d'infanterie. On comptait ainsi trois grandes catégories : La cavalerie de la Garde, issue du Livregementet till häst qui se scinda en 1791 en trois corps distincts : une unité d'infanterie légère, un corps de dragons légers (qui deviendra hussards) et un corps de cuirassiers. En 1815, le corps de cuirassiers fut renommé Livregementets dragonkår, et le corps de dragons légers Livregementets husarkår. La cavalerie de ligne suédoise, dominée par les dragons et hussards recrutés dans les provinces. Le Smålands lätta dragonregemente (1 000 h, 8 escadrons) se scinda en 1812 en un régiment de hussards à 6 escadrons de 83 hommes et un bataillon d'infanterie. Free Le Skånska karabinjärregimentet et le Skånska husarregimentet constituaient la cavalerie lourde la plus solide de l'armée, chacun fort de 1 000 hommes et 8 escadrons. La cavalerie finlandaise, avec le Nylands kavalleriregemente et la Kareliska dragonskvadronen, dont le Nylands kavalleriregemente fut dissous après la guerre russo-suédoise de 1808–1809 Une curiosité notable : le Skånska husarregementet, malgré sa dénomination de hussards depuis 1807, était en réalité composé de dragons lourds Cavalerie de La garde Livregementet till häst devient Livgardet till häst (1806) 1790–1815 Regiement de Dragons il se scinde en 1791 en 3 unités (inf. légère, dragons légers, cuirassiers). Renommé Livgardet till häst en 1806. Il était fort de 1 500 hommes avant scission. Livregimentsbrigadens lätta dragonkår puis Livregimentets husarkår (1815) En 1795 il devient un Régiment de Hussards issu du Livregementet till häst. Recrutement : Västmanland et Närke. 500 hommes environe. Livregimentsbrigadens kyrassiärkår puis Livregimentets dragonkår (1815) Cuirassiers Issu du Livregementet till häst. Cavalerie lourde de la garde. Recrutement : Uppland. 500 hommes environ Lätta dragonerna av livgardet → Livhusarregimentet (1793) → Lätta divdragonregementet (1797) Livgardet till häst (1806) C’st un régiment à la fois de Dragons et de hussards Il a eu de nombreux changements de nom. Présent en Poméranie (1805–07) et en Finlande (1808–09). Frot de 90 h en Poméranie. Cavalerie de ligne suédoise Västgöta kavalleriregemente ou Västgöta dragonregemente 1790–1811 C’est un régiment de Dragons Transformé en régiment d'infanterie (Västgöta regemente) en 1811. ~1 000 h. Smålands kavalleriregemente → Smålands lätta dragonregemente (1801) 1790–1812 C’est un régiement de Dragons légers qui se divise en 1812 : Småland husarregemente (cav., 6 escadrons × 83 h) + un bataillon d'infanterie. 1 000 h, 8 escadrons à l'origine. Mörnerska husarregementet Hornska husarreg. (1797) → Mörnerska (1801) Régiment de Hussards Le nom change selon le colonel-propriétaire. Hussards légers de Suède méridionale.
Norra Skånska kavalleriregementet Skånska linjedragonreg. (1801) → Skånska husarregementet (1807) 1790–1815 Régiment de Dragons (lourds) malgré son nom « hussards », unité de dragons lourds. 1 000 h, 8 escadrons. Prins Carl södra Skånska kavallerireg. → Skånska karabinjärregimentet (1805) 1790–1815 Régiment de Carabiniers Cavalerie lourde de Scanie. 1 000 h, 8 escadrons. L'une des unités les plus solides de l'armée. Jämtlands hästjägarskvadron 1802–1815 régiment de Chasseurs à cheval Petite unité de 100 h issue du Jämtland dragonreg. Rôle de patrouille et reconnaissance aux frontières orientales. Bohusläns regimente lätta dragonregemente jusqu'en 1791 Dragons légers Converti en infanterie en 1791 (Bohusläns regemente). Disparaît de la cavalerie dès le début de la période. Cavalerie de recrutement finlandais (jusqu'en 1809) Nylands kavalleriregemente issu du Tavastehus och Nylands kavalleriregemente 1790–1809 Dragons Recrutement en Nyland et Tavastehus (Finlande). Dissous après la perte de la Finlande en 1809. 