Rome Bayeux les thermes St Laurent

Article écrit par : Claude Balmefrezol

Mis en ligne le 09/08/2022 à 22:30:59



Rome Thermes Romains Augustodurum Bayeux  Rue St Laurent
Merci Erick

 

 

 

 

 


 

 

 


MÉMOIRE
SUR LES VESTIGES
DES
THERMES DE BAYEUX,
DÉCOUVERTS EN 1760 ET RECHERCHÉS EN 1821,
PAR ORDRE DE M. LE COMTE DE MONTALIVAULT,
CONSEILLER D’ETAT, PREFET DU DEPARTEMENT DU CALVADOS.

Communiqué à l’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres
de la ville de Caen, et lu dans la séance du 24 mai 1822.

Par M. SURVILLE,
Ingénieur des Ponts-et-Chaussées, Membre de l’Académie.



Mémoire sur les vestiges des thermes de Bayeux - 1822
 
MÉMOIRE
SUR LES VESTIGES
DES
THERMES DE BAYEUX.
 
INTRODUCTION.

LONG-TEMPS avant l'invasion des Gaules, par Jules-César un collège de Druides rendait célèbre la ville principale des peuples, désignés par Pline sous le nom de Bodiocasses.

Titus Crassus, l'un des lieutenans de César, rangea cette ville sous la domination des aigles Romaines, et Titus Sabinus la soumit irrévocablement, en comprimant les derniers efforts de ses habitans pour recouvrer leur liberté.

Sous cette domination, elle prit le nom de Civitas Bajocassium, devint une station militaire et la résidence des autorités chargées de gouverner la partie des Gaules dont elle était la capitale.

Il est difficile de ne pas reconnaître dans cette désignation la ville actuelle de Bayeux ; et ce qui prouve cette identité c'est la découverte de deux chaussées Romaines,  qui partaient de cette ville et se dirigeaient, l'une sur Vieux l'autre sur St.-Lô (NOTE 1ere.) et principalement les colonnes milliaires trouvées dans ses environs et qui indiquaient la distance existante entre leur emplacement et Bayeux considérés comme point de départ (NOTE 2e.). Ainsi nul doute que Bayeux n'ait été jadis une cité d'une haute importance.

Dans cet état de prospérité qui se prolongea aussi long-temps que la puissance des Romains se maintint dans les Gaules, de combien d'édifices publics et durables, ce peuple qui semblait vouloir rendre ses conquêtes dignes de sa domination et les mettre en harmonie avec sa propre grandeur, ne dut-il pas embellir cette résidence ; et combien ne devons-nous pas regretter les pertes irréparables que leur destruction a entraînées pour l'histoire et les arts.

Les dévastations successives qui détruisirent Bayeux en 368 lors de l'invasion des Saxons, en 912, dans l'irruption des Normands , enfin en 1356, dans l'envahissement d'Édouard III qui la livra aux flammes avaient fait perdre l'espoir d'y trouver même les ruines qui partout ailleurs donnent une si haute idée de la puissance Romaine. Des colonnes milliaires trouvées lors de la démolition du château, des marbres, des statues des vases découverts à St.-Vigor , anciennement, le mont Phaunus : des débris de constructions qui existaient sous les fondations de l'hôpital (NOTE 3e.) étaient les seuls monumens qui pussent faire conjecturer l'antique splendeur de Bayeux lorsqu'en 1760 les fouilles entreprises pour la reconstruction du chœur de l'ancienne église St.-Laurent offrirent les traces d'un monument qui surpassait en magnificence ce qu'on avait trouvé jusques alors.

Ces fouilles donnèrent d'abord une grande quantité de marbre et de brique en morceaux. Les marbres de diverses couleurs furent reconnus pour des produits des carrières de France, d'Italie et même de l'Archipel. On découvrit ensuite des portions de murs et une aire en ciment, qui paraissait avoir été couverte de pierres bleues et blanches arrangées en compartimens. Des morceaux de marbre restés encore en placage sur l'intérieur des murs indiquaient un revêtement général avec cette matière précieuse et l'on jugea par ces débris qu'ils appartenaient à un monument dans lequel les corniches, les embâses et les encadremens  étaient en marbre blanc tandis que l'intérieur des panneaux était revêtu en marbre de couleur.

Un tel luxe de construction fit penser que ces ruines appartenaient à un ancien temple et l'existence de l'église St.-Laurent semblait confirmer cette opinion par l'exemple fréquent que fournit l'histoire de la destruction des temples de l'idolâtrie y pour les remplacer par ceux du christianisme.

Malgré l'intérêt que devaient exciter de semblables découvertes les fouilles ne furent poussées que selon les besoins du nouvel édifice et la tradition seule fixa l'attention des amis de l'antiquité sur la place où ces découvertes avaient été faites.

En 1821 les propriétaires de l'église St-Laurent eurent occasion de faire exécuter quelques terrassemens dans la partie méridionale de l'ancien cimetière : des constructions souterraines parurent et bientôt après, des débris pareils à ceux qu'on avait vus en 1760, furent rencontrés et intéressèrent des personnes amies des sciences, notamment M. Lambert qui suivit les premières fouilles et auquel on doit la connaissance exacte des vestiges qui furent découverts, avant que la grande importance du monument qui se présentait ne fût connue de l'autorité. Cette importance ayant frappé M. le Comte de Montlivault, Conseiller-d'État, préfet du département du Calvados, ce magistrat donna une nouvelle preuve du puissant intérêt et de la protection qu'il accorde aux sciences et aux arts, en nommant une commission chargée de suivre les fouilles de St.-Laurent, et en donnant des fonds pour les étendre convenablement.

Cette commission fut composée de M. Genas-Duhomme sous-préfet de Bayeux, de M. Corentin-Conseil, Maire de Bayeux, et de nous.