1 000 h, 8 escadrons. Kareliska dragonskvadronen 1790–1809 Dragons Petite unité de ~200 h, 3 escadrons. Rôle de reconnaissance en Carélie. Dissous après la perte de la Finlande en 1809 Armement L'armement de base de la cavalerie suédoise était l'épée et deux pistolets. La carabine venait s'y ajouter comme arme d'appoint, principalement pour les hussards, les dragons et les carabiniers. Cette carabine est le karabin m/1775 (et ses variantes jusqu'au m/1815), à platine à silex, dérivé du fusil d'infanterie mais raccourci pour l'usage monté. Les sabres. Plusieurs modèles se succédèrent : le sabre m/1793 pour les hussards de troupe, le sabre m/1800 pour les officiers de hussards, le sabre m/1807 pour la cavalerie de ligne, l'épée m/1810 pour les officiers de cavalerie, et le sabre m/1814 pour l'ensemble de la cavalerie légère. Les cuirassiers portaient quant à eux une épée à lame droite, tenue bras tendu lors des charges pour maximiser l'effet de choc. La carabine. Arme à silex à âme lisse d'environ 65 cm de canon et un calibre d'environ 17 mm, elle était suspendue par un anneau (mousqueton) à un crochet fixé à la banderole du cavalier, ce qui lui permettait de conserver les deux mains libres à cheval. Sa portée utile ne dépassait guère 60 mètres, et sa précision depuis un cheval en mouvement était très médiocre. Elle servait surtout à tirer une salve désorganisatrice juste avant le choc. Les pistolets. Les modèles réglementaires étaient le pistolet m/1759 et le pistolet m/1807 (disponible en version à âme lisse et en version rayée, avec une crosse amovible). Logés dans les fontes de selle de part et d'autre de l'encolure du cheval, leur portée effective au combat n'excédait pas 10 à 20 mètres. La tactique d'emploi. Les cuirassiers privilégiaient nettement leur épée au combat, considérant les armes à feu comme des attributs de l'infanterie. Ils n'utilisaient leurs pistolets que dans de rares circonstances, préférant charger directement à l'arme blanche. History of War Les hussards, en revanche, utilisaient la carabine en reconnaissance et dans les combats d'avant-postes avant de tirer le sabre pour la mêlée. Les dragons avaient la particularité de pouvoir combattre indifféremment à cheval ou à pied, leur carabine prenant alors toute son importance. l'artillerie
La réforme de 1794. En 1794, l'unique régiment d'artillerie royal (40 compagnies de pied et une brigade à cheval) fut divisé en quatre régiments indépendants : le Svea artilleriregemente (13 compagnies, stationné à Stockholm), le Göta artilleriregemente (8 compagnies à Göteborg, porté à 12 en 1801 puis 16 en 1808), le Wendes artilleriregemente (8 compagnies + 1 batterie à cheval, basé à Kristianstad), Lle Finska artilleriregementet (10 compagnies en Finlande). Ce dernier fut dissous en 1809 suite à la perte de la Finlande, ses compagnies étant réparties entre le Svea et le Wendes. Le matériel. L'artillerie suédoise utilisait principalement des canons de 3 et 6 livres pour l'artillerie régimentaire et de campagne, et des pièces de 12 livres ainsi que des obusiers en réserve de corps. Durant la période 1794–1815, l'artillerie suédoise fut modernisée, avec l'introduction de nouveau matériel et une formation du personnel plus efficace, intégrant l'expérience acquise sur le champ de bataille L'artillerie à cheval. Dès 1792, la Suède avait formé ses premières batteries à cheval (ridande artilleri), faisant d'elle l'une des premières nations à adopter ce type d'artillerie légère et très mobile. En 1802, la compagnie de vie du Wendes artilleriregemente fut réorganisée en artillerie à cheval, et une seconde batterie fut levée en 1806. Les uniformes.
Les régiments d'artillerie portaient au début des années 1800 un uniforme unique introduit en 1794, avec des cols de couleurs distinctives selon le régiment. L'uniforme m/1815 adopta une veste à queue de pie en drap bleu, des aiguillettes aux épaules, des pantalons bleus avec passepoil jaune, des bottes hautes, et un shako évasé vers le haut orné d'une plaque aux canons croisés. Lors de la Campagne d Allemagne en 1813. le Göta fournit les deux batteries de pied de 6 livres soutenant la 1re division suédoise, le Svea assura les batteries de la 2e division ainsi qu'une batterie de 12 livres et une de 6 livres pour la réserve de corps, et le Wendes mit à disposition deux batteries à cheval pour la brigade de cavalerie. Les Corps de Soutien Le génie et la fortification. Le corps de fortification (Fortifikationsstaten) existait depuis 1635. En 1811, il fut fusionné avec le corps de topographie militaire (Fältmätningskåren), créé en 1805, pour former le Sappörkåren — le corps des sapeurs, ancêtre des ingénieurs de l'armée suédoise Ce nouveau corps rassemblait les missions de construction et entretien des fortifications, de travaux de siège, de démolition et de franchissement des cours d'eau. Le service de santé Il fit l objet d’une réforme tardive mais capitale. Jusqu'au début du XIXe siècle, les soins médicaux dans l'armée suédoise étaient assurés par des chirurgiens-barbiers aux qualifications très inégales. Par lettres patentes du 6 août 1806, le service médical militaire connut l'une de ses transformations les plus radicales, avec la création du Fältläkarkåren un corps constitué de l'ensemble des chirurgiens de l'armée, placé sous un chef unique responsable devant le roi. La guerre de Finlande de 1808–1809 révéla l'insuffisance persistante de cette organisation, et les propositions du Riksdag de 1810 aboutirent notamment à la création de l'Institut Karolinska comme institution de formation des chirurgiens militaires C'est ainsi que l'une des catastrophes sanitaires militaires de l'ère napoléonienne donna naissance à l'une des plus grandes institutions médicales mondiales. La logistique C’est le talon d'Achille de nombreuses armées surtout celle Suédoise Le système de l'indelta, qui liait chaque soldat à une ferme de province, fonctionnait bien en défense du territoire mais s'avérait très difficile à projeter lors des campagnes lointaines. L'armée ne disposait pas d'un corps de train militaire permanent : les transports étaient réquisitionnés localement, ce qui explique les difficultés chroniques d'approvisionnement rencontrées en Poméranie (1805–1807) et en Allemagne (1813–1814). La flotte de l'archipel (Skärgårdsflottan) C’est l’équivalent des Marines Elle constituait une force originale sans équivalent dans les autres armées : spécialisée dans les opérations amphibies et côtières parmi les milliers d'îles et de détroits de la Baltique, elle jouait un rôle de liaison et de ravitaillement indispensable pour les troupes terrestres, notamment lors des combats en Finlande. Drapeaux et étendards
Il y a toujours deux drapeaux L’'infanterie suédoise portait deux types de drapeaux. Le premier était le drapeau colonel, ou Livfana. Il suivait un schéma commun à tous les régiments : fond blanc portant les armes royales, la seule différence étant que les armes provinciales étaient représentées dans le canton. L'autre type était la Kompanifana, qui portait simplement les armes de la province sur un fond aux couleurs correspondant aux armoiries. Le 1er bataillon (bataillon colonel) portait la Livfana et une Kompanifana, tandis que le 2e bataillon portait deux Kompanifanor. La cavalerie La cavalerie suédoise portait un étendard par compagnie (en général quatre par régiment). La 1re compagnie, dite compagnie colonel, portait le Lifstandar régimentaire, qui ressemblait beaucoup à la Livfana de l'infanterie : fond blanc portant les armes royales des deux côtés, avec les armes provinciales dans le canton. Le Kompanistandar était aux couleurs provinciales, avec les armes de la province à l'avers et le chiffre royal couronné dans une couronne de laurier au revers. Le fondement héraldique : croix jaune sur bleu Conformément à un décret royal de 1569, la croix jaune devait toujours figurer sur les étendards et bannières de bataille suédois tradition qui remontait aux armoiries médiévales du royaume et qui se perpétuait encore pleinement à l'époque napoléonienne. Le brassard blanc des officiers Un détail vexillologique original : depuis 1772, tous les officiers suédois portaient un ruban blanc autour du bras gauche, en souvenir du coup d'État de Gustav III. Mais lors de la guerre russo-suédoise de 1808–1809, il apparut clairement que ce ruban visible signalait aux tireurs ennemis l'identité des officiers. Le brassard fut donc supprimé en 1809 Engagements majeurs de l'armée suédoise 1813–1814 La Campagne Allemande de 1813–1814 Grossbeeren (23 août 1813) : victoire de l'Armée du Nord sur Oudinot. Participation suédoise limitée. Dennewitz (6 sept. 1813) : victoire décisive sur Ney. Rôle suédois marginal, victoire essentiellement prussienne. Leipzig (16–19 oct. 1813) : 'Bataille des Nations'. Les Suédois arrivent en fin de bataille, leur contribution est symbolique. La politique de Bernadotte et le retournement d'alliance Devenu prince héritier de Suède, Bernadotte mène une politique étrangère complexe et pragmatique Bien que lié personnellement à Napoléon, il comprend que les