Chargé par ce choix honorable, et par une circulaire de M. le Directeur-général des Ponts-et-Chaussées, de recueillir dans les travaux de cette nature les documens qui peuvent être utiles à l'histoire et à l'art des constructions nous avons rédigé ce mémoire, pour rendre compte de nos observations sous ces deux points de vue et répondre autant que nous le pouvions à la confiance qui nous a été accordée dans cette circonstance.

Nous devons déclarer que M. Lambert nous a beaucoup aidé dans la réunion des notes essentielles recueillies dans ces fouilles en se chargeant de relever le plan d'ensemble des débris qui y ont été découverts.


 
CHAPITRE PREMIER.

DESCRIPTION
DE LA SITUATION DES VESTIGES.

(Voir le plan n°
1 et les coupes.)

1°. L'ESPACE A fut trouvé formé par un mur, entièrement construit en brique ; la partie intérieure de ce mur présenta des traces de placage en marbre blanc. Ce mur était établi selon deux directions formant entr'elles un angle de 150 degrés qui est celui d'un dodécagone régulier : l'on n'a pas pu reconnaître la longueur des côtés de ce polygone. L'aire de cette enceinte faite en ciment ne présenta aucune trace de dallage.

2°. La partie B est terminée par un mur circulaire en moellon ; des débris de marbres de différentes couleurs y furent trouvés et c'est à cette enceinte, qui s'étend sous l'église, qu'il faut rapporter les observations qui furent recueillies en 1760 lors de la reconstruction de l'église St.-Laurent.

3°. Les murs de l'enceinte C étaient recouverts d'un enduit de ciment qui n'indiqua aucune trace de placage. Le plancher inférieur était formé, comme dans toute la superficie de l'édifice, d'une aire en ciment ; mais on y reconnut, en outre un dallage en pierres bleues, disposées en losanges. Les saillans, construits dans les murs et dans les angles, font présumer qu'ils servaient de base à des colonnes ou pilastres accolés aux murs. L'on trouva également, dans cette enceinte, des morceaux de placage et de corniches en marbre et en outre des débris de bases et de fûts de colonnes en pierre.

4°. L'enceinte D ne paraît avoir été ni dallée ni plaquée en marbre et n'a donné lieu à aucune observation.

5°. L'espace E fut trouvé dallé en pierre de taille ; au pourtour de ces pierres régnait un caniveau, destiné à conduire les eaux dans un aquéduc, dont l'embouchure est en F et qui se dirige suivant la ligne F M au-dessous de l'aire de l'enceinte  marquée K : la voûte de cet aquéduc construite en plein cintre, a sa naissance au niveau du dallage, et le fonds, construit en ciment est situé à 0m 50c au-dessous de ce niveau qui lui-même est de 0m 42c plus bas, que celui de l'aire de l'enceinte C.

 
(Voir la feuille des coupes, ligne 1, 2, et ligne 5,6.)

6°. L'espace G est entouré de murs, entièrement construits en briques : ceux qui se dirigent sous l'église sont à plomb ; celui qui les réunit porte un ou deux degrés, aussi en briques ; ces murs et leurs degrés étaient recouverts d'un placage en marbre blanc : l'aire du fond de cette enceinte porte les empreintes d'un dallage ; mais on n'a pas été à même d'en reconnaître la nature. Cette aire est située à des hauteurs différentes sur chaque moitié de l'enceinte et la différence de niveau entre celle de ces moitiés du côté de la rue St.-Laurent qui est la plus haute et l'autre, est de 0m 40 c. La partie la plus basse est d'ailleurs située à 0m 15c plus haut que le niveau du dallage de l'enceinte E ; un petit canal I établissait une communication entre ces deux niveaux au-dessous de l'aire N.

7°. L'enceinte N, qui entoure l'espace que nous venons de décrire, a pour plancher inférieur une aire de ciment sur laquelle on n'a trouvé aucune trace de dallage. Un placage en marbre de couleur existait sur les murs qui forment cette enceinte et qui contiennent en outre des saillies annonçant l'emplacement de pilastres ou colonnes, adossés à ces murs. Le niveau de l'aire N est situé à 0m 80c au-dessus de la partie la plus basse de l'aire G, et à 0m 95c au-dessus du niveau du dallage de l'enceinte E. Indépendamment des marbres trouvés dans toutes ces enceintes il fut découvert un reste de pilastre engagé portant quatre cannelures et établissant à 0m 45c le diamètre un double module de l'ordre suivi dans ces constructions.

 
(Voir, pour les deux articles ci-dessus, la feuille des coupes, ligne 1, 2 et ligne 13, 14 et la feuille des détails.)

8°. L'enceinte K n'a offert aucune trace de placage 7 ni de dallage ; son aire est coupée en dos d'âne sur la direction de l'aquéduc qui lui est inférieur par une partie saillante de l'extrados de cet aquéduc. Elle est située à 1m 32c, au-dessus du niveau du dallage E. Il régnait dans cette enceinte un petit canal L construit en brique et qui paraît avoir servi de conduit à un fourneau, par les traces de fumée empreintes dans son intérieur.
 
(Voir la feuille des coupes ligne 1, 2, et ligne 3, 4.)

C'est principalement dans les enceintes,que nous venons de décrire, qu'ont été trouvés les débris de corniches de moulures et de marbre que les fouilles ont fournies. L'on a, en outre, dans la dernière trouvé une grande quantité de cendres, d'oxides métalliques, et de lames de cuivre ; ainsi que quelques morceaux de fer, rendus informes par la rouille, mais parmi lesquels on reconnaissait une tête de marteau semblable à l'herminette du tonnelier. Enfin l'on trouva dans cette même enceinte, et dans celles que nous allons décrire une grande quantité de briques et de tuiles de toute espèce.

9°. Les deux murs M, trouvés dans les sondes faites dans la cour de l'ancien presbytère, n'ont rien présenté de remarquable ; le plus près du cimetière avait été reconnu dans l'intérieur de l'aquéduc  F.

 
(Voir la feuille des coupes ligne1, 2.)