intérêts suédois divergent de ceux de l'Empire français. La Suède ne récupérera jamais la Finlande face à la Russie donc il il faut se tourner vers une autre compensation : la Norvège, alors sous contrôle danois. En mars 1812, la Suède signe un traité avec la Russie, rejoignant la sixième coalition contre Napoléon. En échange de son soutien militaire, Bernadotte obtient des garanties sur l'annexion de la Norvège. La Grande-Bretagne et la Prusse rejoignent l'alliance peu après. L'Armée du Nord en Allemagne En mai 1813, Bernadotte prend le commandement de l'Armée du Nord, force multinationale comprenant des Suédois, des Prussiens et des Russes. Il dirige cette armée avec une prudence calculée, évitant d'engager les troupes suédoises dont il connaît les limites dans des batailles frontales risquées. Le corps suédois engagé en Allemagne compte environ 25 000 à 30 000 hommes, répartis en divisions d'infanterie, brigades de cavalerie et batteries d'artillerie. La discipline et l'équipement sont de bonne qualité, mais l'expérience du feu contre des armées de premier rang reste limitée. Campagne contre le Danemark (nov.–déc. 1813) : avance en Holstein, pression sur Copenhague. Traité de Kiel (14 janvier 1814) : le Danemark cède la Norvège à la Suède. Campagne de Norvège (juillet–août 1814) : courte guerre pour forcer la Norvège à accepter l'union. La campagne de Norvège (1814) La Norvège, stimulée par l'esprit des révolutions américaine et française, refuse l'union imposée et proclame sa propre constitution le 17 mai 1814 (toujours fête nationale norvégienne). Bernadotte lance alors une campagne militaire en juillet 1814 pour contraindre les Norvégiens à accepter l'union personnelle avec la Suède. L'armée suédoise, forte de 45 000 hommes aguerris par la campagne allemande, progresse rapidement. La résistance norvégienne, brave mais inégale face à une armée professionnelle, ne peut tenir longtemps. La convention de Moss (14 août 1814) met fin aux hostilités. La Norvège garde sa constitution de mai mais entre dans une union personnelle avec la Suède sous Charles XIII, puis Charles XIV Jean. Bilan et Héritage Militaire Pertes et transformations humaines La période 1790–1815 est extrêmement coûteuse en vies humaines pour la Suède. Les guerres napoléoniennes et la perte de la Finlande représentent un traumatisme national profond. On estime que les guerres de cette période ont coûté à la Suède entre 50 000 et 80 000 hommes, entre morts au combat, maladies et prisonniers. La perte de la Finlande (1809), qui représentait environ un tiers du territoire et un quart de la population du royaume, est le choc le plus profond. Elle pousse la Suède à une réorientation stratégique radicale : désormais, le pays ne peut plus prétendre être une grande puissance continentale . La politique extérieure suédoise va progressivement vers la neutralité, posture qui deviendra sa marque de fabrique aux XIXe et XXe siècles. La naissance de la neutralité suédoise Bernadotte, devenu Charles XIV Jean après la mort de Charles XIII en 1818, tire les leçons de ces décennies de guerres coûteuses. Sa politique : consolider l'union avec la Norvège, entretenir de bonnes relations avec les grandes puissances (Russie, Grande-Bretagne, Prusse), et éviter les conflits inutiles. La Suède ne s'engagera plus dans une guerre européenne majeure après 1814, une politique de neutralité qui durera plus de deux siècles. L'héritage institutionnel Sur le plan militaire, les réformes de la période laissent un héritage durable. L'Indelningsverket, bien qu'affaibli, subsiste jusqu'au début du XXe siècle. La constitution de 1809 établit un équilibre des pouvoirs qui inclut un contrôle civil fort sur l'armée. Le corps des officiers, renouvelé par la crise de 1809, se professionnalise progressivement. L'apport de Bernadotte — la conception napoléonienne de l'art de la guerre, l'organisation en grandes unités autonomes, la primauté de l'artillerie et de l'infanterie légère — modernise durablement la pensée militaire suédoise, même si les contraintes budgétaires empêcheront longtemps la pleine application de ces principes. Conclusion La période 1790–1815 est un tournant décisif dans l'histoire militaire de la Suède. Le pays entre dans cette ère comme puissance régionale ambitieuse, encore nourrie des mythes de la grandeur de Charles XII, et en ressort comme État de taille moyenne, dépouillé de la Finlande, mais stabilisé politiquement sous une nouvelle dynastie et orienté vers une prudente neutralité. Les armées suédoises de cette période — de la victoire éclatante de Svensksund aux défaites de Finlande, en passant par les campagnes allemandes de 1813 — témoignent à la fois des limites d'un système militaire hérité du XVIIe siècle et des efforts de modernisation entrepris sous l'impulsion de Bernadotte. L'histoire militaire suédoise de cette époque est riche en enseignements sur les défis de l'adaptation institutionnelle face aux bouleversements stratégiques de l'ère napoléonienne. La Suède choisit finalement la voie de laneutralité en entrtenant des relations avec les grandes puissances en conflit . Elle s'empare ainsi dela Norvège, sans s'épuiser Ce calcul froid, typique du pragmatisme bernadottiste, marque le début d'une tradition diplomatique et militaire que la Suède cultivera pendant deux siècles jusqu'en 2022 date de l invasion de l'Ukraine pas la Russie . |
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