10°. Dans l'emplacement N, dont les murs ne fournissaient aucune trace de placage, ni même d'enduit, l'aire en ciment, située à la même hauteur que celle de l'enceinte H, fut trouvée parsemée de petits piliers construits en brique de 0m 30° de côté, et espacés régulièrement entr'eux de 0m 29c ; ceux de ces piliers les plus élevés avaient 0m 50c de hauteur.

Le mur dirigé parallèlement à l'église dans cette enceinte était percé d'un arceau semblable à celui qui formait la tête de l'aquéduc dont nous avons parlé plus haut ; mais ayant 0m 7oc de hauteur de pied-droit. L'ouverture de cet arceau était rétrécie au moyen d'une maçonnerie en brique, qui se prolongeait de quelques mètres perpendiculairement à la direction du mur, et sur une hauteur de 0m 50c seulement.

 
(Voir la feuille des coupes ligne 3, 4, ligne 7, 8 et ligne    11, 12.)

11°. La partie O située de l'autre côté de l'arceau dont nous venons de parler avait la forme d'un grand four, dont la voûte construite en briques creuses avait été écrasée.

12°. L'emplacement P était en tout semblable à celui N, dont il semble le prolongement.

13°. L'emplacement C n'avait d'extraordinaire que la discontinuité de l'aire.

14°. L'emplacement R est remarquable, en ce que la partie d'aire en ciment qu'il contenait, était élevée à son origine de 0m 6oc environ, au-dessus de celle de l'emplacement P ; et s'élevait par une pente douce en s'avançant du côté de l'église.

 
(Voir, pour les trois articles précédens, la feuille des coupes ligne 9, 10.)

15°. Le mur marqué S était construit de débris de démolition avec mortier de terre ; ce qui prouve que ce mur est de nouvelle formation et ne fait pas partie du monument.

16°. L'emplacement T d'après ce que l'on a pu en découvrir, et les traces de piliers que l'on y a trouvés comme dans celui N avait la même destination ; mais son aire était située à 0m 80c au-dessus.

 
(Voir la feuille des coupes ligne 3, 4.)

17°. Enfin l'emplacement V, contenu entre deux murs parallèles, entièrement construits en briques, et dont le fond formé en ciment, est au même niveau que l'aire T parait avoir été un aquéduc à ciel ouvert.
 
(Voir la feuille des coupes ligne 7 8.)

Telles sont les observations générales faites sur la disposition des lieux et sur les hauteurs respectives des différentes parties découvertes dans ces fouilles. Le plan n°. 1er, auquel se rapportent les lettres de renvoi employées dans cette explication représente, ainsi que les coupes, les parties plus ou moins entières des murs, telles qu'elles ont été découvertes.

 
CHAPITRE II.

MATÉRIAUX
EMPLOYÉS DANS CES CONSTRUCTIONS.

NOUS allons maintenant donner la nomenclature des matériaux divers qui ont été employés dans ces constructions.

1°. DU CIMENT. Le ciment qui y est employé avec profusion, soit comme aire, soit comme mortier soit comme enduit, nous a paru formé de tuileau, plus ou moins pulvérisé.

20. DU MOELLON. Les moellons proviennent des carrières avoisinant Bayeux telles que Subles, Vieux-Pont, Magny, etc.

3°. DE LA PIERRE DE TAILLE. L'on a remarqué, dans ces constructions, trois espèces distinctes de pierre de taille ; l'une employée au pavage de l'emplacement E et aux pieds-droits de l'aquéduc F provient des carrières de Ste.-Honorine. Une autre trouvée en gros libages sous les principaux murs, était de la nature du carreau de Caen. Enfin une troisième qui parait n'avoir été employée que pour les ornemens d'architecture, tels que colonnes pilastres, et architraves était formée de pierre d'Orival.

4°. DE LA BRIQUE. Six espèces de briques, distinguées par leurs dimensions, ont été trouvées dans les fouilles : chacune d'elles était consacrée à une espèce particulière de construction ainsi qu'il est détaillé dans le tableau suivant.

 
Tableau

5°. DES TUILES. Nous avons dit que, dans l'emplacement O, l'on trouve une voûte écrasée construite en tuiles creuses ; deux espèces de ces tuiles furent découvertes dans les fouilles. Elles ont la forme d'un prisme quadrangulaire rectangle, creux et sans base. Les dimensions de la première espèce sont de 0m 13c à 0m 28c de longueur, 0m 20c de largeur et 0m 13c de hauteur. Celles de la deuxième espèce sont de 0m 15c de longueur, 0m 16c de largeur et 0m 13c de hauteur. Les parois de ces tuiles ont 0m 02c d'épaisseur ; outre ces tuiles, l'on en trouva, qui paraissent avoir été employées dans la construction des combles. Elles avaient 0m 29c de longueur, 0m 29c de largeur et 0m 025c d'épaisseur. Elles portaient en outre deux rebords de 0m 02c de hauteur et d'épaisseur, et étaient percées d'un trou dans leur partie supérieure, qui semble avoir été destiné à fixer la cheville qui accrochait ces tuiles sur le lattis des combles. Enfin l'on trouva aussi des tuiles faîtières qui avaient 0m 30c de longueur , et 0m 12c de corde avec une flèche de 0m 045c ; l'épaisseur était de 0m 02c.
 
(Voir la feuille des détails pour cet article.)

6°. DU DALLAGE. Trois espèces de pierres différentes par leurs couleurs et par leur nature, étaient employées dans le dallage des aires de cet édifice et servaient à y former des compartimens. L'une blanche est une espèce de quartz poli : l'autre bleue, est de la nature des pierres que l'on extrait des carrières de St.-Vaast et de Fontenay-le-Pesnel : la troisième, de couleur brun-rouge est semblable au grès de May. Ces pierres étaient employées en tablettes et recevaient un assez beau poli.

7°. DU PLACAGE. Trois espèces de marbres, analogues par leurs couleurs à celles des pierres employées au dallage formaient le placage des murs. Le marbre blanc a été reconnu pour marbre de Paros ou de Carate ; nous pensons qu'il est de cette dernière espèce en ce qu'elle se distingue de la première par la cassure grenue et les veines grises que plusieurs des morceaux trouvés contiennent. Le marbre bleu a pour analogue, dans les carrières de la Normandie, ceux de Fresnay-le-Puceux et de Coutances ; mais la comparaison est loin d'établir leur identité et l'on pense que ce marbre doit être regardé de préférence comme marbre Ste.-Anne, en ce que sa description lui convient en tout point, et que, comme lui, il résiste à l'action d'un feu ordinaire. De même le marbre rouge est loin de ressembler au marbre de Vieux ; il se rapporte parfaitement, avec la description de la brocatelle d'Espagne par la réunion de ses couleurs rouge jaune grise et blanche mélangées.

8°. DES FERS. L'on trouva aussi dans les fouilles une assez grande quantité de cloux en fer, et quelques gonds et pentures du même métal.

9°. TALC. Enfin l'on y découvrit d'assez nombreux débris de talc matière avec laquelle les anciens formaient leurs vitrages.


 
CHAPITRE III.

DESCRIPTION
DES DIVERS MODES DE CONSTRUCTION EMPLOYÉS
DANS CET ÉDIFICE.

1°. DU MORTIER DE CHAUX ET SABLE. Le mortier à chaux et sable, examiné avec attention, ne paraît contenir aucune matière distincte, de ces deux bases, si ce n'est quelques morceaux de charbon mais en trop petite quantité pour faire penser qu'il y a été mêlé avec intention. Ce mortier est employé dans toutes les constructions en moellons.

2°. DU MORTIER DE CHAUX ET CIMENT. Le mortier de ciment est formé de tuileau battu, et réduit en morceaux plus ou moins fins : les plus gros sont environ du cube d'un centimètre : le mortier, fait avec ce ciment, sert à former les couches inférieures des aires ; celui qui est fait avec le ciment le plus fin, sert dans les couches supérieures de ces aires, dans les maçonneries de briques, dans celles de pierre de taille, et dans les enduits des murs destinés à recevoir des placages en marbre. Le charbon semble entrer conjointement avec le ciment et la chaux dans la composition de ce mastic, qui porte en outre des traces de végétaux semblables à des feuilles de vignes.

3°. DES AIRES. Les aires des appartemens construits sur le sol sont tous établis sur une couche de maçonnerie en blocage de moellon avec mortier de chaux et sable de 0m 25c d'épaisseur : au-dessus règne celle à mortier de chaux et ciment, qui forme le plancher. Cette couche a 8 ou 10 centimètres d'épaisseur et est composée de gros ciment dans sa partie inférieure et de ciment fin au-dessus. Le dallage de ces aires s'éxécutait avant qu'elles n'eussent pris toute leur consistance et était fixé au moyen de chevilles scellées dans la partie inférieure des dalles, et qui pénétraient la couche de ciment. Le placage des murs s'éxécutait de la même manière. Les aires des parties A, F, G, V étaient formées d'une couche de ciment plus épaisse et qui avait jusqu'à 0m 22c d'épaisseur.

 
(Voir la feuille des coupes.)
 
4°. DES MAÇONNERIES DE MOELLONS. Tous les murs découverts dans les fouilles de St.-Laurent étaient construits en moellons piqués, et par assises réglées sur les paremens. L'intérieur était exécuté en blocage. De mètre en mètre de hauteur, la, maçonnerie était coupée par une arase en briques posées à plat, et de deux briques de hauteur ; cette arase régnait au même niveau sur tous les murs de l'édifice.
 
(Voir la feuille des coupes.)

5°. DES MAÇONNERIES EN PIERRE DE TAILLE. Les seules constructions trouvées en pierre de taille formaient des libages sous les principaux murs, le dallage de l'emplacement E et les pieds-droits de l'aquéduc F. On trouva, sous l'une de ces pierres un instrument en fer plat et dentelé semblable à celui dont se servent nos maçons pour introduire le mortier sous les pierres de taille.

6°. DES MAÇONNERIES EN BRIQUES. A. l'exception des maçonneries de l'aquéduc F, les maçonneries en brique, à mortier de chaux et ciment, entourent les parties dans lesquelles nous avons remarqué que les aires en ciment avaient une plus forte épaisseur. Cet accord montre évidemment, que tous ces emplacemens avaient au moins un usage commun ; et l'exemple des aqueducs F et V semble indiquer que cette destination était de contenir de l'eau. Les autres maçonneries en brique formant le fourneau L, les piliers N, et le rétrécissement de la bouche du four O étaient simplement construites en terre.

7°. CONSTRUCTION DES ARCEAUX. Les voûtes formant la tête de l'aquéduc F et la bouche du four O, étaient construites en plein cintre de 0m 65c de rayon, et en brique, sur 0m 48c d’épaisseur, extradossées également en plein cintre de 1m 13c de rayon. Cet extrados était recouvert par une assise de briques posées à plat selon sa courbure, et contre laquelle venait se réunir la maçonnerie du mur. Au-dessus de cette voûte existait une autre voûté en plate-bande formée alternativement de deux forts moellons posés en claveaux et de deux briques droites. Le but de cette construction qui était de soulager la voûte en brique du poids des maçonneries supérieures semble annoncer une grande élévation à l'édifice.

 
(Voir la feuille des coupes ligne 5, 6 et ligne 8.)

8°. CONSTRUCTION DES DOUBLES PLANCHERS. Dans la description des salles N et T, nous avons parlé des piliers en brique qui existaient sur leurs aires ; nous cherchâmes d'abord inutilement le but de ces constructions, et ne le découvrîmes plus tard, qu'avec un débris précieux, trouvé dans l'enceinte T, qui nous apprit que ces piliers supportaient un plancher supérieur, élevé de 0m 50c au-dessus du niveau de l'aire découverte. Les piliers comme nous l'avons dit plus haut, avaient 0m 30° de côté, et étaient espacés entr'eux de 0m 29c : dans cette position, ils étaient recouverts d'un plancher en briques posées à plat de 0m 58c de côté ; ces briques portaient, par leurs coins sur quatre piliers et couvraient le quart de la surface de chacun d'eux. Sur ce plancher en brique était exécuté une aire en ciment, de 0m 20c d'épaisseur. Les traces de fumée fortement empreintes, trouvées sur les briques du plancher supérieur, et la communication de l'intervalle des deux planchers avec le fourneau O, prouve que la fumée était dirigée par cet intervalle ; ce qui est confirmé par la maçonnerie exécutée à la bouche du four, pour en rétrécir l'ouverture, qui a évidemment pour but de rendre l'aspiration plus forte.
 
(Voir la feuille des détails et celle des coupes, ligne 11, 12.)

9°. CONSTRUCTION DES VOUTES DU FOUR. Nous avons décrit dans le chapitre précédent, la forme des tuiles creuses employées dans la construction des voûtes du fourneau O. La situation dans laquelle nous avons trouvé cette partie intéressante des constructions et le peu d'espace sur lequel il nous a été permis de l'observer, nous ont empêché de pouvoir juger de son étendue et de son importance. Nous avons seulement remarqué que ces voûtes se composaient dans leurs coupes verticales de trois ou quatre rangs de briques superposés , et formant des tuyaux parallèles ; et que la fumée circulait dans l'intérieur de ces tuyaux entre lesquels on avait sans doute ménagé des communications.
 
(Voir la feuille des détails.)

Des morceaux épars de ces voûtes, surmontés de débris d'aire en ciment font croire que l'emplacement O était recouvert en entier par une voûte, construite de la même manière, et qui supportait un appartement situé au-dessus des fourneaux.

10°. REMARQUE IMPORTANTE. Une remarque générale faite dans ces constructions, et qu'il est important de consigner dans ce mémoire en ce qu'elle est en opposition avec le mode de construction adopté de nos jours, dans la réunion des murs qui se rencontrent consiste en ce qu'il n'existait dans ce cas aucune liaison entre les deux murs. Le mur principal seul était prolongé et le moins important construit seulement jusqu'à ce qu'il y ait attouchement : la partie du parement du mur principal, recouverte par l'extrémité de l'autre ainsi que la face de cette extrémité étaient parementées en moellons piqués, comme les parties vues de ces murs ; ce qui détruisait entr'eux toute espèce de solidarité. Ce mode de construction avait évidemment pour but d'éviter les déchiremens , que les tassemens inégaux des deux murs occasionneraient dans celui qui tasserait le moins. De semblables précautions ont lieu de nos jours dans les grands travaux publics ; mais on y rétablit la liaison des murs lorsque l'on juge que le tassement s'est opéré en totalité.


 
CHAPITRE IV.

OBJETS
PARTICULIERS TROUVÉS DANS LES FOUILLES.

NOUS avons déjà parlé dans les chapitres précédens ;
 
Des fûts et bases de colonnes,trouvés dans l'emplacement G ;
Du débris de pilastre cannelé trouvé dans l'emplacement M ;
Des marbres formant placage moulures et corniches trouvés dans les parties A, B, C, D, E, G, H, K ;
Des cendres, oxides métalliques pentures, gonds, clous trouvés dans l'emplacement K. Des briques et tuiles découvertes dans les emplacemens K, N,    T, etc. Des débris de talc trouvés sur toute la superficie de l'édifice.

Nous ajouterons à cette nomenclature.

1°. Des débris nombreux de poterie Romaine de toutes couleurs ;
2°. Des pierres et marbres taillés en petits morceaux comme pour entrer dans des mosaïques à compartiment ;
3°. Des fers à cheval, garnis de clous saillans ;
4°. Un anneau et une boucle d'oreille en cuivre ;
5°. Un fragment de petit bas-relief en bronze ;
6°. Seize médailles anglaises' ou françaises ;
7°. Quarante-quatre médailles antiques ;
8°. Enfin une grande quantité de scories, pierres vitrifiées, charbons et cendres.

Ayant, dans la partie qui précède décrit scrupuleusement la situation des lieux tels que les fouilles nous les ont présentés, les divers modes de construction qu'ils nous ont offerts et les objets particuliers que l'on y a trouvés,nous allons dans ce qui suit , établir nos conjectures sur la nature de cet édifice, son importance, l'ordre d'architecture qui y a été suivi,le tems de son existence et l'époque des diverses révolutions qu'il a éprouvées.
 
CHAPITRE V.

DÉTERMINATION
DE LA NATURE DE CET ÉDIFICE.

L'ÉTENDUE des fouilles que nous venons de décrire, le soin apporté dans les constructions découvertes, pour leur donner une grande solidité, les dépenses énormes que l'emploi des marbres étrangers a dû occasionner, le luxe déployé dans la décoration intérieure ; tout concourt à faire regarder cet édifice comme de la plus grande importance et justifie la supposition que fit naître la première inspection des débris. Cette supposition, faite en 1760 fut que le monument, auquel appartenaient ces débris, était un temple : c'est en adoptant cette idée, que l'on continua l'observation des ruines en 1821, et elle se conserva jusqu'à ce qu'on fût parvenu à l'emplacement E.

Le dallage que l'on y trouva, le canniveau qui l'entourait et sa correspondance d'une part avec le petit canal J, de l'autre avec l'aquéduc F, prouva que cet emplacement était une cour destinée à l'écoulement des eaux et à ménager des jours dans l'intérieur de l'édifice, et fit présumer que ce monument était des thermes.

Les fouillés faites sur l'emplacement K rejetèrent de nouveau dans le vague, par la quantité de cendres d'oxides métalliques, de plaques de cuivre et de restes d'outils de fer, que l'on y découvrit et qui n'avaient aucun rapport avec un établissement de bains ; l'idée que ce pouvait être tin hôtel de monnaies naquit de ces découvertes.

Cependant l'inspection des parties H et G ramena à l'idée des thermes : H présenta en effet une galerie, qui régnait au pourtour du bassin principal G, dans lequel on descendait, au moyen des degrés dont nous avons parlé précédemment. La différence de niveau du fond de ce bassin, dans ses deux moitiés était destinée à permettre de prendre une plus ou moins grande profondeur d'eau selon le besoin des baigneurs. Ce bassin se vidait au moyen du canal J, qui conduisait les eaux dans la cour E, d'où elles s'écoulaient par l'aquéduc F, qui remplissait ainsi les fonctions d'égout.

La coincidence qui existe entre cette supposition sur l'usage de l'emplacement G et l'induction à laquelle la maçonnerie de brique qui l'entoure et la plus grande épaisseur de son aire en ciment, nous avait conduit dans les chapitres précédens, confirma encore cette supposition.

Enfin elle se convertit en certitude lorsqu'ayant découvert la construction des deux planchers des emplacemens N et T, nous reconnûmes en eux les salles-d'étuves, avec les planchers suspendus décrits par Vitruve. D'après cela, il fut regardé comme certain que le fourneau O, qui d'une part est situé à la suite de la salle des bains, et de l'autre communique à celle  des étuves, formait l'hypocauste des thermes de Bayeux. La disposition des voûtes de cet emplacement, ainsi que nous les avons décrites dans le chapitre précédent, fait penser qu'une vaste chaudière reposait sur les voûtes inférieures, et était échauffée par la chaleur qui les parcourait, avant de se rendre sous le plancher des étuves ; que cette chaudière était recouverte par une voûte semblable, au- dessus de laquelle existait une nouvelle étuve, qui pouvait être destinée aux bains de vapeur en usage chez les Romains, en ce qu'elle pouvait recevoir directement celles qui s'élevaient de la chaudière de l'hypocauste. La disposition de l'emplacement P Q R, et surtout de son aire inclinée, appuie cette supposition, en présentant une cage d'escalier ou de rampe communiquant des étuves inférieures à l'étuve de vapeur, et l'existence de cette rampe est confirmée par des morceaux de moulures d'encadrement en marbre, inclinés selon la pente de l'aire dont nous parlons.

Enfin, la découverte de l'acquéduc V compléta le système général des bains de Bayeux, en nous présentant l'aquéduc nourricier de ces bains. Il existe, en effet, entre le fonds de cet acquéduc et celui du bassin principal, une différence de niveau de 1m 80c de hauteur, suffisante pour remplir ce bassin à volonté, ainsi que la chaudière de l'hypocauste.

La direction de cet aquéduc peut faire présumer que les eaux qui servaient à alimenter les bains provenaient de la rivière d'Aure elle-même ; car d'après la hauteur de l'aquéduc, la prise d'eau aurait pu avoir lieu à l'amont de la rivière, et à très-peu de distance de la ville, en ce que son  élévation au-dessus des eaux de la rivière est promptement rachetée par la chute des trois moulins qui se succèdent sur son cours, au-dessus de l'emplacement de St.-Laurent.

D'après cet exposé, il est constant que la portion des fouilles de St.-Laurent, exploitée en 1821 formait des bains : cette conviction détruit le jugement porté en I760 sur la partie circulaire. La position de cette partie qui se trouve en avant de la principale salle des bains, nous fait penser que c'était l'apodyterion des thermes de Bayeux, salle dans laquelle on quittait et l'on déposait ses vêtemens, soit pour le bain, soit pour les exercices de gymnastique, et qui était toujours décorée avec luxe dans les bains antiques.

Quant à la salle C elle formait probablement une salle de bains particuliers (NOTE 4e.).


 
CHAPITRE, VI.

IMPORTANCE
ET ÉTENDUE DE L’ÉDIFICE.

EN considérant le plan général des fouilles de St.-Laurent,on remarque que les deux principales pièces de l'édifice découvert sont la salle circulaire et celle des bains. L'axe commun à ces deux pièces doit par conséquent être celui de la totalité du monument.

Dans cette supposition, la symétrie qui a lieu dans les grands édifices, par rapport à leurs axes principaux, nous fournit, dans l'autre partie du cimetière, du côté de la rue de Bretagne, une portion de bâtiment égale en surface à celle qui existe du côté découvert, et dont il reste à déterminer l'emploi.

Dans la partie reconnue nous n'avons pu assigner aucun usage aux emplacemens A, D, K et M. Cependant l'emplacement A, par l'étendue que l'on peut lui accorder, par la construction de son mur, par l'épaisseur de son aire, enfin par le placage en marbre dont il était orné, paraît avoir été destiné à contenir de l'eau, et devoir être regardé comme fort important.

Il résulte de ces observations, que ce que nous connaissons de cet édifice ne forme que la plus petite partie de son étendue. Et en effet, les découvertes faites ne nous présentent pas la totalité des dépendances des thermes romains, qui, au rapport des historiens, contenaient des cirques et des gymnases, où la jeunesse s'exerçait à la course et à la lutte ; des portiques, où les rhéteurs donnaient leurs leçons ; enfin de vastes bassins, où les jeunes-gens se fortifiaient dans l'art de la natation ; en outre, des salles de bains et d'étuves, destinées à chaque sexe en particulier.

Il est donc présumable que ces divers établissemens se découvriraient, au moins en partie, dans ce qui reste à explorer, et cet aperçu, en attachant un grand intérêt à la continuation de ces fouilles, explique d'une manière satisfaisante le peu de vestiges de construction romaine trouvés dans Bayeux ; puisque la plus grande partie des établissemens publics auraient été réunis dans la même enceinte.


 
CHAPITRE VII.
DE L'ORDRE D'ARCHITECTURE.

DANS les chapitres précédens nous avons indiqué les fragmens d'architecture découverts dans les fouilles.

Ces fragmens sont : 1°. des débris de fûts et de bases de colonnes trouvés dans la salle de bains particuliers, débris d'après lesquels nous ne pûmes rien conclure de positif sur leur ordre architectonique.

2°. Un morceau de pilastre cannelé qui n'appartient à aucun ordre connu par le nombre et les dimensions de ses cannelures, relativement au module qu'il indique.

3°. Des morceaux d'architrave soit en pierre d'Orival comme les fragmens dont nous venons de parler, soit en marbre, et qui étaient également trop mutilés pour nous procurer les renseignemens cherchés.

4°. Enfin des corniches en marbre blanc et bleu, qui, d'après leurs dimensions, n'étant destinées qu'au couronnement des embâses, et à régner à la hauteur de la naissance des voûtes, ne faisaient pas partie essentielle de l'ordre, et ne peuvent par conséquent en fixer la nature.

Cependant, en comparant les profils de ces corniches aux profils de celles de chacun des cinq ordres d'architecture, on reconnut qu'ils se rapprochaient le plus de l'ordre Ionique. Le nombre des moulures, dont les bases de colonnes portaient les traces, et la disposition des cannelures du pilastre, s'accordant en outre avec ce résultat, il est constant que l'ordre d'architecture suivi dans ce monument, était analogue à l'ordre Ionique ; mais modifié : ce qui reporte la construction au temps de la décadence des arts.

(Les profils des différentes corniches et moulures trouvées dans les fouilles, sont rapportés, ainsi que les détails du pilastre, dans la feuille des détails.)

Le module déterminé par le fragment de pilastre ayant 0m 23c de longueur, et la colonne Ionique, compris la base et le chapiteau, ayant 18 modules d’élévation, les colonnes de cet édifice, d'après cet ordre et les vestiges découverts, n'auraient eu que 4m 14c de hauteur : ce qui ne peut convenir qu'à l'architecture intérieure et laisse l'ordre extérieur entièrement indéterminé.


 
CHAPITRE VIII.

DÉTERMINATION
DE LA DURÉE DE CET ÉDIFICE,

LA totalité des fouilles de St.-Laurent présenta des charbons, des scories, des pierres vitrifiées, et en telle quantité qu'il est impossible de n'en pas conclure que la destruction de cet édifice est due à un violent incendie.

Dans la démolition des constructions on remarqua que la partie inférieure des fondations, sur un mètre cinquante centimètres de hauteur environ était faite avec des mortiers beaucoup moins solides que ceux de la partie supérieure, et la séparation de ces deux espèces de maçonnerie était marquée par une trace noire, qui régnait presqu'au même niveau sur toute l'étendue de l'édifice. Cet indice fait présumer qu'un premier incendie détruisit ce monument, et qu'il fut reconstruit sur le même plan qu'il avait précédemment, et en se servant des mêmes fondations.

Enfin, dans la démolition de ces fondations de première origine, on trouva des débris de fûts de colonnes, qui y étaient employés comme matériaux.

Cette découverte prouve, qu'avant la construction de cet édifice, il existait dans Bayeux des monumens importans, et qu'en conséquence son origine est postérieure à l'établissement de la domination des Romains dans les Gaules.

Pour fixer, approximativement les époques de la construction première, de la reconstruction, et de la destruction définitive de cet édifice nous avons recours à la suite de médailles trouvées dans les fouilles.

Ces médailles sont au nombre de 44. 14 d'entr'elles sont illisibles. Les autres dessinées dans le médailler ci-joint, se composent savoir :

 
Tableau 2

La suite de ces médailles comprend un laps de temps de 295 années, pendant lesquelles ce monument aurait existé. Cependant, l'intervalle qui se trouve entre les règnes d'Antonin et de Gallien, fait penser que la construction première ayant eu lieu sous Trajan, ou même avant cet empereur, il fut détruit sous Antonin ; ce qui lui fournit une première existence de 63 années ; que la reconstruction de cet édifice fut terminée sous Gallien, époque de la décadence des arts, et que sa destruction définitive eut lieu sous Gratien, époque de l'invasion des Saxons dans les Gaules après une seconde existence de 118 ans.

 
RÉCAPITULATION   
GÉNÉRALE.   

APRÈS avoir établi par les documens contenus dans l'histoire et par les vestiges découverts sur le sol de Bayeux l'importance de cette ville, sous la domination des romains, nous en avons conclu qu'elle devait à cette époque posséder des édifices publics, en harmonie avec la grandeur de ce peuple.

Les fouilles de 1760 ayant offert les vestiges d'un édifice de cette nature, nous avons donné le rapport fait sur les découvertes d'alors, qui nous a représenté la salle circulaire, comme ornée de toutes les recherches architectoniques en usage pour l'embellissement de l'intérieur des monumens les plus somptueux.

Passant à la description des découvertes faites dans les fouilles en 1821, nous avons rendu compte de la distribution des constructions, de la nature des matériaux qui y ont été employés, du mode suivi dans l'exécution de chacune de leurs parties, des divers objets trouvés dans les fouilles.

Nous nous sommes ensuite occupés à résoudre, au moyen de ces données, les principales questions que ce monument devait faire naître, en déterminant son usage, son importance, l'ordre d'architecture qui y a été suivi, et l'époque des diverses révolutions qu'il a éprouvées.

D'après les lumières acquises dans cette discussion, nous avons pensé qu'il serait possible et intéressant de présenter un plan présumé de la situation de la partie découverte de cet édifice avant sa destruction , et nous avons établi ce plan (n°
2), en nous renfermant dans les dimensions fournies par celui des fouilles, et dans les indications qui y ont été rencontrées. Partout où ces documens furent insuffisans, nous y avons suppléé, en nous guidant sur les règles d'architecture, observées dans les monumens antiques.

Ainsi dans la salle des bains, les voûtes qui recouvrent la galerie, au pourtour du bassin, et les piliers qui les soutiennent et qui sont placés sur le bord de ce bassin, sont entièrement présumés, et dérivent des traces de pilastres engagés, contenus dans les murs. Dans la salle circulaire la rangée intérieure de colonnes a également été employée sans aucun indice qui la justifie, et sur l'observation seule qu'il était utile de diminuer le diamètre de la voûte sphérique, au moyen de laquelle on suppose cette enceinte recouverte. Quant aux dimensions principales de la salle des bains et de l'hypocauste, celles en largeur ayant été fournies par les fouilles, celles en longueur furent déterminées par la position de l'axe principal, par rapport auquel elles doivent être symétriques.

La vue du plan, ainsi construit, montre une belle ordonnance, et confirme ce que nous avons avancé sur l'étendue de cet édifice, étendue qu'il serait utile de vérifier par de nouvelles fouilles exécutées dans la partie du cimetière St.-Laurent, située du côté de la rue de Bretagne. D'autres fouilles, faites dans la rue St-Laurent elle- même, vis-à-vis l'église et en face de l'ancien presbytère, nous donneraient des éclaircissemens certains sur la salle circulaire, et pourraient nous dévoiler l'usage de l'emplacement A, qui a été reconnu comme important. Ces nouvelles découvertes étant nécessaires pour obtenir une connaissance parfaite de la totalité de cet édifice, et pouvant présenter de nouveaux résultats, intéressants pour l'histoire et pour les arts, nous sollicitons une nouvelle allocation de fonds pour ces fouilles et les autorisations nécessaires à leur continuation.


 
NOTES.

NOTE 1re. (Chaussées Romaines). Les derniers vestiges de ces chaussées ont été reconnus en 1773, dans la forêt de Cerisy, lors de la construction de la route actuelle de Bayeux à St.-Lô.
NOTE 2e. (Colonnes Milliaires). L'accord qui existait entre l'inscription de ces colonnes, et la distance de leur emplacement à Bayeux, a été constaté par M. Delisle, sur une colonne élevée sous l'empire de Claude, et découverte en 1819, dans la commune du Manoir. Cette colonne portait cinq mille pas, ce qui fait environ une lieue trois quarts (mesure actuelle), distance réelle de Bayeux à du Manoir. Les Romains ne comptant les distances sur les colonnes Milliaires, qu'à partir de leurs stations cette vérification ne laisse aucun doute sur l'importance de la cité de Bayeux.
NOTE 3e. (Constructions trouvées sous les fondations de l’hôpital). Ces constructions reconnues pour Romaines, par M. Lambert, qui en a conservé un dessin, présentèrent une suite d’arcades, trop isolées pour pouvoir établir, aucune opinion sur leur destination primitive. Leur base était située à trois ou quatre mètres environ au-dessous du sol actuel.
NOTE 4e. (Détermination de cet édifice). S'il pouvait rester quelques doutes sur l'assertion émise dans ce chapitre, la comparaison du plan que nous venons de décrire, avec la description que nous a laissé Vitruve, des diverses pièces qui composaient les thermes anciens, suffirait pour les faire disparaître. Nous avons, en conséquence, jugé à propos de rapporter ici un extrait de la description de cet auteur, qui nous apprend que ces bains contenaient :
1°. L'Apodyterion, salle qui précédait les bains, et où l'on déposait les vêtemens. (Emplacement B.)
2°. Le Propingeum, entrée ou vestibule de l'hypocauste. Cette salle n'a pas été découverte dans les fouilles, et a été indiquée dans le plan présumé à la partie postérieure du bâtiment.
3°. L'Hypocaustum, poêle destiné à échauffer les bains et les étuves. La position de l'emplacement O, et les constructions qui y ont été trouvées conviennent parfaitement à cette description.
4°. La Calida-Lavatio, bassin d'eau chaude, situé près de l'hypocauste ; l'on y descendait au moyen de degrés. La partie G s'y rapporte exactement.
5°. La Schola, corridor entourant les bassins. (Emplacement H.)
6°. Le Laconicum étuve ordinaire, et le Vasarium, autre étuve, ainsi nommée, parce qu'elle contenait trois vases d'airain, appelés Milliaria, qui, remplis d'eau à différens degrés de chaleur, complétaient le système des bains. Ces étuves avaient des planchers suspendus, et étaient échauffées par l'hypocauste avec lequel elles communiquaient. Cette description convient aux emplacemens N et T. Des blocs de maçonnerie de brique découverts dans l'étuve N, et indiqués dans le plan des fouilles, firent penser d'abord qu'ils servaient de supports aux Milliaria dont nous venons de parler, et qu'alors cette étuve serait celle désignée sous le nom de Vasarium. Mais un examen plus attentif de ces maçonneries, nous persuadant qu'elles n'étaient que des débris tombés des constructions supérieures lors de la destruction de l’édifice, éloigna cette idée et nous força à ne rien prononcer sur le nom particulier de chacune des étuves N et T.
7°. Le Tepidarium, ou étuve de vapeurs, qui communiquent directement avec les autres étuves et avec l'hypocauste. Nous avons exposé les motifs qui nous font penser que cette étuve existait dans l'emplacement O, au-dessus de l'hypdcauste.
8°. La Frigida Lavatio et la Natatio ou Pisciaa, bain froid ; non seulement on se baignait dans la dernière, mais on pouvait même y nager. L'emplacement A, reconnu comme destiné à contenir de l'eau , est probablement celui auquel ces désignations conviennent.
9°. Le Frigidarium, lieu de rafraîchissement , reste à découvrir.
10°. Enfin, L'Elœothesium chambre où l'on se frottait d'huile. Cette salle reste également à découvrir, à moins que la partie C ne soit considérée comme destinée à cet usage ; mais la construction que nous y avons reconnue éloigne cette idée, et, nous fait persister à croire qu'elle formait des bains particuliers.

 
FIN DES NOTES
 
EXTRAIT
DU REGISTRE DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES,
ARTS ET BELLES-LETTRES DE CAEN.

Séance du 24 Mai 1822.

L'ACADÉMIE, après avoir entendu la lecture de cet important Mémoire en ordonné l'impression.

Le Comte DE VENDEUVRE, Président,


HÉBERT, Secrétaire.
   


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